‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 87 sur 130 · NAVIGABILITÉ DU NIL BLANC · texte numérisé non relu

NAVIGABILITÉ DU NIL BLANC

exaussement du font du lit du fleuve dû à une énorme trainé de gallets de silex resinité qui traverse le lit du fleuve presque perpendiculairement d’une rive à l’autre, et auquel sont venus s'accoler par surcroît de difficultés des coquillages »(1). Le courant y acquiert une vitesse inaccoutumée (2). À l’époque des maigres au mois d'avril et de mai c’est un lieu dangereux pour les barques lourdement chargées, car alors la hauteur de l’eau ne dépasse pas treize pouces (3). Ce bas-fond entrave donc momentanément la navigation. Mais pendant la plus grande partie de l’année, les barques traversent ce défilé sans la moindre difficulté.

L'autre bas-fond nommé Zeleith est situé un peu en amont du premier et présente les mêmes caractères (4).

C’est une rareté en Afrique tropicale qu’une section fluviale d’une pareille étendue aussi complètement libre d'obstacles. Dans aucune autre partie du système nilotique notamment, la navigation n’est aussi aisée. De Berber à Assouan, le Nil est jalonné d’une série de seuils rocheux, dont beaucoup sont à l’étiage, impossibles à franchir, à cause du manque d’eau, et que la rapidité du courant rend très dangereux à la crue : sur trois barques qui tentaient

alors de descendre, il y en avait bien deux qui faisaient

(1) Journal, 14 octobre 1841.

(2) Were. Expedition zur Entdeckung, p. 91.

(3) Taisaur. Journal, p. 19-20. — En avril et mai les nomades profitent des basses eaux pour traverser le gué d’Abou Zeïid, avec leurs troupeaux.

(4) En amont d'Abou Zeid, près des montagnes de Niomati, dont les blocs de granit continuent dans le Nil, il ÿ a encore un passage dangereux dans les

basses eaux. Tarsaur. /bid., p. 23.

naufrage. Aussi, entre l'Égypte et le Soudan, le Nil comptet-il à peine comme voie de communication, et les routes de terre (Abou Hamed-Korosko, Metammeh-Ambukol, Berber-Souakim) ont-elles toujours été préférées, Quant au Nil bleu, il déplace si fréquemment ses banes de sable que chaque barque doit y découvrir à nouveau le chenal, et que le reïs, le patron, le plus expert, n’est jamais sûr de n'y pas échouer.

Il avait aussi été constaté, on l’a vu plus haut, que l’absence de courant, parfois même la presque stagnation de l’eau formait l’un des traits caractéristiques du Nil blanc. Or c'était encore là un avantage pour la navigation, qui s’accomplit toujours plus aisément dans des eaux calmes. Si, à la descente, les barques n'avaient pas le bénéfice d'être poussées en avant par la force du courant, à la montée, elle n'avaient pas à lutter contre lui:

Il était encore prouvé, que jusqu'au cinquième degré, le Nil blanc avait un débit suffisant pour permettre aux barques de flotter même pendant l’étiage. C'était encore une supériorité, qu'il possédait sur d'autres rivières du Soudan égyptien, sur le Nil bleu, ou faute d’eau la navigation cesse momentanément chaque année, sur l'Atbara ou le Dender, qui se réduisent, lors de la saison sèche, à une série de grandes flaques d’eau, séparées par des bancs de sable, où se vautrent hippopotames et crocodiles (1).

Cependant si cerlaines conditions naturelles favorisent

la navigation sur le Nil blanc, quelques inconvénients

(1) Cnécu. Le Nil, p. 22, 85.

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