CHAPITRE V
DE L'INPRESSION ÉN RELIEP. LÉ
OL
La lecture pour un aveugle n’est pas seulement un moyen d'instruction, mais elle est une occupation. Occuper les aveugles, c'est les distraire, c’est les rendre relativement heureux. fl n'est pas probable qu'on DArponse jamais à imprimer à l'usage des aveugles de manière à ce qu'ils puissent lire aussi rapidenent que les clairvoyants. L'œil voit d'un seul coup une certaine surface, une groupe de lettres, que le doigt ne peut déméler que successivement. L'obstacle se trouve donc dans le lecteur, mais non pas dans le livre, et jamais, sans doute, l'art ne remplacera ce dont la nalure ou un malhéur d privé l'aveugle.
Mais je ne sais pas si, dun le cas donné , “ait impuissance, de l'art n'est pas un. avantage. La lecture, occupe agréablement un aveugle et comme elle s6. fait lentement, un .seul livre peut occuper longtemps. BH convient qu'il en soit ainsi,.car le nombre des ouyrages imprimés en relief sera toujours forcément borné. Lin. dustrie n'entreprendra pas celle impression par spéculation, sur une large échelle, car le nombre des lecteurs aveugles , en comparaison des autres , étant très-petit, Ie prix en serait trop élevé pour cette classe ordinairement pauvre.
La lenteur de la lecture chez les aveugles provient encore de la difficulté de reconnaître la forme de chaque leitre en particulier , et cette difficulté rend quelquefois la lecture rébutante ou entièrement impossible. Le choix
d'ux alpbabet «est, donc d’une asser grande importance pour mériter une. discussion approfondie.
‘La découverte de l'impression en relief est encore une de celles que chacun s'étonne de ne pasavoir faite ke premier. Une feuille de papier fortement foulée par la presse, et présentant les lettres en rekef. dit suffire pour en donner l’idée, à tout imprimeur. Cest à la France qu'appartient la gloire de cette découverte. M. Valentin Haüy l'a tenté le premier et il: a réussi. 1l employa suocessivement des caractères: de: différentes grosseurs ét én adopla enfin un qui paraissait tenir le milieu entre ceux que les aveugles peuvent palper, chaeun suivant le, dégré de finesse que la nature lui a donné , ou bien que J'âge.et le travail lui laissent dans le toucher. Ces caracaxes sont beaux.à l'œil, ils diffèrent très-peu de la forme ordinaire comme on en peut juger par le spécimen Gijoint. Aucun, changement notable n’y «.été introduit depuis M. Haüy., cepexdant on s'est déjà convaincu, par ne. longue expérience, que l'alphabet ne répond ÿas à ce qu'on en altendait et que les aveugles ne conservaient pas la finesse de tact nécessaire pour continuer à lire d'imprpssion de Paris : mais des livres avaient été imprimés en masse et dans différentes langues; on avait espéré que cetle institution, comme elle avait été la première et.le modéle ‘d'après lequel les autres s'étaient formées, deviendrait :aussi Le chef-lieu d'où. se. tireraient toutes, les productions typographiques à l'usage des aveu. gles. Ce.csicul ne se vérifia pas. Les dépenses qui avaient 2. grandes , refroidirent le, zèle .de..ceux .qui s'étaient iniaressés à -celte industrie et-rendirent impossibles des tentatives uljérieures pour perfectionner ce genre d'impression, | |
Dans l'origine , Jes lettres avaient la forme parallélipède
— FD — lu ‘caraetère de l'imprimerié: ordinaire... Les :avengles composaient dans un châssis; doublé: d'un‘fondude -quivre et percé. de plusieurs: rangsidepetits tous.. On “se seèvil: pour imprimer en. relief d'une ,.presse en ‘bois semblable à icelles qu'on *Yemplpid: pour exprimer l'huile, “pressær le drap eto., mais pour peu'1que :la: planclé uegrande ; læ tablette ;-qui devuit exercer lar:préssiôn sure: papier ;'n'élaitpasiégalement serrée: par la:yis'et Jes bords. se .iroumaientiatoir moins de foulage : que le milieu. C'est esquidlonnarnuissance à la presse cylindre que fit, en‘ 1784: M. Beaucher, sarrurier-machémiite Cette ‘presse ressemblait: beaucoup à. celle: des 1npréèmæeurs en taïlle-douce. Un: lérier:frisait mouvoir le eylindre ; què, enrouHint sav la planche, exérçait uné pression suctesgive et produisait un: mauvais. foulage. parée’ quel lepapher était déplacé par la rotation du oylindre, 561010 : 1. Glonsier ; imprimeur du:roi, juge: qu'ume-ptestibh perpendiculaire ‘donnée-à touté Ja-fwille ‘hh-fois sérdit préférable à des pressions suvdeessives ;”it ft: iv abs presses ordinaires à l'impression “en reliel; ‘et 41 rénsvît putfaitément, d'après l’aveu de M. Guillié {1}; qui, tkpétdant, vèrs 1828; ittrodüfsit-eneure une Ÿbis' la’ presse k cylindre en usage jusqu'ici dèns l'institution dé Paris <911 51 Eëÿ caractères: dont on se:sett actuellement hot? én formé de marteau ta leltré ; qui doit produire 16’ xéReff repose” sr une !. partie ? 1ansbttinleis qui" ‘a * pou 26bjët d'urréter: les tetires -qu'on-plage:sur it planche ‘cumponil tion où châssis à-entrélipnesien. bois ;:1eliest l'état Üetèt att'en Frérièe/:Gôntent de la gloire de éètte détouverte enne' ne ee Re Le ARPAONENE La rois
{n Essai sur HRscUeUon des aTeugee, À ie M. que LS ‘édit. EL p.48. ie PE ut) l sit
RE, perfectionnement, et depuis son invention elle y est restée à-peu-près stationnaire.
