ÉTAT DE L'ART D'INSTRUIRÉ LES AVEUGLES L AVANT M. HAUY
” Un enfant né sourd, et n'ayant par conséquent äucune idée de cé que c’est que l'ouie, ne fait rien. pour y suppléer: l’absence de l'ouïe n’est pas pour lui üne privation, il n’en sent pas le besoin, il ne fera donc rien pour y satisfaire. Ce n’est que dans la société qu'il pourrait ressentir ce besoin; or, il ne se doute pas de ce que c’est que le langage, il n’essaie aucunement de l’acquérir. Il reste ainsi privé de la connaissance des vérités acquises et son éducation est nécessairement très-bornée. L’aveugle, au contraire, tend avec toute la puissance d'un besoin senti, à remplacer par ses autres sens celui qui lui manque, il les exerce davantage, l'exercice les développe et ils acquièrent un dégré de finesse plus grand que chez nous. Aussi a-t-on vu, dans tous les siècles, des aveugles se distinguer dans les lettres, les arts et les sciences, tandis qu'il n’y a pas un exemple d'un sourd-muet de naissance qui soit parvenu, sans un enseignement spécial, à se signaler par quelques connaissances acquises.
Aufidius (Cornelius), citoyen romain, qui perdit la vue dans sa jeunesse, se distingua dans lettres et écrivit une histoire grécque.
” Eustbe l’Asiatique, devenu aveugle à l’âge de 5 ans, avait acquis de grandes connaissances et une érudition profonde. Il professait avec une très-grande facilité (1).
: (1) Hic disciplinas omnes et animo relinebat et expositions planissima lucidabat; Caisson. de Inet. Div. titt. cap: 5. La Sours-Mour xr L'AVEUGLE. 7
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Saint Jérôme parle avec le plus grand respect de son maître, Dydime d'Alexandrie. Cet illustre aveugle, qui perdit la vue à l’âge de 5 ans, florissait dans le quatrième siècle. Dydime perdit la vue par une humeur qui lui tomba sur les yeux, dans son enfance, lorsqu'il commençait à apprendre à lire. Il apprit cependant à distinguer les lettres par le‘tact, au moyen d'un alphabet de buis qu'on lui avait fait. A l’aide des lecteurs et des copistes qu'il payait, il se rendit familier presque tous les auteurs sacrés et profanes, et se rendit fort habile dans la grammaire, la rhétorique, la logique, l’arithmétique, la musique, la géométrie, l'astronomie et la philosophie d'Aristote et de Platon. Il acquit surtout une grande connaissance de l’Écriture-Sainte, en sorte qu'il était regardé comme un prodige (1). La chaire de l’école fameuse d'Alexandrie lui fut confiée. Il composa plusieurs excellents ouvrages, dont le principal est le Zraitg du Saint Esprit, traduit en latin par saint Jérôme. Dydime était aussi pieux que savant;. mais il était attaché aux sentiments et aux erreurs d'Origène dont il avait commenté le livre Des principes, ce qui fit condamner ses ouvrages, après sa mort, par. le cinquième concile général. Saint Athanase et saint Antoine avaient pour lui la plus grande estime. Il avoua un jour à saint Antoine la peine qu'il ressentait d’être privé de la vue; le saint solitaire lui fit cette admirable réponse: « Je m'étonne qu'un, homme judicieux comme vous, regrette une chose qui est commune aux animaux les plus méprisables, aussi bien qu'aux hommes, et qu'il ne se réjouisse pas d'en
(1) Vies des saints, par Butler; saint Jéréme, 30 septembre.
= 9% — possédér une. qui ne se trouve que dans les saints cet dans les anges, par laquelle nous voyons Dieu même, et qui allume en nous le feu d’une science s1 lumineuse. »
Dydime mourut en 398, âgé de 85 ans.
Nicaise De Werde ou De Woerde, de Malines, était en grande. réputation, dans le quinzième siècle, par l'étendue de son savoir. On considérait comme un prodige qu'aveugle, dès l’âge de trois ans, il eût pu perfectionner autant l'étude des sciences les plus relevées. Il enseigna publiquement dans l'universit: de Cologne le ‘droit canon et le droit civil, citant, de mémoire, de longs passages qu'il n'avait jamais vus.
Ayant été élu docteur de Louvain , le pape lui permit de se faire consacrer prêtre. Il employa le reste de sa vie à la prédication et mourut à Cologne ,en 1492.
