ES CRE 2 LNSESCE, AU 2 — S.-E
Il a trouvé une formule piquante pour caractériser le cours sinueux et fantaisiste du Nil, en disant qu'il se livre à une véritable farandole (2).
Le fleuve présente encore cette particularité d’être envahi sur les bords par des herbes aquatiques, roseaux, mousses, plantes ressemblant à des orties et à du chanvre, ambatch, arbrisseaux extrêmement légers couronnés de fleurs jaunes. À droite et à gauche du chenal, se dresse cette haie de plantes aquatiques, au delà de laquelle s'aperçoit le véritable rivage.
Plus qu'en aucun autre point, le caractère marécageux du
(1) Were. /bidem, p. 184 ec suiv.
(2) « Eine Ringeltanze, » /bidem, p. 143.
Nil apparaît dans le lac Nô(x). C'estun grand étang, couvert de jones, € parsemé d'isles quelquefois très grandes ». Ses berges sont incertaines ; 1l a peu de profondeur, « dans la nuit nous avons élé jeté l'ancre un peu au loin dans l'Étang SE . le fond n'était en cet endroit que d'une brasse et demie » (2). La superficie est de près de dix milles carrés.
Néanmoins au milieu de ce dédale de canaux, le Nil, qui pénètre au sud et qui sort à l’est, se distingue assez aisément : à la différence de couleur des eaux on reconnaît très bien le passage de la branche qui vient du sud « d’une couleur blanchâtre de celle de l'Étang et de ses autres affluents qui est noirâtre et infecte la vase » (3). La largeur du Nil, non pas entre les rives artificielles formées par les roseaux, mais entre les berges véritables, dépasse rarement 120 mètres, elle se réduit souvent à 80 mètres, à 5o mètres. Le bras qui sépare l’île des Ellaps de l'ile des Elliens n’a même que 30 mètres (4).
Le courant est faible. « Malgré l’étroitesse de son ht, le fleuve a un courant à peine indiqué. Dans les roseaux,
l'immobilité est presque complète » (5). Dans le lac NÔ, 1l
(1) A la suite des expéditions de 1839-42, ce nom de lac Nù a été adopté dans la nomenclature géographique. Toutefois, il faut remarquer que d'Arnaud ne le citait pas sans quelque hésitation. On lit sur sa carte : Gd Etang No? nom douteux.
(2) D'Arxaup. Journal, 10 et 11 décembre 1840.
(3) Id. /bid., 17 octobre 1841. — On sait qu'actuellement ce lac a été colmaté sur la plus grande partie de son étendue.
(4) Voir ci-dessous le tableau hydrographique.
(5) Werxe Expedition zur Entdeckung, p. 145.
LE NIL BLANC 273 n'était pas nécessaire de jeter l’ancre pour maintenir les dahabiés immobiles(r).
Plusieurs de ces traits donnent au Nil blanc entre le 9°, ou plutôt entre le 6° et le 9° de latitude un caractère particulier. I! présente une forme hydrographique intermédiaire entre l’eau courante et l’eau stagnante, parlicipant à La fois de la rivière et du marais. Plus tard, les explorateurs devaient découvrir particulièrement sur le plateau « d’entre lacs », c’est-à-dire dans la contrée limitée par l’AIbert, l’Albert Édouard, le Kivou et la pointe nord du Tanganika, d'une part, le lac Victoria de l’autre, des types encore plus complets de ces rivières marais (2).
Mais le Nil blanc les faisait présager et vers 1840, c’était à une nouveauté géographique.
Après sa sortie du lac NÔ et surtout entre le 10° et Le 15° de lat., le Nil se présente sous un aspect sensiblement différent. Au lieu de décrire comme plus haut de nombreuses sinuosités, 1l s’écarte beaucoup moins de sa directon générale. Il se divise encore en bras, qui enserrent entre eux des îles telles que la grande île d’Abla, mais 1l ne se ramifie plus autant. Il ÿ a bien aussi des roseaux sur les rives, mais ils sont localisés entre le 11° et le 12° (3). Le fleuve est beaucoup plus large et dépasse déjà 300 mètres, à hauteur du confluent du Sobat.
Cependant son courant continue à être aussi calme que
(:) Werxe. Expedition zur Entdeckung, p. 130. (2) Swamp rivers ! disent les Anglais. Cf. captain Lucarp. The rise of our East African Empire, I, p. 118.
(3) Wen. Expedition zur Entdeckung, p. 97-98. H. DenéRaix. 18
27h RÉSULTATS GÉOGRAPHIQUES
plus haut. L'ensemble du fleuve donnait à Werne une impression de grandeur et de majesté (re
Les explorateurs soupçonnèrent que pendant sa traversée du lac Nô, le Nil recevait à gauche un ou plusieurs afluents (2), mais ils n'en acquirent pas expérimentalement la certitude.
Le Sobat (3), au contraire, fut remonté jusqu'à une centaine de kilomètres du point où il se jette dans le Nil. I provoqua les remarques suivantes : Au lieu de couler entre des rives plates ou mal déterminées comme le Nil blanc, le Sobat est encaissé entre deux berges abruptes. « Le lit de cette rivière ressemble à une grande tranchée, on ne voit de la barque que de hautes rives, nues de végétation, in clinées à environ 45°(4)». Durant la saison sèche, son courant bien moins rapide que celui du Nil blanc devient presque nul. Le débit de la rivière diminue considérablement. Au mois de mars 1841, les dahabiés naviguaient difficilement. Les matelots devaient souvent éclairer la route en pirogue, et chercher un passage ou même se mettre à l’eau pour pousser les barques (5).
La couleur de l’eau du Sobat diffère de celle du Nil
blane. Au lieu d’être savonneuse, elle est rougeätre et pré-
(1) « Prachtig lag der breite sich vor uns vereinigende stille Strom. » Ibid., p. 106.
(2) « Le lac semble avoir plusieurs autres affluents ou débouchés que le Nil Blanc. » D'Annaup. Journal, 1, 10 et 11 décembre 1840.
(3) « La rivière que nous remontons s'appelle Subat en arabe, awach en bagara, telfil en schilouk, Æiati en Dinka. » Zbidem, 1r mars 1841. Sur sa carte du Bahr el Abiad, d'Arnaud a remplacé Subat par Saubat.
(4) 1bidem, 10 mars 184. « Les rives sont très élevées. » 15 mars 1841.
(5) 1bid., 17 mars 1841.