‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 77 sur 130 · PREMIÈRE EXPÉDITION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE EXPÉDITION

très accueillants. Ils apportaient aux Égyptiens des bœufs et des moutons en telle quantité que fréquemment ceuxei avaient surabondance de vivres (1). Ils chantaient, dansaent, levaient les bras au ciel (2). Thibaut conclut de ces signes que ces peuples des bords du Haut Nil considéraient les Égyptiens comme des € envoyés des dieux ». Thibaut n'entendait pas leur langage: 1l est donc difficile de dire si ces démonstrations reposaient sur quelque idée d'ordre religieux. Mais il est certain que jamais les indigènes n'attaquèrent l'expédition, et qu'au contraire ils furent très prévenants.

Les Égyptiens cependant firent le coup de feu à tout propos et sous le moindre prétexte. Un jour, c’est parce qu'ils croient qu'on leur apporte une chèvre empoisonnée (3), un autre, parce qu'ils supposent qu'on ne veul pas les laisser passer. Le Bimbachi Selim essayait de s’opposer à ces actes de violences, mais le kachef Soliman s'y complaisait. Q Il faut semer la terreur, disait-il à Thibaut, la route que nous parcourons sera ensuite plus facile (4). » Chez les Keques, les Égyptiens pillèrent des

Sobat. Pendant l'expédition anglo-égyptienne de Dongola (1896), cette expression a été appliquée par la presse politique à la section du Nil comprise entre Dongola et Ouady Halfa. C'est là évidemment un contre-sens de nomenclature géographique.

(x) Tarsaur. Journal, p. 58-60.

(2) Id. Zbid., p. 47.

(3) Tarsaur. Journal, p. 48. — « C'est ici encore un lieu de prouesses du cachef dans la première expédition. Ils tuèrent à coups de fusils les naturels qui leur chantaient des supplications. » Pays des Kèques. D'ArnauD. Journal, 27 décembre 1840.

(4) Journal, p. 55. — « Suleiman cachef s'amusait à lirer sur les naturels

villages et s’emparèrent des misérables ressources des indigènes : viande de crocodile et poisson sec. Ils firent du feu avec les pirogues (1).

Ils enlevèrent aussi quelques femmes. Pendant le second voyage, d'Arnaud ayant tué une guenon qui tenait un pelit, assiste à l’agonie de la mère et entend les cris lamentables du petit. & L’analogie de ce fait me rappelle, dit-il, que le cachef ture qui est avec nous se procurait l’année passée des enfants et des filles noires par le même moyen chez ces peuplades ignorantes (2) ».

Le 6 mars 1840, à l'embouchure du Sobat, Soliman partit pour la chasse aux pintades. Il revint avec quatre femmes, après avoir tué un homme qui était avec elles. «Ce furent là les pintades du kachef » (3). Toutes ces femmes étaient réunies dans une barque que Thibaut nomme

le dépôt, et ramenées à Khartoum.

La flottille de la deuxième expédition comprenait 11 embarcations d’après d'Arnaud (4), 10 selon F. Werne (5). Une des dahabiés, revenue de la première expédition, fut

gardée à Khartoum par Achmed Pacha pour le service de

pour voir, comme il le disait naïvement, si la visée de son fusil était toujours juste. » D’Arnaud à Jomard, 24 août 1849.

() Tuisaur. Journal, p. 52

(2) Journal, Il, 10 avril 184r.

(3) Tarsaur. Journal, p. 92.

(4) Carte du Babr el Abiad, note.

(3) 7 dahabiehs, 2 caïasses, 1 petit canot. Werxe. Expedition zur Entdeckung, p. 25.

son harem. Il la remplaça par un bateau de transport qu’on nomme caiasse. Il ÿ en avait une seconde semblable, et ces lourdes caïasses, incapables de suivre les dahabiés, furent pendant le voyage une cause constante de retard (r).

On adjoignit aux équipages un corps de troupe (2). Les deux officiers égyptiens qui avaient commandé la première expédition, le Bimbachi Selim et le kachef Soliman, prirent également part à la seconde. Selim était chef de la flottülle, et Soliman chef des troupes embarquées. Néanmoins ils ne semblent pas être restés, comme naguère, exactement sur le même rang. Selim avait, dit Werne, la direction générale de l'expédition (3).

Quatre Européens y figurèrent: les deux ingénieurs d’Arnaud et Sabatier, Thibaut spécialement préposé à la récolte des objets de collection, Ferdinand Werne qui voyageait en amateur et à ses frais (4).

D'’Arnaud eut exclusivement la direction scientifique de

l'expédition. IL avait & pour principe de ne se meller

(x) « Le temps que nous avons perdu en navigation avec la caïasse que nous a colloqué Hachmet Bacha, à la place de la Dabié n° x qu'il a prise pour le service de son harem, furque, toujours turc! » D'ArNaAuUD. Journal, 25 janvier 1841.

(2) D'Arnaud donne les chiffres suivants : 600 hommes. Carte du Bahr el Abiad, note ; Go canonniers turcs, 50 ouvriers militaires, 250 soldats. Bull. Soc: Géogr., 1881, I, p. 22. Il prête à Achmed Pacha, lors de l’armement de la troisième expédition, le propos suivant : « Donnez leur 150 soldats, comme la précédente fois. » Journal, IIT, Préface. — Werne donne le chiffre de 250 soldats. Expedition zur Entdeckung, p. 25.

(3) Jbidem.

(4) Buchta commet une erreur (Der Sudan unter ægyplischer Herrschaft, p. 22) en avancçant que Ferdinand Werne était un médecin militaire employé au Soudan, il l’a confondu avec son frère Joseph, médecin d'Achmed Pacha.

jamais des affaires de discipline » (1). « J'ai eu soin, écrivait il à Jomard, d'éviter tout ce qui aurait pu offusquer les Turcs, notamment en ce qui était relatif au commandement, malgré lordre du Vice-Roï, si bien que nous avons toujours été d'accord avec Selim Capitan (2) >.

D’Arnaud devait être secondé dans son travail par Sabatier. Mais il n’en reçut aucune aide et s'en plaint: «de suis seul pour subvenir à tout le travail de rédaction de journaux de route et observations astronomiques. Quand je [dis à] M. Sabatier de venir m'aider il me dit qu'il a sommeil ou qu'il fait trop chaud, etc., etc. (3). » Le départ de l'expédition eut lieu le 23 novembre 1840.

Il fut extrêmement bruyant. Les partants étant accompagnés de leurs familles, on criait, on s’interpellait ; on entendait les tambours, les flûtes, les coups de fusil et de canon. Au-dessus de la rumeur générale s’élevaient parfois ces cris suraigus, par lesquels les femmes soudanaises et égyptiennes manifestent toujours leurs émotions. Elles agitaient aussi leurs mouchoirs avec les deux mains au-dessus de la tête comme l’on fait les jours de funérailles, car on avait entendu dire à Khartoum qu'il y avait dans les contrées du Haut Nil des anthropophages. Mais les matelots se moquaient de ces vaines terreurs, disant qu'ils avaient

d'aussi bonnes dents que les Niam Niam (4).

(1) Journal, If, 3 avril 1841.

(2) D'Arnaud à Jomard, 2 août 1849. Bibl. Soc. Géogr.

(3) Journal, If, 21 mars 1849. — « J'ai été obligé d'embrasser toutes les divisions du travail, par suite de maladies ou mauvaise volonté de mes compagnons de voyage. » D'Arnaud à Jomard, 5 mars 1848. Bibl. Soc. Géogr.

(4) Were. Expedition zur Entdeckung, p. 46-54.

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