‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 64 sur 130 · AU XVII° SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU XVII° SIÈCLE

dont la réunion constituait le Nil: et les seconds faisaient sorur de ces deux lacs plusieurs fleuves, aboutissant à un troisième lac donnant naissance au Nil. Négligeant ces anciennes opinions, on se conformait aux vues des Jésuites portugais et en particulier de Paez, et de Jerome Lobo, qui avaient eu toute facilité pour voyager en Éthiopie de 1600 à 1640 environ (1). Ils prétendaient que le Nil est le cours d'eau qui sort d'Abyssimie, et comme ils en avaient vu l'origine, 1l fut admis que les sources du Nil étaient découvertes (2).

Telles étaient alors les idées dominantes (3), et en particuber celles du géographe Guillaume Delisle, qui Jouissait en son temps d’une grande autorité. Delisle lut le 14 novembre 1708 devant l’Académie des sciences un mémoire intitulé : Conjectures sur la position de l'Isle de Méroé (4). Son opinion se manifeste nettement et pour ainsi dire, d'une manière graphique, sur la carte qui accompagne le

Mémoire. Le Nil bleu est marqué d’un trait extrêmement

(x) Les jésuites et missionnaires portugais pénétrèrent librement en Éthiopie sous les règnes de Yaqob (1604-5) et de Sousnyos (1605-32), mais sous Fasiladas (1632-65), ils furent expulsés. René Basser. Études sur l'histoire d Éthiopie, Pac;

(2) « [leur [aux Pères Jésuites] était réservé d'éclairer ce païs et de nous en donner une pleine et entière connaissance. C'est à eux que nous sommes redevables de la découverte des sources du Nil que le P. Pays et le P. Lobo ont vues de leurs propres veux. » Le Gran. Préface de la Relation historique d'Abissinie du R. P. Jérôme Lobo, p. x. — Cf. la carte d'Abyssinie, qui accompagne le texte.

(3) Nous disons « dominantes » et non « unanimement adoptées », car sur la carte d'Afrique de Jacob von Meurs (1668), par exemple, les deux lacs de Ptolémée, d'où le Nil s'écoule sont encore représentés,

(4) Mémoires de l’Académie des Sciences, 1708.

fort, alors qu'un autre fleuve situé à l’ouest est seulement indiqué d’un trait fin. Les mots : Nil, Nil, Nil jalonnent le cours du premier. Le texte n’est pas moins affirmatif que la carte : € La souree du Nil, qui a été si longtemps et si inutilement cherchée par les anciens est à 12° de latitude septentrionale (1) », et plus loin: « Les sources du Nil sont sans contestation au milieu de ce royaume [de Gojam] (2). »

Cependant, au moment même où Delisle se prononçait d’une manière aussi nette. Benoit dé Maillet recueillait au Caire des renseignements contraires à l'opinion régnante. Il n'ose pas encore avancer que le Nil blanc est le vrai Nil, mais 1l en vante l'importance : € La rivière blanche... est au moins aussi considérable que le Nil, quoiqu'’elle vienne perdre son nom dans ses eaux (3) ».

Contrairement à ses contemporains, 1l n’admire pas sans réserve les découvertes portugaises : et il estime que le dernier mot n'est pas dit sur les sources du Nil.

Présentant au comte de Pontchartrain deux candidats à la direction de la mission qu'on se propose en 1702 d’envoyer en Ethiopie, François Lacombe, marchand français, né au Caire, et M. du Roule, vice-consul du Roy à Damiette, 1] se montre favorable à ce dernier parce qu'il l'estime plus capable que son concurrent de rapporter des ren seignements sur l’origine du Nil. € M. du Roule a par-dessus M. Lacombe

la naissance, le cœur et l’éducation outre un sçavoir et une

(1) Mémoires de l’Académie des Sciences, p. 367.

(2) {bidem, p. 368.

(3) Le Mascrrer. Description de l'Égypte composée d'après les Mémoires de M. de Maillet, p. 4r.

Corti Ü Désert de N Bihouda

Fic. IV. — Les Sources du Nil d'après Delisle. 1708.

On remarquera que Delisle considère comme le vrai Nil celui que nous appelons Nil Bleu, qu'il en place les sources dans le Gojam et qu'il attribue évidemment peu d'importance au Nil Blanc.

