CHAPITRE II
Conférence de Londres 21 janvier 1930 - 22 avril 1930
Ainsi, malgré la guerre implacable déclarée par l’Angleterre à l’arme sous-marine, la question du sous-marin reste entière après Washington. Une première fois, au cours des pourparlers qui précédèrent le traité de Versailles, la Grande-Bretagne avait posé la question et demandé la suppression pure et simple de l’arme qui avait failli causer la perte des alliés. En fait la question fut écartée.
La Conférence de Washington donna au Gouvernement britannique l’occasion de poser à nouveau la question devant l’opinion internationale. Puisqu’on se réunissait pour discuter de la limitation des armements navals, pouvait-on imaginer une limitation plus complète que la suppression pure et simple d’un engin de guerre ? La délégation anglaise était venue à Washington avec tout un ensemble d'arguments politiques, économiques et moraux, tenus d’ailleurs soigneusement secrets, afin de ne pas éveiller l'attention des Français et de rendre plus efficace une seconde offensive contre les sous-marins. Mais les faits ont été plus forts que les raisonnements. On ne peut pas plus interdire aux hommes de voyager sous l’eau s'ils y
trouvent avantage que de les empêcher de voler dans les airs. Comme à Paris en 1919, l'Angleterre se trouva seule à Washington en 1922, à vouloir sérieusement la suppression des sous-marins.
Quelques années plus tard, en 1927, le président Coolidge invita l’Angléterre, la France, l'Italie et le Japon à une nouvelle Conférence en vue d’étendre, à d’autres catégories de navires, les accords de Washington sur la limitation des capital ships. Encore sous le coup de la Conférence de Washington, la France et l'Italie s’abstinrent. Cette Conférence tripartite, tenue à Genève, échoua de façon retentissante. La question du sous-marin n’y tint que peu de place, la France, principale intéressée, étant absente. Ce fut en vain que, dans la suite, les Etats-Unis et l’Angleterre essayèrent de se mettre d'accord pour une limitation de leurs flottes de surface.
Mais la Grande-Bretagne, toujours inquiète de la puissance sous-marine française, tenta alors de s’entendre directement avec sa voisine d’outre-Manche. Sir Austen Chamberlain proposa d'établir en plus de celles fixées par les accords de Washington deux nouvelles catégories de navires limitables : celle des croiseurs armés de canons de plus de six pouces et celle des sous-marins dépassant 600 tonnes. Le compromis franco-anglais stipula en fin de compte que toutes les grandes Puissances pouvaient avoir le même tonnage pour les sous-marins et les croiseurs, ce qui contentait la France et évitait pour l’avenir toute controverse entre elle et l'Italie. Maïs la France ayant déclaré que l'accord n'aurait de valeur qu’autant que les Etats-
Unis y adhéreraient et ceux-ci s’y étant opposés, le traité fut mort-né1.
Sur ces entrefaites, le parti travailliste arriva au pouvoir et chercha à obtenir un succès diplomatique qui pût assurer son prestige à l’intérieur. Le Premier anglais, M. Ramsay Macdonald, partit pour les Etats- Unis où il rencontra le président Hoover. A la suite de leurs conversations, les deux hommes d’Etat anglosaxons publièrent, le 9 octobre 1929, une déclaration retentissante dans laquelle ils annoncèrent la convocation prochaine d’une Conférence sur le désarmement naval.
Avec la Conférence de Londres, s’ouvre la troisième grande offensive de la Grande-Bretagne contre le sous-marin. Plus les années s’écoulaient, plus l'Amirauté britannique sentait le besoin de supprimer cet engin de guerre; elle n’oubliait pas les jours sombres : de 1917, elle n’oubliait pas non plus qu’au cours des siècles, la France avait su remarquablement user de la guerre de course. Or, quels corsaires seraient plus efficaces que ces submersibles de grand tonnage et à grand rayon d’action. À l’ouverture de la Conférence, la France, qui dans son Statut naval avait prévu le chiffre de 124.800 tonnes de sous-marins, avait déjà en service ou en construction 93.317 tonnes, soit une proportion de 4,68 contre 5 aux Etats-Unis et 4,23 à l’Angleterre. « Aucune puissance navale, écrivait alors M. René La Bruyère, ne peut se comparer, sous le rapport des sous-marins, ni en quantité, ni en qualité, à la marine française. Elle l'emporte sur tous ses partenaires de la Conférence, notamment en Ce qui con-