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CHAPITRE IV

L'exploitation du Soudan.

Définissant la nature des rapports de la nation française et des populations algériennes, un de nos hommes d'État disait naguère : € La France a eu constamment la volonté d'exercer au profit du peuple conquis, autant qu'à son propre profit la tutelle, dont... elle a dû prendre la charge (1). »

La conception de Mehemet Ali à l'égard du Soudan est entièrement contraire.

Il l’a considéré uniquement comme un domaine d’exploitation. Il n’y a pas de doute que jamais ne s’est formulée dans son esprit cette idée qu'étant devenu de sa propre initiative le maître de populations, qui ne l'avaient pas appelé. il avait contracté des devoirs vis-à-vis d'elles.

S'il ne contraria pas les usages des Soudanais, s’il laissa en place les chefs indigènes, et s'il leur permit de conserver sur la tête leur coiffure princière, ce ne fut de sa part ni libéralisme, ni respect des droits acquis : ne voyant pas l'avantage d’une révolution sociale et politique, 1l s’abstint de la faire (2).

(x) BurpEau. Rapport sur le budget de l'Algérie pour l'exercice 1892, P: 97-

(2) « Le conquérant musulman laisse subsister mœurs et usages; il conquiert pour s’eurichir. » Muxzixcen. Ostafr. Studien, p. 12.

Quand d'aventure, il lui arrivait de détourner momentanément sa pensée de l'Égypte, de la Syrie et de Constantinople pour la fixer sur le Soudan, c'était toujours pour se demander quel nouveau revenu il en pourrait bien ürer.

Un jour il projette « de faire disparaître toutes les difficultés de navigation qui existent à travers les immenses cataractes entre le Sennar et Assouan » dans l’espoir de « voir arriver des flottes de bois de construction des immenses forêts qui couvrent le Sennar (1). » Une autre fois, il pense à augmenter les cultures de coton et d’indigo au Sennar, puis d'y monter des tissages de coton et des fabriques de mousselines (2).

Quand il résolut d'accomplir, en 1838, ce grand voyage que surprit si fort ses contemporains, il ne se proposait pas d'améliorer le sort des habitants, mais de pourvoir à une exploitation plus fructueuse des gisements d'or du Fazoql. Pour faciliter l’arrivée des produits du Soudan en Ée gypte, il projetait de créer de nombreux points d’eau sur la voie d'Abou-Hamed à Korosko, et entretenait souvent ses fami-

liers de ce projet (3).

(1) Extrait d'une lettre de M... à M. Jomard. Caire, 20 mai 1825. Bull. Soc. géogr., 1829, p. 108. — La première question que pose Mehemet Ali au comte de Prokesch Osten, revenant d'Assouan (1827), est celle-ci : « Croyez-vous qu on puisse rendre les cataractes navigables ? » Mehmed Ali,

pro; (2) Rurrer. Reisen in Nubien, p. 112.

(3) Renseignement oral de S. E. Nubar Pacha. — D'Arnaud fut chargé

en 1843 de reconnaître le désert entre Korosko et Abou Hamed pour voir comment on pourrail l'approvisionner d’eau. Jomarp. Bull. Soc. géogr., 1843, XX, p. 207.

I. — LES FONCTIONNAIRES ÉGYPTIENS AU SOUDAN. — LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL ACHMED PACHA.

Les fonctionnaires égyptiens furent animés d’un même esprit.

Un seul fit exception à celte règle générale : un certain Moustapha Bey, qui fut moudir du Kordofan, puis vekil (assesseur) du gouverneur général à Khartoum (1). C'est le seul homme que le Soudan ait possédé qui prit ses intérêts, a dit de lui l'ingénieur d’Arnaud (2) et Kotschy le qualifie d'homme «€ à qui l’on peut se fier (3) ».

En grande majorité originaires de l'empire ottoman, Tures, Circassiens, Kurdes, Albanais (4), ces fonctionnaires constituèrent au Soudan comme en Égypte une aristocratie, {he ruling aristocracy of the Land, disait Bowrimg (5).

Ces étrangers souffrirent beaucoup du climat malsain du Soudan : la plupart y contractèrent la fièvre.

