ÉDUCATION PHYSIQUE
La privation de la vue influe d'une manière bien sensible sur la santé du corps. L'inaction, à laquelle Pexcès de la tendresse maternelle condamne souvent cet infortuné, de crainte de quelque accident, le fait tomber dans une apathie qui favorise le développement des maladies scrofuleuses. Ses forces aussi sont relativement moindres. Îl est plus sensible au froid et plus sujet par conséquent aux maladies de poitrine, qui, chez lui, sont souvent mortelles.
Nous autres nous opposons aux changements athmosphériques des marches, des courses et des jeux violents, qui, comme gymnastique, développent nos forces et nous habituent aux variations des saisons. Les aveugles, au contraire, toujours calmes, arrivent souvent à un âge avancé sans avoir jamais couru.
Il est donc clair d’abord, comme l’observe judicieusement M. Dufau, que les mères rendraient un véritable service à leurs enfants aveugles, en les privant de bonne heure de toutes ces tendres prévenances, qui les empêchent d'être à leurs propres efforts, à toute la liberté de se mouvoir seuls, pour découvrir euxmêmes les lieux où ils vivront, et qui les forcent de compter toujours sur autrui et de vivre pour ainsi dire de la vie de tous.
Leur éducation exige donc qu’on les exerce à des jeux adaptés à leur condition et qu'on institue une
série de mouvements réguliers pour suppléer à ceux qui ne sont pas incités par la nature. Il serait possible aussi de combattre par-là les habitudes gauches et vicieuses qu'ont souvent dans leur maintien les aveugles qui n’ont pas reçu d'éducation.
Mais il ne suffit pas de développer l’activité et l’aptitude du corps, des mains surtout; les organes qui servent chez eux d'intermédiaires aux sensations, sont moins développés, moins sûrs que chez nous, et ces organes peuvent être éduqués.
On pourrait leur apprendre à entendre, à distinguer du moins, par les différences et les gradations des bruits, la nature des corps, la plénitude d’un vaisseau au bruit que fait , en tombant , la liqueur qu’on y verse, et la présence ou l’absence d’un objet. — Il y a des aveugles qui s’apercoivent de la présence d'un homme dans la chambre, ou du déplacement d'un meuble, en jetant un petit cri : d’autres sont parvenus à apprécier assez bien l’âge des personnes à qui ils parlaient par le son de la voix ; ils remarquent jusqu'aux modifications qu'elle subit par les defauts corporels ou la qualité de constitution et en effet un bossu parle autrement qu'un homme bien fait et un malade autrement qu'un homme qui se porte bien.
Le poli des corps a pour eux des nuances dont nous pouvons à peine nous faire une juste idée, on pourrait utiliser et développer régulièrement cette faculté.
C’est dans ce but que, en Allemagne et à Philadelphie, dans les institutions ouvertes aux aveugles, il y a des exercices destinés à leur faire apprécier, au moyen du tact, de l’ouie, du goût, de l’odorat, le poids, le volume et la nature d'une foule d'objets.
IL est facile de comprendre que, par ces moyens, on
accroftrait à la fois la somme des acquisitions intellectuelles et la puissance des organes de la sensibilité, que parlà on rendrait les aveugles moins étrangers à tout ce qui les entoure et qu'on les rapprocherait des clairvoyants. Ce sont ces exercices qui, selon M. Dufau, devraient constituer une sorte de cours de éactilité, cours préliminaire, particulier à ces infortunés, négligé encore presque partout et sur lequel je n'oserais pas exposer toutes mes idées avant de les avoir controlées pas l'expérience.