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HISTOIRE DE L'ART D'INSTRUIRE LES SOURDS-MUETS EN ITALIE

Nous avons déjà vu que le bizarre Jérôme Cardan avait eu, même avant le pére Ponce, des idées assez neties sur l'instruction des sourds-muets et que ses observations n'auraient eu besoin que d’un homme de bonne volonté qui les appliqua, pour obtenir des

(1) Essai sur l'instruction des sourds-muets ; tome 11, page 196.

TS ee résultats heureux; personne n'essaya et ces germes ne produisirent aucun fruit.

Au commencement du dix-septième siècle , un cétlre professeur de l’université de Padoue, Fabrizio d’Acquapendente, décrivit les phénomènes de la vision, de la voix , de l’ouie, traita de la. parole et de ses instru ments et présenta à cette occasion quelques vues sur ce genre d'instruction.

On a cru quelque temps que le prieur Jacob Affinat, d’Acuto, avait publié vers ce temps un traité sur la manière de faire parler les sourds-muets, mais le doeteur Peter Atke Castberg, professeur, médecin et directeur de l'institut royal des sourds-muets à Copenhague, a découvert, cet ouvrage qu'on citait comme le premier. qui eût été publié sur cet art; il en donne le titre (4), mais au lieu d’être un livre destiné à l’art, c'est une sorte de manuel spirituel à l'usage de l'ordre des Dominicains. |

En 1670, le père Fr. Lana-Terri, jésuite et Léeene de rhétorique à Terni, et mort en 1687, produisit sur l'art d’instruire les sourds-muets quelques vues sommaires, rapides, mais assez justes. Il s’occupa tour-à-tour des écritures en chiffres, des moyens à employer pour apprendre aux aveugles à lire et à écrire etc., et se trouva conduit à exposer aussi ceux qu'on peut faire servir à instruire les sourds-muets; la substance de cet art, selon lui, consiste à leur faire remarquer d'abord les situations et le jeu des diverses parties de l'organe, dans la formation de chaque intonation ou de chaque:

(1) Zl muto che parla, dialogo ove se tratta dell’ ercellensa et de difetts della lingua umana, et st spiegano piû di 100 concetts scritturali soprè #7 silennio ec, etc. Venise, 1608, à

æticulation, à les imiter ensuite, à les reconnaître chez les autres par la disposition et le mouvement des kRvres ; puis à exercer le sourd-muet à proférer séparément chaque lettre, à la lire sur les lèvres d'autrui, à lui faire assembler alors ces lettres en mots, à enseigner enfin la signification de ces mots en montrant les objets qu'ils sont destinés à réprésenter , et à parcourir gradueltement les significations qui appartiennent aux fonctions dés sens, aux arts, à l'entendement et à la volonté, « quelles que soient les difficultés que semblent offrir les » exercices sur lesquels repose cet art, dit-il , elles seront # surmontées par le sourd-muet d’une manière qui nous x étotinera; car la privation d’un sens donne aux autres » une sagacité toute nouvelle et singulière. »

I ne paraît pas que, malgré les indications de ces auteurs , l'Italie ait vu étudier l’art d’instruire les sourds-muets autrement que dans ses principes théoriques, du moins le seul exemple d'application qui soit connu éstil celui que nous offre Pierre de Castro, premier médecin du duc de Mantoue, qui instruisit, dit-on, le fils du Prince Thomas de Savoie et qui du reste a publié deux ouvrages sur des matières médicales, mais qui h'a rien écrit sur l’art d'instruiré les sourds-muets. " On a quelquefois cité l'ouvrage de Jean Bonifacio, antérieur de quatre ans au traité de Bonet, comme un de ceux qui avait des premiers traité de l’art d’instruire les sourds-muets, mais on a sans doute été enduit en erreur par le titre de l'ouvrage (1), car il n’a, avec l'art dont nous nous occupons, qu'un rapport indirect. Il n’y traite aucunement de la manière d’instruire ces

(1) De l'art (dell arte de’ cenns, etc.) des signes, à l'aide duquel La parole se rend visible, Vienne, 1616.

ss 771 > Aufortunés , il parle seulement de la langue des signes, il en monire la richesse, et les services utiles qu'en peuvent tirer ceux qui entendent. Dans son enthousiasme pour l’art des signes, non seulement il le met au niveau de la parole, mais il va jusqu’à le considérer comme plus riche et plus éloquent ; il en indique toutes Jes applications aux sciences et aux arts: la parole elle-même lui parait n'être qu'une branche du langage d'action. À cette occasion, il observe que les sourds savent lire les paroles -par le mouyement des lèvres; il rappelle l'exemple d'un nommé Nello de Gabriello qui avait acquis cette faculté,

Essai eur l’état physique, moral et intellectuel des aveugles-nds, avec un nouveau plan pour l’amélioration de leur condition sociale, Par P. À. Durav.