Ils ne s’intéressaient pas à ce pays:1ls ne se sentaient

pas les collaborateurs d’une œuvre durable de colonisation,

(1) Russeccer. Reisen, IP, p. 123.

(2) Journal, IT, 3 octobre 1841. — Thibaut nomme Moustapha bey «un homme considéré dans le Soudan ». Notes manuscrites.

(3) « Der sehr zuverlässige Mustapha bey. » Pet. Mit. Ergb., I, p. 28.

(4) Harruaxx. Zeitsch. f. allg. Erdkunde, 1863, I, p. 169.

(5) Bowrixc. Report on Egypt, p. 8-9. — Cf. Rev. Deux-Mondes, 15 septembre 1840, p. g06-7. — C'est à cause de cette prédominance de l'élément turc au Soudan, pendant les trente ou quarante premières années de l'occupation, que les Soudanais appellent indistinctement tous les Égyptiens Turkoui ou Turkaoui. — Le cri des Mahdistes était : Guerre aux Turcs.

comme les fonctionnaires anglais dans l'Inde ou les fonctionnaires français en Algérie et en Tunisie; ils méprisaient leurs administrés ; jamais ils ne prononcent en leur faveur une de ces paroles de pitié, qu'on rencontre si souvent dans les lettres de Gordon et d'Emin. Ils considéraient le Soudan comme un lieu d’exil. Le gouverneur Churchid Pacha par exemple ne communique pas avec le monde extérieur: fiévreux, dolent, il reste à Khartoum, invisible, caché derrière les murs de sa maison (1).

L'ennui du séjour dans ce pays ne peut done être compensé que par l'argent qu'on en rapporte. Il y a entente entre tous les fonctionnaires, depuis le Pacha gouverneur jusqu'au dernier scribe de Moudirié, pour faire produire au pays le plus de talaris et le plus de piastres possibles. On imite l'exemple de Mohammed bey le Defterdar, qui pendant son séjour au Kordofan « s'était procuré des richesses immenses par ses déprédations (2) ». « Que ce soit par ruse où par violence le Turc ne pense qu'a exlorquer de l'argent », dit Werne(3), et Munzinger nomme le Soudan un « heu ou l'on se pourvoil (4) >».

Ils réussissent d’ailleurs : « comme les chefs turcs cherchent seuls [seulement] leurs intérêts » Cils deviennent généralement opulents par leurs déprédations (5). »

Plus tard Junker constatant l'épuisement du pays par

(1) Russeccer. Reisen, IP, p. 9.

(2) Tuisaur. Notes manuscrites.

(3) Feldzug von Sennar nach Taka, p. 103. — S. Exec. Nubar Pacha me disait un jour : « Avant tout le Turc veut de l'argent. »

(4) « Ein Versorgungsanslalt. » Ostafr. Studien, p. 10.

(5) Tuisaur. Notes manuscrites.

tous ces parasites trouvera la formule de ce régime, quand il le définira & un régime de sangsues, ein blulsaugiger Regiment (x) ».

La lecture des textes donne une impression d'ensemble sur ces fonctionnaires, sans que la personnalité des uns ou des autres se dégage bien nettement (2).

Toutefois 1l en est un, Achmed Pacha, gouverneur général de 1838 à 18/42, dont la figure apparaît avec un relief particulier. C'était un Carcassien : pareil à tant d’autres de ses compatriotes, qui firent fortune en Égypte, lors de la domination des Mamelouks. il avait été amené au Caire comme esclave. Devenu officier, sa conduite en Hedjaz, en Morée, en Syrie avait été si brillante, que Mehemet Ali en avait fait son gendre et son ministre de la guerre (3). IL arrivait donc au Soudan, muni d'une longue expérience nulitaire et administrative.

Doué d'une grande activité physique, 1l € n’aimait pas à s'asseoir »: dans ses courses à dromaduire, il prenait

une telle allure que ses cawass (4) ne pouvaient pas le

(x) Reiïsen, I, p. 110. — De même plus tard : « Emin s'exprimait très durement sur le compte de ces fonctionnaires importés du Caire » dans la province équatoriale. Jepnsox. Emin Pacha, p. 41.

