CHAPITRE VIII
Les Conciles œctnnéniqaes, non moins qne les Souverains Pontifes, proclament la suprématie du Saint-Siège.
Un Concile est une assemblée d'Évêques officiellement réunis pour traiter les questions qui intéressent le bien de l'Église et le salut des âmes. Un concile est œcuménique ou géiiéral quand il est convoqué par le Pape, présidé par lui ou par ses légats, et quand tous les Évêques du monde ont été invités à y prendre part. Ce n'est pas le nombre des Évêques présents qui fait l'œcuménicilé d'un concile ; c'est, d'une part, la convocation, la présidence et la confirmation du Chef de l'Église, et, d'autre part, l'invitation officielle, adressée à tous les Évêques. Ainsi plusieurs sessions du Concile œcuménique de Trente comptèrent à peine quarante Évêques, et les définitions et règlements qui y ont clé adoptés n'en sont pas moins des règles catholiques reconnues par toute l'Église.
Les conciles œcuméniques ne sont pas le gouvernement ordinaire de l'Église : la Papauté seule est ce
gouvernement. Ce sont des assemblées exiraordi- Lires convoquées par le Chef de l'Eglise pour des besoins extraordinaires. Quand le Pape croit nécessaire de modifier ou de réformer quelque point important de discipline générale, ou d'opposer sur tous les points à la fois une digue infranchissable a certaines erreurs plus dangereuses qui menacent d envahir les Églises, il ne saurait recourir à un moyen plus radical et plus imposant que de convoquer en concile tous ses frères les Évêques. Le pour et le contre se discute immédiatement ; chacun prolite des lumières de tous, et la grande et infaillible voix de l'Église retentit plus puissamment aux oreilles des bons et des mauvais. Un concile œcuménique, quoique souvent très-utile, n'est jamais absolument nécessaire.
Depuis la fondation de l'Église jusqu'à nos jours, il Y a eu dix-neuf Conciles œcuméniques, y compris celui tenu à Jérusalem, en l'année 50, sous la présidence de saint Pierre. Le dernier est le Concile de Trente, qui dura près de vingt ans, et fut termine par les soinsde saint Charles Borromée, sous le pontificat de Pie IV, en 1565. Tous ces Conciles furent convoqués et confirmés par les Souverains Pontifes; tous, sans aucune exception, reconnurent avec une humble soumission, fondée sur Tinstitution divuie, sur les ordonnances des Apôtres et sur la tradition constante de l'Église, l'autorité suprême et infaillible du
successeur de saint Pierre. Je prie le lecteur de les peser et méditer avec un religieux respect.
Le Concile de Jérusalem , assemblé pour une question spéciale (il s'agissait de décider si la loi mosaïque obligeait encore après le baptême), fut présidé par saint Pierre, qui l'ouvrit solennellement en rappelant aux Apôtres et aux Évêques qui l'entouraient,commenllui, Pierre, avait reçu direclementde DiKU l'ordre de faire entrer les genlils dans l'Église, sans autres conditions que la foi et le baptême, et comment il avait accompli ce ministère. Et les Actes des Apôtres remarquent que la multitude se tut dès que Pierre eut parlé, tacuit autem omnismultiludo. Saint Paul et saint Barnabe ne firent que raconter leur apostolat, confirmant par les faits la doctrine de Pierre ; saint Jacques, Évêque de Jérusalem, ne lit que la développer et en exposer les motifs. En ce Concile, Pierre seul affirme, et son affirmation suffit pour tout décider.
Le second Concile œcuménique, assemblé à Nicéo en Asie Mineure par le Pape saint Sylvestre, sous le protectorat du grand Constantin, en l'année 525, condamna solennellement l'arianlsme. Une grande partie des Actes de Nicée sont perdus. Le Pape saint Jules I'% presque contemporain, car il monta sur le Siège de saint Pierre en 357, douze ans après, nous rapporte deux de ces canons, le dix-huitième et le dix-neuvième, qui, sans lui, nous seraient inconnus.
LE SOUVERAIN POMTIFE. 159
Voici le texte du premier : « Que dans les causes plus importantes tous les Evoques aient le droit d'en appeler au Siège Apostolique, et de recourir à lui comme à l'Eglise-Mère, à lu discrétion de laquelle toutes les causes ecclésiastiques majeures ont été réservées par V antique autorité des Apôtres K » Voici l'autre:» BienquelesÉvêques d'une même province ecclésiastique puissent examiner la cause d'un Évêque accusé, il ne leur est cependant pas permis de porter un jugement définitif sans avoir préalablement consulté le Pontife Romain ; car c'est le Seigneur lui-même qui a dit au bienheureux Apôtre Pierre : Tout ce que tu lieras ou délieras sur la terre sera lié ou délié dans les cieux^. » Il est àremar-^ quer que ces deux importants canons, qui gênaient singulièrement les Évêques ariens, avaient été supprimés par leurs soins dans tous les exemplaires du Concile de Nicée qui étaient en leur possession. Le Pape saint Jules, écrivant aux Évêques otientaux qui pour la plupart avaient assisté à ce Concile, et leur rappelant le texte de ce dix-huitième et de ce dixr neuvième canon, proteste contre celte fraude sacri-
' Omnes Episcopi in gravioribus eausis libère Apost&licam appellent Seilem, alque ail eani quasi ad matrem conluniant, cujus dispositioni oinnc:i majores ecclesiaslicas causas anliqua Aposloloium auctoritab reservavit. (Melcliior Cano, lib. VI, c. iv.)
* Quanquani accusati Ponlificis causam comprovincialiiius Episcopisstrutari liceat, non lanien inconsuUo r.ciiiano Poiilifiee definirc, cuin beato Pclro Aposlolo non ab bIIo, quan» ab ipso Domino dictum sil : Quaicumqiie ligavtris super (erram , elc.
lége, et atteste que l'Église Romaine les conserve dans ses archives avec les Actes authentiques du même Concile. On retrouve du reste ces mêmes canons invoqués par saint Athanase et les Evêques catholiques de l'Egypte et de la Lybie, lesquels se plaignent également de l'audace et de la mauvaise foi de leurs ennemis. « Nous savons, disent-ils, que dans le grand Concile de Nicée tous les Pères ont sanctionné d'un commun accord la règle qui défend de tenir un concile ou de condamner un Évêque sans l'assentiment du Pontife Romain *.»Dans cellemême lettre l'Evêque de Rome est appelé « le Chef de tous et le Docteur de la doctrine orthodoxe, Caput omnium et Doctor orthodoxx doctn?ix. » L'altération des Actes de Nicée a été déplorée et solennellement attestée par les Souverains Pontifes Félix 11, Innocent I", saint Zozime, saint Léon le Grand, et par plusieurs anciens conciles particuliers.