Ouvrage couronné par la société de la morale chrétienne. Paris , 1837.

Cer essai est le fruit de vingt années de méditations. L'auteur fut appelé, en 1815, à remplir les fonctions de second instituteur, et chargé, en cette qualité, de la classe supérieure. Les observations qu'il fait sur leur état, sur l'influence de leur infortune sur le moral, sont aussi attachantes par leur nouveauté que par le lalent remarquable avec lequel il s'exprime. Peu d'écrivains ont traié cette intéressante matière, mais aucun ne l’a traitée avec autant de jugement et de pénétration.

Diderot, chez les modernes, est le premier qui ait porté une attention spéciale sur la situation d’aveugle et qui en ait fait un objet d'investigation philosophique:

mais le philosophe n’y chercha qu'une occasion d'ébranler des vérités éternelles. L'esprit de . parti l’anima , et à côté de quelques vues justes et ingénieuses on rencontre les plus étranges pauvretés. Son ouvrage tomba dans l'oubli et ce premier pas dans la science ne donna lieu à aucun autre. M. Haüy, le fondateur de cet établissement pour ces infortunés, qui servit de modèle à tous ceux qui existent à présent ; publiä, au moment de son érection, un Essai sur l'éducation des aveugles, mais n'est qu'une réfutation: de quelques préjugés et ne contient rien de très neuf, M. Guillié fut le premier qui publia un travail complet. Son Essai sur l'instruction des aveugles, parut en 1817 , et de l’aveu de M. Dufau, ä est intéressant sous plusieurs rapports. Il cite aussi avec £loge la Lettré sun lés aveugles ; par M. Alexandre Kodenbach, quelques. ouvrages publiés par des Allemands, et. un article de l'encyclopédie britannique, par le D° Blaclock, aveugle lui-même et écrivain distingué.

‘Le but de M. Dufau est de faire bien connaître la condition anormale de l'aveugle-né, tel qu'il est fait par la nature et de montrer comment'‘il peut être rendu apte à prendre le rang de membre actif de la société, utile à lui-même et aux autres, ou, ce qui revient au même, de faire voir ce que peut devenir l'aveugle se la civilisation.

Tout cependant n'est pas nouveau dans son livre; | l'auteur avait consigné la plupart de ses observations dans la revue de Paris, d'octobre et de décembre 1831; mais il les a développées d'avantage et il n’en mérite que mieux toute notre reconnaissance.

- Je présente ici aux lecteurs: du Soukp-Murr une analyse de la première partie de cet Essai. Avant d’ana- Iyser la seconde partie, je tyacerei un resumé de

l'histoire de l'art:d'instraire:les aveugles, afin de mieut faire comprendre les bete ee Fe. de l'institut de Paris. : :

La : cecité ‘influe d’une rt APE sur toute la. constitution :del’honame et cetle irifluchice a été peu ou point remarquée. Le calme ,:l’inaction ; auxquels ces infortunés sont condamnés; les rendent presque tous d'un tempérament lymphatique; car, par défaut de’ mouve: ment , d'agitätion , la sangaification s'opère chez’eux d'une manière imperfaite, la circulation ‘est plus lente; de’ “défaut de nutrition des différents tissus et ainsi:se trouve favorisé cher eux le or us des maladies sCroi fuleuses. D À

Les enfants ons par. un mettnct de la EE se meuvent sans ces et s’agitent avec vivacité. Leurs jeux sont des exercices violents, et une sabondang de vie, qu'ils ont besoin de dépenser , leur ‘fait entre tenir , jusque dans les moments du plus grand calmé} un rouivement partiel, un balancement d'une portion quelconque. du corps. Les aveugles au contraire arrivent bien souvent à l’âge de raison sa%s avoir jamais couru Selon toute apparence, c'est encore à cette même cause qu'il faut, en grande partie , ‘attribuer l'origine . d’une

srte d'abattement: moral, auxquels les aveugles sont . sujets, qui -dégéhère souvent en un véritable tædius cùæ et dont ils meurent quelquefois. Le moyen d’atténuer ces. prédispositions et leurs funestes conséquences: se? la santé, serait de les exercer à ‘une : gymnastique spéciale, qui aurait sur leur constitution l'influence la ‘plus heureuse et accroîtrait ,sans doute, leurs forces, qui sont relativement moindres que celles des élairvoyants. Par cette vie de mouvement ils deviendraient moins sensibles. à l'action du froid, et aux “DE