(2) Voici, d'après le lieut.-col. Stewart, cité par Wingate (Mahdiism, etc., p. 526), la liste des gouverneurs généraux du Soudan sous Mehemet Ali : « 1822, Retour de Mohammed bey le Defterdar en Égypte, qui est remplacé par Osman bey; 1824, Mokhoo bey ; 1826, Kourchid Pacha; 1838, Achmed Pacha Abel Udan; 1842, Achmed Pacha Menikli ; 1845, Khalid Pacha ; 1849, Abdel Latif Pacha ; 1850, Rustem Pacha. »

(3) Were. Expedition zur Entdeckung, p. 27.

(4) Le Cawass est en Égypte et en Turquie un soldat qui remplit l'office d'ordonnance.

H. Denéraix. 11

suivre (1). De tous les gouverneurs du Soudan, il n'y eut que Gordon, qui eut son pareil pour égrener son escorte sur la route. Un jour, pendant l'expédition du Taka, Achmed voit un troupeau de gazelles passer à quelque distance du camp il saisit son fusil, saute à cheval, arrive à portée des gazelles, glisse à terre, tire trois coups de fusil et rapporte trois pièces (ans

Même activité sous le rapport intellectuel. Il attrait à lui toutes les affaires, se réservait de prendre toutes les décisions et comme 1l arrive, en pareil cas, se plaignait ensuite de n'être pas secondé (3).

Très vaniteux, 1l prétendait exceller en toutes choses, et posséder tous les talents. Un jour, à Khartoum, d’Arnaud lui rendait visite, Achmed avise de l’autre côté du Nil un vase en terre, prend son fusil, tire et fait voler le vase en éclats, sausfait d’avoir prouvé à d’Arnaud la justesse de son coup d'œil (4).

La haute opinion qu'il avait de sa propre valeur se traduisait dans la fierté de son allure. Un prince allemand en voyage élant arrivé à Khartoum, rendit visite au gouverneur. Werne assista à la fin de lJ’entrevue. Achmed Pacha, en grand uniforme, en tunique rouge dorée, rehaussée du croissant et des trois étoiles en brillants, reconduisait son hôte. Celui-ci se confondait en

remerciements, tandis qu'Achmed la main sur la poitrine,

(1) Werw£. Feldzug von Sennar, etc., p. 21.

(2) Id. Zbidem, p. 32.

(8) Werwne. Expedition zur Entdeckung, etc., p. 28-29. (4) D'Arnau». Journal, 29 mai 1841.

la tête à peine inclinée, souriait ironiquement devant les révérences exagérées et les salutations trop profondes de son visiteur (1). Ce pacha recevant de haut un princeallemand, c'était l’image d’un très ancien passé, d’une époque où le Turc était non pas € l'homme malade » mais un gaillard robuste et bien portant, d’une époque où 1l faisait l’effroi de l'Europe, au lieu d'en être réduit à accepter ses conseils et à subir ses remontrances.

Qu'il s’agit de ses affaires privées ou des affaires publiques, Achmed n'avait d'autre règle que son caprice. Un jour, 1l a besoin de la barque de d’Arnaud amarrée au quai de Khartoum, il la réquisitionne sans même s'informer si celui-c1 a un logement en ville (2). Une autre fois, à minuit, 1l envoie chercher d’Arnaud « par quatre soldats pour lui arracher une dent qui le fesait beaucoup souffrir (3) ». En septembre 1841, il avait été décidé qu'une nouvelle expédition d'exploration serait envoyée sur le Nil Blanc. La date du départ était encore incertaine. Le 26 septembre « vers les 11 heures du soir une idée de départ est venue à S. E., il a aussitôt ordonné de ce f{sic) préparer ». Le lendemain 27, € au jour, $. E. vient hater de sa présence les partants (4) ».

ne perdait pas une occasion de manifester son autorité. Il faisait quotidiennement distribuer les coups de bâton et de courbache avec tant d'aisance que tout naturellement

(1) Werxe. Feldzug von Sennar, p. 11.

(2) D'Arsacp. Journal, IT, 18 mai 184t.

(3) Id. Zbidem., 12 mai 1847.

(4) D’Arnaup. Journal, 27 septembre 1841.

Werne compare le Soudan à la Russie (1), à la Russie de Nicolas FE.

Il terrorisait les fonctionnaires égyptiens, qui en sa présence devenaient muets et stupides (2).