Le Concile de Nicée, dans les actes qui sont parvenus jusqu'à nous, professe d'ailleurs en toutes lettres l'antique suprématie de l'Église Romaine : Ecclesia Romana semper habuit primattim. ; et par là, notons-le bien, il ne prétend établir aucun droit nouveau ; il constate simplement un fait connu de tous et aussi ancien que le christianisme, semper habuit. — Quelle écrasante parole pour les ennemis
* Scimus in Nicjena synodo al) omnilms r.incorditer esse roboralum, non deberc absque Komani Ponlificis sententia concilia eelebrari, nec Episcopos damnaii. (Melcliior Cano, lib. VI, c. iv.)
de la foi ! Et combien il est consolant pour nous, fidèles enfants de la sainte Église Catholique, Apostolique, Romaine, de voir nos pères, sortant à peine des catacombes, encore tout ensanglantés par la persécution de Dioclétien, déclarer d'une voix unanime par la bouche de trois cent dix-huit Évêques, que le Pape est le Chef de la religion chrétienne, que cela a toujours été, et qu'en ces temps primilifs comme aujourd'hui la Papauté a été non-seulement une institution divine, un droit, mais une puissance exercée, exercée toujours, exercée partout, un fait; semper hahuit primatum !
Immédiatement après le Concile de Nicée, se tint à Sardique un synode , appendice du Concile œcuménique, et dans lequel nous voyons les Évêques statuer « qu'il sera très-bon et très-opportun que les Piètres du Seigneur recourent, de toutes les provinces, à leur Chef, c'est-à-dire au Siège de l'Apôtre Pierre; » et « que, si un Évêque déposé par la sentence des Évêques de sa province déclare interjeter appel, on ne doit pas lui donner de successeur avant que le Pontife Piomain ait examiné l'affaire et porté son jugement ^ » Le Concile de Sardique, bien qu'il
* Hoc enim optimum et congrueniissimum esse videbilur, si ad caput, id est, ad Pétri Apostoli Sedem, de singulis quibusciimque provinciis Domini référant ^acerdotes... Si quis Episcopiis fuerit depositus judicio Episcoporum qui sunt in vicinia, et dical rursiis sibi defensionisnegolium competere, non prius in calliedram alius substituatiir, quom Romanus Episcopus causa cogniia scntentiaiu tuleril.
ne soit pas général, jouit néanmoins dans l'Eglise d'une autorité presque égale à celui de Nicée.
Cent ans apiè«, le Concile œcuménique d'Ephèse, convoqué pnr saint Céleslin et présidé par ses trois légals (en -451), atteste non moins explicitement les droits du Sainl-Siége et l'infaillibilité de ses sentences.
Nous avons vu plus haut comment le Pape saint Célestin avait condamné Nestorius, et comment, pour apaiser les troubles et les schismes que les partisans de cet ambitieux sectaire avaient suscités dans tout l'Orient, le Pape avait convoquée Éphèseun Concile général. En envovant le prêtre Philippe, du clergé de Rome, et deux Évêques pour assister en qualité de légats saint Cyrille d'Alexandrie, son représentant principal, saint Célestin leur enjoignit expressément de ne pas permettre la discussion de sa sentence. « Nous vous recommandons de maiiitenir rauforité du Siège Apostolique, leur disait-il ; que s'il s'élève quelque contestation, vous devez juger le sentiment des autres sans vous soumettre à aucune discussion, vos deeorum sentent iisdijudicare debetis, non subire certamen. » En conséquence de ces instructions souveraines, les quatre légats présidèrent le Concile d'Éphèse, et le prêtre Philippe, qui n'était arrivé qu'après la condamnation de Nestorius, exigea qu'on lui donnât lecture de tout ce qui avait été fait, « afin, dit-il, que suivant en tous points la
formule du très-saint Pape Célestin, nous puissions accomplir notre mission et confirmer les jugements de Vos Saintetés ^ »
Et après la lecture des actes, Philippe prononça, avec l'assentiment unanime des Pères, un discours oij nous lisons entre autres choses ce qui suit : « Il n'est douteux pour personne ; bien plus, il a été de notoriété publique dans tous les temps, que le saint et bienheureux Prince et Chef des Apôtres, que la colonne de la foi, que le fondement de l'Église catholique, a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain, les clefs du royaume et qu'il lui a été donné le pouvoir de lier et de délier les péchés ; or Pierre vit encore aujourd'hui et vivra toujours en la personne de ses succès-? seurs, exerçant par eux le droit de juger. Notre saint et bienheureux Pape Célestin, qui est t.on successeur et qui tient sa place, nous a donc envoyés à ce saint Concile pour y suppléer à son absence^, n
Dans le jugement porté par les Pères du Concile
• Ut sequentes formulam sanctissimi Papoe Cœlestini, qui hanc curam nobis commisit, etVestrae eliam Sanctitatis judicia, con» firmare possimus.
* Kulli (lubium, imo seculis omnibus nolum est, quod sanetus beatisbimusque Apostolorum Princeps et caput, fideique columna, et Etcle^ia; catholicaefnndamentum, a Doiiiino nnstro JEsc-CiiniPTo Salvntore humani geiieris ac Rederaplore, clave» regni accepit, solvendique ac ligandi peccata potestas ipsi diita est, qui ad lioc usque tempus et semper in suis successoribus vivit, el judicium eiercel. llujus ergo secundum ordinem successor et locum tenens sanetus beati^sTmusque Papa noster Cœleâlinus Episcopus nc)«, ip'ius pi x'seniiiim supplentcs, ad hanc sanclam synodum iiiisit.
1G4 LE SODVERAIN PONTIFE.
contre Nestorius, on lit en outre ces remarquables paroles : « Forcés par les saints canons et par le rescrit de Notre très-saint Père et Coévèque Célestin, Pontife de l'Église Romaine, nous avons porté contre Nestorius cette lugubre sentence^, etc. » Le Concile d'Éphèse, se conformant à ces antiques règles, à ces canons, que nous avons vus tout à l'heure invoqués à chaque instant par les Papes et par tous les anciens Pères, souscrit humblement à la sentence pontificale sans la discuter; il se reconnaît lié et obligé par elle et atteste ainsi de la manière la pbis évidente la foi de l'Église primitive à l'irréformabilité des jugements du Souverain Pontife. Ce grand Concile, que l'on peut appeler le concile de la Sainte Vierge, dont il a vengé l'honneur contre les blasphèmes de Nestorius, a ainsi préludé à l'acte souverain du Pape Pie IX, qui, définissant, en sa qualité de Vicaire de DiED, et sans s'appuyer surl'autorité d'aucun concile, d'aucun Évèque, la Conception Immaculée de la trè.'i-sainte Vierge Marie, a défini par là-même, ou du moins hautement proclamé son infaillibilité suprême.
En 451 , peu d'années après le Concile d'Éphèse, le Pape saint Léon le Grand l'ut obligé de convoquer de nouveau tous les Évêques du monde à Chalcédoine,
• Coacli per sacros canones, et epislolam sanclissiini Patrii noslri et comministri Cœleslini Romanse Ecclesia; Episcopi, ad lugubrem hanc contra eum scntenliamnecessario veninius.
faubourg de Conslanliiiople, pour écraser plus efficacement Khérésie naissante d'Eutychès. L'empereur Ilonorius l'en avait prié : « Que Votre Béatitude, lui avait-il écrit, porte la sentence que réclament la foi et les oracles divins*. »
Le Concile de Chalcédoine s'assembla donc ; c'est le quatrième œcuménique. Il est plus explicite encore, s'il est possible, que celui d'Ephèse sur l'infaillibilité et la suprématie pontificales.