Jean Fernand, né en Belgique d’un père espagnol trèés-pruvre, Ctait aveugle de naissance; il surmonta ces deux obstacles si contraires au succès dans les études et devint poëte, logicien, philosophe et même musicien si excellent que, par le seul effet de sa mémoire, il composa des quon ou morceaux de musique à quatre parties qu'on aurait à peine faits en écrivant.
Jérôme Cardan avait entrevu qu’on pouvait conduire les aveugles à écrire et à lire par le tact. Il cite à cette occasion plusieurs faits rapportés par Érasme. Le pére Lana-Terzi s’occupa également des moyens à employer pour apprendre aux aveugles à lire et à écrire.
Kenelm Digby, dont j'ai déjà cité le témoignage à l'occasion d'un disciple de Paul Bonnet, parle d'un aveugle, dont il se servait comme instituteur de ses enfants. Il était tellement aveugle, ditil, quil ne distinguait pas même la lumière du soleil, mais ses autres
sens suppléaient parfaitement à l'usage de la vue. Il jouait aux cartes et aux échecs, et fut rarement vaincu. Il s’amusait souvent avec une rare dextérité à lancer des traits à de longues distances, quoique ce jeu exige une grande finesse de vue dans I&s autres. Il se promenait, $ans crainte et tout droit dans les lieux qu’il connaissait. À table, ceux qui ne connaissaient pas son malheur, ne le soupçonnaient aucunement d'être aveugle. Il jugeait sans se tromper de la stature et de la forme d’un individu, aussitôt qu'il l’eut entendu parler.
« Lorsqu'il faisait déclamer ses disciples, il reconnaissait leurs gestes et leur position d’après le son de leur voix, ce qui fit qu’ils se tinrent toujours, en sa présence, comme s'il les eut vus. Il sentait, d’une manière admirable, la présence de la lumière par l’impression qu'elle faisait sur toutes les parties de son corps, mais principalement sur son cerveau. C’est ainsi qu'il connaissait le lever du soleil et qu'il distinguait les jours sereins des autres. »
Leibnitz (1) parle de l'aveugle de Maestricht. Il jouait aux cartes et connaissait les couleurs des étoffes à l’attouchement. Je ne sais, dit-il, s’il les reconnaissait toujours. Il trouvait le blanc et le noir plus raboteux que le rouge.
L'esprit méditatif et porté à l'abstraction qui distingue les aveugles leur a fait obtenir le succès le plus éclatant dans les mathématiques ; c’est principalement dans cette branche des connaissances humaines que le célèbre Saunderson s’est fait remarquer. Nicolas Saundersom naquit en 1682, dans la province d'York, et devint
(1) Otium Mancvrianum se missellanea Leibnitis, Lipsiæ, 1119.
aveugle à un an. Il se rendit apte par ses effort constants à lire Euclide en grec, et fut obligé, par la modicité de sa fortune, à en faire des leçons publiques qui étaient très-suivies. Il parlait à ses élèves, comme sils eussent été aveugles.
Whiston ayant abdiqué sa chaire de professeur de mathématiques, dans l’université de Cambridge, Saunderson, fut nommé pour lui succéder en 1711, et figura parmi les membres de l'illustre société de Londres. Ce fut à cette époque qu'il publia ses Eléments d’Algébre estimés des mathématiciens. Cet puvrage décèle partout la condition de celui qui l'a écrit et est rempli de démonstrations singulières qu'un homme qui voit n’eut peut-être pas rencontrées.
I imagina une table à calculer fort ingénieuse, et sur laquelle il pouvait, au moyen de chevilles mobiles et de compartiments réguliers, rendre palpables les nombres et les figures, mais elle n’est plus qu’un objet de curiosité, depuis qu'il y a des chiffres en relief à l'instar des lettres. Avec ces chiffres et le secours d'une planche à compartiments, dans laquelle il les groupe, les opérations mathématiques deviennent faciles à l'aveugle. |
Saunderson a prouvé qu'il n'est guère de partie des sciences physiques qui ne soit accessible aux aveugles, car il exposait de la façon la plus satisfaisante , dans ses leçons, la théorie de Newton, sur la lumière; la formation des couleurs , les effets des verres grossissants, la production de l’arc-en-ciel, enfin tous les phénomènes météoriques qui reposent sur un principe dont il est impossible à un aveugle-né d'acquérir la notion claire et distincte,
# La surprise, que ce fait peut inspirer au premier abord, .cessera en partie si l’on réfléchit que, pour un aveugle, le rayon lumineux, que nous nous figurons comme une série de points colorés, devient une série de points palpables , c’est-à-dire une ligne ou fil élastique que la main peut suivre par la pensée dans toutes les dircctions.