Avec les fonctionnaires européens au service de Mehemet Ali, 1l s’abstenait de voies de fait, mais il ne leur ménageait pas les avanies. Témoin d’Arnaud qui, victime de ses insolences et obligé de se taire, puisque deux mille kilomètres le séparaient de la protection du consul de France, épanchait sa colère sur son papier.

Un jour, par exemple, d’Arnaud manifeste l'intention de faire des recherches archéologiques aux environs de Khartoum, Achmed les lui interdit, et déclare « qu'il importe peu à Mehemet Ali de savoir quelles sont les pierres des environs, que lui-même le sait et que cela suffit (3) ». Le 27 septembre 18/41, jour du départ de la troisième expédition d'exploration sur le Nil, d'Arnaud écrit dans son journal: € Ce matin, j'ai été prié le pacha g° de Gartoum pour retarder de quelques heures, que J'avais encore deux observations du 4 à faire pour régler la montre marine (4). Il m'a répondu qu'il n'avait pas besoin d'observation à Gartoum, qu'il la [la longitude] connaissait (9) ».

QG) Werxe. Expedition zur Entdeckung, etc., p. 33.

(2) Id. Zbidem, p. 28-29.

(3) Journal, IT, Préface.

(4) Opération ayant pour objet d'obtenir une longitude ou une latitude.

(5) D'Arnaud ajoute : « Ho cruche! ho Turcs !! » Journal, If, 27 septembre 1841. — Variante : « Il nous répondit très sèchement que ce lieu il le connaissait que lui en était le soleil (?) et qu'il fallait partir. » Journal, IH, 27 septembre 18417

Or ce personnage aimait passionnément l'argent. Il déclarait souvent que tout succès dépend d’une grosse fortune ; il professait que Mehemet Ali devait son élévation à son habitude de considérer d’abord en tout affaire les avantages financiers (1). Telle était son avarice, qu'il mettait ses gens à la portion congrue, et ne leur donnait qu'un seul mouton par jour, alors que son prédécesseur, Churchid Pacha, en faisait quotidiennement abattre douze à quatorze (2). En arrivant à Khartoum, ilencaissa une grosse somme en s'emparant de toute la fortune de certains comptables, dont il fit vérifier les écritures par des gens à sa dévotion, qui y découvrirent naturellement les preuves

de beaucoup de malversations (3).

Les procédés d’exaction habituels à la fiscalité turque furent donc très rigoureusement appliqués aux populations soudanaises par tous ces fonctionnaires.

Le Soudan fut exploité par des moyens aussi nombreux que variés.

Notre connaissance du Soudan oriental avant 1820 est si superficielle que nous ignorons dans quelle mesure en matière financière, le gouvernement égyplien innova ou se conforma aux usages qu'il trouva établis. Mais dans

chaque pays, quel que soit le régime du jour, certaines

(G@) Wgrxe. Expedition zur Entdeckung, p. 28-29. (2) Id. Zbidem.

(3) Weuxe. Expedition zur Entdeckung, p. 30-81.

taxes forment nécessairement la base du système fiscal : elles s'imposent au pouvoir par le genre de vie des habitants et la nature des productions naturelles. De même, après 1883, ni le Madhi, ni le calife Abdullah son successeur, n'ont beaucoup modifié dans ce même Soudan oriental le système établi par le gouvernement égyplien. Ils ont maintenu, par exemple, la taxe de capitation (1). De l'enquête qui vient d’être faite dans la province de Dongola, depuis sa réoccupation en 1896 par les troupes égypto-anglaises, il résulte que les Mahdistes continuaient aussi à percevoir, comme précédemment, l'impôt sur les saquiés et l'impôt sur les dattiers (57:

Voici les principaux impôts qu’on perçut après la conquête :

Impôt personnel de 20 ou 30 piastres (3) :

Impôts fonciers sur les terres dites gherouf, en bordure sur le Nil, et recouvertes par l’inondation, ainsi que sur les terres dites ghezayer, où ilots du Nil, et cultivées en maïs, froment, légumes, après le retrait de l’eau : surles terres dites nakda, les plus voisines du Nil cultivées à me-

sure que le soleil les desséchait, par des noirs réfractaires

(1) Personne n’en est exempt, pas même les enfants nouveau-nés. Il doit êlre acquitté à la fin du mois de Ramadan. SLaTIN. Feuer und Schwert in Sudan, p. 376.

