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des lois, dont x pa avoir le sentiment, -autant qu'on peut en juger par le peu de faits-sur lesquels on a pu établir ces présomptions. Il sait encore qu’il faut être soldat à un: certain âge, et qu'ayant tiré au sort lui-même il aurait pu le devenir si son infirmité ne l’en avait affranchi d'avance. Comment ‘a-t-il pu se rendre compte de tout cela? c’est ce que l’insuflisance du langage qui le met en rapport avec les hommes rendra à jamais un mysiôre impénétrable, Quelques détachemens qui se sont trouvés cantonnés à Passa ont bien pu lui faire prendre, par le toucher, quelque idée du métier de soldat, mais non pas de la névessité.de le devenir à vingt ans. .
. Ce m'est pas tout. Si l’on place un fusil entre les mains de Simon, il se met à faire l'exercice. Un petit coup du bout de doigt.sur son épauleest le commandement pour passer d’un temps à un autre , et il parcourt ainsi tout les: mouvemens de l'école du soidat, jusqu'au coup de feu inclusivement : pour la détonation , il pousse une sorte de .glapissement guttural. Il est probable que les mouvemens automatiques du maniemont du fusil il les à appris en jouant avec d’autres enfans, qui ont pu lui enseigner les différentes positions du bâton ou. du roseau en guise de fusil; quant au bruit de la détonation, il est assez vraisemblable qu'on lui aura fait quelquefois. décharger une arme, et que. l'explosion s'est fait sentir à:lui par cette sensation .que les .sons extérieurs hmpriment d'une manière très-confuse à la, membæane du tympan æhez les sourds-muets. A
‘Uri jeune militaire de Passa en eongé devant rejoindre son régiment, un gendarme envoyé pour ui en donner l’ordre ne le trouva pas dans la commune :et:#en retourna après
. avoir fait part de son mandat au maire. Simon ‘qui le ‘sait
se porte à la rencontre de cé jeune homme, quand sent le moment où il doit revenir.chez lui; et hui explique tont ce qui s’est passé} il feint de tirer: un veuleaa du cylindre de fer-blanc dans lequel les mihitaires:en-congé renferment d'ordinaire leurs papiers, lui fait entendre qu'un gendarme, dent it figure sur lui-même.le costems: par -des:pestes rapides et exptessifs, est venu; qu'il doit, lui, militaire, se rendre à Elne, qu’autrement les gendarmes l'arrétarost,
. et U'saisit lui-même par ses’ vètenens sur ax poitrine, comme :
si on l’empeignait. | NS | Simon reconnut un jour que pendant:que le maire de sa commune, chez qui à, entre familicr@wment comme dans
toutes les maisons du village , était absent, on lui avait volé du blé; dès que celui-ci est de retour il lui dénonce le vol ef les coupables. Comment avait-il pa l’apprendre? pour le savoir il aurait fallu le surveiller, dans l'impossibilité de s'en faire rendre compte par lui-même. Une semblable découverte faite par un homme dans sa position, paraissant trop extraordinaire y croire légèrement, on fait compo ces doutes à Simon, qui fait alors suivre pas à pas es traces du vol, depuis la porte de la rue jusqu’au grenier, au moyen de quelques grains qu'il palpe sur le chemin et fait remarquer, et il met ainsi sur les traces du larcin qui fut ensuite pleinement constaté, : |
Simon éprouva un chagrin très-vif à la mort de 68 mère. Pendant toute la durée de la maladie qui amena cette funeste issue il ne la quitta pas un instant. À mesure qu'il sentait que la vie s'éteignait en elle, il se penchait sur sa bouche pour reeevoir sur son visage le souffle de sa respiration. Dans les derniers momens, il cherchait avec une extrême anxiété et dans la plus grande agitation, tout le long du bras de la malade, les battemens du pouls, et consultait à tout moment son haleine, Quand enfin aueune impression de vie ne frappa plus son doigt , ni sa figure : quand il fut bien convaincu que sa mère n'existait plus, il s'abandonne à toute sa douleur; et pourtant il savait trèsbien que sa mère l'avait à-peu-près abandonné dans sa propre infortune! |
Tout ce qui précède tient à l'intelligence que j'appellerais
ique : voici qui se rattache à un tout autre ©
d'idées, à l'intelligence spirituelle.
