‹ Le sourd-muet et l'aveugleChapitre 60 sur 128 · QUATRIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LETTRE

Mon ExCELLENT Ar.

J'espère que déjà votre enfant sourd-muét à appris l'alphabet manuel, et qu'il sait écrire les lettres sur une ardoise; je voudrais que vous missicz son habilité dans les lettres à l'épreuve. Quand vous avez un moment de loisir, éprouvez-le de la manière suivante : donnez-lui son ardoise et sa touche , en lui faisant signe d'écrire, ensuite montrez-lui quelque lettre au moyen des doigts et voyez s’il sait écrire immédiatement la lettre sur l’ardoise; sans doute vous avez déjà pu lui apprendre à écrire sur l’ardoise quelques petits mois, tels que chat, chien, balle, chapeau, botte etc., vous aurez trouvé aussi qu'il désire en apprendre davantage , et que quelquefois il vous apporte l'ardoise , et vous montre du doigt la chose dont il voudrait connaître le nom et en vous invitant à l'écrire.

Si tel est le cas, rendez-vous toujours à ses désirs, et écrivez les mots les plus faciles qu'il a besoin d'apprendre; s’il n’en est pas ainsi, ne vous découragez pas, caril en est des enfants sourds-muets comme de tous les autres, ils ont des dispositions bien différentes, et ceux qui d’abord avancent très lentement, feront assez de progrès dans la suile, si on les instruit avec patience et douceur. Ainsi, ne vous hâtez pas, mais avancez lentement. Je vous conseille de vous procurer un petit cahier et, désqu’il lui prend envie d'apprendre un mot que vous pouvez lui faire connaître, commencez par le former au moyen des doigts, ensuite écrivez-le aussi nettement que possible daus ke petit cahier, avec une

plume et de l'encre. Chaque soir faites-lui relire Îles nouveaux mots qui ont été écrits dans son livre pendant la journée, et à la fin de chaque semaine voyez s’il a relenu tous les mots qui se trouvent dans le cahier , et sil peut vous montrer, sans se tromper, les objets dont il lit les noms, ou, si ces objets ne sont pas à portée , s’il sait faire du moins le signe qui les représente. Prenez garde qu'il n’épelle jamais un mot, sans vous faire comprendre qu'il connaît en la signification. —

Je vous envoie avec cette lettre une liste de mots que vous devez lui transcrire (1), procédez régulièrement, que vos leçons soient courtes; quatre, cinq , ou six mots à la fois suffisent, afin qu'il puisse fixer son attention sur eux et les imprimer facilement dans sa mémoire. Si votre enfant souri-muet a un frère ou une sœur , qui apprennent l'écriture à l’école, ils pourraient aisément s'occuper de lui montrer à copier ces mots sur une ardoise et puis dans le cahier. Avant d'aller au lit que quelqu'un lui fasse relire les mots quil a écrits pendant la. journée, et former les signes qui les représentent. Tâchez également de les lui faire articuler aussi bien que possible, de la manière que je vous ai indiquée.

Les signes pour les différentes parties du corps, telles que les yeux, le nez, la main, etc. consisteront tout. uniment à les toucher, ou à les montrer du doigt chez.

(1) Cette liste contient d’abord les mots :

Homme, femme, garçon, fille; puis les principales parties du corps, et les aows des habits. Ensuite la maison et ses parties , les noms des meubles, des aliments , des boissons communes, et des petits instruments dont on se sert pour les ouvrages journaliers, enfin les noms de quelques animaux- Jo crois qu'il est inutile de traduire les signes qu’on a joint à tous ces mots puisqu'il est plus aisé et plus simple de montrer les ébjets mêmes, ou de Voir comment le sourd-muet exprime ces choses par des signes et de lea retevoir de lui.

une autre personne. Il en est de même pour les habits, les meubles et tout ce qui se rencontre dans le ménage. Je vous ai parlé de quelques autres signes dans mes précédentes lettres, comme pour soleil, feu, cheval, vâche, arbre. Mais j'ose le dire , vous et l'enfant vous aurez bien- 10t imaginé tous ceux que vous désirez trouver, car J'ai expérimenté souvent que les parents des sourds-muets pouvaient beaucoup mieux m’enseigner les signes que je. n'aurais pu le faire à leur égard. Cependant s’il s'en trouve : quelques-uns à l'égard desquels vous vous perdez, j'ai joint à quelques mots, une description des signes dont je me sers dans mon école.