” Saunderson avait le tact si perfectionné par l'exercice, qu'en parcourant une suite de médailles il discernait les vraies des fausses. La moindre vicissitude de l’atmosphère était sensible pour lui. Assistant, un jour, à des observations astronomiques, il remarquait, par l'altération des rayons du soleil sur son visage, quand un nuage passait entre le disque du soleil et lui. Cela est d'autant plus extraordinaire , qu'il n'était pas seulement privé de la vus, mais même de l'organe. Il n'avait qu'un an, lorsqu'un abcès, qui se forma à la suite de la petite vérole, lui fit perdre les deux yeux. Il mourut à Cambridge , en 1759, âgé de 56 ans.
Thomas Blacklock , écossais , fils d’un maçon, naquit à Annan en 1721, et perdit les yeux par la petite vérole, à l’âge de six mois. Il fut amené à faire des vers dès l'enfance, par le plaisir qu'il éprouva à entendre lire les poëtes de son pays. À douze ans il avait déjà composé quelques pièces que son âge.et sa condition rendaient doublement remarquables. À dix-neuf ans, Ja mort de son ptre le jeta dans un état d'abandon ét d’anxiété qui lui inspira un morceau touchant, son meilleur ouvrage peul-être, par une raison facile à concevoir. Il publia un peu plus tard un volume de poësies que Reidd et David Hume ont jugées en philosophes et en amis. Blacklock faisait des vers avec une telle facilité, qu'il en dictait souvent trente à quarante de suite
avec la rapidité qu'on mettait à les écrire. Blackloek fut pluiôt un improvisateur qu'un poëte. :. Henry Moyses, autre écossais aveugle, parvint à acquérir des connaissances si étendues dans les sciences naturelles , qu'il fut à méme de faire, à Cambridge, des leçons publiques sur la philosophie chimique. El était excellent mathématicien et bon musicien.
Weissembourg, né à Manheim en 1760, devenu aveugle à l'âge de 7 ans, se distingua par des études scientifiques assez avancées et notamment devint habile géographe: il eut pour maitre Christian Niesen. Weissembourg imagina successivement, pour aider les progrès de ceux de ses compagnons d'infortune qui étudieraient la géographie après lui, de marquer les divisions, d'abord avec des perles de verre passées à un fil qu'on cousait sur la oarie, puis avec de la chenille qu'on collait avant de la coudre et enfin avec des chainettes en soie, de différentes grosseurs, qu'on fixait également avec l'aiguille. Avant d'en venir à cette dernière sorte de cartes brodées , qui étaient aussi les plus satisfaisantes, il avait fait construire à grands frais des cartes ou plutôt des plans qui excitèrent alors une vive curiosité ; des sables de diverses granulations y figuraient les sortes de terrains, et des verres habilement encadrés les. parties d'eau. Weissembourg n'attacha lui-même aucune idée d'utilité pratique à son invention ; il est toutefois. probable, que c’est elle qui a suggéré la premitre pensée des plans en relief, aujourd'hui en usage dans les institutions d'aveugles de l'Allemagne, et qui presentent, non pas seulement comme nos cartes des sinuosités saiïllantes, mais aussi tous les principaux accidents du terrain: l'élève les peut suivre ainsi du doigt et acquérir de la sorte une idée encore plus nette
de 14 disposition générale du sol, qu'on ne le fait avee les cartes en. usage en France. LU écrivait: parfaite ment et lisait ayee des caractères qu'il avait dns pour lui-même, avant d'en avoir jamais vu..
. J'ai déjà parlé ailleurs de l’aveugle du Puiseaux , et j'ai rapporté quelques-unes de ses réponses fort origik nales. Il était fils d'un professeur de philosophie de l'université de Paris, Son père, remarquant les dispositions heureuses de son fils, l’instruisit autant que possible , par le moyen du taot et par ses conversations toujours dirigées vers un but utile.et scientifique. Quand il eut atteint l'âge de quatorze ans, son père lui fit suivre des cours de botanique et de chimie au jardin du roi, où il étonna ses condisciples par son application et son intelligence. Il perdit son père, étant ençore fort jeune, et en hérita d’une fortune assez considérable, qu’il dissipa presqu’entiérement par ses prodigalités et dont il s’aperçut trop tard. .La perspective effrayante du sort qui l'attendait ainsi que la compagne qui s'était unie à sa destinée, lui inspira des réflexions. utiles, qui contributrent à rappeler sa raison égarée par de pernicieux conseils, Voulant fournir lui-même à sa subsistance et.trop fier pour recevoir des secours , il se retira au Puiseaux , où ik s’occupa à distiller des liqueurs fines; qu'il allait vendre lui-même , chaque année, à Paris.