Remarquons d'abord que le Pape se pose devant les Pères du Concile comme le Docteur de la foi, comme le Juge qui a prononcé déjà, et devant la sentence duquel tous doivent s'incliner sans discussion. « Maintenant, leur dit-il, je suis présent au milieu de vous en la personne de mes légats; votre guide dans la prédication de la foi ne vous fait point défaut, et ainsi, connaissant ce que Nous croyons avec l'antique tradition, il vous sera impossible do vous méprendre sur Notre volonté. C'est pourquoi, mes Frères bien-aimés, rejetez absolument toute audace de disputer contre la foi divinement inspirée... Qu'il ne soit permis à personne de défendre ce qu'il n'est pas permis de croire, puisque, dans les lettres que Nous avons envoyées à lÉvèque Flavien, nous avons pleinement et lumineusement déclaré ce que, d'après l'autorité des Évangiles, d'après les
* Ut sententiam ferai qnam fides et verljum divinum expostiilant.
paroles des Propliètes, d'après l'enseignement, dos Apôtres, chacun doit croire toucliant le mystère de l'incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ^ » — Le Pape parle au Concile, non-seiilement comme Docteur suprême de la foi, mais comme Juge suprême des Evêques. Un certain Dioscore, Patriarche d'Alexandrie, qui avait osé lancer l'analhème contre saint Léon, est exclu du Concile par l'ordre du Pape, qui lui permet seulement de s'y présenter, non pour y siéger, mais pour s'y défendre. « Nous avons sous les yeux, dit le légat Lucentius, les ordres formels du très-saint Père Apostolique de la ville de Piome, qui est la lêle de toutes les Églises... Nous ne pouvons pas transgresser ces ordres : que Dioscore sorte d'ici, ou bien nous-mêmes nous nous retirons.... Car il a osé tenir un synode en dehors de l'aulorilé du Siège Apostolique, ce qui 7i a jamais été permis, ce qui ne s' est jamais vu •. »
' Nunc in vicariis meis adsum, qui duclurn in (idei prselicationo non desum, ut qui non poteslis ignorare quid es antiqoa (raditione credanius, non possilis dubitare quid cupiamus. L'ndp, fiatres cliaribsimi, rejecta penitus andacia dispulandi conlra fidem divinilus inspiralam, vana errantium inlidelilas conquiescat. Non liceat del'endi quod non licet credi, cum secundum evangelicas auctoiitales, secundum propheticas voces, Apostolicam doclrinam plenissime et lucidissime pcr lifteras quas ad beaUB memoriae Flavianum Episcopum mi^imus, fuerit declaraluni, quœ sil de sacramento Incarnaiionis Domini nosiri Jesd Christi piaet sincera tonfessio.
' l'.eatissimi atque Apostolici viri Taps urbis Romae, quae est caput omnium Ecclesiarum, praîcepla habenius prae manibus... Hoc nos observare necesse est... aut ille egrediatur, aut nos exi-
LE SOUVERAIN PONTIFE. tr,7
Les Pères du Concile se soumeUent sans hésiter à ces injonctions du Souverain Pontife : « La formule de foi sur toutes ces questions a été donnée par le très-saint Archevêque de Rome, et nous hii obéissons, et tous nous souscrivons à son rescrit. Ce qu'il dit, nous le disons tous ; cette exposition doctrinale suffit; il n'est pas permis d'en formuler une autre*. » Et en condamnant Dioscore, ils ajoutent : «par nous et par le présent Concile, Léon, le Très-Saint et Bienheureux Évêque de la grande et antique Rome, en union avec le Bienheureux Apôtre Pierre trois fois snint, qui est la pierre et le pivot de l'Église catholique, et le fondement de la vraie foi, dépouille Dioscore de sa dignité épiscopale et le prive de tout ministère sacerdotal ^. »
Tous les Évéques, d'après les Actes du Concile, s'écrièrent : « Que chacun souscrive à la lettre de Léon ! Quiconque s'y refuse est hérétique ! Ce que croit Léon, nous le croyons. Léon a formulé la vé-
mus... Synodum ausus est faccre sine aucforitate Sedis Apoàtolicaî, quod nunquam licnil, nunquam l'aclum est.
' Forma data est a sanctissimo Arcliiepiscopo Romanœ urbis, et sequimur eum, elEpistolrc omnes suscripsimiis... Istaomnesdicimiis, sufficiiint quae exposila sunt, alteram expositionem non licet fieri. Anatliema sit, qui ita non crédit. Petrus per Leonem locutus est.
* Sanciissimus et beatissimus Arcliiepiscopus magnoo et senioris Romœ Léo per nos et per prresenteni beatam synodum, una ciim ter bcalissiino et onini laude dignis.^imo beato Potro Apostolo, qui est petra et crepido catholicae Ectlesiœ, et reclïc fidei fundamentum, nuduvil eum taiu episcopatus diijnitate quam eliam et ab omni ?nrpr(!otali alienavit niinisterio.
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rilé^. » Et ils déclarent que le très-saint Archevêque Léon, Pontife de l'antique Rome, est « la colonne qui soutient toute rÉglise contre ceux qui attaquent la vérité, communem qiiamdam columnam adversus perverse sentientes. »
« Nous vénérons, disent-ils encore, selon les Écritures et les définitions canoniques, le très-saint Évoque de Rome, comme le premier et le plus puissant des Évêques. . . Si un Évêque est accusé de quelque crime, qu'il ait toute liberté d'en appeler au bienheureux Évêque de Rome ; car Pierre est pour nous tous la pierre de refuge, et lui seul, tenant la place de Dieu, a fleine liberté Qi plein pouvoir de tout décider, en vertu des clefs qui lui ont été données par le Seigneur : Que tout ce qu'il aura défini soit religieusement observé comme étant défini par le Vicaire du Trône Apostolique'. »
Enfin, dans la lettre synodale que les Pères de Chalcédoine écrivirent à saint Léon, ils le déclarent « établi pour tous l'interprète du bienheureux Pierre,
* (^Bnes reverendissimi Episcopi clamaTerunt : Suscribant Epistolae Leonis ; qui non ei subscribit, hœrelicus es<«. Ut Léo, sic credimus...; Léo recte exposuit.
' Veneramus secundum scripturas et canonum Jefinitionem, sanclissimum anliquK Romae Episcopum, primum esse et maximum Episcoporum... Si qiiis Episeopus pra;dicalur infamis, liberam habeat senteutiam appellandi ad ))eatissimum Episcopum anliquoe Eoma!, quia babenius Petrum petram refugii, et ipsi soli Jibera potestate loco Dei sit jus discernendi, secundum claves a f/omino sibi datas ; et omnia ab eo definila teneantur, tanqiiam a vicario Apostolici tliioni. (Apud Meichior Cano, lib VI, c. vi.}
heati Pétri omnibus constituhis interpres; et le plient de confirmer leur jugement par ses décrets, afin que son autorité souveraine vienne suppléer à celle de ses enfants ^ » Remarquons cette dernière parole : tous les Évêques d'un concile œcuménique appelant le Pape leur Père et se reconnaissant non ses égaux ou ses collègues, mais « ses fils, filiis. »
Saint Léon confirma les décrets du Concile, sauf un canon qui, par cela seul, demeura nul et sans effet : il s'agissait de conférer le second rang dans la hiérarchie ecclésiastique au Patriarche de Constantinople. Le Concile, qui s'était tenu sous les yeux de l'empereur, n'avait pu se défendre de cette fascination déplorable que le soleil de César produit presque toujours sur les prêlres qui l'approchent de trop près. — Piemarquons encore qu'en fliisant hommage des Actes du Concile à l'empereur Marcien, les Pères déclarent formellement que « Dieu, dans sa pro\idcnce, s'est choisi, dans la personne du Pontife Romain, un athlète invincible, m^jeweïraWe à toute erreur^ lequel vient d'exposer la vérité avec la dernière évidence *. »
Donc, au milieu du cinquième siècle, l'Église en'
* Rogamus igilur, et luis decretis honora judicium; et sicut nos Cjpiti in l)onis adjecimus consonantiam, sic et summitas Tua filiis qiiod decet adimpleat. (Gousset, t. I.)
