‹ Le sourd-muet et l'aveugleChapitre 87 sur 128 · CE · texte numérisé non relu

CE

Il ne fallait pour tout instrument qu’une règle rayée, dans son milieu, de six lignes paralléles et’ creusées dans le bois sur laquelle on posait le papier qu'on rete-

nait par une espèce d'agrafe, ou sur laquelle on mettait une reglèlte platie en cuivre percée de carrés.

Comme écriture abrégée, le système de M. Barbier était plus ingénieux que rapide: aussi l’auteur crut-il devoir y introduire bientôt des changements notables, et il trouva le moyen de figurer tous les sons et articulations ‘avec troie points placés dans des positions relatives différentes. Voici comment il procède pour arriver à ‘un résultat qui paraît au premier abord si surprenant. Il partage d'abord son a/phabet de prononciation (voyelles et consonnes) en cinq rangées horizontales au lieu de six, comme il l'avait d’abord fait.

Chaque série est représentée par une marque spéciale formée de deux points: par exemple, la premiére, qui se compose de voyelles, est représentée par deux points placés dans une position perpendiculaire (:); la seconde qui se compose de voyelles nasales est réprésentée placée dans une situation oblique (:.); la troisième qui se compose d'une première ligne de consonnes est marquée par deux points placés horizontalement (..) etc. Nous avons ainsi, comme on voit, le moyen de représenter la série; mais chaque série est composée de six lettres. C'est au moyen d'un troisième point combiné avec le second, que l’auteur détermine le rang de la lettre qu'il agit de tracer dans la série; par exemple, o est la troisième de la série. Je commence donc par indiquer la série au moyen de deux points (:) et j'indiquerai le rang de la leltre au moyen d’un troisième point qui sera combiné avec le point inférieur de la figure que je viens de tracer, de manière à présenter les deux points horizontaux qui appartiennent à la troisième série (:.); la série et le rang se trouvent de la sorte indiqués et la lettre o clairement figurée. L'élève n’a besoin que de

savoir exactement l'ordre dans lequel sont rangées les lettres dans le tableau alphabétique.

Dans cette forme, l'ingénieux système de M. Barbier a obtenu l’adhésion de l'académie des sciences de Paris, Trois rapports faits dans les années 1820 , 1823, 1830, au-bas desquels sont apposés des noms qui sont à eux seuls une puissanté garantie, ceux de Cuvier, Lacépède, Ampère et Molard, constatent cette haute approbation. On y explique aussi le but ultérieur de M. Barbier, qui est de donner aux aveugles des livres qu'ils imprimeraient eux-mêmes. Cette impression en relief n’exigerait hi casier , ni Caractères mobiles, et elle serait toujours composée dans un type simple et uniforme. Pour obtenir ce résultat, M. Barbier a fait fondre des eadratins qui portènt à une de leurs extrémités un trait en croissant et à l'autré un trait droit : le premier signe peut prendre quatre positions, suivant que la convexité est tournée en dessous, à droite bu à gauche; le second signe peut en avoir deux, une horizontale et une verticale. En * combinant ces deux cadratins, on arrivera ainsi à faire figurer, conformement au systéme que je viens d'exposer, ä l’uné la rangée horizontale et à l’autre le rang de la lettre dans la série. Le procédé, comme on voit, n’exigerat que peu d'adresse et serait facilement mis à la portée dé tous les aveugles.

L'écriture sonographique a des inconvénients que M. Louis Braille, répétiteur de l'institution de Paris et aveugle lui-même , a prévenus en partie en adaptant à chacune de nos lettres üun signé convenu, formé d'un certain nombre de points arbitrairemént disposés;. voici les dix signes primilifs :

e e .… ee ° CA ., e e L] | . | | L] | e | C2 .… | . | 6 | .e

Le Souro-Muxr Er L'AveucLe. 2 ANNE,

C'est en ajoutant à ces points un äutre point, ou à gauche ou à droite, ou bien deux points, qu'on forme les quatre premières séries, telles qu'on les voit sur le tableau ci-joint. La machine dont on se sert dans ce systéme , au lieu d'avoir six rainures ; n'en contient que trois.