(2) L'impôt sur les dattiers, qui était de 2 piastres égypt. (o fr. 50) par arbre en 1885, époque de l'évacuation du Dongola par le gouvernement égyptien, avait été porté par le calife Abdullah à piastres 1/2 (o fr. 62 x H2)* Extrait d'un rapport de M. Clinton E. Dawkins, conseiller anglais près le gouvernement égyplien. £gyptian Gazette, 31 mars 1897.

(6) Werxe. Feldzug von Sennar, p. 63. — PENEy. er. d'Ethnogr., I

p. 4oë.

au paludisme : sur les terres dites seloula, éloignées du Nil el arrosées seulement par la pluie (1): sur les terres arrosées par les saquiés, où appareils à monter l’eau ;

Impôts sur les dattiers, cet impôt était surtout productif dans la moudirié de Dongola :

Impôts sur les immeubles à Khartoum, et dans les gros bourgs comme Obeïd, Berber, etc. ;

Impôts sur le bétail des nomades :

Taxes sur les barques du Nil :

Droits d'adjudication, de bacs, de marchés, de eriées, d'enregistrement, de hodgets, ou titres réguliers de propriété, délivrés par les Mekhemehs du Soudan (2) :

Produit des amendes et des contraventions.

Ces impôts étaient perçus en argent ou en nature. Les agents du fisc préféraient de beaucoup le premier de ces deux modes de paiement, et au Kordofan par exemple, ils ne recevaient les bœufs que si le contribuable n'avait pas le moyen de s'acquitter en espèces (5). Mais au Soudan il n'y avait guère de monnaie en cours, au moment de la conquête (4). Il est plus facile, dit Pallme, de trouver au

Kordofan un esclave qu’un dollar d'argent (5). Encore q 8

(1) Nous ignorons de combien ces différentes terres étaient grevées à l’époque de Mehemet Ali. Mais, en 1882, elles payaient respectivement : gherouf et ghezayer, 25 piastres égypt. (6 fr. 25) par feddan ; nakda, 20 p. ég. (5 fr.) ; selouka, la dime du rendement. Caeru. Le Nil, p. 107.

(2) Les Mekhemehs étaient des tribunaux réglementant au Soudan, comme en Égypte, les mutations de propriétés, les mariages, les divorces, les contestalions relatives aux successions. Caézu. Le Nil, p. 106.

(3) Parce. Travels, p. 37.

(4) Pocxcer Muskau. Aus M. Alis Reich, Il, p. 68-09.

(5) Travels, p. 39.

en 1880, Slatin n'en voyait que très peu au Darfour, et seulement entre les mains des nomades, qui accompagnaient à Siout les caravanes de marchands (x). Mehemet Ali reprochait à Churchid Pacha, de ne pas lui envoyer plus d'argent, mais le gouverneur lui répondait : Quand mes Sennariens culliveraient dix fois plus qu'ils ne le font, ils n'auraient jamais que des grains et des bestaux et point d'argent à vous donner (2) ». |

L'impôt était donc payé en poudre d’or dans les districts aurifères, et ailleurs en gommes, en esclaves, en grains et en bétail.

Le gouvernement recevait le quintal de gommes pour 00 piastres (12 fr. 00) (3), un esclave adulte pour 190 à 300 piastres (37,50 à 75 fr.) (4).

Une parte du bétail était dirigé sur l'Égypte. Le nombre de bœufs envoyés ainsi du Soudan variait d’une année à l’autre. C’est pourquoi les chiffres que donnent les textes diffèrent entre eux : il est question dans un passage de Pallme de huit mille bœufs et de douze mille dans un autre (5), de quinze ou vingt mille dans un mémoire de

d'Escayrac de Lauture (6).

(1) Fouer und Schwert in Sudan, P- 84.

(2) Brun Rozrer. Bull. Soc. géogr., 1855, "IX, P. 367. « Mohammed Aly Pacha écrivait une fois au gouverneur général Khourchid Pacha : « Je ne conçois pas comment chaque fois que je te demande des tributs, tu m'objectes la pauvreté des sujets que je l'ai donnés à gouverner ; ils ont deux Nils tandis que je n'en ai qu'un; fais travailler ces paresseux comme je fais en Égypte et ils deviendront riches. »

(3) D'Escayrac pe Laurure. Bull. Soc. géogr., 1850, P- 399.

