‹ Le sourd-muet et l'aveugleChapitre 20 sur 128 · DE L'UTILITÉ PHYSIQUE DE L'ARTICULATION POUR LES SOURDS=MUETS · texte numérisé non relu

DE L'UTILITÉ PHYSIQUE DE L'ARTICULATION POUR LES SOURDS=MUETS

Os croit commu "ment que tous les sourds-muets sont complètement privés de l’ouïe, c'est une erreur; le docteur Itard, fondé sur une longue expérience et sur des recherches spéciales, assure qu’un cinquième tout au plus est entiérement sourd. Chez un grand nombre de ces infortunés il n'y a pas absence, mais faiblesse de l'audition, et cette faiblesse native s'aug- mentant d’un affaiblissement accidentel produit par l'inaction totale de ce sens, présente tous les indices d'une surdité complète et le devient souvent en eflet.

Si on soumeltit ces sortes de sourds-muets à des exercices méthodiques d'acoustique , on obtiendrait de cet organe, ce qu'on obtient : ‘un membre affecté d'une débilité congéniale; on le rend à ses fonctions par l'exercice forcé de ces mêmes fonctions; on habituerait aussi peu-à-peu l'oreille à percevoir et à comparer des sons qu'elle ne distinguait pas d’abord , on rendrait souvent aux sourds-muets , par cela seul , l’usage de la parole,

J'ai déjà parlé, dans la première livraison de ce recueil, des causes du surdi-mutisme et des moyens de prévenir ce malheur. Si la surdité existe, les injections par les trompes d'Eustachi, ou la perforation du tympan procurent souvent des guérisons; les exercices acoustiques, en perfeclionnant , en développant le mince filet d’audition qui existe chez la plupart des sourds-muets, mais surtout en éduquant l'attention, présentent des résultats étonnants; l'articulation artificielle enfin ou l'enseignement de la parole par l'indication et la démonstration des mouvements que font les organes vocaux dans

l'articulation, peut remédier en partie aux suites de la surdité. Ces moyens seront le sujet de différents articles qui paraîtront dans les numéros suivants. Je démontrerai dans celui-ci l'utilité physique de ces moyens.

Pour apprécier toute l'utilité que l’homme , lors méme qu'il est privé de la faculté d'entendre , peut retirer de l'usage de la parole pour le maintien de la santé, il. suffit de jeter un coup-d'œil sur les organes que l’articulation met en jeu. On voit par l’analyse de cet appa-. reil, comparé par M. Cuvier à un instrument à vent, à anche, qu'il se compose, comme celui-ci, de trois parties, principales. La première comprend le poumon, espèce. de soufflet qui pousse l'air, et la trachée-artère, espèce de porte-vent qui le dirige contre l'anche de l'instrument. Le larynz, mot grec qui veut dire sifflet, est la partie qui contient l’anche , contre laquelle vient se briser l’air qui par ses’ vibrations produit la voix. Il est situé à la. partie antérieure et supérieure du col, continu en bas à la trachée-artère et offrant une fente oblongue appellée glotie, dont les bords élastiques et vibratiles impriment à l’air des modifications d’où résulte le son vocal. Enfin, la troisième partie. est la bouche et les fosses nasales, que l'on considère comme le tuyau musical , par lequel le son, s'écoule et qui contient d’ailleurs les organes qui le transforment en son articulé. Il est facile de voir que dans l'exécution de ce phénomène, la poitrine éprouve un. exercice plus fort que dans la respiration ordinaire, et comme flutilité de la gymnastique est généralement reconnue, au point qu'on lui attribue des cures merveilleuses , il est facile d'en conclure que l'articulation, véritable gymnastique du poumon, est un moyen de prévenir les déformations de la poitrine, les maladies pulmoniares, la phthysie et la consomption.

Ce n'est pas lé seul bien que là parole forte avèc ellé? il est uné loi qui préside à l4 nutrition de toutes les parties dé notre éorps; plus un organe est mis en action, plus il se développe; c’est ainsi que le bras droit est plus fort que.k bas gauche chez ceux qui se servent habituellement de la main droité, et Fc Iproquetnent chez Ceux qui sont gauches.

L'inaction est si nuisible au bien-être des membres de notre corps, qu'on a vu des individus, qui, pour échapper à la conscription militairê, dans des temps difficiles, ont condamné un dé leurs bras à un repos absolu, et qui sont parvenus à le réduire ainsi à un état d'émaciation ét de raideur qui les à rendus tout-à-fait impropres au service,