Le Sovuar-Murr £r L'AVEUGLE.

brusques de la température qui leur sont. funestas, Les affections de poitrine sont assez communes parmi ces enfants et sont souvent moriciles.

. Ges exercices les empêécheraient aussi de contracter des mauvaises habitudes de se tenir, qui les rendent souvent entièrement contrefaits ;. ils sont à cela d'une complète indifférence , car c'est parce qu'on est vu, qu'on s'étudie aux attitudes convenables, que leur importe done telle ou telle direction donnée aux membres? il en est qui me #e:soucieraient nullement de devenir bossus. De. simples marches militaires, les manœuvres régimentaires y remédieraient. Ces idées ont été entrevues em Allemagne et on y provoque chez les aveugles l'activité porporelle par oes sortes de jeux.

C'est suriaut en étudiant les aveugles qu'on se canvaine que c'est par la vue que se forment principalement ces rapports fréquents et immédiats avec les hommes et les choses qui neus entourent et qu'un. célébre physiologiste appelle Za sie de relation. L'a aveugle dons, qui n'éprouve pas ces impressions, se sent moins puis samment attiré vers ses semblables et reste ordinairement dans un état de concentration et de vie intime. La vue me lui ayant pas non plus fait connaître. l'expression souvent factice, que nous donnons à notre physionomie à l'occasion de nos émotions, il ne peut l'imiter, elle n'aurait évidemment aucune signification chez lui; on en a cependant conclu que les aveugles sont dépouryus de sensibilité. Cela est injuste. L'auteur a souvent observé que les aveugles éprouvent une sympathie réelle pour Jes misères de l'humanité, seulement leurs émotions sont mueltes et ne dégénèérent jamais en grimaces étudiées, en gemissements calculés. Diderot pense aussi qu'ils doivent être inhumains, parce qu'éls nô voient pas le

— #1 — éomy couler; uh'sourd-muet le seraët done’ aussi paroë qu'il n'entend ‘pas. les plaintes de ceux qui souffrent? et on aurait plus ou moins. d'humanité suivant qu'on. aurait la vue et l'ouie plus ou mbins nettes ? Cela n’est pas. --Je me défie de ces portraits qu'oh trace du carec: tère. des aveugles, ile sont bien souvent lout autres. C'est M. Dufau (1) qui l'avoue, ‘après avoir paré de leur esprit de corps qui exclut toute jalousie, de leur union, de la rareté de leurs débats, de leur doeilité envers leurs maitres. Je crois cependant comme ké qu'on peut toujours rétrouver en eux, plus ou moins. le type primitif de leur condition, dans les idées et les sentiments qui sont directement influencés. ou modifiés par la vue; tele est par exemple la pudeur que les aveugles, comme tout est voilé pour eux par des ténèbres, doivent autrement apprécier que nous; on effet , dit M, Dufau, le sentiment de pudeur se manifoste: sous une forme nouvelle dans cette condition spéciale, la réserve qui nous rend si délicats sur les objets offerts à nos regards passe chez eux de la vue à l'ouie.. Cette chasteté de l'oreille exclut en général de leur langage les paroles légères et les équivoques sans décence. Les accuser de manquer de pudeur, parce qu'ils ne connaissent pas certaines observances extérieures, est une injustice, d'autant plus criante, que les aveugles, à qui une bonne éducation à fait connaître les convenances sociales, s'y soumettent sans contrainte et les observent avec scrupule.