J'espère que vous avez pu vous procurer une collection de dessins d'animaux et d’autres objets, ce qui vous sera éminemment utile pour faire connaître la signification des mots. Vous trouverez, je n’en doute pas, que votre enfant aimera bientôt à apprendre les mots père, mère, frère, sœur et à y joindre les prénoms. Père, Jean De Bel : mére, Thérèse De Mol ; frère , Pierre De Bel ; sœur, Marie De Bel. Il aimera également à apprendre les noms de ses. compagnons de jeu et comprendra bientôt que tous les membres d’une seule famille ont le méme nom, mais un prénom différent.

Je vous enverrai dans ma prochaine lettre une autre . liste de mots et dans peu de temps nous introduirons dans l’enseignement de petites sentences; mais soyons toujours prudents et ne marchons pas trop vite. |

À présent je veux vous faire connaître quelques signes pour lui expliquer le sens des mots aujourd’hui, hier, demain. Pour le mot hier, je pose la tête sur le plat de la main comme si je dormais, et ensuite je rejetle la main par dessus les épaules. Pour le mot aujourd’hui, je fais le signe d'être éveillé et vivant et au milieu de la clarté.

du jour, et alors je fixe pour un moment mon doigt | perpendiculairement sur une table, ou sur ma main gauche, comme si je voulais faire un point.

Pour le mot demain, je fais le même signe de dormir comme pour le mot hier , mais au lieu de rejetter la main par dessus les épaules je la jette tout droit devant mni.

De cette manière, vous pourrez vous entretenir avec votre enfant de ce qui est passé, présent ou futur. Ei je crois que le meilleur moyen de lui faire comprendre exactement ces signes est de les joindre à une chose qu'il sait être arrivée hier, ou qui arrive à l'instant, ou qui ne se fera qu'après. Ainsi: Pierre a casse hier le verre. Montrez Pierre, faites le signe de casser un verre et puis le signe de hier.

Pierre pleure aujourd’hui ; montrez Pierre, failes le signe de pleurer en imitant les grimaces de celui qui pleure el eu montrant le mouvement des pleurs qui tombent des yeux sur les j joues etc.

Nous irons demain à l’église (supposez qu'il soit samedi, sinon vous prendrez un autre exemple). Faites le signe de nous en montrant tous ceux qui sont présents, non pas en les fixant un à un comme si vous les comptiez ; mais en les rassemblant par une ronde faite bien vite avec la main, ensuite le signe d'église, en

joignant les mains comme si vous priiez et en faisant semblant de. regarder une haute tour, puis le signe de demain (1).

Je vous en dirai davantage dans ma prochaine lettre.

(1) Pour expliquer la valeur de ces différents mots, en pout, on doit. même d'abord se servir de signes; mais le mot une fois compris, en aura soin de faire un usage constant du mot même, afin d’habituer le sourd

æmuet à penser avec la langue. Notz pu Tan.

Ne vous découragez pas cependant, si vous 'n'avez pas encore pu mettre en pratique tout ce que je vous ai dit, mais continuez à enseigner à votre enfant la liste de mots que je vous ai envoyée et il sera bien avancé s’il les comprend avant le mois prochain.

Je suis votre sincère ami, D. D.

ESCUELA ESPANOLA DE SURDOMUDOS , 6 ARTE PARA ENSENARLES A ESCRIBIR Y HABLAR EL IDIOMA ESPANOLA. OBRA DEL ABATE D. LORENZO HERVAS Y PANDURO, SOCIO DE LA REAL ACADEMIA DE. LAS CIENCIAS Y ANTIGUEDADES DE DUBLIN, % DE LA ETRUSCA DE CORTONA (1).