Il en est dé mêmé pour la portion sue des voies aériennes, appelée larynx. Chez l’homme qui ne parle pas, elle est dans l’inaction et dès-lors elle derneure étroite et sans souplesse. De-là provient, disent les médecins, que les enfants, qui n'ont pas encore le larynx assez développé, succombent à des angines, à des inflammations de la gorge, qui sont peu dangéreuses pour l'homme, Le croup, cette peste des enfants, pre chez les adultes pour un simple catarrhe. , ‘ En considérant donc le mécanisme de articulation, on voit qu’elle détermine sur les organes, que nous avons nommés, une excitation spéciale, et d'après la loi : Ubi stimulus, tbi affluxus, que l'observation des siècles a confirmée, le sang et les liquides destinés à l'entretien de la vie, sy portent en plus grande abondance. Le résultat de eet afflux plus abondant et plus souvent répété du liquide réparateur, dans les organes qui produisent la voix et la parole, est. d'augmenter leur nutrition et leur accroissement, et par conséquent de

les rendre plus foits et plus robustes, c’est-à dire plus aptes à exécuter, avec facilité et énergie les fonctions que la nature leur a tonfiées, et plus propres à résister aux influences morbifiques et aux agents nombreux de destruction de leur tissu:

- Cetté influence s'étend à tous les organes qui participent à la production de la parole ; à la bouche dont l'intégrité est si nécessaire à la conservation de l’ouie; au larynx , à la trachée-artère , aux bronches ét surtout aux poumons. Si l’on réfléchit sur l'importance des fonctions qu'exercent les poumons, qu'on peut nommer, à juste titre, lés mobiles de la vie, les foyers de la chaleur et de la sensibilité, on est frappé des avantages immenses que la parolé procure à toute l’économie du corps. La voix et la parole surtout multiplient les mouvements respiratoires des poumons et en augmentent les efforts expiratoires nécessaires à l'expulsion du fluide , qui, par ses vibrations conire les cordes vocales, doit produire la voix. Il résulte de ce surcroît d'activité dans les actes respiratoires, qu'une plus grande quantité d'air se ‘précipite dans les poumons, qui épanouissent, pour ainsi dire, toutes les vacuoles qui les composent, que cet air, en contact avec une surface absorbante plus étendue, se prête mieux à la décomposition et que dés-lors le sang qui vient se refaire, se vivifier dans les poumons en se combinant avec l’oxigène, entraîne avec lui une plus forte proportion de ce gaz, qui est l'excitant principal de la force vitale et le seul même qui puisse l'entretenir. Ce n'est pas tout. La respiration large et profonde , les mouvements pulmonaires plus frequents pressent ce sang , qui déjà s’est chargé avec abondance du principe de la force et de la vigueur et le répandent dans toutes les parties du corps,

La Soun»-Munr sr L'AveucLe, . 8

Des physivlogistes m'ont signalé l'articulation comme cause prochaine d’un autre phénomène vital. . Ainsi ils prétendent que pendant la production de la voix, les mouvements d'abaissement et d'élevation du diaphragme. rendent la digestion plus prompte et plus facile en. imprimant à l'estomac de douces secousses, qui provoquent l’action de ce viscère et facilitent le passage du chyle, qu'il est chargé d'élaborer dans les autres intestins. Nous ignorons jusqu'à quel point est fondée cette théorie purement mécanique; mais le fait est, que le chant, la lecture à haute voix et une conversation douce et agréable favorisent l'élaboration des matières alimentaires.

Il existe, entre les organes de la voix et l’état du corps en général, un accord inexplicable mais eonstaté, par l'expérience. La voix prend un timbre plus fort , quand l’évolution de toutes les parties du corps va: commencer d'une manière plus rapide; elle devient, l'indice de la vigueur et de la santé. Il est à présumer; que, si ce changement dans la voix est en partie un: effet, la parole elle-même d’après ce que j'ai dit,. agit comme cause pour produire cet effet. Après une, consultation de médecins on obligea l'instituteur des, sourds-muets de Vienne d'enseigner l'articulation à ses, élèves. J'ai trouvé ailleurs encore des arguments qui, proûvent que lorsqu'un homme est privé, pour un; certain lemps de la parole ,» Par une cause qui ne, peut agir sur toute la constitution, il dévient plus débile, plus souffrant et résiste moins bien aux maladies nombreuses qui l’attaquent sans cesse. Voici l’observation d'un médecin. Un homme qui avait toujours joui d'une santé florissante, réçut sur la parlie supérieure de la poitrine, un coup qui lui coupa, sur le champ, la parole. Il porta son extinction de voix, pendant,

deux ans et ne fit que rentrer à l'hôpital, pour des affections de toute espèce sans jamais en être complèlement guèri: accablé de fatigues et de souffrances, il se traînait dans les salles, où il était traité pour une maladie toute autre que son extinction de voix. Un ÿour on lui administra, par forme d'essai, un médicament contre l’aphonie. Il recouvra la patole du jour au lendemain et avec elle se montrèrent, comme par anchantement, tous les signes de la santé et de la force. Je pourrais rapporter d’autres exemples pour montrer l'influence particulière que la parole semble exercer sur les maladies; qu’il suffise de eiter encore le père de la médecine : Si lingua, dit-il, ex improvisa tmpoiens fiat ..… mélancholicum hoc ipoum fit.

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