* In pcrsona Romani Episcopi, impenetrabilem in orani errore propugnatorem Dels piovidit, qui vcrilaleni in uliima evidenlia exi>osuil.
170 LE SOUVERAIN l'O.MlFE.
tière réunie à ChalcéJoine croyait et proclamait non-seulement la suprématie du Pontife Romain, mais encore son infiiillibilité doctrinale et l'irréformabilité dp ses jugements.
ftprès Clialcédoine, le Concile de Constantinople se présente sur la liste des conciles œcuméniques. Convoqué en 553 par le Pape Vigile, il nous apporte un nouveau témoignage de la foi constante de l'Église, au sujet de la Papauté. Nous y voyons tous les Évêques souscrire à la déclaration de Mennas, Patriarche de Constantinople, déclaration ainsi formulée : « Nous suivons tous le Siège Apostolique, et nous lui obéissons tous, comme le sait Votre Charité; nous sommes en communion avec tous ceux qui sont en communion avec ce Siège ; et ceux qu'il condamne, nous les condamnons aussi ' »
Le septième Concile se tint encore à Constantinople, sous le Pontificat de saint Agalhon, en l'aimée 681. Le Pape y est appelé le Président et le Souverain Prêtre du sacerdoce et de la citadelle Apostolique, Sacerdotii et arcis ApostoUcx Prxses et Pontifex mimmus. Il s'agissait du monothélismo, hérésie née de celle d'Eutycliès. Le Pape saint Ag;ilhon fit pour
* Nos Aposloliram Sedem seqiiimnr, et obedimus, sicul Chantas Veslra scit, el ipsius communicolores, commuuicatores liabemus, el coiidcninalos ab ipsa et nos condenmaraus. (Apud Jlelthiof CaiiO; lib. V| c. VI.)
LE SOUVERAIN POMTIFE. m
ce nouveau Concile ce que saint Léon avait fait pour celui de Chalcédoine, et saint Célestin pour celui d'Éplièse : il commença par définir la foi et envoya sa sentence aux Évêques par ses légats, avec la défense expresse d'ajouter ou de retrancher quoi que ce soit à sa définition. « Nous leur avons simplement enjoint, dit-il dans une lettre à l'empereur, de ne rien ajouter, de ne rien retrancher, de ne rien changer, mais d'exposer purement la doctrine traditionnelle de ce Siège Apostolique, telle qu'elle a été formulée par les Pontifes Apostoliques , nos Prédécesseurs ^ »
Dans cette même lettre, qui fut lue en plein Concile, acclamée par tous les Évêques et insérée dans les Actes et décrets officiels de ce saint Synode, le Pape Agalhon ajoute ces graves paroles : « Pierre a reçu du Sauveur de tous, par une triple recommandalion, la charge de paître les brebis spirituelles de l'Église. Par la puissante assistance de saint Pierre, celte Église Apostolique, qui est la sienne, ne s'est jamais écartée de la voie de la vérité, dans quelque pariie d'erreur que ce soit. (Notons en passant que saint Agathou parlait ainsi quelques années à peine après la prétendue chute du Pape Honorius.) Aussi toute lÉglise Catholique et les
• Eis (luntaxal injunclum est, ut niliil profeclo prxjumant aiigcre, ininuciv, vcl riiular£)3ed Iradilioiicm liujiis Aposlolicx Se» dis, Kl a pi,uiJt;ccs;oribu£ apOilolicis l'onlilicUjus iuslituta e;t, sincciiler enauaic.
172 LE SOUVERAIN l'OMlFE.
Conciles généraux ont toujours embrassé fidèlement et suivi en tout l'autorité de cette Église Apostolique, comme étant l'autorité du Prince des Apôtres. Tous les Pères ont embrassé sa doctrine Apostolique, et par là ont resplendi les plus pures lumières de l'Eglise du Christ. Les saints Docteurs orthodoxes l'ont vénérée et l'ont suivie, tandis que les hérétiques se sont acharnés contre elle, la calomniant et la poursuivant de leurs odieux blasphèmes. Nous vous envoyons donc la rèyle de la vraie foi, qui, soit au sein de la paix, soit au milieu des tempêtes, a été conservée et défendue énergiquement par l'Eglise Apostolique de Jésus-Christ, laquelle, par la grâce du Dieu tout-puissant, ne sera jamais convaincue de s être écartée du sentier de la tradition des Apôtres, ni d'être jamais tombée dans la dépravation des nouveautés hérétiques. Telle qu'elle a reçu la foi de ses fondateurs, les Princes des Apôtres du Christ, telle elle Va conservée sans la moindre tache, en vertu de la promesse divine que le Seigneur Jésus lui-même, notre Sauveur, a faite dans les saints Évangiles au Prince de ses Apôtres : Pierre, Pierre, voici que Satan a demandé à vous cribler tous comme on crible le froment; mais Moi fai prié pour Toi afin que ta foi ne défaille point; et loi, à ton tour, affermis tes frères. Que Votre Clémence Sérénissime considère donc que c'est le Sauveur du monde, le Seigneur de qui vient la foi, qui a promis que la foi de Pien'e ne défaillira pas, et qui
LE SOUVEUAI.N' POiNTlFE. 175
lui a recommandé d'y affermir ses frères. C'est ce que les Pontifes Apostoliques auxquels j'ai succédé ont toujours fait en toute assurance, comme tout le monde sait ^ » — Cette admirable lettre de saint Agathon fait partie, je le répète, des Actes du septième Concile œcuménique.
Dans la discussion dogmatique, les Pères déclarèrent les uns après les autres que, soumis au Pontife Romain, ils se bornaient à suivre son enseignement; rÉvêque de Pruse, entre autres, formula ainsi son
* Spiritales oves Ecclesiœ Pelrus ab ipso Redemptore omnium lerna commendalione pascendas suscepit; cujiis annilcnle pncsidio liaîc Aposlolica ejus Ecclesia nunquam a via veiilatis in qua- Jibet eiToris parte deflexa est, cujus auctoriiatem, ulpote Aposlolorum Principis, seinper omnis calliolica Ecclesia et universalcs synodi lideliter amplectentes in cunclis seculao sunt, omnesque venerabiles Patres Apostolicam ejus doetrinam amplexi, per quam et probalissima Ecclesia; Cbristi luminaria claruerunt, et sancti quidem doctores ortiiodoxi venerati atque secuti sunt; bœretici autem falsis criminationibus ac derogationum odiis insecuii.lbcc est enim vera; fidei régula, quam et in prosperis, et in adversis, vivaciter tenuit ac défendit Aposlolica Chrisli Ecclesia, quœ par Dei omnipotcntis gratiam a Iramile Apostolicœ Iraditionis nunquam errasse probabilur, nec haîreticis novilatibus depravata succubuit, scd ut ab exordio fidei christiana; percepit ab auctoribus suis Aposlolorum Cbiisti Principibus, illibata fide tenus permanet, secumlum ipius Domini Salvaloris divinam pollicitationera, quam suorum discipulorum Principi in sacris Evangeliis fatus est: Prlrc, Pelre, iiiquiens, ecce Salanas e.rpelivH vos, ut cribraret vos, sicut qui crihral triiicum; cyo aiclem pro te rogav'i, ut non de ftciiit filles lua, et tu aliquando cnnrersus, confirma fiatres tuas. Consideret itaque veslra tranquilla clemenlia, quoniam Dominus et Salvator omnium, cujus lides est, qui fidem Pétri non defecluram promisit, conlirmare eum fraties suos admonuit, quod Apo-tolicos Pontifices, mes; cxiguilatis pra-decessores, confidenler fecisso sempcr, cunclis est cognitum. (Ad Iniperalorcm.)
