LES RAZZIAS
De forts conlingents de troupes prenaient part à ces razzias. L'expédition qui partit d'El Obeïd en novembre
1838 était ainsi composée : 2,400 fantassins, 750 mogre-
bins, 200 hommes de cavalerie irrégulière, 300 hommes à dromadaire, 1,200 indigènes armés seulement d’un boucher et d’une épée, trois pièces de canon (1). La colonne. de 1844-45 était forte de 6,000 hommes.
Ces expéditions constituaient de vraies campagnes. Celle de 1844-45 accomplit soixante-dix-sept étapes. Elle quitta le Nil bleu en face de Moullin, s’avança vers le sud entre les deux Nils, franchit deux fois le Sobat, fit le siège du mont Kéli, traversa le Bertât, le Kamamyl, le Fazoql et revint à son point de départ (2).
Parfois les nègres attaqués n’opposaient aucune résistance : le chef du village s’entendat avec le commandant égypüen et lui hvrait un certain nombre de captifs : quelquefois ils s’enfuyaient devant les Égyptiens : le plus souvent au contraire ils se défendaient avec la plus extrême énergie : les Égyptiens alors donnaient l'assaut au village, ou bien en faisaient le siège attendant le moment où l’absencé de vivres et d’eau obligerait les habitants à se rendre (3).
De ces expéditions, les Égyptiens rapportaient des bœufs,
des moutons, des chameaux et surtout des esclaves (4).
(1) Pazzue. Travels, p. 326.
(2) Lettre de Perron. Bull. Soc. géogr., 1845, IV, p. 165-G.
(3) Voir Parzme. Description of a slave hunt in the years 1838 and 1839. Travels, p. 326.
(4) En 1836, Moustapha bey ramène du Dar Nouba 2.187 esclaves. Hornoyp. loc. cit.
17h L'EXPEOITA TION D'UNS OU D'AM
« Les femmes, les enfants, les hommes sont conduits d'étape en étape. Le gouvernement ne les nourrit point. Ce sont les villages qui sont sur la route, qui doivent fournir des vivres. Le nombre de ces prisonniers ne doit jamais être moindre jusqu’au lieu de leur destination : aussi celui qui est chargé de cette noble conduite a-t-1l le soin de couper les oreilles à ceux qui succombent de leurs fatigues, en font un chapelet, et au rendu de compte tant de vivants. tant de paires d'oreilles complètent sur les grands livres du gouvernement le nombre des victimes (1). »
Lors de leur arrivée, à EI Obeïd, à Kassala, à Kharloum, à Sennar, bêtes et hommes étaient marqués au fer rouge (2).
L'usage de ces razzias s'établit si régulièrement au Soudan que le gouvernement en escomptait les produits non comme une ressource aléatoire mais comme une recette normale. La superficie de territoire, sur laquelle elles furent exercées, s’accrut en proportion de l'extension de la dominalion égyplienne. Plus tard les Européens gouverneurs de province qui réprouvaient ces procédés fiscaux à cause des violences et des cruautés qu'ils entrainaient, furent inca-
pables de les abolir (3).
(1) Tuisaur. Notes manuscrites. — Cf. Rurrer, Reïsen in Abyssinien, I, p. 27-28.
(2) Werne vit à Kassala, chez le Topchi Bachi des étoiles en fer, avec lesquelles les captifs ramenés de la prochaine razzia devaient être marqués sur l'épaule. Feldzug von Sennar, p. Gr.
(3) Renseignement oral de Mason Bey. — Bucnra. Der Sudan, etc., p. 143. — Dans la province équatoriale, Emin empécha les razzias d'esclaves, mais non les razzias de bétail.