‹ Le sourd-muet et l'aveugleChapitre 17 sur 128 · GÉREZ · texte numérisé non relu

GÉREZ

Iz existait en 1832, à l'institut royal des sourds-muets de Paris, une demoiselle Morisseau, qui était devenue sourde et par conséquent muette aussi, dès l’âge plus tendre, mais elle n'était devenue aveugle qu'à l'âge de 13 ans. On avait déja pu commencer à lui enseigner à écrire, à lire et à connaître la valeur de quelques mots, quand elle a été frappée de cécité ; maïs alors son. éduaation avait été négligée pendant quelque temps, et elle avait oublié à peu près ce qu'elle savait, Plus tard le sourd-muet Massieu devint son maître: elle se rappela en partie les connaissances qui s'étaient effacées de sa mémoire, en acquit de nouvelles, en partie à l’aide de caractères imprimés en relief, tels qu'on les emploie pour l'instruction des aveugles, en partie à l’aide d'entretiens qui ont eu lieu avec elle par les signes mimiques et à l’aide du tact. Elle exprime sa pensée par des signes; en plaçant la main dans sa main, on lui fait sentir les formes de l'alphabet manuel. Son instruction religieuse a reçu un assez grand développement et a exercé sur sa destinée la plus heureuse influence. Depuis qu'elle a fait sa première communion, la sérénité et même la joie règne ordinairement sur sa physionomie; elle dit elle-même qu'elle est heureuse,

TE = un. jour qu'une des inslitutrices lui en demandait Ja cause: « Je pense à Dieu, repondit-elle; il est si bon. » L'image de l’immortalité future occupe sa pensée, sourit à son cœur. Elle est d’un caractère doux, facile, eommunicatif. Fort curieuse d'ailleurs, elle entretient un commerce assidu avec ses compagnes; elle ne s'ennuie point : un jour on l'invitait à aller se coucher; elle s'étonna que l'heure en fut déjà venue: Le temps

passe si vite, dit-elle. Cette infortunée est un monument

vivant de la puissance des sentiments moraux et religieux sur la destinée de l’homme (1). |

Depuis son instruction , dit M‘ Octavie Morel dans la 5° circulaire, la sérénité se peignait dans ses traits et son humeur était gaie; lorsque je lui demandais un jour comment elle passait le temps, elle me repondit, avec l'expression de la joie, qu'elle pensait souvent à Dieu, qu'elle songeait à l’autre vie qui lui était promise, et qu'elle se réjouissait du bonheur qui l'y attendait. . Mademoiselle Morisseau est morte.

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