Cette carte a été dressée d’après celle qui figure dans les Mérnoires de V Académie des Sciences, 1708.

AU XVIII SIÈCLE 223 curiosité qu'il mettra en usage en enchérissant l’histoire de mils observations sur le cours et l’origine du Nil, en sorte que si son voiage ne réussissait pas pour la relligion, il ferait toujours honneur par l’autre endroit à la dépense que son voiage aurait cousté (1) ».

De Maillet avait seulement insinué. D'Anville affirme (2). Il ne s'attarde pas à discuter si les sources du fleuve qui sort d'Abyssinie ont été ou n’ont pas été découvertes. Il ne le considère pas comme le Nil, mais seulement comme Q une des rivières, qui descendent dans le Nil (3). » A ses yeux, le véritable Nil est un fleuve « dont le cours vient de plus loin vers le couchant » et qu'il nomme Babr el Abiad ou Rivière blanche.

Pour affirmer son existence, 1l s'appuie sur le témoignage des anciens, d'Edrisi, d'Aboulfeda et de Benoît de Mallet. Si on lui oppose qu'il est vraiment étrange que les voyageurs européens qui ont gagné l’Abyssinie par la vallée du Nil n'aient pas même mentionné un cours d’eau, à son avis cependant si important, il pare finement l’objectüion. Leur silence s'explique facilement, dit-il. La route habituelle des caravanes qui vont du Sennar en

igyple el réciproquement ne suit pas toujours fidèlement

(1) Mémoire sur le deissein d'envoyer un ambassadeur en Éthiopie. AT. Etr. Le Caire, 3 mai 1702.

(2) Il faut d’ailleurs remarquer que d'Anville n'a soutenu ouvertement cette nouvelle opinion qu'entre 1752 et 1754, car d'après la Carte de l'Éthiopie orientale, située sur la mer des Indes entre le cap Guardafui et le cap de Bonne Espérance, datée d'août 1727 et insérée dans la Relation historique d'Abissinie de Jérôme Lobo, il est visible qu'il adhère encore aux idées de Delisle.

(3) Mémoire cité, p. 46.

le Nil. Elle s’en éloigne entre Arbagi et Gherri. Or, c’est précisément entre ces deux points que le fleuve d’Abyssinie et le Bahr el Abiad s'unissent. Il est naturel que ce confluent n’ait point encore été décrit, car & on ne doit pas attendre des voyageurs, dont le motif principal dans leurs courses n’est pas d'enrichir la géographie, et qui considèrent à peine les lieux de leur passage: qu'ils s'inquiètent beaucoup sur ce qui s’en écarte (1). »

Voici donc le raisonnement de d’Anville. Le Bahr el Abiad est le vrai Nil. Or « ses sources sont encore cachées pour nous dans une partie de l’intérieur de l'Afrique plus reculée que celle dont on a récemment acquis quelque connaissance (2). » Donc les sources du Nil sont inconnues.

Telle la question avait été présentée par d’Anville, telle elle resta posée pendant un siècle. Tant qu'on ne sut pas d'où venait le Bahr el Abiad, on considéra qu’on ne connaissait pas les Sources du Nil. James Bruce, il est vrai, essaya de donner le change à l'opinion et de l’entrainer à sa suite sur une fausse piste, en soutenant de nouveau que le véritable Nil sort d’Abyssinie, et que le Bahr el Abiad n’en est qu'un affluent (3). Sur sa carte, il diminue l'importance de celui-ci, le fait courir à côté du fleuve Bleu comme une rivière négligeable et le prolonge peu vers le sud. Comme il laisse complètement dans

l'ombre les travaux de ses prédécesseurs portugais, et

(1) Mémoire cité, p. 5g-6o.

(2) Mémoire cité, p. 46.

(3) « Ce fleuve (le fleuve Blanc), dit-il, se jette dans le Nil. » Voyage en Nubie, IV, p. 619.

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Ed.Cberlin, Gr.

Fic. V. — Les Sources du Nil d'après d'Anville. 1752-54.

On remarquera l’importance donnée par d’Anville à la « Rivière Blanche », qu’il considère comme le vrai Nil.

Cette carte a été dressée d’après celle qui figure dans les Mémoires de littérature tirés des registres de l’Académie royale des Inscriptions et belles lettres, t. XXVI

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