I. — LE SOUS-MARIN EST UN BATIMENT DE GUERRE COMME LES AUTRES
Le sous-marin est souvent présenté comme un engin sans analogue dans la guerre navale. Cette affirmation ne peut être soutenue ni en doctrine, ni en fait. Quel est donc le caractère propre du sous-marin ? Au canon, à la torpille, il ajoute la plongée. Cette découverte n’est en soi ni plus surprenante, ni plus illicite que ne le fut l’apparition du premier navire à vapeur, en face du vaisseau à voiles. À chaque progrès des moyens offensifs correspond un progrès des moyens défensifs, Au canon et à la torpille, on a opposé la cuirasse, le cloisonnement et le bulge. Déjà, contre les surprises du submersible, on se protège par le filet, la mine et l’appareil d'écoute. On a, il est vrai, multiplié le rendement militaire du sousmarin. Mais il est fatal qu’un jour ou l’autre, il soit surclassé par un engin nouveau, qui non seulement ramènera sa capacité offensive et défensive au niveau des armes les plus anciennes, mais encore fera apparaître sa fragilité relative. Seule la suppression totale des flottes de guerre pourrait arrêter cette évolution continue de la technique.
On a soutenu, d'autre part, que le sous-marin n’était utilisable que contre les navires de commerce. L'histoire de la dernière guerre démontre le contraire. Si l’on considère la proportion du tonnage militaire coulé par les sous-marins de 1914 à 1918 au tonnage total des bâtiments de guerre détruits pendant la même période, on fait les constatations suivantes :
Pour la marine française, la perte par sous-marin
a été de 82.350 tonnes, représentant les trois quarts de ses pertes totales ; pour la marine britannique, de 191.090 tonnes, soit un tiers; pour l'Italie, de 20.020 tonnes, soit un quart. Le tonnage des bâtiments de guerre alliés qui-ont été détruits par les sousmarins (y compris la Russie) a été de 312.860 tonnes.
Les navires de guerre que le submersible ne détruit pas, il les immobilise, ou, s’ils quittent leurs bases, il les use, les obligeant à une grande vitesse et à une vigilance de tous les instants ; il fatigue, par sa menace constante, leur personnel et leurs machines. Il agit par surprise ; posté, il attend son adversaire ; mais l’embuscade a-t-elle jamais été exclue de la guerre ? Il se dissimule sous les eaux ; mais le navire de surface n’essaie-t-il pas parfois de s’envelopper d’un nuage de fumée ? Il attaque les autres navires de guerre sans avertissement ; mais le navire de surface le plus puissamment armé attend-il d’être à la portée de son adversaire plus faible pour ouvrir le feu ? |
Le sous-marin est donc un navire de guerre comme les autres, parfois plus efficace, parfois plus exposé. Doit-il disparaître parce qu’il gêne les navires de surface dans leurs habitudes et leurs traditions séculaires ? Demain, peut-être, toutes les catégories de bâtiments qui composeront les flottes de guerre seront du genre submersible. Quant au reproche qu’on lui adresse de n'être pas chevaleresque, il a été fait à toutes les armes nouvelles par les armes dites plus anciennes, à l’arme à feu par l’arme blanche, à la torpille par le canon.
CONFÉRENCE DE LONDRES j 65