Diderot a également présumé que les aveugles sont sans religion; parce qu'ils n'ont pu contempler les

(1) Essai, page 51,

— HE — beautés de:la nture. Les faits prouvent que les aveu-: gles sont aussi religieux que nous. qpand une telle. direction a été donnée. à leur éducation. C'est le lieu, d'appliquer ce que-dit M. Lecat (1); quoiqu'il y ai plus. de.-choses à voit dans le monde qu'à entandse , cependant en fait de connaissances, il. y a peu-sle vérités qui se voient, presque. toutes s'entendent. |

*. La ‘puissance bumaine ne leur impose Das dent les princes ils ne sont gutre plus émus que partout: atleurs; on le.conçoit facilement. Ils sont plus teuaces, dans leurs opinions , dans leurs actions; leurs résolutions : étant plus müûries ,.ils y tiennent davantage, ils. réfléchissent mieux ou plus longtemps, et n’agissent qu'après : réflexion; jamais ils ne sont entraînés par ces. déter. minations brusques et imprévues auxquelles nous entraîne . le premier coup-d'œil. L'amour-propre, ce:trait dominant de leur caractère a, je n'en doute pas, pour erigine , cette même confiance daus leur jugement; confiance bien fondée souvent, mais qu'ils sont disposés à outrer comme le reste des humains. “te

- Ils ont des dispositions au soupçon , principalement” avec ceux, dont ils n’ont pas encore éprouvé la sincérité: : Les sourds-muets de naissance ne soupçonnent pas de! mal , quand les autres conversent ensemble; les sourds-' muets par accident, s'ils étaient déjà parvenus à un' certain âge avant leur malheur, sont ordinairement très-soupconneux; en est-il de même des aveugles? Jé’ n’ai pu encore me procurer une assez grande masse” d'expériences pour décider.

‘ Les aveugles sont moins distraits que nous, parce

+ = + * » . + + Fin 4e Mme à + mn

(1) Traité des sens, Amsterdam, 1774, page 75.

qu'ils reçoivent simultanément moins d'impression qué nous n'en recevons par la vue; les avéugles les perçoivent, pour ainsi dire, uné à une, , tandis qu'elles nous viennent en foule et à la fois, et nous mettent ‘ conséquent dans une sorte d'émbarras et d'hésitation : | aussi leur attention étant mieux cultivée ; est portée à un trés haut dégré chez les aveugles. CN

‘La compäräison , attention double comme Tont: appèlée tes philosoplies , s'effectue éhez eux avec’ moins ‘de Vivacité et plus de céñitude, et les jugements qui en Sôrtent sônt plus sûrs. ‘J'en dis autant de leur raisonhement: Ce résultat ‘est la critique la plus dllgYante qu'on puisse faire de l'éducation qu'on ‘donne aûx clairvoyants et des défauts des méthodes qu on ue pour développer leur intelligence. j Oh'a éonstaté une différence mportañté ‘entre les éexés. Sous Île rappôrt des‘facultés de l'esprit, les filles sont en général inférieures aux garçons. On remarque en elles moins de solidité, plus d’inégalité d'Hümeurs. Le désir de plaire, qui | les porte à soigner leurs ajusteinents, les distrait et les occupe fortement ; lés couleurs, dont elles savent par oui-dire les ‘effets attrayants, sont loin de leur étre indifférentes. Le travail opiniâtre n’est pas leur partage, mais à elles les grâces faciles de Pesprit et la vivacité de l'imagination , ‘en ceci, au reste, il'n'y a rien que d'ordinaire, et qui né soit conforme à leur sexe. Par une sorte de compensation, elles entrent

lus facilement dans nos idées, dañs nos conventions sociales , il est plus aisé de les amener à une Ponne tenue. - | nn

Une observation qui étonnera, mais que j'ai pu vérifier aussi chez les sourds-muets, c’est que les aveugles

qui ont ce qu'on appelle ux point de vue, sont en

= S— général inférieurs à ceux qui vivent.-dans une obscurilé complète; c'est sans doute , que cette faible perceptiou de la lumière les préoccupe, les distrait «et attire à elle, en partie, l'activité de leur intelligence, que les autres, qui.sont complètement ni dé sit ‘aux sens du toucher et de l'ouie.

Tous ceux qui ont écrit sur les send hit que l'aliénation meniale :est très rare cher eux.. Ne pourrait-on pas, dit M. Dufau, induire de-là qu'il est tel aliéné qui serait peut-être. avec avantage. soustrait pour un temps, par une. cécilé artificielle, à la surexcitation du monde extérieur et chez lequel les- opérations intellectuelles pourraient. être ainsi ramenées à leur régularité primitive? Ceci mérite d'être remarqué. :

On a parlé de la mémoire supérieure des douces 4 il.eat vrai que cette précieuse faculté est quelquefois portée chez eux à un dégré qui surprend, mais cela n'est pas général.

