ORIGINE DE L'ART D'INSTRUIRE LES SOURDS= MUETS
- Il est peu de sujets plus dignes d’exciter la curiosité que les recherches relatives à l'origine des arts. On arme à voir par quelle suite d'idées les inventeurs ont été condmts à ces découvertes. Mais ces recherches acquièrent encore un bien plus haut degré d'intérét; lorsque ces arts ont un caraëtère de haute utilité morale, elles nous permettent de signaler ces hommes au respect de la postérité, et d'acquitter envers leuz mémoire le tribut de la reconnaissance.
: Si Fon voulait reconnaîtrè l'origine de l’art ds les essais tentés, même avec succés , pour l'éducation d’un sourd-rhuet isolé, il serait diffioile re une “ee précise à cette inventidn.
* Rodolphe Agricola , ‘qui mourut en 1485, est: “ie premier qui ait parlé de la possibilité d'une éducation intellectuelle pour les sourds-müets. Dans le dernier chapitre de son ouvrage posthume (2), il rapporte ,comme tn témoignage du pouvoir immense et presque incroyable de l'intelligente humaine, « qu'il a vu un individu » sourd dès le berceau, et par conséquent muet, qui i avait appris à comprendre tout ce: qui était’ écrit par » d'aütres personnes, et qui hu-même expnimait par s- écrit, toutes ses pensées, comme. s’il eût eu l'usage » de la parole. » in - Cinquante ans plus tard: Vivës, dens son traité De
(1) De l'éducation des sourds-muets, tome1, page 296. | The Edinburgh. review, N° 124, art. vi, the works of G. Dalgarno.
(2) De inventione dialectiva, livre 1, dernier chapitre.
anima, après avoir remarqué que l'oreille est justement appelée par Aristote l'organe de l'instruction ,exprime son étonnement de ce qu’une personne née sourde et muette eût pu apprendre les lettres et révoque le fait en doute. * S'il fallait reconnaître l’origine ‘de l’art dans l’expositon faite , pour la première fois , du principe théorique sur lequel repose l’art d'élever les sourds-muets , l’honneur de cette découverte appartiendrait au bizarre Jérôme Cardan , qui mourut en 1576, et qui à l’occasion du passage de Rodolphe Agricola , que nous venons de
citer, jeta, en passant, sur l’art d'instruire les sourds-
muets quelques vues rapides qui en saisissent cependant les véritables principes ( Paralip. kb. nr, c. &). « Nous » pouvons donc, dit-il, mettre un sourd-muet en état » d'entendre en lisant, et de parler en écrivant. Le » sourd-muet conçoit par la pensée que lé mot paix, par exemple, tel qu’il est écrit, signifie cet objet qui » lui est montré en méme temps; sa mémoire retient » cette signification; il contemple dans son esprit les » images des choses , de même que , d’après le souvenir » d’une peinture que l'on a vue, on peut exécuter un tableau qui la représente, on peut aussi peindre sa » pensée dans les caractères de l'écriture ; et de même » que les divers sons émis par la voix humaine ont » reçu, dès conventions établies , une signification dé- » terminée, les divers caractères tracés par écrit peuvent recevoir aussi, par des conventions, une valeur sem- » blable. . |
» Le sourd-muet, dit-il ailleurs, doit apprendre à » lire et à écrire ;-car il le peut aussi bien que l’aveugle, comme nous l'avons montré ailleurs. L'entreprise est difficile, sans doute ; mais elle est possible cependant pour le sourd-muet. On peut exprimer un grand nom: