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LÉGITIMITÉ DE LA GUERRE SOUS-MARINE

répondre au blocus des Alliés et briser son étreinte, aurait pu faire appel à la Flotte de haute mer.

Mais alors s’est reproduit pour l'Allemagne un fait historique curieux que l’on retrouve à travers les siècles, depuis que la suprématie maritime anglaise est définitivement assise. Les adversaires de l'Angleterre, ne se sentant pas assez forts pour l’affronter sur mer, en bataille rangée, cherchent leur salut dans un dérivatif. Pendant les guerres de Succession d’Espagne et de Sept Ans, sous les règnes de Louis XIV et Louis XV, pendant les guerres de l’époque révolutionnaire et napoléonienne, la France, dont les flottes avaient été éliminées des mers, eut recours ainsi à la guerre de course.

Certes, en 1914, l’Allemagne possède sa Flotte de haute mer, mais elle n’ose pas s’en servir, elle n’ose pas la risquer contre la Grand Fleet ; elle se prive volontairement de son concours. Dès lors, elle aussi cherche son salut dans un dérivatif. Elle n’ignore pas que la guerre de course n’a jamais donné à la France le résultat cherché et que chaque fois que les corsaires n’ont pu s'appuyer sur des escadres, ils n’ont jamais sérieusement inquiété l'Angleterre. Les Allemands n’ont d’ailleurs pas fondé de grands espoirs sur leurs croiseurs corsaires de surface, sachant fort bien qu’ils ne tarderaient pas à être arrêtés dans leurs exploits. Et, en effet, au mois de mars 1915, il ne restait plus un seul d’entre eux, malgré la brillante — mais courte — carrière de quelques-uns, comme l’'Emden ou le Carlsruhe.

Restait alors une seule arme capable de briser l’étreinte du blocus allié : c’était le sous-marin.

Sans doute, jamais la guerre de course n’avait pu à elle seule amener l'issue d’une guerre. Mais le sousmarin était une arme nouvelle qui devait bouleverser toutes les vieilles thèses. La guerre de course s'était révélée sans efficacité avec la marine à voile ou même à vapeur ; avec ce nouvel engin qu'était le sous-marin, elle trouvait son arme par excellence. Aux anciens procédés de navigation, il ajoute un moyen nouveau, l'immersion, qui lui permet d'employer la surprise dans toute son intensité. Ainsi raisonnent les Allemands, qui pensent, grâce à ce procédé nouveau, culbuter les vieilles théories et abattre la puissance navale de l'Angleterre t.

Cette perspective fit naître un grand optimisme chez beaucoup d’Allemands.

1. Ce qui est curieux, c’est que l'Allemagne n’a découvert cette arme merveilleuse qu’accidenteliement, ou presque. Au début de la guerre, l'Allemagne, comme tous les belligérants, possédait quelques sousmarins, desquels d’un avis unanime on attendait peu pour l'attaque, mais beaucoup pour la défense des côtes contre un blocus rapproché par une flotte de haut bord ennemie. En août 1914 au moment de l'ouverture des hostillités, l'Allemagne ne possédait que 27 sous-marins en service et une dizaine en achèvement, C'était là des chiffres normaux qui n’avaient rien d’excessif pour une marine qui prétendait à la seconde place dans le monde. La marine allemande fut heureusement surprise de l'efficacité de l’arme nouvelle dès le début de la guerre : au début de septembre 1914, l'U-21 torpillait et coulait le croiseur anglais Pathfinder; quelques jours plus tard, le 22 du même mois, l’U-9 torpillait et coulait coup sur coup trois autres croiseurs anglais, l’ Aboukir, le Hogue etle Cressy. De grands espoirs commencèrent alors à S’éveiller. Mais les grosses unités se retirèrent dans le fond des ports ou derrière des filets ou des barrages de mines; bientôt, les sous-marins allemands ne rencontrèrent plus un seul navire de guerre valant une torpille. Le commandant Gayer, chef de la flotille des Flandres, a pu écrire : « Malgré tous nos efforts, malgré le total de milles parcourus, en dépit des progrès matériels réalisés, les succès de nos sous-marins, depuis le début de la guerre jusqu’en octobre 1914, avaient été faibles. C’est alors que les commandants des sous-marins de Wilhelmsafen exprimaient cette pensée que l’on arriverait à un meilleur résultat par une action combinée contre le commerce ennemi que par des chasses isolées contre les bâtiments de surface. » C'était reprendre l’idée de Conan Doyle qui, dans ses contes de guerre, avait montré comment un petit Etat pourrait venir à bout de l'Angleterre par la guerre sous-marine commerciale, \

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