On a vu des aveugles qui prétendaient palper et sentir les couleurs. Il y a là de la charlatanerie.

Quelques aveugles ont ingénieusement cherché à se rendre compte des couleurs en les rapprochant des impressions de l’ouie, comme les sourds-muets tâchent de s'expliquer des sons en les rapportant aux impressions de la vue; l'écarlate est pour l'aveugle le son de la trompette, et pour le sourd-muet le son de la trompette c'est la couleur écarlate. Le bleu céleste, c'est la douce harmonie de la flûte ou du hautbois. Ils rapportent tout à l'ouie, un jeune aveugle allemand disait naïvement qu'il n'aimait pas le noir, parce qu’il n'avait pas un Joli nom: (1). | |

(1) En effet, il y « fort peu d'harmosie dans le mot allemand schwars.

es

L'absence de la vue influe .ensore d'une auire menidie aux la connaissance de la langue. La, plupart des. mots de nos langues: sont faits d’après les impressions.de l'œil, ce, qui fait que les aveugles -n’attachent pas les mêmes idées aux mots que nous. : Ils s'exprimient dans nos langues, mais ils pensent dans ue autre; il s'on suit aussi qu'il leur est trés difficile d’ammplifier comme le pratiquent les rhétoriciens dans nos collèges, et. cela résoudrait la question «.sil est donné à l’aveugle . de » briller réellement comme écrivain:par la vivacité de » l'esprit et par l'éclat de l'imagination? De sa uature » est-il poète? » Il me semble, dit M. Dufau, que cette question peut, après ce qui vient d'être dit, se résoudre sans difficulté. Quant à l’imegination , il ne peut ÿ avoir d'incertitude : le monde coloré n’exigtant pas pour lui, où prendrait-H les images dont est faite sans doute l'imagination ?. Il est clair que de froides combinaisons de lignes et de surfaces, détachées pan l’abstraction dé l'ensemble où l'obscurité les confond , tiennent dans son esprit la place des tableaux magnifiques et variés dont ke spectacle de la nature enrichit la nêtre; il ne peut le connaître que par ouï-diré et en parler que d'après autrui, c'est-à-dire sans chaleur, sans enthousiasme véritable. Je ne crois donc pas , et c’est toujours M. Düufau qui. park, que les aveugles-nés puissent aspirer à des succès vraiment remarquables. dans les compositions littéraires, où l'imagination a.la plus grande part;.et je ne vois rien jusqu'ici, dans ce qu'ils ont produit, Le donne un démenti à cette assertion (1).

L'esprit des aveugles a un tour tout particulier; l'idée,

nécessairement fort différente qu'ils se sont fhite des

(1) Essai our l'état physique des areugles-aés, page 63.

choses , empreint bien souvent, poër nous ; léur manière de l’expriser d'un caractère: frappant ‘de singuharité: Didetot':a consigné : plasieurs réponses de la aveugle de Paiseaux.: On. lui-demandait , après ‘lui avoir expliqué Rusage des'itélescupes, ‘s'il rat biën ‘content ‘d'avork des yeux i: J’oinerai bien dulint, Yéponditil,, déôtP ‘tek bras longe sil ne semble que és‘ mains wéinbträiratént mieu de ce ‘qui 4 -paréé' Vans li lune que *#os Or ob vos ‘instruments. El: définit le miroir wie Mmdthin"! metiait des wbyety en :rekef hors d'eur-méñits; &, oi on'sétonnaif derès aptitude à ‘un grañd Hotibré dé choses ::Messicire, dit-il, vous dés l'ourpris “le ce que Je fais, sage agro vôus abris “vous” pas dé ce l'que Je perf 4 RE ne

. Les songes sônt: vga chéz jh % régles sriiige d'objets: contiés à! l'état de veille, par les impressions de louis ‘et du toucher. Parfois néanmoins il sembleräit ! hles éntcndre retraber ve qu’ 8" éprouvent" ‘en révarit, que de. featiment tout entier, ‘concentré sûr'ces formes psipabiles.'sélète h'une sorté:de'vue'intentivé qui les isoke , en quekque: faton , des tétitbres bù'ellés sont pour eux: ensevelies: Les expressions inäriquent pour étptimér ce.-qu'ik : -aperéoient et’ comment ‘ils le coigeiréit; distingué de ce qui Yentoure. ‘ .