Simon sait qu'il faut chômer le dimanche et les fêtes, et il n’y manque pas. Il assiste à la messe avec un recueillement qui atteste qu'il est pénétré de la gravité de l'acte religieux auquel il participe. Aux mouvemens qu’il sent autour de lui, il connaît s’il fant se lever pour la lecture de l’évangile où s'incliner pour l’élévation. Ceci ne serait encore que de limitation; mais ce qui ne l'est pas, c'est l'attitade toute mystique qu'il prend dans cette dernière circonstance, l'air de eomponction avec lequel il se tient prosterné et frappe sa poitrine. Ceci ne saurait être seulement de l’imitation, car il y a aussi du sentiment, et le sentiment ne se palpe pas. À voir alors cet infortuné, on croirait que de tous les assistans c’est lui qui comprend le mieux tout ee qu'a d'auguste le mystère qui se célèbre ; et si autour de lui quelqu'un
s'agite dans oe moment, il le tire par sss- hahits pour le forccr an recueillement que cet acte impose. Cependant, quelque puissante que soit l'énergie de son intelligence, quelle que soit la subtilité de pénétration de son esprit pour s'emparer de tout ce qu'on veut lui communiquer relativement aux actes de la vie, avec des moyens aussi bornés que ceux qu’on a paur se mettre en communication avec lui, jamais on n'aurait pu arriver jusqu’à lui inculquer des idées religieuses, parceque ces idées sont d’un ordre métaphysique, et qu'abstraites, elles ne pourraient être transmises à l’entendement par de simples attouchemens sans des études longues et profondes entre le maitre et l'élève. Ce qui, à cet égard, se passe chez Simon ne peut donc être que le produit de la réflexion à la suite du développement ultérieur, dans les cases de son cerveau, de ce qui a pu frapper sa vue au son ouïe à cette épaque de la première enfance où les idées morales ne sont pas supposées devoir y laisser, sinon aucune impression, du moins une impression durable, Ce qui me semble venir à l'appui de ce dépôt du genre des idées abstraites dans le cerveau avant que l'esprit pue les saisir, c’est que Simon connait et distingue très-
ien ceux des sacremens qu'il a pu voir mettre en pratique avant son accident. Ainsi, eu jouant, il y a bien des années, à faire la chapelle avec le plus jeune des fils de M. 3... de P.... il leur vint dans la fantaisie de donner l’extrèmeonction à une servante qu’une indisposition retenait au lit, et comme eette servante refusait de se prêter à ce jeu, Simon lui donna un soufflet, lui exprimant par ses gestes que quand on recevait ce sacrement, il fallait être immobile son lit, comme mort. Ce n'est pas dans ses jeux avec un enfant qui était plus jeune que lui, que Simon aurait pu prendre une idée si exacte de la partie matérielle du sacrement, et surtout de cette idée de mort qui sy rattache; cette idée existait déjà dans son entendement, Monseigneur l’évêque de ne se rendant à Passa, pour administrer le sacrement de la confirmation, Simon se donnant un coup sur la joue et mettant ses mains sur ses yeux et ses oreilles, fit comprendre que sa situation l'empéchait d’y participer comme les autres. Il indique le sacrement du mariage en réunissant deux doigts d’une main et les pressant et serrant avec l’autre main, et en ajoutant à ce geste le signe de la bénédiction nuptiale : c’est ainsi qu’il a compris , il y à uu an, que deux des petits enfants de 5a
maîtresse se marinient ensemble, et qu'il a fait son compliment aux deux époux. fl sait très-bien aussi qu’à la suîte de la nôce vient le festin; c'est ce qu'il exprimait par lé geste de tourner la broche, en multipliant avec une grande satisfaction ‘lés signes ‘de manger et se frappant avec les deux mains sur le ventre. Un chapelet mis'entre les maîns de Simon ne lui dit rien, parce qu'il ne peut pas avoir l’idée des prières qu’indique chaque grain; mais il saît que c’est un objet de dévotion, et il baise avec respect la croix qui le termine ; pourquoi ce baïser sur cette croix? est-ce parce qu'avant son accident il avait vu les cérémonies religieuses et la vénération qu'on avait pour ce signe; est-ce une simple habitude qu’on lui avait fait prendre dans son extrême enfance et qui s'est perpétuée’ en lui? Quelle que soit la vraie de ‘ces deux causes, toujours est-il qu'il y a au fond de cela un sentiment, sentiment qui doit prendre sa source dans Îes idées qu'il se forme de ce signe religieux et qu'on ne peut pas Jai avoir communiqué par de grossiers attouchemens. "Je me rappelle d’avoir lu dans le Dictionnaire des sciences médicales qu'un enfant allaité en Provencë et transporté à Paris avant que sa langue eût pu articuler des mots,'les. premiers qu’il pronénéa furent de lidiôme provençal, le seul que lui parlait sa nourrice avant d’en être séparé. Cet exemple a prouvé que l'impression des sons combinés se LH dans le cérveau avant que la langue puisse en essayer ‘imitation; l'exemple de Simon ne prouve-t-il pas, à son tour , que les idées morales et les idées abstraites s’y impriment de même, et que c’est là un germe que la réflexion fait ensuite fructifier. Pour l'enfant qui voit, parle et entend, ou qui dans la privation de l’une de ces facultés possède encore les autres, ce germe, constamment excité et nourri chaque jour par de nouvelles leçons, se développe sans qu'on s’en apercçoive aù milieu des distractions qui entourent l'enfance; mais chez l'être moralement isolé en lui-même, cette germination, qui n’est secondée et stimulée que par les réflexions jamais interrompues que lui impose Île silence universel au milieu duquel il se trouve, est obligée de tirer tous ses sucs de sa propre substance. Sans son accident, Simon ne serait peut-être qu'un paysan d’une intelligence fort ordinaire ; cbligé d’être sans cesse recueilli en lui-même, d'alimenter sans relâche son intelligence des souvenirs de ses premières sensations, de faire un usage habituel, con-