(4) Parrue. Travels, P- 39.

() Travels, p 37, 130.

(6) Bull. Soc. géogr., 1850, p. 398.

Il semble qu'en 1838, Mehemet Ali ait ordonné de suspendre ces envois. Plus tard cependant ils recommencèrent. En 1844, le bétail d'Égypte fut décimé par une épizoolie : on fit appel au Soudan pour le renouveler, et d'immenses troupeaux, quarante-cinq mulle bêtes selon d'Abeken, s’acheminèrent vers le nord (1).

Des postes de repos avaient été, par ordre de Mehemet Ali, établis tout le long du parcours que suivaient les troupeaux. Abeken logea au petit village d'Abou Dom, sur la rive gauche du Nil, chez « le préposé au bétail » et vit à proximité un grand nombre de stalles à bœufs. De même le vestibule du grand temple de Denderah en Haute-Égypte avait été transformé en une vaste étable (2). Dans ces gîtes d'étape les animaux devaient se reposer, et trouver du fourrage et de l’eau. Malgré ces précautions, beaucoup d'animaux périssaient en route (3) et les Européens qui voyaient arriver les survivants en Égypte étaient frappés de leur état de fatigue et de maigreur (4).

Qu'ils fussent perçus, en bétail, en grains, en poudre d’or, ou en argent monnayé, ces impôts pesaient lourdement sur le Soudan. En 1857, Saïd Pacha déclarait publi-

quement qu'on ne pouvait à bon droit imposer une saquié

(x) Verhandlungen der Gesell. f. Erdk zu Berlin, 1848, p. 144.

(2) Asekex. /bidem.

(3) ABexen. /bidem. — Parcs. Travels, p. 37. — De Laurure. Bull. Soc. géogr., 1850, p. 398.

(4) Asekex. /bidem. — Pucxrer-Muskau. Aus M. Alis Reich, IL, p. 68. — Pallme insinue que les « préposés au bétail » détournaient à leur profit une partie importante des sommes qu'ils touchaient pour acheter le fourrage. Ainsi les animaux ne trouvaient pas à se refaire, en arrivant à l'étape.

Travels, p. 130-1.

au delà de 200 piastres (1). Or en 1837, chaque saquié payat au Dongola 302 piastres par an (78 fr. 50) (2), et vers 1853, 300 piastres (91 francs) (3).

Le gouvernement exigeait les paiements d'une manière rigoureuse, et n'accordait jamais de dégrèvement. Les versements de poudre d’or provoquaient toujours des scènes tragiques. Si le cheik de la tribu n'apporlait pas intégralement la quantité d’or fixée, 1l était fustigé sans merei (4). En 1837, la sécheresse sévit à l’ouest du Nil, et les nomades perdirent un grand nombre de bêtes à cornes, leur seul avoir. Néanmoins, cette année-là, le gouvernement augmenta leurs charges, bien loin de les diminuer en raison des circonstances (5).

Non seulement ces impôts pesaient lourdement, mais le mode de perception en aggravait encore le poids. Les agents du fise s'enrichissaient par la fraude aux dépens du contribuable : « Les Turcs qui perçoivent les contributions ont des poids exacts pour livrer au gouvernement et de faux pour recevoir du malheureux qui a pesé son or chez lui, et lorsqu'il est au divan, il faut qu'il y ajoute quelquefois jusqu’à un quart d’once. » Aussi les habitants

cherchent-ils à ne pas payer l'impôt en or (6).

(1) Ordres de Saïd Pacha, Cités par AgBate. De l'Afrique centrale, etc., p. 30.

(2) Horroyp, cité par Bowrinc. Report on Egyÿpt., p. 200.

(3) Peney. Rev. Ethnogr., I, p. 408.

(4) Werxe. Expedition zur Entdeckung, p. 30.

(5) Russeccer. Reisen, IP, p'Arre:

(6) Lettre de M. Lefèvre, ingénieur français à Mohammed Alipolis (Fazoql),

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