‹ Le Sous-Marin: Sa Situation Dans Le Droit Des GensChapitre 10 sur 35 · Cf. L'Europe Nouvelle du 17 novembre · texte numérisé non relu

Cf. L'Europe Nouvelle du 17 novembre

cerne la valeur individuelle de ces unités. Voilà l’explication de l'offensive anglo-saxonne pour linterdiction des sous-marins. »

De plus, la France venait de lancer le Surcouf, prototype de croisière d’un tonnage de 2.880 tonnes, armé de deux canons, du calibre relativement important de 203 millimètres, qui réalisait des qualités nautiques de premier ordre. Il n’était donc pas interdit d'envisager la réalisation prochaine d’un croiseur immersible, dont l’artillerie serait capable de contrebalancer la supériorité des flottes de surface .

Il n’était pas permis de se faire la moindre illusion sur la façon de penser des nations invitantes à la Conférence. Dans l’invitation du 7 octobre 1929, transmise par le ministre des Affaires étrangères britannique M. Arthur Henderson, aux ambassadeurs à Londres, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie et du Japon, on pouvait relever ce point du programme projeté : « Dès lors que le Gouvernement des Etats-Unis et le Gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni maintiennent tous les deux, conformément à l’attitude à laquelle ils se sont publiquement ralliés, qu’il est désirable d’assurer une abolition totale du sous-marin, cette question a à peine soulevé des discussions pendant les récentes conversations. Ils reconnaissent toutefois qu’on ne peut arriver à un règlement final de cette question, si ce n’est dans une conférence avec les autres puissances navales. »

Lorsque s’ouvrit la Conférence, les Puissances anglosaxonnes étaient donc d’accord pour supprimer le sous-marin. Quant à l'Italie, elle ne tenait pas absolument à cette suppression, elle y renoncerait même si

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on lui consentait la parité navale avec la France. C’est ce qui ressort d’un article paru dans le journal italien Mattino, du 8 novembre 1929, qui fait remarquer que le sous-marin serait utile à la France contre les Puissances navales dominantes et contre l'Italie, tandis qu’il ne servirait à l’Italie, ni contre les Puissances navales dominantes ni contre la France. Le Japon, partisan du sous-marin, avait bien d’autres difficultés à vaincre pour les bâtiments de surface, en face de son puissant adversaire américain, pour apporter sur ce point une aide efficace à la France dans la discussion.

La Conférence aborda la question des sous-marins au cours de sa séance du 11 février 1930. Immédiatement, l’Angleterre demanda la suppression de cet engin. M. Alexander, premier lord de l’Amirauté, eut recours, pour défendre sa thèse, aux arguments les plus inattendus. C’est ainsi, par exemple, qu’il crut pouvoir soutenir que le sous-marin n’a qu’une valeur défensive très discutable, car la Grande-Bretagne n’aurait pas réussi par lui, au cours de la dernière guerre, à assurer efficacement la défense de ses côtes. C'était un aveu peut-être pénible pour un premier lord de l’Amirauté, mais qui ne prouve rien contre la valeur propre du sous-marin comme arme défensive. Toujours à l’appui de sa thèse en faveur de la suppression des sous-marins, M. Alexander invoqua ensuite l’intérêt général de l'humanité. Or, il est vraiment difficile de dire en quoi l'intérêt général de l’humanité est plus menacé par les submersibles que par les cuirassés et les croiseurs, et surtout par les engins aériens de bombardement et par les mines sous-marines. Ces dernières sont plus dangereuses que les sous-marins, et

leur emploi est autrement plus discutable au point de vue de la loyauté et du caractère chevaleresque des combats. La suppression des sous-marins ne contribuerait même pas, comme l’affirma le premier lord de l’Amirauté, au désarmement. Elle assurerait simplement plus de facilités aux puissances disposant de formidables flottes de surface et désarmerait en fait les nations plus faibles. Quant à faire valoir qu’elle permettrait de réaliser une importante économie budgétaire, on peut être étonné que M. Alexander ait insisté sur cet aspect particulier du problème, alors que le sous-marin est précisément l’arme défensive par excellence pour les nations dont les efforts sont limités par d’impérieuses nécessités budgétaires.

En 1922, à Washington, les Etats-Unis, ainsi que le reconnut d’ailleurs loyalement à Londres M. Stimson, délégué américain, s'étaient prononcés pour le maintien des sous-marins. En 1930, M. Stimson changea de camp et appuya la thèse de la suppression présentée par l’Amirauté britannique. Cependant, les arguments présentés à Washington pour la défense du sous-marin par M. Hughes, délégué américain, n’avaient, en 1930, rien perdu de leur valeur ; ces mêmes arguments ont été repris à Londres par M. Leygues, ministre de la marine, délégué français. La thèse française repose sur les principes déjà connus :

1° Le sous-marin est un bâtiment de guerre comme les autres ;

2° Le sous-marin est une arme défensive indispensable à toutes les puissances navales ;

3° L'usage du sous-marin doit et peut être réglementé comme celui de tout autre bâtiment de guerre.

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