Il mettait de l'originalité dans tout ce qu’il faisait : sa. coutume était de dormir pendant le jour et de sa lever le soir; il travaillait toute la nuit, parce qu’alora il n'était dérangé, disait-il, par personne. L'aveugle du Puiseaux ayant trouvé. dans les ressources de son esprit gt dans son activité, un abri contre l'indigence, vécut heureux dans l’intérieur de sa famille; sa vie retirée ek extraordinaire pour un aveugle lui fit bientôt une espèce
de réputation. Diderot, dans l'espoir de se fairé honneue de sa démarche et de trouver dans. les réponses de l'aveugle un aliment pour ses paradoxes, le visita et le trouva occupé à faire lire son fils avec des caractères en relief. Il fit à Diderot des questions bizarres sur la transparence du verre , sur les couleurs etc. El demanda s'il n’y avait que les naturalistes qui vissent avec le microscope, et si les astronomes étaient les seuls qui vissent avec le télescope; si la machine qui grossit les objets était plus grosse que celle qui les rapétisse; si celle qui les éloigne était plus longue qué celle qui les rapproche. Il croyait que les astronomes avaient les yeux conformées autrement que les autres hommes et qu'on ne pouvait se livrer à l'étude de telle ou telle séience sans avoir des yeux qui eussent des facultés spéciäles pour cela. « L'œil, disait-il, est un organe sur léquel lair doit faire l'effet de mon bâton sur ma main. Cela est si vrai, continua-t-il, que quand je place ma main entré vos yeux et un objet, ma main vous et présénte mais non l'objet. La même chose m'arrive quand je cherche une chose avec mon bâton et que j'en rentontre une autre. » Cette définition est pleine de sens.
L'aveugle du Pâiseaux avoua qu'il se trouvait fort à plaindre d’étre privé de la vue et qu'il aurait été tenté de regarder les hommes voyants comme des intelligences supérieures , s'il n'avait cent fois éprouvé combien. ils lui étaient inférieurs à d'autres égards.
Get. infortuné ;, loin de chercher dans son malheur une excuse pour sa éonduite, d'abord peu régulière, mit tous sés soins à reparer les iorts de sa Jeunesse et à éteridre la sphère de ses connaissances.
L'expérience a prouvé qu'il n’est guèré de profession,
-même à laquelle , dans un temps où dans un autre , quet- ‘qu'aveugle ne soit parvenu. M. de Piles, dans son Cours de peinture, dit qu'il a vu en Italie un aveugle, né à ‘Cambassy, en Toscane, âgé d'environ cinquante ans, aempli d'esprit et d'intelligence, très-bon dessinateur. 1 le réncontira dans le palais justinien; modelant en cire upe stafue de Minerve. Cet aveugle saississait avec précision , par le toucher, la forme et les. proportions .des originaux.
Le due de Bracianne, témoin de ses travaux, doutait cependant qu’il fut complètement aveugle; et pour s’en assurer, il lui fit faire son portrait dans une cave obscure: il fut parfaitement ressemblant; il fit aussi le portrait de l’une des demoiselles du duc, qui fut également très-ressemblant.
J'ai vu, dit M. Piles, sortis des mains de cet illustre aveugle, le portrait de Charles I, roi d'Angleterre, celui du pape Urbain VIIT; et, en France, le portrait de M. Hesselin, tous parfaitement exécutés.
En Belgique, dans le siècle passé, un Nicolas Bacon.
ayeugle-né, descendant de l'illustre chancelier, devint docteur en droit et plaida avec succès devant le conseih de Brabant.
* Melle Paradis, né à Vienne en Autriche, perdit la vue à l’âge de deux ans, par suite d’une apoplexie, Cetie virtuose, qui avait un grand talent pour la composition, avait trouvé un moyen d'écrire elle-même ce qu'elle composait, en figurant les accords. Elle avait commencé d'abord à les tracer sur des cartes piqueés avec des aiguilles; mais ce premier essai, reconnu infructueux, lui suggéra l'idée d’un autre procédé qui était infaillible et d’une facile exécution, mais que malheureusement on ne connait pas.
