‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 18 sur 130 · II. — CONQUÈTE DU DONGOLA · texte numérisé non relu

II. — CONQUÈTE DU DONGOLA

Ismaïl Pacha quitta le Caire au mois de juillet 1820. Ses troupes se concentrèrent à Ouadi Halfa, où il séjourna jusque dans les premiers jours d'octobre.

Il s’avança alors le long de la rive du fleuve, vers Nou-

(x) La guerre entre Mahmoud et Ali, pacha de Janina, avait éclaté en avril 1820. Desinour. Histoire diplomatique de l'Europe, I, p. 166. (2) Carrrraun. Voy. à Meroë, Il, P- 96-99.

veau Dongola, la résidence des Mamelouks. Ceux-ci ne tinrent pas devant lui(r1). Ils traversèrent le désert de Bayouda et arrivèrent devant Chendy. Le chef leur enjoignit d'abord de camper devant la muraille de la ville. Puis, à la nouvelle des victoires d’Ismaïl sur les Chaïqiés, il leur ordonna de se disperser. |

Les Mamelouks se divisèrent en deux groupes. Le plus nombreux gagna le Darfour, puis le Ouadaï. En 1825, l'expédition d'Oudney, Denham et Clapperton rencontra « les derniers débris de cette vaillante milice ». Ces malheureux étaient excédés de fatigue et réduits à la plus extrême misère (2),

Les autres atteignirent les bords de la mer Rouge, et parmi eux, quelques-uns sollicitèrent plus tard la grâce de Mehemet Ali (3).

Ismaïl prit le contact des Chaïqiés dans les derniers jours d'octobre, ou dans les premiers jours de novembre 1820. Il leur donna l’ordre de se soumettre au Pacha d'Égypte, Mehemet Ali. Les Chaïqiés consentirentà payer tribut. Ismaïl voulait davantage: il exigeait la remise des armes et des chevaux. Les Chaïqiés refusèrent et les négociations furent rompues (4).

Il y eut deux combats, l’un près de Korti sur la rive

(1) D'après Waddington et Hanbury, ils étaient environ 300; d'après Cailliaud, 80 seulement.

(2) Jomarp. Bull. Soc. Géogr., 1848, IX, p. 246.

(3) Wavpicrox et Hangury. Ouv. cilé, p. 230-2; p. 112 note. — D'après Cailliaud, 20 Mamelouks auraient sollicité la grâce d’Ismaïl, dès le début de la campagne. Ouv. cité, I, p. 9.

(4) Wappixcrox et Hansury. Ouv. cité, p. 95.

gauche du Nil, le second un peu plus en amont au mont Dager. Tous deux tournèrent à l’avantage des Égyptiens. La victoire de Korti fut cependant très disputée.

D’après Waddington et Hanbury, Ismaïl fut surpris. Il n'y aurait pas lieu de s’en étonner (1). Les armées égyptiennes ne se distinguèrent jamais par une bonne organisation du service des avant-postes. F. Werne, accompagnant le gouverneur du Soudan Ahmed Pacha dans la campagne du Taka de 1840, était stupéfait de l’incurie des chefs en matière de sûreté (2). Au contraire, Cailliaud n’accuse Ismaïl d'aucune imprudence, mais 1l tenait le récit de la bataille d'Abdin bey, et peut-être cet oflicier glissa-t-1l sur une faute, dont 1l était partiellement responsable (3).

En tous cas, sous le choc des Chaïqiés, une partie des Égyptiens lâcha pied. L'auteur de À narrative of the Expedilion Lo Dongola, si soucieux de présenter les choses sous un jour favorable à Ismaïl, est obligé d’avouer que les Ababdés, corps auxiliaire de nomades, s’enfuirent (4).

Les décharges de mousqueterie finirent par assurer la victoire aux Égyptiens : la valeur personnelle et le courage d’Abdin bey y contribuèrent aussi pour leur part.

L'issue du combat de Dager fut beaucoup plus rapide.

(1) Ibidem, p. 97.

(2) Feldzug von Sennar nach Taka, passim.

(3) Voy. à Meroë, IT, p. 56. — D'ailleurs, dans un autre passage, Cailliaud se contredit : « Le pacha avait pour principe qu'un bon soldat devait toujours être prêt à se battre. En conséquence, il jugeait inutile de veiller à la sûreté du camp. » Ibidem, IL, p. 376.