lU LE SOIJVEUAIN PONTIFE.
siMilimeiit : « Je reçois et j'embrasse les règles de doctrine envoyées par Notre Très-Saint Père Agathon, Archevêque du Siège Apostolique et souverain de Rome, comme dictées par le Saint-Esprit, transmises par la bouche du saint et bienheureux Pierre^ Prince des Apôtres, écrites par la main du susdit Agailiou trois fois béni ; telle est ma foi, tel est mon sentiment'. »
Dans le discours de clôture, les Évoques renouvellent cette même déclaration ; ils professent haulement qu'ils n'ont fait que suivre les traditions du Pape, comme lui-même avait suivi les traditions des Apôtres. « Le Prince suprême des Apôtres, ajoutentils, combattait avec nous ; car nous avons eu pour guide son imitateur et l'héritier de sou Siège, qi:i par ses rescrits a porté la lumière sur le mystère de Dieu. Rome a donné une profession de foi écrite par Dieu même... Le papier et l'encre y paraissent aux yeux, mais Pierre y parle par Âgathon-. »
Enfin ce même Concile œcuménique nous Iburnlt un dernier et splendide témoignage en faveur des
• Suggestiones directas a Pâtre noslro Agjlhone, sanclissimo Arcliiepiscopo Apostolicœ et principalis Sertis Boiuae.... tanqiiani tx Spiriiu Sancto diclalas per os ;ancti ac bealissimi Piinciiiis Aposlolorum Pétri, et digilo prœJicli ter beatissiini Agathoiiis tcriptas et suscipio et araplcclor, et ita credo, ila sentie.
- Sumnius nobis concertabat Aposto'oram Princeps ; illius eniin imilatorcm et Sedis successorem habuimu* fjulorem, el divini iDcramenli mysterium iliustranlem per litteras. ConlessioDcm tibi a Df.o scriptam illa Roinana anliqua civitas obtulit..., cliarta el airaincnlum videbatur et per Agatbonem Petrus loquebalur.
droits sacrés du Pape, dans la lettre synodale que tous les Pères adressèrent à saint Agathon pour le prier de confirmer leurs décrets. Voici comment ils lui parlent ; a Les grandes maladies ont besoin de plus grands secours. C'est pourquoi le Christ, notre DiED, a procuré un sage médecin en la personne de Votre Sainteté, qui a combattu elficacement la contagion de la pestilence hérétique au moyen des remèdes de l'orthodoxie, et rendu une pleine santé aux membres de l'Église. Aussi est-ce à vous, comme au Pontife du premier Siège de l'Éghse imiverselle, et comme à celui qui se tient immobile sur la pierre ferme de la foi, que nous remettons ce qui est à faire. Nous acquiesçons de grand cœur à la confession de foi que Voire paternelle Béatitude a envoyée à notre très-pieux empereur ; nous la reconnaissons comme divinement écrite par le Chef suprême des Apôtres, et c'est par elle que nous avons refoulé les erreurs multiples de la nouvelle secte^ » Et ils terminent en disant : « Nous prions donc Votre Sainteté de mettre le sceau à nos décrets par ses vénérables rescrits. »
Les limites de ce petit travail ne me permettent
* Tibi ut primoe Sedis Antisliti universalis Ecclesia», quid gercndumsit relinquim'is. stanti supra firniam fidei potrani: libenler porleclis vcrai confessionis litleris, a Vestra paterna Deatitudiiiead piissimum imperalorem misais, quas ut a sunimo .Apostoloruiii veriice divine perseriplas agnoïcimus, per quas exoriain nupermultiplicis erroris seclam depulimiis. (V. Hohrlinclier, X.)
pas de rapporter toute la série des grandes paroles de l'Église touchant la suprématie de soti Chef, déposées par elle, comme d'inébranlables assises, dans les Actes de ses Conciles généraux. On peut les lire dans l'Histoire ecclésiastique de Rohrbacher. Ce que je viens de citer des premiers conciles œcuméniques suffit et au delà pour satisfaire la bonne foi du lecteur, quoiqu'il soit. Cependant j'ajouterai, en les choisissant dans les conciles postérieurs, quelques autres passages qui serviront comme de couronnement à notre thèse, et qui consoleront grandement, j'en suis sûr, la foi et la piété filiales des vrais enfants de Dieu.
Donc, nous voyons le neuvième Concile œcuménique assemblé en 869 par le Pape Adrien II contre le schisme de Pholius, acclamer et souscrire la célèbre formule de foi rédigée trois siècles et demi auparavant par le Pape Hormisdas, par lui envoyée à toutes les Églises d'Espagne, et depuis lors souvent en usage dans l'Église grecque et latine; or ce formulaire est ainsi conçu : « La première condition du salut est de garder les règles de la vraie foi, et de ne s'écarter en rien de la tradition antique ; et l'on ne peut déroger à la sentence deNotre-Seigneur qui a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. La vérité de cet oracle a été justifiée par les faits ; car le Siège Apostolique a toujours conservé pure et sans tache la religion catholique, et toujours il a professé la sainte doctrine. Ne vou-
lant donc nous séparer en aucune manière de la foi et de la doctrine de ce Siège, mais suivant en toutes choses les constitutions des Pères et principalement des saints Pontifes du Siège Apostolique, nous anathématisons toutes les hérésies Nous défendrons autant que nous en aurons connaissance et pouvoir ce que l'autorité de Votre Chaire Apostolique a décrété, parce que, comme nous l'avons déjà dit, suivant la Chaire Apostolique en toutes choses, et observant ses décrets, nous espérons mériter d'être avec vous dans une même communion, qui est celle que proclame le Siège Apostolique dans lequel réside l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne , et nous promettons en outre de ne point nommer dans les saints mystères ceux qui sont séparés de la communion de l'Eglise catholique, c'està-dire qui n'ont pas en tout les mêmes sentiments que le Siège Apostolique. » Et cette profession de foi fut signée par chaque Évêque en ces termes : o Moi N. , Évêque de N., j'ai écrit de ma propre main cette déclaration, et vous l'ai présentée à Vous, Adrien, notre Souverain Pontife et Pape universel ^ » — Le
• Prima salus est reclœ fidp.i regulam custodire, et a Palrum traditions nuUatenus deviare; quia non potest Domiiii nostri Jesu Cnp.iSTi prœtermitli sententia dicenlis: Tu es Peirus, et super hanc peiram xlificalw Ecclesiam meam; liœc, quaj dicta siint, rerum probanlur effectiijus, quia in Sede Apostolica immacuiata est scniper calliolica rcservata Religio, et sancta celehrata doctrina. Ab liujus ergo fuie atque doctrina separari minime cupienlcs, et Palrum et pra;cipue sanclorum Sedis Apostolicaî Pratsnium sgqucntesin omnibus conslilula, analhemalizamus omnesTixreses;...