M. Braille a en méme temps indiqué la manitre d'imprimer la musique au moyen de points.

Les notes xt, re, mi, fa, sol, la, si sont représentées par les signes suivants :

EE A e e e .e .. é CRC

On peut placer ces notes à sept octaves différentes

qu'on distingue entre elles facilement: Voici l'#t aus sept octaves, à parlir de l’uf de contrebasse:

. 6 Ï ee ve Ï ee «4 | . | edé Ï ce ] ce * e e e Li e ° ° e. .e e

par conséquent, le fa de la clef de ce nom, dans le procédé des clairvoyants, sera représentée par : :: ; l'ai

. de la clef de ce nom par .‘; ; le s0/ de la clef de ce

nom, par .:. ..

S'il y a plusieurs notes de suite appartenant à la même octave, il suffit d'écrire ce signe indicateur de l'octave avant la premiére de ces notes.

Le bécarre, le bémol et le dièse accidentels # marquent respectivement par les signes *., :., ‘:, placés avant la note; le double diése et le double bémol s'indiquent par le signe du dièse et du bémol répétés.

La ronde s’indique par les deux points de la troisième série placés au-dessous de la note; Ja blanche, par Je point de la seconde série; la noire, par le point de la

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deco de serie.

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Mn 0 pq r s L Troisieme série.

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PELLE Œ à LL O & & Lt D æœ w an in on un eu ow où ch qn ill | nm Jonctuations et autres signes. |

Lithk deDaredtez y Arage

quatriéme série; la croëhe se reconnaft pat le blanc où le vide qui se trouvé au-dessous de la note,

Exemrie.

ut ronde :: ut blanché ”:

ut noire :: ut croche ::

La double, la triple, la quadruple et la quintuple éroche s’indiquent. réspèctivement comme la ronde, la blanche, la noire et la croche. Ce double emploi dé la même indication ne peut nullement imduire en erreur, car la simplé inspection de la mesure fait disparaître toute confusion; cependant, dans le cas embarrassant on peut mettre .:° devant les quatre prémièreg Yaleurs ét .:: devant les autres. La valeur pointée s'indique par un point placé après la note, lorsque la note est double pointée on met deux points: On marque les triolets par : placé avant une série de notes; une place vide marque la fin de la mesure; :- est la pause; : la demi-pause. On marque le soupir par ‘. ; le demi-soupir par :: pour indiquer que plusieurs notés doivent être frappées en aecord; s’il y en a deux ; on met entre elles .*, avant trois notes en accord .:, avant quatre notes : . 5

On a publié à Bristol l'Évangile de St-Jean, et un petit livre de lecture d’après le plan proposé par M. T. M. Eucas. Le relief est beau, mais les caractéres sont sténographiques. Il admet conséquemment une masse d’abréviations qui rendent la leciure plus ou moins incertaine. Il n’emploie qué trois signes primitifs; une ligne, une courbe et un point.

Il donne à la ligne quatre positions , perpendiculaire, horizontale, oblique et verticales La courbe en

‘admet également quätre, selon qu'elle est tournée à droite, à gauche, en bas ou en haut : chacune des quatre positions de la ligne reçoit quatre caractères additionnels au moyen d'un point, ce qui fait vingt signes, Chacune des positions de la courbe subit deux changements au moyen de ce point, de qui nous donne 82 caractères, puis un point, un cercle et deux moindres courbes tournés à droite et à gauche. Les éléments sont on ne peut plus simples, et si un alphabet arbitraire pouvait ou devait étre adopté, je préférerais celui de M. Lucas. L'auteur , dans une petite brochure intitulée Znstruction for teaching the blind to read, expose les deux avantages qu'offre son système. Chacun sait, dit-il, qu'on lit moins vile au moyen des doigts qu'avec. les yeux, parce que les doigts touchent moins d’un seul coup que lés yeux ne peuvent appercevoir à la fois; plus donc les mots sont simples et abrégés sans en étre moins distincts, plus on approche des avantages de la vue, puisque par-là une laborieuse épellation est changée lout d'un coup en une lecture facile. Ajoutez-y encore .que la simplicité de la forme, en rendant la lecture plus rapide, la rend en même temps plus sûre. Le deuxième avantage d’un caractère sténographique c'est qu'il peut être appliqué à toutes les langues alphabéliques. Il n’y aurait qu'à calculer la proportion respéctive dans laquelle on fait usage de chaque lettre pour adapter à celle qui revient plus souvent le signe qui occupe le moindre espace. On fait usage de l'e dans la langue anglaise cent vingt fois contre une fois qu'on emploie le x.

