ÉDUCATION INTELLECTUELLE OU INSTRUCTION
Le relief est la base de l'instruction des aveugles, laquelle est complétée par un enseignement oral. Par l'écriture ordinaire ils communiquent leurs idées
aux absents, l'écriture en points leur permet de relire leurs propres idées.
L'impression en relief a été appliquée jusqu'ici aux livres et aux cartes géographiques.
J'expose dans le XII paragraphe de ce rapport une nouvelle manière d'imprimer en relief, que j’ai inventée et qui, sans contestation , surpasse tout ce que l’on a pratiqué jusqu'ici.
J'insère ici un mémoire inédit de M. Ramon de la Sagra , dans lequel il compare l'impression française en relief, avec celle des institutions des aveugles d'Amérique.
NOTICE SUR LES LIVRES ET LES CARTES GÉOGRAPHIQUES IMPRIMÉS EN RELIEF, AUX ÉTATS-UNIS, POUR L'ENSEI- GNEMENT DES AVEUGLES DE NAISSANCE, PAR M. RAMON DE LA SAGRA.
(Mémoire inédit lu à l’Académie des sciences de Paris, le 4 février 1887, et publié avec la permission de l'auteur.)
Pexpanr mon voyage dans les états du nord de la confédération américaine, dont la succincte relation vient d'être publiée en français, je me suis occupé d'étudier les moyens adoptés pour améliorer la condition et le sort des aveugles de naissance (1). Quoique d’une manière extréèmement laconique, j'ai présenté dans mon ouvrage l'état des progrès qu'ont faits les établissements de Boston, deNew-Yorket de Philadelphie , et quant à celuide Boston
(1) Cinq mois aux États-Unis de l'Amérique du nord, Par M. Ramon de la Sagra. Paris, 1837.
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en particulier, j'ai montré les améliorations qu'il a faites dans l’art d'imprimer les livres et les cartes en relief,
Mais réfléchissant que les explications verbales ne suffisent pas pour faire bien connaître le dégré de perfection que les objets en ce genre ont obtenu dans la nouvelle Angleterre, j'ai conçu l’idée de montrer à l'académie des sciences morales et politiques, quelques-uns de ces livres et quelques-unes de ces cartes, espérant qu'elle examinerait avec plaisir ce progrès de l'art, et qu'on pourrait tirer quelque avantage de la comparaison de ces objets avec ceux qui depuis longtémps s’impriment à Paris.
Je commencerai, Messieurs , par observer que la forme ordinaire des caractères en usage à l'institution royale des jeunes aveugles à Paris, me paraît être fondé sur le principe erroné qui suppose, que ce qu'on peut facilement apercevoir par le sens de la vue peut l'être de même par le tact. Je me vois autorisé à le croire ainsi, puisqu'on a destiné sans la moindre modification pour l’enseignement des aveugles, les mêmes caractères qui sont employés pour les clairvoyants. Mais une telle supposition est inexacte et l'on peut s’en convaincre en examinant, au moyen des deux sens, les caractères ordinaires des lettres c, e et o, du b et du , etc. qui, s'ils sont faciles à distinguer par l'œil, ne le sont pas de méme par les doigts. Par ce défaut, les livres imprimés à l'institution royale de Paris offrent, en général, une proéminence
ronde , presque uniforme , à la place des voyellesa,e, o et de la consonne c etc.
Un autre défaut , que présentent les impressions françaises , provient de ce que le relief ne sort pas seulement du trait du caractère, mais de la totalité de l'espace
qu'il occupe dans le papier. La partie creuse de Ja lettre se trouve aussi presque en relief, et en conséquence le contout extérieur seulement peut donner l'idée de sa figure. Cela provient d’abord de la forme des caractères en eux-mêmes et ensuite de l'épaisseur du papier employé pour les impressions.
Si l’on considère que les doigts de l’aveugle ne touchent que le sommet du relief, on admettra aisément qu'il n'est pas nécessaire qu'il soit aussi saillant qu'il l’est dans les impressions de Paris. Cet inconvénient augmente l'épaisseur des livres et rend leur reliüre très grossière.
Enfin la forme vicieuse de ces caractères et leur arrangement en lignes trop espacées fait grossir excessivement le volume des livres des aveugles relativement à la matiére qu'ils contiennent.
M. Howe, directeur de l'institution des aveugles de Boston , fondée au milieu de l’année 1831, s’est proposé de corriger les défauts des impressions en relief et dans ce but intéressant, il a déjà obtenu des améliorations frappantes.
En jetant un regard sur les volumes et les feuilles que j'ai l'honneur de présenter à l'académie, on découvrira facilement les modifications introduites dans la forme des caractères, dans leur disposition en lignes, dans la force du relief et dans la netteté de l'impression et de la reliûre.
Les voyelles a, e, o et la consonne c se distinguent parfaitement au tact comme à la vue, et d'aussi simples modifications empêchent de comoncte le het l4,lf et le £ etc.
Une autre modification ds la disposition de quelques caractères, quoique excessivement simple et qui ne
nuit on rien à la facilité de la lecture, produit une économie de plus de la moitié dans la largeur des espaces qu'il faut laisser entre les lignes. Ces espaces sont larges dans les impressions françaises à cause des queues ou traits supérieurs et inférieurs que présentent onze des consonnes. Dans les livres américains on voit qu'aucune lettre ne dépasse la ligne, ce qui a été facile à obtenir en plaçant plus haut les f, 7, y, p, 9, q, qui ont des appendices inférieurs (1).
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