‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 24 sur 130 · IRRITATION DES POPULATIONS · texte numérisé non relu

IRRITATION DES POPULATIONS

contraint de suivre le vainqueur dans une sorte de captivité (1).

Or c’est avec cet homme au caractère altier, présentement hunulié et aigri, qu'Ismaïl entra en conflit (2) Ismaïl retournant en Égypte s'arrêta à Chendy à la fin d'octobre 1822. Il ordonna à Nimr de lui livrer, en manière de tribut extraordinaire, un millier d'esclaves, dans un délai de deux jours. Nimr lui représenta l'impossibilité de s'acquitter de cet impôt inattendu.

Ismaïl le maltraita, alla peut-être même jusqu'à le frapper d'un coup de pipe dans la figure (3) et le menaça de le faire empaler, s'il ne s’acquittait pas au jour fixe.

Nimr savait que dans la bouche d’Ismaïl de telles menaces n'étaient pas vaines: il résolut de le prévenir. Il invita [Ismaïl à quitter sa dahabié, et à venir habiter une maison de la ville. Puis sous prétexte de pourvoir de fourrages les chevaux du Pacha, 1l fit accumuler de la paille de dourra autour de cette maison.

La nuit venue, favorisé par l’état de semi-ébriété d'Ismaïl

et de ses compagnons, 1l mit le feu à ces amas de paille.

(x) « Ces deux derniers [les meliks de Chendy et d'Halfaya] étaient à la suite du pacha, qui semblait les garder comme otages. » CarrcrauD. Voy, à Meroë, II, p. 236.

(2) Aucun Européen n'a assisté à ces événements. Nous nous sommes conformé au récit de Ruppel qui séjourna à Chendy deux ans après en 1824. Reisen in Nubien, p. 110-1.

(3) Ce détail est donné par F. Were. Feldzug von Sennar nach Taka, p. 77. — Ruppel dit simplement : « Auf Nemers Bemerkung, dass so etwas ganz unmæglisch sey, stiess der Pascha ihn mit Misshandlungen weg, mit dem Schwur, ihn lebendig speissen zu lassen, wenn dem Verlangten nicht punktlichst entsprochen würde. » Reïsen in Nubien, p. 111.

H. Denérain. fl

On repoussa les Égyptiens, qui tentaient de s'échapper des flammes, et tous furent brûlés y compris Ismaïl. Le meurtre d’'Ismaïl provoqua dans toute la vallée du Nil un mouvement insurrectionnel contre les Égyptiens Got

Mohammed Bey le Defterdar qui était au Kordofan se dirigea à marches forcées vers Chendy. Naïr Nimr essaya de lui tenir tête, mais il fut vaincu et se sauva jusqu'aux confins de l’Abyssinie. Mohammed bey se vengea d’une manière atroce: ses instincts naturels de cruauté irouvèrent leur emploi. À Chendy tous ceux dont on put s’emparer furent enfermés dans de grandes maisons, et brûlés vivants, sans qu'on s’informât même s'ils avaient participé au crime. On brüla, on mutila, on empala. A Metemmeh, des milliers de femmes et d'enfants, auxquels on avait promis le pardon, furent impitoyablement massacrés (2).

Ces villes riches naguère ne se remirent point de ce désastre et ne retrouvèrent jamais leur prospérité d'antan.

Le souvenir de ces événements ne s’effaça point des mémoires (3) et il était évoqué par les voyageurs qui passaient devant Chendy (4).

(x) Rurpez. Ouv. cité, p. 111. — Werne. Fedzug von Sennar nach Taka, p. 78.

(2) Ruprper.. Ouv. cilé, p. 106.

(3) Dans les entretiens que j'eus en Égypte avec les personnes ayant une compétence quelconque sur le Soudan, je remarquais que de tous les événements de la conquête, un seul survivait dans les esprits : les massacres de Chendy.

(4) « Nous avons passé devant Chendy de sinistre mémoire par les divers carnages qui y ontélé commis. » Charles Ricocer. Journal, ref janvier 1870. Holroyd rapporte un bruit d’après lequel Mehemet Ali aurait fait peser sur le Soudan un régime de contrainte pour venger le meurtre de son fils Ismaïl. Report on Nubia, cité par Bowring. Report on Egypt., p. 210.

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