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une plus durable, mais il l’a refusée la seconde fois. On lui accorde actuellement, par jour, quatre pipesde tabac et deux pipes neuves; de sorte que chaque pipe sert deux fois; après cela elle est cassée. Cette jouissance a excité quelquefois sa ruse. Un jour sa sœur lui fait signe d'aller acheter deux pipes; en revenant, il en ‘apporte une dans la main et la donne à sa sœur; celle-ci lui fait entendre qu'il doit en avoir deux. Au commencement il fait semblant de ne pas la comprendre; mais lorsque sa sœur le pousse pour aller chercher l’autre, il la tire de’ sa poche en riant aux éclats. Plusieurs personnes de la ville de Naïrn qui connaissent son goût pour le tabac, lui en donnent, de retour à la maison, il ne le montre jamais avant d’avoir reçu de sa famille la ration journalière, »
Sa sœur a inventé quelques moyens d'établir entre Jui et les autres êtres cette communication dont la nature semblait l'avoir sevré pour toujours. Par divers modifications du toucher elle lui fait sentir sa satisfaction où son déplaisir. Sa principale méthode consiste à lui toucher la tête avec diverses gradations de force et de diverses manières. Jacques paraît comprendre facilement ses intentions. Quand elle veut lui -dire qu’elle est très contente, elle lui donne plusieurs petites tapes avec cordialité sur la tête, le dos ou la main. Quelques tapes de moins signifient son simple assentiment. Elle n'a qu’à lui refuser ces signes d'approbation et le repousser doucement pour exprimer son déplaisir. Elle a inventé une langue du toucher qui n'est pas simplement un moyen de communication, mais encore une sorte de discipline morale. Pour suppléer à son organisulion incomplète, elle a eu recours à un langage en actions représentant ces idées qu'aucun des simples
signes naturels appréciables par le sens du toucher ne pouvait transmettre. di:
. Quand sa mère est absente, sa sœur calme son anxiété en lui mettant doucement la tête sur un coussin autant de fois que sa mère doit étre absente de nuits, pour lui faire sentir qu’il dormira ce nombre de nuits avant son retour. On lui signifia un jour qu'il devait attendre deux fois vingt-quatre heures un habit neuf, et pour cela on lui ferma' les yeux et on lui fit baisser la tête deux fois.
: Jacques lui-même communique ses idées aux autres d'une façon particulière. Le docteur Gordon lui ayant pressé l'œil, il tendit le bras comme pour faire entendre que cette pression lui rappelait l'opération qu'il avait subie dans le lieu le plus éloigné où il fut allé. Lorsqu'il désire informer sa famille qu'il va dans une boutique de cordonnier, il imite l’action de faire des souliers, Mais quoiqu'il ne reçoive d'information directe que par ce qu'il éprouve lorsqu'on touche quelque partie de son corps, il ne cherche pas lui-même à toucher les corps des autres. Dire qu'il adresse ses signes à la vue serait inexact; mais il a un sentiment intérieur qui l’avertit que les autres sont doués de quelques moyens d’interprèter les signes sans le contact, par une faculté incompréhensible que la nature lui a refusée, à
Les seules tentatives d'expression vraie qu'il fasse se réduisent à des manières de mugissements , cherchant par là à donner cours à cette violente colère à laquelle sa situation le rend enclin. Ses larmes sont ordinairement repandues lorsqu'il est contrarié dans ses
désirs, mais elles coulent aussi quelquefois quand il ressent une douleur affectueuse. Il témoigne par un
éclat de rire hruyant sa joie du succès des artifices qu'il emploie pour placer les autres dans des situations embarassantes et risibles.
L'exemple inoui de Jacques Mitchell est une des anomalies les plus intéressantes de l’histoire de l'homme,