(École espagnole des sourds-muets ow l’art de leur apprendre à ecrire et à parler l’idiôme espagnol. Par l'abbé Laurens Hervas et Panduro, membre de lucadémie royale des sciences et des anliquités de Dublin » etc. )

Cer ouvrage remarquable est presque inconnu; l’historien de l’art d’instruire les sourds-muets , M. De Gérando dans son ouvrage «de l'éducation des sourds-muets de naissance» n'en parle pas. M° Guyot dans sa liste systématique des ouvrages sur les sourds-muets et leur instruction (2) ne les mentionne pas non plus. Petschke ne l'a pas connu, il n'en fait pas mention dans ses

(1) Deux vol. in-40. Con licencia. Madrid, en la smprenta real, 1795.

(2) Systematisch gerangschikte lyst der werken en geschriften over doof-stommen en onderwyÿs aan doof-stommen etc, Groeningen, 1824.

remarques sur un ouvrage de Guillaume Kerger -contenant les titres des livres publiés sur cet art (1).

Son nom ne se trouve ni dans Feller, ni dans la Biographie universelle.

Dans une note imprimée sur le revers du titre, je trouve : que Laurent Hervas est né à Horcaje, village noble de la Marche Lamitane, l’année 1755. Étant devenu jésuite, il fut déporté en Italie , l'an 1767, avec tous ceux de son ordre,et commença à publier en italien à Cesène dès 1778 une série d'ouvrages, la plupart faisant partie de son Zdea dell’ universo. Le docteur Wiseman dans ses Lectures on the connexion betioeen science and revealed religion (2), donne une liste de la plupart des ouvrages de ce jésuite, mais sans mentionner celui qui m'occupe. Il parle d'Hervas avec beaucoup d'estime, il: dépassa de beaucoup , dit-il, tous ses dévanciers, dans ses recherches laborieuses sur les langues. |

L'ouvrage est dédié à son excellence Don Joachim Laurent Ponce de Léon et Baeza grand d’Espagne de première classe. Car, dit-il, « l'honneur qui résulte de l'invention de l’art d'instruire les sourds-muets appartient à l'Espagne et surtout à votre excellente famille dont le religieux bénédictin, frère Pierre Ponce de Léon, fut un membre.»

Je propose l'instruction de sourds-muets , dit-il dans son introduction , à l'humanité de la société civile et à la charité du peuple chrétien , je tache d’y exciter le zèle des personnes compatissantes, l'attention de ceux qui

(4) Litteratur zu einer geschichte des taubstummen unterrichte, dans M. George Raphel's kunst taube und stumme reden zu lehren, Leipzig, 1801- (2) Lecture the first. 4

ignorent et la curiosité des savants. Si je me contentais d'écrire ce qu'exige la précise instruction de ces infurtunés, mon ouvrage ne serait lu que par le: petit nombre de personnes qui ont recu la vocation et accepté la charge de les instruire et tous les autres resteraient dans la même ignorance qui a regné jusqu’a présent sur l'im- ‘ portance trop peu appréciée , sur l'obligation méconnue d'instruire les sourds-muets et sur la facilité de cette iustruction. L'ouvrage est divisé en cinq parties, dans la première partie, il considère son sujet philosophiquement et traite de l’état moral et intellectuel du sourd-muet avant son instruction. La seconde partie contient l'histoire de l’art. Il donne une notice de ceux qui l'ont inventé ou qui se sont occupés avec succés à instruire les sourds-muets et de ceux qui ont écrit sur cette matière , en expliquant les diverses méthodes qu’ils ont proposées pour l'instruction des sourds-muets: cette partie contient des recherches très-importantes. Dans la troisième partie il expose la méthode pratique de leur enseigner la langue. Dans la quatrième partie il décrit les moyens de leur apprendre à parler. La cinquième contient un essai pour leur enseigner, dit-il, les idées métaphysiques et la doctrine civile et morale. Après cet essai se trouve un catéchisme de la doctrine chrétienne, qui est divisé en : quatre dialogues; le quatrième contient la doctrine chrétienne, les trois autres dialogues sont une espèce d'introduction. C’est le premier .de ces dialogues dont je publie ici une traduction.

Je reviendrai sur cet ouvrage. Je donnerai une analyse des opinions de Hervas, je recueillerai dans la partie historique tout ce qu'on ne trouve pas dans l'ouvrage de M. De Gérando. nu

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