‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 51 sur 130 · L'ARMÉE · texte numérisé non relu

L'ARMÉE

puis ce recrulement ayant élé reconnu salisfaisant, les nouveaux régiments créés furent exclusivement composés de nègres. Les razzias annuelles pourvurent aux besoins du service (1).

Ces nègres possédaient la qualité que Napoléon prisait par dessus toutes les autres chez le soldat : l'endurance. Ils résistaient à la fatigue et ils étaient sobres, ils se contentaient de celte galette de dourra, qu'ils étaient habitués à manger d'enfance. Ils étaient très courageux et bien loin d'avoir à les stimuler, leurs officiers devaient les retenir, et les empêcher de se jeter à l’arme blanche sur l'ennemi avant de l'avoir suffisamment ébranlé par les feux (2).

Ils rendirent de grands services aux Égyptiens. Déjà ceux qui composaient la garde d'Ibrahim Pacha s'étaient signalés pendant la campagne de Morée (3). Le gouverneur Achmed Pacha les estimait fort et en faisait grand éloge à Werne (4). Plus tard, Emin devait à diverses reprises témoigner de leur valeur. € Je ne saurais assez louer l’admirable dévouement de mes soldats nègres: pendant une longue guerre, qui pour eux, il faut le dire, n'offre aucun avantage, privés depuis si longtemps des choses nécessaires à la vie, ne recevant plus de paye, ils

se sont battus vaillamment et quand dévorés par la faim,

(1) Perrox. Ouv. cité. — Werxe. Feldzug von Sennar, etc., p. 168. Il arriva aussi que le gouvernement réquisitionna à très bas prix les esclaves des riverains du Nil pour en faire des soldats. Holroyd, cité par Bowring. Report on Egypt., p. 207.

(2) Werxe. Feldzug von Sennar nach Taka, p. 168.

(3) Wenxe. Feldzug von Sennar nach Taka, p. 168.

(4) Id. /bidem.

après dix-neuf Jours de souffrances et des privations incroyables, leur force était épuisée, quand le dernier euir de leur dernière botte a été mangé, ils se sont lancés au milieu de la troupe ennemie et ont réussi à passer (1) ».

Actuellement douze bataillons de nègres figurent dans l’armée égyptienne et les officiers anglais qui les commandent vantent aussi leur courage (2). « C’est le combat réel qu'ils aiment et c’est là où ils brillent. Il est vrai qu'ils manquent de sang-froid. Il est difficile de les empêcher de tirer trep vite et de charger trop tôt... Ils ont naturellement un inshnct du combat, qui se développe par l’entrainement, mais quine se donne pas » (3).

Les nègres constituèrent exclusivement la troupe. Le corps d'officiers fut composé d'Égyptiens en petit nombre et surtout d'Albanais, de Caircassiens, de Turcs, dont Mehemet Ali prisait fort les qualités de commandement (4).

(x) Lettre d'Emin, datée de Ouadelaï, 31 décembre 1885, et adressée à M. Charles H. Allen.secrélaire de la Société anti-esclavagiste, citée par STANLEY. Dans les ténèbres de l'Afrique, 1, p. 24. — Cf. une autre lettre d Emin. Peterm. Mitt., 1886. p. 343.

(2) Renseignements oraux du lieut.-colonel Wingate et de Slatin pacha.

(3) Mixer. England in Egypt., p. 181-2. — Pallme dit aussi que les troupes noires excellent à emporter une position d'assaut. Mais celles qu'il a vues au Kordofan avaient mauvaise tenue et élaient peu instruites. « La sentinelle en faction n'est pas obligée de se tenir debout, mais s'assied en plaçant son fusil à une petite distance. Les exercices de régiment, de bataillon ou de compagnies sont rares. Un bataillon ne peut pas exécuter le moindre mouvement avec ensemble. » Travels, p 20.

(1) « Le turc est bien plus propre à la guerre et au commandement que l'Arabe ; il se sent fait pour ordonner et l'Arabe en sa présence sent qu'il est fait pour obéir. » « Tout mon art, c'est de m'attirer des officiers turcs. » Paroles de Mehemet Ali à un voyageur français. Æev. Deux-Mondes, 15 septembre 1840. p. gro.

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