NAVIGABILITEÉ DU NIL BLANC
diminuent en revanche la valeur de cette voie de communication.
Deux de ces inconvénients furent bien connus après 1842. Le premier, et d’ailleurs le moindre, provient des très nombreux méandres que décrit le Nil blanc entre le 6° et le 9° et qui allongent considérablement la durée de la navigation. Quand on s’embarque sur le Nil, on est bien certain d'arriver au terme du voyage, mais on y arrive lentement. Il faut s'armer de patience et se résigner aux fantaisies d'une ligne capricieusement brisée (1).
On est encore exposé, quand on navigue sur le Nil blanc, à un autre ennui. Des myriades de moustiques voltigent sur le fleuve et sur ses bords. En certains points, et notamment sur le lac Nô, ils sont si nombreux et piquent si cruellement, que nulle part, en Afrique, sauf peut-être sur le bas Sénégal, on n’en souffre autant (2).
Pendant les trois voyages, leurs piqüres causèrent au personnel des expéditions un vrai supplice. Le 8 décembre 18/40, d’Arnaud écrit dans son Journal : & La prodigieuse quantité de moustiques qu'il y a, a empêcher de dormir tout le monde. » Et le 28 février 1841 : « Les moustiques ne laissent plus une âme de l'expédition dormir en paix. C'est un tapage d’enfer toute la nuit (3) ». Si douloureuse
est la démangeaison, dit Werne à son tour, que volontiers,
(1) Werxe. Expedition zur Entdeckung, p. 256.
(2) Lexz. Wanderungen in Afrika, p. 55.
(3) Il écrit encore le 3 mars 1841: « Je viens de faire des observations astronomiques, j'ai à celte heure tous les membres dans une cuisson horrible,
une bonne moustiquaire suffit à peine pour me garantir un peu la nuit. »
on s’arracherait les parties de la peau qu'ils blessent (1). Ces moustiques suggérèrent même un féroce moyen de punition à un marin de l'expédition : il livrait son esclave. à leurs morsures, en le faisant passer la nuit complètement nu (2).
Le Nil blanc présente encore pour les navigateurs un inconvénient plus grave que les moustiques. Ce sont ces amas d'herbes dits zedd, qui obstruent parfois le lit du fleuve complètement et de bord à bord. Actuellement, nous connaissons bien ce phénomène. Dans ces laissers, dans ces lacs d’eau stagnante que forme le Nil pendant les crues, se développent de grandes plantes aquatiques telle que l’Azola, la Pistia, la Jussieua, la Vossia procera, le Papyrus, l'Ambatch. D'autres plus petites se glissent entre elles, les unissent les unes aux autres, les cimentent (3). À la prochaine crue, mises en mouvement par un coup de vent, elles s'engagent dans le Nil. Vu la lenteur du courant, elles progressent à peine, s’accrochent aux plantes du rivage. D'autres masses analogues arrivent d'amont, s’agglutinent aux premières, les tassent par leur poids et leur pression, et voilà une barrière végétale cons-
tituée. Des plantes qui périssent et se décomposent se cons-
(1) Expedition zur Entdeckung, p. 144.
(2) Ce matin, je renvoie de ma barque à coups de pieds deux marins d'Alexandrie pour cause de vol, désobéissance, et un de plus, parce que toute la journée, il ne fait que donner des coups à son esclave, il a eu la cruauté de le faire coucher la nuit sans chemise afin de le faire disséquer ainsi à petit feu parles cousins si nombreux et si mauvais. Quelle race infàme ! D'Arxaup. Journal, IL, 25 février 1841.
(3) « Ein cimentirender Kitt. » L’expression est de Scawernrurra. Im Herzen von Afrika, [, p. 112.