‹ Le Sous-Marin: Sa Situation Dans Le Droit Des GensChapitre 16 sur 35 · LÉGITIMITÉ DE LA GUERRE SOUS-MARINE · texte numérisé non relu

LÉGITIMITÉ DE LA GUERRE SOUS-MARINE

À l’Amirauté, les avis étaient partagés. Certains, comme l’amiral von Ingenhol, commandant en chef de la Flotte, étaient d’avis de mettre immédiatement la menace à exécution. Et dans une phrase qui explique toute la guerre sous-marine allemande, il ajoutait : « Un sous-marin ne peut épargner l'équipage d’un vapeur, il doit l’envoyer au fond avec le vapeur luimême. » Il est évident qu’un tel procédé et aussi nouveau, employé contre les neutres aussi bien que contre les belligérants, devait amener un cri de réprobation universelle. L’Allemagne ne s’effraya pas de ce cri, parce qu’elle espérait que ce moyen, employé sur une grande échelle, terroriserait et arrêterait le trafic maritime. Von Ingenhol ajoutait : « On peut attirer l’attention de la marine de commerce sur ces conséquences et l’avertir que les bâtiments qui font route sur les ports anglais s’exposent au danger d’être détruits corps et biens. La crainte de risquer leur vie s’emparera des équipages et amènera sous peu l’arrêt de tout trafic avec l’Angleterre.. »

Il est évident que le reproche fait aux submersibles d’avoir été utilisés contre les navires marchands dans des conditions contraires à la civilisation est fondé. Mais ce n’est pas l’arme qu’il faut condamner, ce sont ceux qui en ont fait un emploi abusif. Cet abus est né du même tour d’esprit qui a persuadé aux Allemands que plus la guerre serait atroce, moins elle durerait. L’amiral von Ingenhol ne cache pas son espoir qu’en coulant sans avertissement des navires inoffensifs, et plus tard en les faisant disparaître « sans laisser de traces », les équipages des navires marchands seraient terrorisés et n’oseraient plus prendre la mer.

Le fait que le sous-marin est une arme nouvelle ne lui donne pas évidemment le droit de violer les principes du droit des gens. Si un belligérant peut user d’un moyen nouveau, c’est seulement à la condition de tenir compte dans son emploi des préceptes de l’humanité. S'il en était autrement, le Droit international pourrait être, par le bon plaisir d’un Etat, entièrement supprimé. L’abus que les Allemands ont fait du sousmarin ne peut aboutir à autre chose qu’à la réglementation de l’emploi de cette arme. Il faudra, en outre, prévoir toute une réglementation de l’armement des navires de commerce et poser le problème des bateaux pièges ou Q-boats. En un mot, c’est tout le droit de la guerre maritime qui se trouve remis en question: blocus, droit de visite et de prise, contrebande de guerre, droit d’asile. C’est tout le problème de la liberté des mers qui se pose.

Comme toutes les autres branches du Droit, le Droit international public est en perpétuel changement sous l’influence des circonstances auxquelles il s’efforce de s’adapter pour les mieux régir. Lorsque les aéronefs sont apparus, un nouveau chapitre du Droit international s’est créé, avec des règles spéciales conformes aux possibilités particulières que représentaient les aéronefs d’ajouter une nouvelle dimension, la hauteur. Il est donc tout à fait normal que l’apparition d’une nouvelle espèce d’engin de guerre navale entraine des modifications aux règles antérieurement admises. Les principes demeurent ; mais, avec le temps, des modifications sont apportées aux règles d'exécution,

Page 1