« Nous nous rappelons avoir vu, dit M. Guilké, à Bordeaux, au commencement du siècle, un aveugle, nommé Dumas, jouant assez bien du violon. Il avait inventé un moyen de copier la musique, d’une manière bizarre: il représentait les mesures par des moules de boutons ; la valeur des notes par des morceaux de liège plus ou moins épais, une ronde par un anneau, une noire par une pièce de monnaie, les silences p:r des lanières de cuir dentelées etc. Nous ne nous r ppelons point la série confuse de tous ces signes, qu'il r'connaïssait cependant assez bien: mas nous ne pûmes nous empêcher de rire lorsqu', nous ayant parlé du deuxième concerto de Jarnowick, qu'il jouait alors, il aa chercher, dans une armoire, une espèce de chapelet, long de sept à huit to's s, formé des objets dont nous avons parlé, qu'il nous dt être ce concertos et sur lequel il nous fit cistin ur ls passages les plus difficiles. Il avait plusirurs armoir.s remplies de celte singulière musique (1). »
On'a vu dans les renseignements qu'on vient de lire, que Dydime d'Alexandrie apprit à lire au moyen d'un alphabet en bois. Jérôme Cardan, mort en 1576, avait aussi présenté et décrit les moyens d'appren 're à lire aux aveugles, et à écrire au moyen de lettres gravées dans une planche de métal, qu'il faisait parcourir avec un stylet, jusqu’à ce que la forme en fut bien saisie.
Rampazzetto avait publié en 1375, des exemples de lettres gravées en bois, qu'il dédia à St-Charles Borromée.
En 1640 un maitre écrivain de Paris, nomm Pierré Moreau, fit fondre des caractères mobiles en plomb, à l'usage des aveugles.
(1) Essai sur l’instruckion des aveugles-nés, par le Dr Guillié, p. 107.
Le père Lana- Teri, » jésuite, ne , en 1679, également ces moyens.
: Usher, archevêque d’Armagh, qui mourut à Camber. well, vers la fin du xvn° siècle, fut enseigné par ses tantes, qui étaient aveugles, avec des lettres mobiles gravées sur de petites tablettes en hois. mince.
: Jacques Bernouilli étant à Génève , en 1676, enseigna à écrire à Met Élisabeth Waldkirch, qui avait perdu la vue , deux mois après sa naissance; mais il n’a pas fait connaître le moyen dant il s'était servi.
Le docteur Burnet, évêque de Salisbury, a parlé avec beaucoup de détails, dans son Voyage en Suisse, de Me Walkier, de Schaffouse, dont les yeux furent brulés à l’âge d'un an. Elle parlait cinq langues, elle était philosophe, théalogienne et bonne musicienne, Celte jeune personne avait appris à écrire, au moyen de caractères taillés en creux dans du bois , qu'elle avait d'abord parcourus avec une pointe en fer; elle avait ensuite fait usage du crayon, et enfin, lorsque M. Burnet passa à Schaffouse, en octobre 1685, il la vit écrire très-vite et très-correctement.
M. Von Kempelen, auteur de L’automate joueur. d'échecs, apprit a épeller avec des lettres de carton découpé, et à lire des phrases pointées sur des cartes avec des épingles, à M°"° Paradis , née à Vienne. Il lui avait formé une petite presse au moyen de laquelle elle imprimait sur un papier les phrases qu'elle avait composées , et elle entretenait ainsi une correspondance avec M. Von Kempelen et avec M. Weissemboufg, à qui elle devait une partie de ses Connaissances.
D'autres aveugles se servaient d’autres moyens , et leur -génie inventif leur avait déjà fait trouver avant M. Haüy presque tous les moyens d'instruction qui sont encore en
üsage. Ïl existait déjà des lettres en relief ei 6n enseignaït aux aveugles à lire et à écrire, L'écriture en points, tellé qu'elle est entoré en usâge én Allemagne ; était déjà pratiquée. Le baron Von Kempelen avait inventé une presse pour sôn élève aveugle, mais l'imprimé n'était rs noir à l’usage des clairvoyants, ” Weissembour£ avait fait des éartès géographiques de diverses espèces et entr'autres des cartes sur lesquelles les divisions étaient indiquées par des chäfnettes en soîié de différentes grosseurs. On calculait et on notait la musique , tel était l'état de l’art d’instruire les aveugles, mais personne n'avait éncore songé à rassembler ces tentatives et ces moyens ‘épars, à lès discuter et à former une méthodé suivie et complète, c 'est-là la gloire de M. Haüy.
Dans un second article j'exposerai les travaux de cet homme de bien et les améliorations que propose M. Dufau dans son ouvrage sur les aveugles-nés.