TITRE II
Sa situation juridique dans la guerre maritime
Légitimité de la guerre sous-marine
L'expérience est faite : le sous-marin s’est révélé une arme utile aux mains de qui voulait l’employer loyalement et conformément aux principes du Droit international. C’est la raison, d’ailleurs, pour laquelle il a résisté à toutes les attaques dirigées contre lui. Sans doute apporte-t-il, en quelques circonstances, des modifications aux règles antérieurement admises ; semblable fait s’est souvent présenté lors de l’apparition d’une arme nouvelle . Remontant dans le passé, nous verrons le concile de Latran interdire l’arbalète, le pape Innocent II protester contre l’introduction des armes à feu. Maïs les leçons de l’histoire sont rarement efficaces.
Le sous-marin n’est pas, vis-à-vis des navires marchands qu’il rencontre, dans l’impossibilité d’agir comme devrait le faire un croiseur ordinaire. Il aura seulement, pour opérer de la sorte, à surmonter des difficultés et à courir des dangers propres à sa nature. Les principes demeurent et le sous-marin peut s’y adapter. La preuve en est que, durant la guerre de 1914-1918, il est arrivé que des sous-marins allemands s’abstinrent de couler purement et simplement les navires de commerce rencontrés et les conduisirent dans des ports pour être visités. Ce fut le cas du Pass of Balmaha en 1915.
Mais alors, une question se pose. S’il était possible de conduire la guerre sous-marine au commerce conformément au droit des gens, quels motifs poussèrent l'Allemagne à pratiquer la guerre sous-marine « sans restrictions ». ;
L'Allemagne, qui s'était lancée dans la guerre avec un plan de campagne minutieusement établi, prévoyant un succès rapide sur l’armée française, n’avait pas prévu l'importance que devait prendre le facteur économique par suite de la longue durée des hostilités. La bataille de la Marne et la résistance française eontraignirent l'Allemagne à compter avec un facteur nouveau : le temps. La question du ravitaillement, tant en vivres qu’en matières premières nécessaires à la vie de la nation et à la poursuite de la lutte, prit subitement une importance capitale, La bataille se trouva en quelque sorte subordonnée à la guerre économique.
La victoire rapide lui ayant échappé, l'Allemagne se rendit compte que la victoire définitive appartiendrait à celui des adversaires qui serait maître du « dernier quart d'heure ». Pour cela, il fallait tenir économiquement et se ravitailler, ce qui évidemment devient toujours plus difficile pour un pays dont toutes les forces vives sont engagées dans la bataïlle. Il fallait donc compter sur l'extérieur. Mais les communications maritimes avec le reste du monde étaient coupées par les flottes alliées. Progressivement encerclés, les Empires centraux se trouvèrent vite dans une situation difficile. Dans cette lutte, à laquelle il ne s’était pas préparé et où il trouvait devant lui des adversaires particulièrement forts, l’état-major allemand, pour