‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 94 sur 130 · ASPECTS DE LA VÉGÉTATION · texte numérisé non relu

ASPECTS DE LA VÉGÉTATION

Depuis le gué d'Abou Zeïd jusqu'aux environs du lac NÔ, en novembre et en décembre, « le sol est couvert de la plus riche végétation herbacée, le coup d'œil en est beau : la vue au loin ne découvre que plaines ». De ce tapis de verdure émergent des arbres : de hauts et sombres mimosas, près d'Abou Zeïd : en amont et en aval de Fachoda, des acacias, de grands tamariniers, des deleps. Cette superposition des arbres et de la prairie évoque chez d’Arnaud le souvenir des vergers d'Europe : « L’intérieur de la forêt est fourni de grands arbres, qui bordent le fleuve de l'espèce acacia : au-dessous, la plus belle végétation qui se puisse voir, je ne puis la comparer qu'à un verger d'Europe au mois de juin (1). » Werne s’écrie à son tour : € Ce monde d'îles est couvert d’une végétation si vivace,que l’on croirait qu'un parc géant a été recouvert par les eaux (2). » Tout le monde végétal est animé d’une vie presque fabuleuse.

Toutefois ce lableau n’est véridique que pendant la période de l’année qui suit la saison pluvieuse. En mars, les arbres se dressent au-dessus d’un sol qui n'est plus

couvert que d'herbes sèches (3).

(1) Journal, 6 décembre 1840.

(2) Expedition zur Entdeckung, p. 92.

(3) « Cette forèt, très étendue en longueur, est très belle, peuplée de grands arbres qui fournissent le garat des Arabes ; le sol est uni et couvert de plantes sèches à cette saison, qu'ont dévoré des troupeaux de bœufs. Lorsque nous sommes venus, c'élait d'un effet plus pitoresque encore, par ce tapis de verdure baigné en partie par le débordement du fleuve. En sorte qu'avec une Jonque l'herbe pliait au dessous et l'apparence était celle d'une navigation dans une belle, très belle belle prairie ou plutôt verger. » D'ArnauD. Journal, 26 mars 1841. — Cette différence de végétation entre la

A partir du lac Nô et jusqu'au 7° de lat. N. environ, la végétation herbacée domine. Du pont de leurs dahabiés, les voyageurs n’apercevaient que des plantes marécaseuses, hautes de dix à quinze pieds. « Joncs des deux côtés », ou bien « hautes herbes qui bornent la vue », voilà des remarques qui reviennent très fréquemment dans les journaux de route de d'Arnaud (1). Quand à travers une brèche de ces murailles végétales, leur regard peut se porter au loin, les explorateurs aperçoivent à perte de vue sur les deux rives une plaine verte et unie, un grand tapis de verdure qu'interrompent seulement des masses de jonc et d’ambatch. C’est un océan d’herbes sans limites, ein endloser Grasôcean, dirait-on volontiers de cette contrée pour emprunter à Emin la formule, dont il définissait les pays Lango, lorsqu'il s'avançait de Fatiko à Foweira au milieu d'herbes prodigieusement hautes (2).

Au milieu de ces herbes apparaissent parfois aussi quelques arbres, des Ebanus, des Euphorbes. Mais ils sont rabougris, de si pauvre feuillage, qu'on y chercherait en vain de l'ombre, si clairsemés, qu'il y a parfois cent pas de l’un à l’autre (3).

A partir du 7° de lat. N. la végétation arborescente se

développe davantage. Werne insiste de plus en plus sur

saison sèche et la saison humide a été bien exposée par TaiBaur. Journal, passim.

(x) Notamment les 14, 18, 26, 27 décembre 1840, 26, 27, 28 novembre, 9, 10 décembre 1841. Cf. Werwe. Expedition zur Entdeckung, p. 197.

(2) Sammlurg von Reisebriefen, p. 18.

(3) D'Arnaup. Journal, 25 décembre 1840. — Werxe. Expedition zur Entdeckung, p. 197.

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