+. L'éue, chez lés aveugles, remplaëer h bien des octa: sions la vue ;ettient une place plis remarquable que chez noës.: Vivant: parmi nous et s'éppropriant nivs langues , il est clair -qu'il doit y attacher un sens; cépendant ôn dirait au premier. abord, que les rnots laidéuf, beauté, expression, physionomié; attraits etc. ten ont aucun pour lui, El n’en est pas ainsi, loue lui fournit la valeur de ces mots. On racontait un jour à M°!e De Salignac , aveugle-née, un mauvais procédé d’une certaine per-

sonne à l'égard de sa famille : 4h / s'écriat-elle vivement, qui l'aurait .tru, aveo uns voix si douce! comme nous dirions : avec une physionomie si sincère el si douce. C'est par le tact que les aveugles perçoivent les détails des objets divers; c'est par Fouie que, dins üuh grand nombre de cas, ils en connaïsent -Pensembié> ile donnent ainsi leur coup-d’œil général- sur les lfeux où ils se trouvent; ils en calculent l'étendue; -ils-savent s'if ya des meubles, si on en a ôté d’essentiels, un cri léger? un coup de pied leur apprend:li présence d'une pers sonne dans un appartement. Ils ‘#aperéoivent DEA champ par le refoulement dé l'air, qu'il y & uh mur! ume haie, un obstacle devant eüx dans leurs promenades, ‘ Quand je me trouve dans une-vasté plaine, disait wn. dveugle , en portant la main à'son oreille et en étendant' le bras avec un geste très-expressif ,“ik:me. semble :qué: je suis à perte d'ouïe; ‘c'est l'à: perte: de vue-deb: clair. voyants, et il explique fort bien pre qécquidte . louie ehez les aveugles. Fr avt . Un autre qui'se dirigeait seul avec une grande adresse : dans les rües les plus populeuses, disait-qu'un bruit trop : fort le déroutait totalement et il l'e expliquait parce” qu'if” était forcé de. s’écouter. marcher ; je ,COmiptis:! { d&: M. Dufau, que dans ce:cas, ne pouvant plus. é'évouter à cause du bruit, trop fort, sl était dbloi, -comtRe di dit de ca tune | MR ee ND Toute cette partie dû travail de’ M. Dufau., “esb d'usgrand intérêt, et bien propre à avancer cette sainei métaphysique qui abandonne les spéculations . sans’ réalités et s'attache chaque jour davantage aux faits:

as + D?

A RSS 5 A Sr es t: [LE SOURD-MUET ET L'AVEUGLE.

n FAR communiqué aux lecteurs du Souan-Mvesr l'opinion da doux de, ces ;infortunés, sur, la somme dé, bonheur départie à. leur. situation respective, Une leitre que ja. viens de. recevoir. d’un sourd-muet, et qui -contisat quelque chose. d'original m'engage à revenir sur uno qusstion: qu'il-set cependant au moins inutile; sil n'est: pas dangereux dela discuter. La solution., ai elle était possible, rendrait una classe entière malheureuse, de soumise qu'elle est à un sort qu'elle ne croit pas sans jowissance ni bonheur, Ce serait à nous qui jouissona de tous nos sens, à décider ce probléme; car évideniment miles sourds ni les ayeugles ne peuvent juger de ce qu'ils iguorent : de quel. poids peut être l'avis d'un aveugle-né sur la vue et d'un sourd-muet sur le bonheur qua procure l’ouie? On peut admirer les efforia qu'ils font respectivement, pour s'attribuer le moins de malheur; mais quel intérêt peut-on avoir à faire continuer des débats, auxquels on n'assiste qu'avec l'espoir que l’un ne convaincra jamais l’autre ? et avec un peu de crainte cependant, que les arguments, de part et d'autre, ne psrviennest à ébranler une conviction qu'il est si utile au contraire d'entretenir et de fortifier? Je suis done bian décidé à ne pas entrer trop avant dans catte polémique. Je ferais conscience d'apporter le moindre argument soit contre l’un, soit contre l’autre, et je ne me décide à communiquer cette lettre, que parce qu’elle est d’une nature tout-à-fait inoffensive. Je saisis cette occasion de protester de toutes mes forces contre une assertion que je trouve encore répétée dans l'ouvrage

