AU COMMENCEMENT DU XIX° SIÈCLE
Jamais l'exploration du Soudan Oriental n'avait été entourée de conditions aussi favorables. En Égypte, aux Mamelouks intolérants s'était substitué un souverain « musulman en apparence, mais au fond sans fanatisme, et prompt à reconnaître la supériorité de l'Occident », disposé à & faire régner l'esprit moderne sur cette terre exceptionnelle, qui ne saurait sans un détriment extrême du bien général, appartenir à la barbarie (1) ».
Elle était arrivée l'époque désirée et annoncée par Benoit de Mallet, où la vallée du Nil appartiendrait à une «domination sous laquelle il serait possible de visiter en liberté le pays et de fouiller dans les ruines (2) ».
Les Européens qui débarquaient à Alexandrie étaient non seulement assurés de recevoir un accueil bienveillant de la part de Mehemet Ali, mais encore illeur était possible de s’avancer sans danger à une distance considérable du littoral de la Méditerranée.
Enfin on savait que le problème géographique des sources du Nil avait excité la curiosité des fils du Pacha. Ibrahim, second fils de Mehemet Al, développa à Cailliaud, au cours d’une entrevue qu'ils eurent ensemble
le 24 octobre 1821, tout un plan de voyage: « Nous
(1) Ernest Rexax. Réponse au discours de réception de M. de Lesseps. Recueil des discours de l'Académie française, 1880 1889, 2€ partie, p. 19.
(2) « IL est comme impossible d'aprofondir sous ce gouvernement les faits d'antiquité que M. de Lisle a marqué dans ses mémoires, et la pluspart des éclaircissements qu'ils désire sont sans doubte réservés à une autre domination sous laquelle il sera possible de visiter en liberté le pays et de fouiller dans les ruines. » De Maillet à Pontchartrain, 30 novembre 1501. AT. Etr. Le Caire,
explorions le fleuve blanc sur des barques bien armées et de petits canots en grand nombre qui auraient pu se transporter facilement, au cas où des cataractes auraient entravé la navigation. Cette flottille remontait le fleuve et ses principales branches jusqu'aux sources (1). »
Ismaïl avait des projets aussi arrêtés que son frère. Le jour où Cailliaud prit congé de lui (le 18 février 1822), il lui parla en ces termes : « Allez en France, lui dit-il, publiez vos matériaux et revenez en Égypte. Complez bien que mon père ne s'en tiendra pas aux tentatives infructueuses que nous avons faites. Il déploiera des forces moins insignifiantes et je vous conduirai moi-même aux sources du fleuve Blanc (2). »
A la vérité, depuis que le Pacha d'Égypte dominait au Soudan, plusieurs voyages avaient été tentés sur le Nil blanc ou le long de ses rives. En 1824, Hay et Hôchst l'avaient remonté à une petite distance au delà du Ras el Khartoum (3). En 1827, Linant de Bellefonds parvint jusqu’à ET Aës (4). Entre 1828 et 1831, une reconnaissance encore plus lointaine fut opérée par un Kachef, nommé Ibrahim, qui en dirigeant une razzia tra versa le pays des Chil-
louks, celui des Denkas et s'arrêta en un point où le Nil
(1) Carzrraun. Voyage à Meroë, etc., II, p. 325.
(2) Carrcraup. Voyage à Meroë, IIT, p. 65-66.
(3) Ruprec. Reisen in Nubien, p. 171. — Supax. Peterm. Mitt., 1888 p. 174.
(4) Le voyage de Linant avait d'abord été imprimé seulement pour les membres de l'Association africaine de Londres. Le secrétaire, W. Martin Leake, en publia un résumé. Journal R. Géogr. Soc., 1839, p. 171-190.
ue Greenwich 30
© El Obeïd
Mt Che
,boun
te DUT me GT
Ÿ DENKAS
Fic. VI. — État des connaissances sur le Nil blanc en 1832, après les voyages de Hay et Hôchst en 1824, celui de Linant de Bellefonds en 1827 et la reconnaissance accomplie par le kachef Ibrahim entre 1828 et 1831.
Cette carte a été dressée d’après celle publiée dans le Journal of the R. Geographical Society, 1832.