ÉDUCATION MORALE
Ce point qui mérite surtout notre attention dans l'éducation d’un aveugle, Il est très-sujet à l’abattement, mais après son instruction , sa présomption n'est pas moins à craindre, et tout contribue à l’exciter,
Les procédés pour son instruction sont très-ingénieux et peu connus à cause de la rareté d'institutions. Il en résulte que ceux qui les visitent pour la première fois, parlent avec enthousiasme des résultats qu'ils voient et ne méuagent pas assez, en présence des jeunes aveugles, f’expression de l'admiration qu'ils excitent. Je ne sais lequel de ces deux défauts est le plus nuisible, et nos efforts doivent tendre à vaincre l’un èt à prévenir l’autre.
Ici se place naturellement une question, que notre pays, j'en ai l'espoir fondé , décidera. Il s’agit de savoir si la réunion des sourds-muets et des aveugles, dans un même institut, est possible et avantageuse.
M=° Niboyet, dans son ouvrage déjà cité, prétend que toujours ce coniact a été plus nuisible qu'utile; que
leur réunion a de grands inconvénients; qu'il n’y a aucun lien sympathique entre eux; que le muet ne consentira jamais à se faire l'œil de l'aveugle, comme celui-ci ne voudra jamais se faire la parole du muet, et que leur sympathie se manifeste par des coups de poing.
Tout ce qu’elle avance sur le caractère des sourdsmuets et des aveugles me paraît vrai et je le crois d'autant plus facilement que l’on observe la même chose chez les enfants doués de tous leurs sens. L’aversion de tous ceux en qui ils remarquent des difformités corporelles , est comme naturelle. Il n’y a pas beaucoup plus d’un siècle que , chez quelques peuples, un préjugé barbare permettait de suffoquer, dans leur bas âge, les aveugles, les sourds-muets et ceux qu'on appellait des monstres.
La miséricorde, la compassion , la charité, sont des vertus à leur enseigner, et elles finiront par triompher de cette antipathie. Jamais aussi, à mon avis, on n’y réussira mieux que quand on les réunira: c'est sous les yeux de l’instituteur, des institutrices, sous l’impression de leurs paroles et de leurs exemples, que ces deux classes d'infortunés se souffriront d’abord et finiront par vivre dans une charité chrétienne,