de M. Dufau: « Les aveugles, dit-il (1}, sont toujours » très-enclins à la gaieté, tandis que les sourds-muets » sont presque toujours graves et tristes. » Je n'ai pas la moindre envie de contester aux aveugles leur gaieté , j'en suis heureux; mais jé v’ai jamais rencontré cette tristesse chez les sourds-muets, que quand les misères de l'humanité et les convenances le permettaient où Yexigeaient; à tout autre moment, ils s'abandonnent librement au plaisir. de vivre et réjouissent tous ceux qui les entourent. Il y'a infiniment plus de consolation à instruiré les sourds-muets que Îles entendants-parlants, On est bien récompensé des soins qu’on leur donne par leur reconnaissance et leur attachement. |

: Je communique cette lettre comme je l'ai reçue, sang y rien changer.

À Monsieur l'abbé Canron, Directeut de l'Institut des Sourds-Muoth et des Aveugles, à Bruges.

Monsuua,

J'ar lu avec beaucoup d'intérêt votre estimable journal à l'égard du sourd-muet et de l'aveugle, mais il n'est pas à moi. Parmi les choses qui occupent le plus sérieusement mon esprit, est la question de savoir lequel, de l’aveugle ou du sourd-muet, est le plus à plaindre. Je ne partage pas l'opinion de M A. Rodenbach, qui a dit que : Les aveugles sont naturellement gais, et en général les sourds-muets sont tristes et souffrans. Étant aveugle, il me connoît pas notre position. C'est l'aveugle qui dait être à plus à plaindre, quoique habituellement gai, ou triste, ou souffrant, selon son état moral; mais il me semble que le sourd-muet a le même sort que lui, j'en ai conuu beducoup qui ont dit aimer mieux être parlans que sourds-muets, car moi, je me fis opérer. en 1829, sous le rapport de la surdité, tant j'étais dominé par le désir de récupérer un organe éteint chez moi.

J'ai observé souvent les aveugles de l'institut royal de Paris, dont la position offre une triste image du tombeau, et inspire un douloureux

(1) Essai sur l’état physique des aveugles-nés, page 32,

Sntérôt. qui saisit les yeux et le omr des rogans, et sa vie n'est'qu'hu

rêve; quant à celle des sourds-muets, elle est moins malheureuse, Moi, ‘sourd-muet, j'oserais dire que, sous lé rapport de son caractère moral , le sourd-mmiet est flus heureux que l'aveugle, l'un a un kon œd qui épie toujours le. danger, le péril; tandis que. l'autre a l'œil. d'une statue, qui no voit pas ni les précipices ni-les dangers où.il court comme Ja row de la fortune. Malheur à l'aveugle, plaignons-le tant pour sa situation ‘que pour la nôtre; c'est une grande victime que l'homme que ses regards me peuvent aider et qui est privé de ce moyen db s préserver de ces précipices, de ces dangers. Le pauvre aveugle ne voit pas-les ‘beautés de la nature et le sourd-muet les voit avec une grande admiration. Si un évéugle recouvroit la vue, il les admirerdit sans cesse et'tont ce qui p'offriroit à ses yèux, ét sértount il connoftroit notre position: .

L'instruction des aveugles me semble être d’un plus long et pénible travail que celle de mes frères d’infortune. Le sourd-muet peut travailler ‘comme tous les hommes, pour gagner de quoi vivre; tandisque n'étant pes fortuné, l'aveugle se trouve honteux d’être obligé.de quêter, avec un enfant ou avec un-chien, de porte en porte, de maison en maison, comme l'a fait Bélisaire!.… nn er

Je sais qu’un bon nombre de sourds-muets se sont-mariés, et que beaucoup en sont de meilleurs époux et pères, et les aveugles le font-ils aussi? Non, mais il y en .« fort peu. . ; | Qui pourroit hésiter dans le choix entre le sourd-muet et l'aveugle? M. Fréd. Berthier, sourd-muet, a bien raison en combattant l’opinion de M. Rodenbach, et je partage celle du premier, que j'ai trouvée très-juste, à mon avis, J'offre à M. Rodenbach l'oubli de son erreur à notre égard.

Veuillez bien, Monsieur, mettre ma lettre sous les yeux des lecteurs du Souar-Muer, et agréer l'assurance de ma considération très-distinguée,

| Evéine GEORGE, de Cherbourg,

| Précepteur sourd - muet, à Mons, Mons, le 1 Mars 1837. us L

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