J'ai entendu deux de ses disciples lire un des chapitres de l'Évangile de St-Jean. Un des meilleurs employa trois minutes et 29 secondes pour lire les treize pre-

miers versets du 12° et 17° chapitre de cet évangile ; j'ai entendu d'autres élèves qui ont lu ces mêmes versels imprimés avec les caractères de M. Gall, en moins de temps encore. Un des élèves de M. Lucas, qui avait déjà fréquenté l’école pendant au moins un an, ne put lire qu'avec heaucoup de peine une ligne que. je lui désignai au milieu d’un chapitre, et se méprit souvent, lorsqu'un seul signe devait indiquer tout un mot comme l'exige souvent le système de M. Lucas, Chaque lettre isolée, par exemple, pose, au moins, pour trois mots; il y a des caractères qui expriment jusqu'à sept' mots, une méprise n’est donc que trop facile et suffirait pour faire abandonner le procédé.

La lettre 7 sonne comme si elle était précédée d’un a; j et À comme s'il y avait un a après ces lettres ; J, l, m, n, s el + comme s'ils élaient précédés d'un #, et À, c, d, g, p, t et v, comme s'ils étaient suivis d'un e, Le commencement de l'Évangile de St-Jean est écrit de la. manière suivante :

t gospl b st jon, chap. 1.

int bgini wst wrdatwwswg,atw wsg. t sam ws n t bgini w g, 1 things wr mad b him, a wohmwsnta thing mad tht ws mad. in hm ws life a t 1 ws t lit f mn.

Les mots doivent bien souvent être compris par la contexture de la phrase et il est possible de faire telle phrase au moyen de ses caractères que l'auteur même du procédé ne finirait pas par débrouiller.

. Un aveugle d'Édimbourg , M. Hay, imagina un autre alphabet ; c'est son travail qui donna à la société des arts l’idée de proposer le concours qu'elle ouvrit ensuite. | |

M. Hay, dont l'alphabet plût d'abord beaucoup à

la société, avait calculé que les livres à l'usage des aveugles, imprimés avec son alphabet, pourraient être réduits à un tiers du yolume qu'exigerait le systéme de M. Gall, qui lui-même avait prouvé de fait que, sur un espage donné, ses livres contenaient beaucoup plus de matière que ceux qui étaient imprimés à Paris; il metlait 609 caractères où il n’y entrait que 408 lettres françaises, quoique ses lettres fussent beaucoup plus grandes et par conséquent plus palpables.

M. Mongo Ponton W, S., autre concurrent, était aussi de l'opinion qu'un caractère arbitraire est le seul qui puisse servir à Faveugle. L’alphabet des aveugles, dit-il, doit pouvoir être facilement appris, facilement imprimé dans la mémoire et reconnu vite par le doigt. Il me paraît généralement ayoué, ajoute-t-il, que le caractère des clairvoyants, tel qu'il est, n'offre pas ces conditions, et que l'adapter pour éviter aux gmis de aveugles la difficulté d'en apprendre yn autre, c'est sacrifier l'intérêt des aveugles -à l'indolence de ceux qui jouissent de la vue. ù = Je ne crois pas, dit-il encore, qu'il soit possible d'inventer une collection de signes que les aveugles puissent facilement lire et imprimer eux-mêmes et qui conserverait assez d'analogie avec le caractère commun pour que les amis des aveugles pussent les reconnaître facilement et sans clef. Or, s'il faut une clef, ils acquièrent aussi ajsément les connaissances d’un alphabet tout-à-fait arbitraire, que si cet alphabet conservait une ressemblance vagut avec le earactère romain; je crois donc, ajoute-t-il, que, dans le choix d’un alphabet pour les aveugles, il faut tâcher d'étudier quelle est la forme qu'exige le tact,

lutôt que de chercher à lui conserver quelque respsmhlance avec les caraolères connus.

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