‹ Le sourd-muet et l'aveugleChapitre 85 sur 128 · CL IL · texte numérisé non relu

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= 6 instrument plus simple encore, voir N° 5. Des ouvertures carrées, dans une règle de métal, servent à diriger la main pour tracer au moyen du crayon ou d'un stylet la forme des leitres qui se rapproche des capitales, comme l'on peut voir dans le specimen de cette écriture qui s’y trouve joint.

Enfin, M. Gall d’Édimbourg a inventé un petit instrument très-ingénieux, qu'il nomme un typhlographe et au moyen duquel les aveugles sont capables d'écrire aussi nettement qu'un clairvoyant. Il consiste dans une planche sur laquelle on met le papier. 2° Un glissoire à deux branches (voir la lithographie N° 1 ); et 3° un guide du stylet ou ‘ du crayon N° 2. Ce guide est un morceau de cuivre moins large que l’espace qui se trouve entre les deux branches du glissoire , et placé en croix sur un morceau de bois, ce qui permet de le monter et descendre pour former les diverses projections des lettres. On a ménagé à l’un des bouts de ce morceau de cuivre une ouverture ronde, oblongue , avec un petit arrêt à l’un des côtés. En montant, en descendant le guide, on trace dans le trou qui s'y trouve toutes les lettres sans lever le stylet ou le crayon. le specimen N° 4 de la page suivante.

L'arithmétique est particulièrement agréable aux aveugles. Le calcul de tête est porté par quelques aveugles à une rare perfection. Plusieurs élèves, surtout-dans les institutions d'Allemagne , sont capables de faire des opérations mathématiques des plus compliquées, sans aucun secours de signes , et plus vile que des savants : ceci n’est cependant pas assez général pour pouvoir nous passer entièrement et toujours de notes. La première idée d’une planche d'arithmétique vint à Saunderson, aveugle, mais professeur de mathématiques à l’université de Cambridge. Le D' Moyes, autre aveugle, en proposa une qui

paraissait plus parfaite, mais toutes ont été’ oubliées après l'invention de David Macbeath ,- dont j'ai parlé. Cet aveugle mérite d'être connu. C'était un nain de quatre pieds six pouces, mais sans être cependant contrefait. Il avait tout l'air d'un enfant de dix à douze ans, lorsqu'il était déjà âgé de trente ans. Malgré son malheur, Macbeath était parvenu à un dégré d'instruction qui le faisait distinguer. Il fut reçu en 1809 dans l’asyle d'Édimbourg où il sut bientôt parvenir à la place de professeur de ses confrères, qu’il continua d'occuper jusqu’à sa mort arrivée subitement en 1834. La planche qu'il inventa pour enseiguer l’arithmétique est un cadre percé de plusieurs rangs de trous carrés, les chiffres y sont marqués par deux chevilles carrées de plomb diversement marquées à leurs extrémités. Chaque cheville peut être placée dans quatre positions diflérentes. L'un des caractères indi que les chiffres impairs 1, 8, 7, 9, l'autre, les nombres pairs 2, #4, 6,8. La seconde cheville marque 5 ou 0 selon sa position. Ces deux caractères suffisent pour toutes les opérations arithmétiques, et les rendent plus faciles que si les aveugles avaient eu besoin d'employer dix marques spéciales. Un des élèves de Macbeath, nommé William Long , et instituteur des jeunes aveugles . à Glascow , eut le bonheur de perfectionner la planche inventée par son maître, en rendant les trous pentagones. Une seule cheville diversement posée suffit à présent pour calculer, et l'aveugle ne perd plus de temps à chercher ses notes. J'ai fait lithographier celte planche, et elle est si simple qu’à la première inspection on concevra la manière de s’en servir. |

Comme il était utile de pouvoir écrire ou marquer les différents signes algébriques, M. W. Taylor, qu'on est sûr de rencontrer toujours lorsqu'une amélioration

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resie à introduire, proposa les caractères que j'ai faif lithographier. Les chiffres 1, 3, 5, 7 et 2, 4, 6,8, sont notés comme dans la planche de David M'heath par les différentes positions des deux projections de la cheville N° 1. Le nombre 9 et 0 ainsi que les signes + et — et les letires w, x, y, z sont marqués par les diverses positions des deux bouts de la cheville N° 2. Il a préféré les trous carrés dont les côtés sont plus faciles à distinguer que s'ils étaient pentagones. Les pentagones d'ailleurs ne lui auraient donné aucune économie de chevilles, puisqu'il en fallait absolument deux. Il y a entre chaque rangée de trous carrés une rainure, peu profonde et mince, et faite pour y placer un morceau de carte carré et oblong, afin de séparer les sommes. L'exemple N° 3 contient une opération algébrique qui éclaircira l'usage de la planche.