(4) À narrative, etc., PAST

CONQUÊTE DU DONGOLA 8r

Les Égyptiens restèrent aussitôt maîtres du champ de bataille, grâce à l’action de l'artillerie, dont ils étaient dépourvus au combat de Korti (r).

Ni dans l’un ni dans l’autre de ces combats, les Chaïqiés ne furent très éprouvés. Dès qu'ils eurent vu la mauvaise tournure de leurs affaires, ils se mirent à l'abri grâce à la rapidité de leurs chevaux.

Mais aux premiers rangsils avaient placé leurs vassaux, les paysans du Dongola, qui se battirent si courageusement que quelques-uns parvinrent jusqu'aux canonniers qu'ils blessèrent sur leurs pièces. Après la victoire, la rage des Égyptiens s’assouvit sur eux: poursuivis dans la plaine, mutilés, massacrés, ceux qui n’y perdirent que leurs oreilles furent les privilégiés (2).

Après ces défaites, les Chaïqiés se divisèrent. Ceux que commandaent les meliks Ziber et Omar se soumirent, fort effrayés par ces bombes, qui tournaient et éclataient en tuant autour d'elles (3), et découragés, car les talismans de leurs magiciens ne valaient manifestement rien, en comparaison de ceux des Égyptiens.

Quand Waddington et Hanbury repassèrent dans le Dongola à la fin de décembre 1820, toute trace de guerre

avait disparu. On avait enlevé aux Chaïqiés leurs épées et

(1) Carzrauv. Voy. à Meroë, II, 62-63. — Cailliaud écrit Dager dans son texte et Dega sur sa carte. Dager est situé sur la rive droite du Nil, Après Korti, les Chaïqiés avaient traversé le Nil, l’armée d'Ismaïl en fit autant. Cailliaud ne dit pas quand l’armée repassa sur la rive gauche.

(2) Carcrraun. Ouv. cité, Il, p. 56-199.

(3) Wappixerox et Hansury. Journal, p. 103-104.

H. Denéraix. 6

leurs lances : il leur restait pour seule arme leur petit poignard attaché au bras gauche (1).

Une troisième bande de Chaïqiés, commandée par le Mélik Chaous, s'était enfuie jusqu’à Chendi. Ils reculèrent devant la marche progressive des Égyptiens et se soumirent tardivement, mais en demandant à servir dans l’armée égyptienne.

Ismaïl appréciant la valeur de ces cavaliers émérites ne leur tint pas rigucur. Îl en fit un corps de cavalerie auxiliaire, leur laissa leur chef, auquel il donna le titre de bimbachi (commandant), et les emmena au Sennar (2).

Pendant tout le régime égyptien, ces Chaïqiés restèrent de bons serviteurs du gouvernement. Gette fidélité leur valut même la haine des Madhistes. Lors de la prise de Khartoum, quand déjà la fureur sanguinaire des vainqueurs était un peu calmée, on continuait à s’acharner sur eux. Ils furent exceptés de l’amnistie proclamée par le Mahdi, et impitoyablement massacrés, partout où ils étaient rencontrés (3).

Ismaïl resta trois mois dans le pays des Chaïqiés : la marche en avant recommença seulement le 21 février 1821.

L'infanterie longea la rive du Nil ; quant à Ismaïl, il suivit

(1) Wappinerox et HaxBury. Journal, p. 193-4.

(2) Garccraur. Voyage à Meroë, Il, p.182. — Cailliaud, Waddington (p- 96) et probablement d’après eux, Lejean (es. Deux-Mondes, 15 février 1862, p. 857-8) donnent encore de la soumission d'une fraction des Chaïqiés une raison différente et d'un caractère romanesque. La fille de l’un des chefs prise dans un des combats aurait été renvoyée par Ismaïl Pacha, à son père, intacte et magnifiquement parée. Le père n'aurait pas résisté à la délicatesse d'un tel procédé.

(3) Szarix. Feuer und Schwert im Sudan, p. 228.

la corde du grand arc de cercle que décrit le fleuve. A la tête de la cavalerie, il traversa le désert de Bayouda de l’ouest à l’est, et retrouva le fleuve en face d'El Bagara, le 27 février.

La plupart des bateaux de transport durent rester en aval de cette série de rapides qu’on nomme la quatrième cataracte. Néanmoins on réussit à force de bras à en faire passer quelques-uns en amont: ils rendirent ultérieurement de grands services.

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