‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 65 sur 130 · AU XVIII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU XVIII* SIÈCLE

affecte de se croire le premier européen ayant vu les sources du fleuve Bleu, il se donne avec emphase comme le découvreur des sources du Nil. € Quoique je ne sois qu'un simple particulier, qu'un simple anglais, je triomphais dans mon imagination et des Rois et de leurs armées, et toutes mes réflexions m'énorgueillissaient de plus en plus (1).

Néanmoins, l'opinion avancée par d’Anville continua à prévaloir.

Seul, parmi les auteurs qui comptent, Burckhardt, jouant sur les mots, déclare que Bruce est autorisé à prétendre avoir découvert les sources du Nil, puisque les Arabes considèrent comme Nil le fleuve qui sort d'Abyssinie (2). Mais Burckhardi est égaré ici par cette anglomanie passionnée, qui parfois troublait l’entendement de cet explorateur, d'ordinaire si judicieux. Browne au contraire est si éloigné d'admettre que Bruce ait résolu le problème, que pendant son séjour au Darfour un de ses plus vifs désirs était d'accompagner l’une des expéditions de chasseurs d'esclaves, qui partait pour le sud, dans l'espoir « d'approcher de sa source [du Nil} pour en déterminer la latitude et la direction (3) ».

Cailliaud ne soutient pas moins résolument contre Bruce les idées de d’Anville : &« On peut regarder aujourd'hui

(1) {bidem, WI, p. 684.

(2) Burcxnarpr. Travels, p. 350.

(3) Browxe. Travels, p. xvi. — Sur sa carte (1 709), Browne place les Monts de la Lune par 7° 8° lat. N., ce qui s'accorde admirablement avec l'opinion alors dominante qu il existait une terrasse sud- africaine nn un front montagneux ininterrompu. Supan. Pelermann Mitt., 1888, p. 17

H. DenERax. 15

comme certain que les sources vues par Bruce en Abyssinie et qu'il a prises pour les sources du Nil sont. en dernier résultat, celles du fleuve Bleu. Le vrai Nil est le fleuve Blanc, dont le cours très étendu prend, suivant toute probabilité, son origine dans les montagnes dela Lune(r)». Jomard résumait nettement ee débat quand il écrivait : « Lorsque J. Bruce en 1788 publia son voyage d’Abyssinie, où il donnait le Bahr el Azrag (ou rivière Bleue) comme le vrai Nil, son opinion fut vivement contestée, el depuis elle a été constamment mise en oubli par les cartographes, qui continuaient tous à placer les sources dans le sud-ouest (2). »

Si de 1760 à 1830, la question des sources du Nil préoccupe les savants, si elle fait souvent en particulier le sujet des entretiens des membres de l’Institut d'Égypte, et notamment de son secrétaire perpétuel Fourier (3), néanmoins la curiosité s’attachait de préférence alors à d’autres problèmes géographiques.

La seconde moitié du xvin* siècle est l’époque des grands voyages maritimes. Bougainville découvre dans l'Océan Pacifique la Nouvelle Cythère(h) et les Grandes

(1) Voyage à Meroë, Il, p. 199. — Bruce n'était pas soutenu davantage par ses compatriotes : « Cette grande question (les Sources du Nil) reste encore en dépit de Bruce, in spite of Bruce, toujours au même point. » W. Marrix Lake. Journal of the R. Geographical Society, 1832, p. 25

(2) Bull. Soc. Géogr. Paris, 1842, II, p. 370.

(3) bid., 1856, Il, p. 267-8. — Les membres de l'expédition d'Égypte pensèrent même à entreprendre une exploration : « quelques-uns des voyageurs de l'expédition auraient sans nul doute remonté le fleuve par la branche de l'ouest, si les événements de la guerre l'eussent permis. » Jomarp. Ibid., 1848, X, p. 304.

(4) Taïti.

Page 1