formiilaire d'Hormisdas, officiellement adopté par le neuvième Concile général, avait été souscrit, dès le temps des empereurs Justin et Justinien, au commencement du sixième siècle, par environ deux mille cinq cents Évêques ; les Evêques étaient obligés d'envoyer leur adhésion aux Métropolitains, les Métropolitains aux Patriarches, et les Patriarches au Pape, centre de l'unité ecclésiastique. Devant un acte aussi imposant, aussi ancien, aussi formel, aussi saintement catholique sur la suprématie du Saint- Siège, sur le caractère de ses sentences doctrinales et disciplinaires, quel est le chrétien, quel est sur» tout le prêtre qui oserait encore s'abaisser à ces misérables chicanes dontle règne est passé, Dieu merci! et qui ne sont à leur place que sur les lèvres ou dans les pamphlets des ministres protestants? C'est à ce point de vue honnête et élevé que je prie le lecteur de se placer en lisant cet opuscule tout entier. Nous entendons encore les Pères de ce môme Concile déclarer que le Pape est pour eux l'organe du Saint-Esprit : « BeatissimiimPapam Nicolaïun tanqiiam organum Sancti Spiritus habentes^ nec-
Sequentes in omnibus Apostolicam Sedem, et praedicantes oracia ejus constituta, speramus ut in una communione, quam Sedos Apostolica prsedicat, esse mereamur, in qua est intégra et vera chriîtianae religionis soliditas, promittentes etiam, sequeslratos a communione Ectlesiae calholicfe. id est, non in omnibus consentieiite» Sedi Apostolica; eorum nomina inler sacra reciianda non esse mysleria... Hancautem professionem meam ego ille Episcopus manu mea seripsi, et Tibi sauclissimo, ac ter beato, ac coangelico nostro sumnio Pontifici. et universali Papae Adriano... obtuli...
LE 80UTERAIN PONTIFE. ilb
non et sanctissimum Adrianum Papam, successorem ejus ; » — ils appellent les lettres du Pape Adrien « la borne divine de l'orthodoxie, divimis orthodoxisd terminus ; » — ils menacent de l'excommimication déjà prononcée contre le schismalique Photius « quiconque serait assez osé pour instiller de quelque manière que ce puisse être le Siège de Pierre, Prince des Apôtres^; set ils déclarent « qu'il faut regarder comme des réprouvés tous ceux qui ne seraient pas d'accord avec l'aulorilé de Pierre, o\i pour mieux dire, qui ne comprendraient pas que c'est Died lui-même qui dispose et règle cette autorité en saint Pierre ^ ; — ils déclarent que « l'Église Romaine a la puissance de disposer, de régler et de définir toutes choses par un jugement irréformable , irretractabiliter cuncia disponere, ordinare atque defcnire poterit Ecclesia Homana; i et que « Pierre, par la vertu de la solidité de la pierre angulaire qui est le Christ, ne cesse de soutenir par sa prière l'édifice inébranlable de l'Église universelle, l'édifice qui repose sur la force de la foi ; de telle sorte qu'il réprime aussitôt par la promulgation de la vraie foi la folie de ceux qui s'égarent '. »
* Quisquis autem tanta jactanlia et au'iaria ausus fueril, iil se eundum riioliuni vel Dioscorum in scripiis vel sinescriplisinjuri^. quasdam contra Sedom Pétri Apostolorum Principis nioveat, œqua lem et eamdem quam illi condemnaiionem recipiat. (Canon 21.)
* Inter exanimcs computentur qui in auctoritatein Pelri nofl ronsenserint, imo Dei hanc ordinantis in Petro non intellexerint,
' Pelrus a lirmitate pptrsp, qu;L- <:iiri>tus e-l, structuriim univer-
180 LE SOUVERAIN TOMIFE.
Nous (rouvons enfin, dans les Actes du Concile, la letlre de saint Ignace, Patriarche de Cnnstanlinople, détrôné par PliotiiK, lettre pleine de doctrines que les trois cent cinquante Pères adoptèrent en tous points et firent insérer au nombre de leurs décrets. « Pour guérir les plaies et les meurtrissures du corps de l'homme, l'art fournit bien des médecins; pour guérir les plaies du corps mystique du Ciirist notre DiED, notre Sauveur à tous et notre Chef; pour guérir les plaies de l'Église Catholique et Apostolique, son épouse, le très-souverain Roi et toutpuissant Verbe de Dieu, notre providence et notre médecin, seul Dieu Maître de toutes choses, a établi un médecin unique et très-universel, choisi entre tous et pour tous, savoir. Votre Sointeté Fraternelle et Paternelle. Dans ce dessein, il a dit à Pierre, le grand et souverain Apôtre : lu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Et encore : Je te donnerai les clefs du royaume des deux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les deux. Ces bienheureuses paroles, il ne les a certes pas adressées exclusivement au seul Prince des Apôtres, mais encore, par lui et après lui, à tous ceux qui devaient lui succéder comme Souverains Pasteurs, et comme très-saints et très-divins Pontifes de l'antique Rome. Aussi, dès les premiers temps, dès
salis Ecclesia; inconcussam et fidei rohore solidatam, ita precibus suis raunire non cessât, ut errantium vesaniam recUe fidei norma refor.Tiare feslinet.
LE SOUVERAl?^ PONTIFE. 18i
rorigine, lorsqu'il s'élevait des hérésies et des prcvaricalions, les successeurs du Prince des Apôtres qui vous ont précédé sur sa Cliaire, héritiers de son zèle et de sa foi, ont maintes fois arraché et détruit celte ivraie maudite, en retranchant les membres gangrenés et incurables. C'est à quoi Votre Béatitude travaille de même aujourd'hui avec succès, en usant dignement de cette puissance qu'elle a reçue de Jésus-Christ; car, étant revêtue des armes de la vérité et de son autorité Apostolique, elle a triomphé des ennemis de l'un et de l'autre, mais surlout de l'impie Photius, qu'elle a retranché du corps de l'Église. Semblable au grand saint Pierre, elle a fait mourir ce nouvel Ananie par la puissance de ses paroles ; elle a privé de l'esprit de grâce cet autre Simon par la force de ses anathèmes ; et, par l'exercice de la même puissance Apostolique et souveraine, elle nous a rétabli dans le Siège patriarcal dont on nous avait injustement chassé, et, par ce moyen, elle a dissipé l'orage et remis la paix dans l'Église^ m —
• Earum vero quœ sunt in memijris Christi et Dei Salvatoris omnium nosirum Capitis, et Sponsrc catholice et Apostolicaî Ecclesioe, unum et singularemprxcellentemet catholicissimum medicum ipse Princf-ps summus, et l'orlissimus Serrao, et Ordinalor et Curator, et solus ex tolo Magi^ter Dnus omnium produxit, videlicet Tuam fialernam Sanctitateni et paternam Almitatem; propter quaj dixit Pelro magno et summo .Aposlolorum: Tu es Peints, et super hanc pclram sediftcabo Eccksiam meam. Et iterum : Tibi ddho clairs regni cœlorutn. Et quodcunque solveris super terram, eril solutum cl in cœlis. Taies enim bcatas voees non secundam quamdani ulique sorlem .Apostolorum Principi solura circumscripsit et definivit; sed per cum af* omne? qui post illum se-
182 LE SOUVEPAIN PONTIFE.
Celte leltre est un monument éternel de l'antique foi (les Églises grecques touchant l'autorité suprême du Siège Apostolique sur toute l'Église. Elle est de plus une leçon et un exemple laissés à toutes les Églises malades ou mourantes qui veulent retrouver la vie et la santé.