Divers autres moyens pour calculer ont été proposés qui tous ont plus ou moins d'avantages. M. Gall en a trouvé un qui n’exige ni planche ni chevilles. Il représente tous les chiffres au moyen d’une ou de deux épingles . diversément posées sur un coussin ou un tapis, comme on peut le voir au N° 4 la de planche ci-jointe. En cas de besoin , l’habit suffirait, et l’aveugle est par ce moyen mis en état de faire des calculs partout où il se trouve.

Les globes terrestres en usage dans les institutions d'Édimbourg et de Glascow n'ont rien de particulier et et les cartes géographiques sont des cartes ordinaires sur lesquelles on a collé de minces cordes pour indiquer les limites des pays , le cours des fleuves et dans lesquelles on a mis des têtes d'épingles ou de clous pour marquer la situation des villes. M. Gall a présenté à la société des

"arts d'Édimbourg des cartes imprimées en relief, et a

même reçu la médaille d'argent pour son invention. La Lu Souan-Muer ET L'AVEUGLE. 2° ANNÉE, ÿ

terre est un peu plus élevée que la mer et les Hmites des royaumes sont indiquées par une ligne de points. Les noms de pays ainsi que des villes eapitales y sont écrites en noir et à la main. M. Taylor a publié une carte de l’Angleterre el du pays des Galles très-nette. Elle est faite au moyen d'une forte pression qu'on a fait subir à une feuille de papier posée sur une planche de cuivre gravée en creux. Elle n'indique que les limites du royaume et des comtés; des points marquent les capitales. Ces cartes sont loin d’étre aussi parfaites que celles d'Amérique. Une petite carte de la Flandre-Occidentale, de mon.invention a mérité l'approbation de tous les instituteurs en Angleterre. Cette carte n'est qu'un essai, elle contient sur une surface moins large qu'une feuille in-8° , les noms de onze villes, le nom de la province, des pays limitrophes, etc, et la position des principales paroisses de la province; lesicanaux y sont distingués des rivières. Je joindrai dans les certes que je ferai d’après ce même procédé la pepulation au nom des villes.

J'ai vu à Glascow, une représentation en relief de la longueur comparative des principaux fleuves et de la hauteur des principales montagnes du monde et des édi-: fices les plus remarquables, comparée à la hauteur de la maison qu'ils habitent.

‘Les aveugles ne sont pas tout-à-fait Hi à la science de l'astronomie. Après qu'on leur a donné une idée approximative de la hauteur de quelques créations terrestres, on leur fait comprendre combien notre terre est une portion insignifiante dans le système général de la création , et au moyen d'un instrument planétaire, on leur explique le mouvement du ciel, la position et la

‘grandeur comparatives des planètes. On perd cependant fort peu de temps à leur expliquer scientifiquement ces

es 69 = belles choses, et en général, tous ces objets et ces machines sont considérés même dans les instituts plutôt comme curieux que comme utiles.

Une connaissance élémentaire de la géométrie offre plus d'utilité. Comme les aveugles ne connaissent les rélations des quantités géométriques que par le toucher, cette connaissance doit être nécessairement très-bornée, incomplète et peu juste. M. W. Taylor a donc cru bien mériter en publiant les figures des éléments d’Euclide jusqu'à la 48° proposition. Le relief est produit sur le papier par une forte pression sur une planche gravée en creux; M. Howe a depuis publié les figures des éléments d’Euclide et il en existe une autre édition .publiée à l'institut de Paris.

La musique est enseignée dans plusieurs établissements comme profession utile. Divers élèves sont déjà pärvenus à se placer avantageusement comme organistes. On y apprend l’art par principes et I£ mode. de cet enseignement ne différe en rien de ce qu'il est pour les personnes clairvoyantes.

M. Haüy fit fondre d’abord des caractères de musique propres à en représenter sur le papier et en relief tous :les traits possibles, et parvint à former des musiciens. M. Tansure, dans sa Musical grammar, propose d'employer uné machine peu compliquée et dont on peut voir le dessin dans l’'Encyclopædia britannica à l’article Blind. La planche est longue de trois pieds et large de neuf pouces. Les poriées sont marquées en relief comme elles sont tracées sur le papier pour ceux qui voient ; par des lignes plattes. Les lignes nécessaires au-dessus ou au-dessous des portées ordinaires sont indiquées par des lignes arrondies. Des trous percés entre et sur ces lignes reçoivent des notes musicales de

ns, les mesures.