Quelques essais furent tentés en Autriche et non pas sans succés ; mais c'est en Angleterre et en-Amérique que cet art a fait du progrès, graces surtout au désinléressement de M. Gall d'Édimbourg , au zèle.de M. Howe, directeur de l'institut de Boston , de M. Alston, trésorier de celui de Glascow et de plusieurs autres philantropes. Pour unir et diriger tous les efforts isolés jusqu'alors, la société rayale des arts d'Édimbourg eut, en 1832, l’heureuse idée de proposer pour.sujet d'un de ses prix annuels, la communication du meilleur alphabet à l'usage des aveugles. On exigea des concurrents qu'ils indiquassent quelle devait être la forme et la hauteur des lettres . Où caractères, et combien on en devrait adopter pour
former un alphabet général à l'usage des aveugles de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, et en second lieu Ja. meilleure méthode.et la moins coûteuse: d'imprimer en relief avec ces caractères ou lettres, de maniére-à permettre -au toucher de les distinguer aisément et avec exactitude,
Chaque communication devait étre accompagnée d'un specimen imprimé en relief. 2.
L'appel de la société fut. entendu. Six coneurrents présentérent des alphabgts, et La commission nommée pour les examiner décida, après avoir. consulté. des juges compétents, que lé syaême des signes inveniés par M. Hay,que je ferai conpaîtse: dans un: instant, méritait sous tous les rapports la préférence sur. celui de Paris et de M. Gal} d'Édimbourg, et-par conséquent que le système de M. Hay était digne de l'appui et de l'encouragement de la société, d’aulant.plus qu'il avait
déjà fait de grandes dépenses.
La commission fit cependant observer que, eh recommandant l'alphabet de M. Hay, elle n'avait nullement l'intention de le proposer eomme un alphabet 4 Fusage des aveugles à adopter définitivement sans investigalion ultérieure. La chose lui semblait d’uné trop grande importance. Elle conseilla de’ continuer les recherches, et d’entrér en communication avec toutes les institutions pour les a afin de pouvoir obtenir l'unifurmité. L
La société, suivant leé vues de sa commission , jugea convenable de prendre des informations ultérieures, et proposa encore üne fois sa médaillé d'or de la valéur de 2 guinées pour la meilleure communication sûr ce sujet. | | d
Quinze autres alphabets furent recus de différents
côtés de l'Écosse ‘et de l'Angleterre , quelques-uns
accompagnés de rémarques physiologiques et philologiques du plus haut intérêt, elt'-que j'ai pu examiner
lors de mon séjour à Édimbourg. . . \ 4:
Boure de ées alphabets étaient ‘formés de' caractères tout-à-fait arbitraires, les trois autres n'étaient que dës :
modifications des caracières romains .et italiques: On
avait donc d'abord à décider la question ; si on adopte”
terait’ un alphabet arbitrairé, ou bien si on 4e
contenterait de l'alphabet commun, mis modifié. J'exposerai les argurments én faveur dé chtiqiué opinion et pour complèter la discussion, je ferai connaître . en même temps al ée. é à et à Li ici darts”
ce genre. : os
Chez presque toutes les nations civilisées lès mots se
composent de lettres. Mais’ les leHres:ne sont pas
absolument nécessaires, comme le prouve la langue chinoise dans laquelle tous les mois sont représentés
LA
par un signe arbitraire. Dans nos langues aussi, quoique nous ayons des lettres, plusieurs mots sont des signes tout-à-fait arbitraires et se prononcent en effet tout autrement qu'ils ne sont écrits. Les mots anglais, par exemple baught, taught, rough, se prononcent haut, taut, rof, etc. Il en est de mème dans la langue française et dans la plupart de no Jangues. Nous plaignons les Chinois qui, avant de pouvoir aspirer à une dignité dans’ l'empire, ont befoin d'imprimer dans leur mémoire vingt mille caracléres, mais les langues d'Europe offrent souvent autant de difficultés. Âu moins les. signes chinois des mots ne changent point, tandisque chez nous, nos lettres changent à tout moment de son. Pour apprécier gntièrement cette difficulté, supposons un Anglais qui désire prononcer le mot pharmacy qu'il rencontre pour la première fois, et voyons combien de chances il a de se tromper; ce calcul curieux a été fait par le directeur de l'institut de New-York,