Ce neuvième Concile se termina comme tous les autres par la demande ofûcielle, adressée au Souverain Pontife, de daigner en confirmer les Actes et les décrets. Le Concile y nomme le Pape « non-seulement vrai Pasteur, mais Souverain Pasteur et Prince de toutes les Églises ; » et la suscription est conçue en ces termes : « Au très-saint et coangélique Seigneur, le Souverain Pontife et Pape universel, Adrien. » La Providence voulut ainsi qu'au moment solennel et désastreux oiî l'Orient, après neuf siècles de fidélité catholique, allait se séparer de l'unité et nier la suprématie du Pontife Romain, tous ses Évêques, assemblés en Concile œcuménique, proclamassent à la face du ciel et de la terre la foi éternellement inaltérable de l'Église Romaine et la souveraine
eondum ipsum enîciendi erant summi Paslores, et divinissimi sacrique Pontifices senioris Roniac, tiaiisraisit, cl ideo ab olim et prisco tempore in exorlis hœresibiis et pr.Tvaricalionibus eradicalores et peremptores malorum zizaniorum, et tabefactorum et penitus insanal)ilium ocgrotantium membrorum, multi muUoties facti sunt, eorum qui sanclitalem et sumniam Paternilalem Tuain illic praîcesserunt; successores scilicet Priiicipis Apojtolonim, et illius zelum in fuie, qua; secundum Christum est, imitantes, et nunc nosiris temporibus Beatitudo Tiia digne traclavit dalaiii sibi a Cbristo polestatem, etc. (V. Rohrbscher, XII.)
LE SOUVERAIN P-ONTlFE. 183
autorité du successeur de saint Pierre, la nécessite indispensable d"être uni et soumis au Pape pour appartenir à Jésus-Christ, et l'irrémédiable perdition de quiconque s'en sépare.
En Tannée 1215, au quatrième Concile de Latran, treizième œcuménique, l'Église promulgua un décret portant que « l'Église Romaine, en sa qualité de Mère et de Maîtresse de tous les fidèles, a, par la disposition de Jésus-Christ même, la principauté de la puissance ordinaire sur toutes les autres Églises. » — Ceci est à l'adresse de certains théologiens qui ont poussé l'audace de leurs ergoteries jusqu'à prétendre et à croire sérieusement que le Pape n'aurait pas à la rigueur le droit de confesser dans un diocèse sans la permission de l'Ordinaire. Il y a une vingtaine d'années, j'ai connu un Évêque, digne et vénérable homme s'il en fût, mais élevé au milieu des brouillards des préjugés gallicans, qui disait cela en toutes lettres.
Au quinzième Concile général, tenu à Lyon m 1274, l'Église grecque, ainsi que l'empereur Michel Paléologue, se trouve un moment d'accord avec l'Église latine, ou, pour mieux dire, avec l'Église catholique, sur le dogme séculaire de la Papauté. Voici la profession de foi de toutes les Églises réunies, lue et adoptée conciliairement. « La sainte Église Romaine a la pleine et souveraine Primauté et la
principauté sur l'Église universelle toute entière; ot celte suprématie, elle reconnaît en toute vérité et humilité qu'elle l'a reçue, avec la plénitude de la puissance, du Seigneur lui-même en la personne du bienheureux Pierre, Prince et Chef des Apôtres, de qui le Pontife Romain est le successeur. Comme ce Pontife est tenu, par-dessus tous les autres, de défendre la vérité de la foi, cest yar son jugement que doivent être définies les questions qui s élèvent touchant la foi. (Remarquons encore celte parole qui n'est pas précisément très-favorable aux chicaneurs qui doutent de l'infaillibilité du Pape). Quiconque a à se plaindre de quelque injustice en matière ecclésiastique, peut en appeler à son tribunal et recourir à son autorité. Toutes les Églises lui sont soumises, et les Évoques lui doivent respect et obéissance. Telle est la nature de la plénitude de sa puissance, qu'il admet à une partie de sa sollicitude les autres Éghses, sans cependant que sa prérogative puisse être jamais violée, soit dans les Conciles généraux, soit dans les autres. En souscrivant à ces vérités, telles qu'elles viennent d'être exposées, nous ♦dmettons la foi vraie, sainte, catholique, ortiiodoxe; nous confessons de cœur et de bouche la vraie doctrine, que tient, enseigne et prêche la sainte Église Romaine ; nous promettons de l'observer inviolablement, et de ne jamais nous en écarter en aucune manière. Nous reconnaissons, nous confessons et nous acceptons la Primauté de l'Église Romaine,
comme elle vient d'èlre exprimée dans celte lettre, voulant obéir en tout à cette Église'. » — Hélas, pauvres Églises d'Orient !
En 1439, une seconde et dernière tentative de réunion sembla rapprocher de nous les schismatiques. Mais, cette fois encore, « ils retournèrent bientôt à leur vomissement, » et ne purent porter que quatre ou cinq ans le joug si suave et si léger cependant de l'obéissance religieuse. Au Concile œcuméni(iue de Florence, tous les Évèques grecs et latins se trouvèrent unis comme jadis à Nicée, à Chalcédoine, à Éphèse, à Constantinople, à Lyon, et souscrivirent unanimement le célèbre décret du Pape Eugène IV, oij la doctrine et la tradition catholiques sontamsi résumées : «Nous définissons que le Saint- Siège Apostolique et le Pontife Romain possèdent la Primauté sur l'univers entier; que lui, le Pontife Romain, est le successeur du bienheureux Pierre, Prince des Âpôlres ; qu'il est le véritable Vicaire du
* Ipsa qiioque Romana Ecclesia summum et plénum primatum et principalum super univcrsam Ecclesiam LUlholicani obtinut; quem se al) ipso Domino in bealo l'clio Aposlolorum Piincipe sivc verlice, cujus Romanus Pontil'ex est succcssoi', cum potcstalis pleiiïiudiiie récépissé veraciler el liumililer recopnoscil. Et sicul pcLc cîcleris tenelur liJei verilatem defenilerc; sic et si quaî de fuie sul.iorla; fucrinl qua-sliones, suc dcbeiit judicio deliniri... Eidem omnes Ecclesia; sunt subjecla;, ipsarum Priclali obcdiontiam et revcrciitiam sibi daiil. Ad banc aulem sic polestatis pienitudo consislit, quod Ecclcsias cclfras ad solliiiuidinis pailrni admillil,... sua tamcn observala pneiogativa, tum in tencialibin V)inilii.-, lu.:i in aliis sal'.a.