À . | » ' Lg : ; ° ; e Q , … la forme ordinaire; ou des notes arbitraires comme on

le pratique aïlleurs. M.'Cheesé a considérablement per-

fectionné cette planche propre à écrire de la musique; en substituant aux notes vrdinaires ou autres, en plomb : ou en bois, qui prenaient nécessairement beaucoup d'espace, évite: avec ou sans téle et dont lé bout est diversement contourné. Il est parvenu de celte manière à donner trenle-deux formes différentes à une épingle, mais dont douze lui suffisent pour son enseignement,

M. Gall, d'Édimbourg, trouve de grands’ avantages à écrire la musique par des chiffres. La gamme est représentée par 1, 2, 5, 4, 5, 6, 7 pour les doux octaves; de sorte que dans chaque ton la première note

s'exprime par 1, c'est la clef qui modifie tout. Si des

notes descendent ou montent au-dessus ou au-dessous ‘de l'octave, on les marque par un commma tournéen

haut ou en bas, selon la nature deg notes qui exi-

gent. celte indication. ‘Un colon indique les notes qui

| doivent étre pointées. Le parenthèsé ) marque te bémbl

et (. la dièze. Un espace laissé éñtre des notes indik Er Ce Yadle A0

La valeur ‘des notes esl désignés comme suit :‘

Ronde ‘ L—, 2—, 8... 4 — ,etc.

‘Blanche 1— 34 3— 4— «te Norre is Gn: à 4 4 …. Etc:

‘Croche LR L.., —. 2 é : 8 x 4. sites .

Double araghe 1... 2. 8. 4. ét Triple croche 1. 2 3 . 4 . : etc.

De cette manière, la musique , écrite avec les lettres en pointes ou imprimée, occuperait peu ‘d'espace. Des épingles sufiraient” méme pour l'écrire, et: si On lendait une corde sur un coussin, les notes de

la gamme s'écriraient sur la çorde, celles des autres octaves pourraient être écrites. au-dessus ou au-dessous de la ligne selon le besoin.

Le désir de procurer aux aveugles | le moyen d'écrire Ja musique a fait chercher d’autres procédés. Un genlilhomme de ja Catalogne , Don Isern , a recu, en 1827, de,Ja société pour l'encouragement des arts, dé la manufacture et du commerce etç. de Londres, une médaille en argent, pour l'invention d'une machine, qui ne me parait pas salisfaire aux conditions qu'un pareil instrument devrait posséder, car l’aveugle ne peut pas relire ce qu'il a écrit par sa machine.

. Quelque procédé qu'on invente, la musique lisible pour les aveugles, ne le sera que pendant qu'ils chantent, flans toute autre exécution les mains se trouvant em- -ployées, les partitions doivent être confiées à la mémoire gt celle des aveugles est surprenante sous ce rappor},

Le moyen le plus usité pour leur apprendre des morceaux de musique, ést de leur lire Jes phrases

musicales en les solfiant, aussitôt que les deux ou trois premières mesures sont imprimées dans la mémoire, on poursuit la lecture et.en peu de temps, les morceaux les plus compliqués sont appris et exéculés, É

En Angleterre, on ne juge pas à propos d'appreadre aux aveugles d'autres instruments que l’orgyg. qu le piano, de- crainte. d'en former des musiciens aæbalants et de les”exposer conséqemment à la corruption par là fréquentation des assemblées -düu ‘bus peuple :

Uu petit cours d'histoire naturelle sérxil sans ‘aucun doute d'une grande utilité pour les aveugles, et aurait l'avantage de leur étre très-agréable, La plupart des aveugles-nés n'ont aucune idée des animaux les plus communs. Un de mes élèves âgé de onze ans, n'avait

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— 79 — jamais touché une poule. Son bonheur fut grand lorsque, pour la première fois, je lui en’ donnai une à palper. On a formé dans quelques instituts d'Allemagne * des musées d'animaux empaillés, afin de faire connattre aux aveugles le règne animal, mais outre qu’une pareille collection coûterait des sommes dont les instilutions ne disposent que rarement et qu’elles employeraient souvent mieux'ailleurs, elle ne servirait jamais que pour le temps que les aveugles passent dans les établissements. Il serait donc utile de perfectionner l'essai de M. Gall, et d'imprimer en relief la forme de quelques animaux avec une explication; les contours des specimens que M. Gall a publiés ne sont pas assez tranchés.

Tel est le tableau de l'instruction intellectuelle des aveugles dans les instituts d'Angleterre. On est loin encore d'être parvenu au dégré de perfection qu'elle atteindra sans doute dans quelques années, mais désà-présent, le germe de tout ce qui est ulile et nécessaire s'y trouve incontestablement ét si la prudence prescrit aux directeurs une sage lenteur dàäns l’adôption des procédés nouveaux, ils ont en général un désir sincère d'adopter toute amélioration dont TEE

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