Les lettres ph séparées ou jointes peuvent étre prononcées de 4 manières différentes ; l’a se prononce de 8 manières, les trois premières leltres peuvent donc être prononcées de 52 manières; la lettre r a 2 sons, ce qui double les différents sons; ‘# a encore 2 sons; chacune de ces 64 manières de prononcer les quatre premières lettres admet donc deux variations de plus, soit 128; a se dit de 8 manières. En multipliant les 128 par 8, on trouve 1024. La lettre c a, dans la langue ariglaise, cinq sons. 1024 multplié par 5 font 5120. On prononce y de 3 manieres ce qui fait qu'un enfant, après avoir appris la prononciation exacte de chacune des lettres qui composent
le mot pharmacy, a 15,360 chances de se trompfr:
mn
à È Ÿ 8 % S à SH OE EN SI SIN À à NN NS + NN UIRIIIII DM II à 6 | | | | : | ( Ÿ | | | ( mu. des Last mob de css et ane Name ant id more ne . N 4
QUTUATMMEN THE SEM mé sonne ne
dé sorte qu'on peut se > convainére que notre systême d'écrire les sons est parfaitement imaginé pour embarrasser celui qui veut le cènnaître, mais il y a chose jügée et ceux qui voient et qui entendent, doivent passer par-là, sous peine de ne pas pouvoir entrer en communication avec. la société, et de ne pas pouvoir profiter de l'expérience qu’elle -a déposée dans lés livres. Mais 1l n'en est pas de méme pour les aveugles, des livres doivent être imprimés à leur usage exclusivement ét, dit le directeur de l'institut de New-York, il importe peu que les clairvoyants sachent lire cés livres ou qu'ils ne lé sachent pas, pourvu que les aveugles les comprennent parfaitement. Ces motifs l'ont porté à proposer une manière d'écrire les sons de la langue qui remédiera jusqu'à un certain dégré aux inconvénients qu'il a signalés. Avec nos caracières, dit-il, nous savons exprimer exacte“ . ment le mot Deuu, belle, par les lettres bo et be/, mais nous avons plus de sons simples ou élémentaires que de lettres. Il a donc formé son alphabet de quarânte-et-un caractères dont le son ne change jamais, et qui représentent tous les sons élémehtaires des mots. Uñe personne donc qui connaîtrait ces signes, épélerait, après une pratique de quelques heures, presque tous les mots d’une langue; d’ailleurs, en imprimant avec ces caractères, on diminuerait considérablément le volume des livres, d'autant plus qu'il propose des signes abrégés pour un certain nombre de préfixes et d'affixes. Je publie (1) l'alphabet tel que l’auteur l’a proposé, appliqué seulement à la langue anglaise,
(1) Voir le tableau ci-joint.
parce que je suis d'avis, pour les motifs que j'exposerai, qu'il est loin de posséder les conditions exigées pour obtenir le but qu'on doit atteindre.
. Un autre procédé plus ingénieux encore fut inventé par M. Barbier. Les ayeugles n'entendent que des sons, la différence de la langue écrite et parlée doit les embarrasser beaucoup pour la lecture, il a donc cru aussi qu’un systéme de notation, qui serait l’image fidèle des sons de la voix, simplifierait de beaucoup la matière. Puisqu'ils ne peuvent pas lire notre écriture ni nos livres ordinaires et qu'on est obligé de faire imprimer à leur usage des livres en relief, pourquoi, dit M. Barbier, ne choisirait-on pas des caractères faciles à saisir par le tact et en même temps en harmonie avec la parole. Il a donc. substitué l'orthographe du son à l'orthographe grammaticale. Le. point seul entre comme élément dans le système de M. Barbier. L'auteur avait d'abord partagé tous les sons, voyelles et consonnes, en six rangées horizontales de six caractères chacune.
1° LIGNE. a, 1, 0, u,. .é, é.
2° LIGNE, an, in, on, un, eu, ou.
8° LIGNE. be, de, gue, je, ve, 2e.
4° LIGNE. pe, te, qu, che, fe, se.
5° LIGNE. le, me, ne, re, gn, 1 mouillée.
6° ziGxB. oi, oin, ien, ste, x, ment.
— 81 - | Les consonnes s’articulent comme si elles étaient suivies d'un e muet, mais cette lettre ne fait pas per de l'écriture.
‘Chaque lettre était exprimée par deux rangées perpendiculaires de points, la première rangée indiquait le N° de la ligne horizontale, la seconde marquait la place qu'occupait ce son dans la ligne. De cette mianitre.