Clirisl, le Chef de toute TÉglise, le Père elle Docteur de tous les chrétiens; et qu'à lui, en la personne du Lienheureux Pierre, a été donnée par Notre-SeianeuT Jésus-Christ la pleine puissance de paître, de diriger et de gouverner l'Église universelle; ainsi que le constatent les Actes des Conciles œcuméniques et les saints canons ^ »
Ce décret de Florence est comme la clôture de la grande voix des conciles sur le dogme de la suprématie pontificale. Le Concile de Trente, se reposant sur cette déclaration, n'y ojoute rien de nouveau, quand il appelle, par exemple, lÉglise Romaine «la Mère et la Maîtresse de toutes les Églises, Romana Ecclesia omnium Ecclesiarum Mater et Magistra;)) le Pape, « Vicaire deDiEo sur la terre, Lei in terra Vicarius, » etc.
C'est devant tous ces conciles, dont certains théologiens ont exalté l'autorité, dans l'intention fort peu catholique d'amoindrir l'autorité du Souverain Pontife, c'est, dis-je, devant ces oracles inspirés et infaillibles que je me place avec tous les vrais chré-
• Definimus sanctam Apostolicam Scdem et riomanum PontiScem in universum orbem tenere priraatum, et ipsum Ponlificem Romanum successorem esse beati Pétri, Principis Apostolorum, et verum Cliristi Vicariura, totiusque Ecclesia; caput, et omnium Cliriïlianorutn l'alrem et Doctorem exislere, cl iiisi in bealo Pilro pasceudi, regendi et gTihernandi universalem Ecilesiam a Domine noîlro jEfu Ciif.isTo pleuam i)Ote?latem iradilam esse; quemidmodum otian! iu geslis œ'-umeaicorum Conciiioiuni et sacris canonibus conlinetur.
tiens et que je me demande conimenti depuis bientôt deux siècles, on a osé parler si légèrement de Tautorilé et de rinfailiibilité du Pape. Oîi était la foi? Et que faisait-on de la coriscicnce? Est-ce, je le ùojnande, une opinion libre et indifférente, qu'une opinion directement opposée à toute la tradition caîlioliquc?
Que ceux qui affectent un si grand respect pour les conciles œcuméniques écoulent donc, comme nous le faisons nous-mêmes, les déclarations muUipliéos, les enseignements, les affirmations et jusqu'aux menaces de ces mêmes conciles ! Qu'ils imitent et leur respect et leur déférence, et leur foi, et leur soumission si édifiante, et leur obéissance si parfaite! Et surtout qu'ils se taisent, ces insolents contradicteurs qui ne rougissent pas de juger ce Siège- suprême, ce Vicaire de Died, que les saints Conciles, c'est-à-dire l'Église catholique tout entière, déclarent, depuis l'origine du christianisme, ne pouvoir être jugé par personne, et devoir être obéi par tous!
Je le sais, ils opposent à notre foi, ces hommes de peu de foi, modicx pulei, certains actes du Concile général de Constance, oubliant eu feignant d'oublier l'histoire; et ils voudraient nous faire croire qu'un vrai Concile œcuménique, infaillible par conséquent, a décrété précisément l'opposé de tous les autres Conciles, à savoir, que le Souverain Pontife était son inférieur et devait lui obéir au lieu de lui commander.
Esl-il besoin de dire qu'il n'en est rien ? Voici ce qui Put lieu :
Le grand schisme d'Occident divisait et ébranlait l'Eglise depuis près de quarante ans ; on ne savait où était le vrai Pape. Trois compétiteurs, Grégoire XII, Benoît XIII et Jean XXII, se croyaient et se disaient chacun le seul Pape légitime et véritable, et chacun avait de nombreux adhérents. 11 fallait en finir à tout prix. Tous les Évêques furent donc convoqués à Constance sur les instances pressantes de l'empereur Sigismond, et le salut public devenant Ja loi suprême, cette assemblée, présidée par l'un des trois Papes douteux, et qui, chose incroyable! volait par nation, décréta, et eut bien raison de décréter, que « toute personne, même papale, omnis persona, etiam papalis, serait tenue d'obéir à ses décisions en matière de foi, et pour l'extirpation dudit schisme. » Elle ne pouvait dire « le Pape, » puisqu'on ne savait pas où il était et quel il était, mais bien toute personne papale, c'est-à-dire toute personne qui s'attribuait à tort ou à raison le titre de Pape. Dès que Martin V fut élu, dès que le Pape, le Pape légitime, fut certainement connu, l'assemblée de Constance régularisée changea complètement d'allures, et ne parla plus de cette prétendue supériorité du corps épiscopal sur le Chef de l'Eglise, audacicusernent affirmée dans une des sessions précédentes par quelques orateurs i-olés, et en particulier par Jean (jeison, chuucclier de l'uuiversilé
de Paris. Martin V ne confirma ce qui s'était fait précédemment qu'avec une restriction très-significative, et ne donna, par sa sanction, le caractère catholique qu'à ce qui s'était fait conciliairement, conciîiariter, c'est-à-dire selon les antiques règles de l'Église sur les Conciles œcuméniques. Encore cette sanction ne portait-elle que sur la condamnation des Hussites et sur les décrets touchant la foi. Or, s'il est un point certain dans le droit catholique, c'est qu'il n'y a pas et qu-'il ne peut y avoir de concile œcuménique sans le Pape. « 11 n'y a que le Pape, dit saint Thomas, qui puisse assembler un concile ; on ne peut en appeler du Pape au concile, mais du concile au Pape. » Le Pape est le Chef suprême des Évêques, qu'ils soient assemblés en concile, ou qu'ils soient dispersés ; et il n'y a pas plus de concile que d'Église sans le successeur de Pierre, Chef nécessaire des conciles. Chef nécessaire des Evêques, Chef nécessaire de l'Église; supérieur de tous, supérieur à tous, partout et toujours. N'est-ce pas, en vérité, une chose à la fois plaisante et lamentable que d'être obligé de démontrer, et de démontrer à des théologiens catholiques, que le supérieur du concile est supérieur au concile? le supérieur de l'Église, supérieure l'Église? la tète supérieure au corps? C'est le bon sens qui parle ici, non moins que la foi. Notre-Seigncur a-t-il, oui ou non, fondé l'Église sur elle-même ou bien sur saint Pierre? A-t-il dit, ou n'a-t-il pas dit, sdper hang
PETRAM ssdificabo Ecclesiam meam ? On croirait vraiment avoir affaire ici à des protestants.
Le Concile ou l'assemblée de Constance déposa donc, non le Pape, mais trois Papes incertains; et il se déclara supérieur, non au Pape, mais à ces trois Papes incertains.
Ce qui est absolument hors de doute, c'est que ces décrets du Concile de Constance, quel que soit d'ailleurs leur caractère, n'ont eu pour but que de remédier à un mal passager, et qu'ils n'ont été légitimés que par une nécessité transitoire et tout à fait exceptionnelle. C'était une exception nécessaire que, dans un but hostile à la Papauté, on a voulu ériger plus tard en règle générale et en droit commun. C'était un coup d'État uniquement légitimé par les circonstances, que l'on voudrait présenter comme une règle ordinaire et permanente de gouvernement ecclésiastique.
Les quelques théologiens de l'opposition qui oseraient encore attribuer à ces décrets une autorité conciliaire, c'est-à-dire infaillible et absolue, seraient obligés de subir cette conséquence extravagante, que, depuis quatre cent cinquante ans, tous les Souverains Pontifes, tous lesEvêqueset tous les docteurs qui n'ont pas reconnu leur autorité (et c'est la presque unanimité), ont été héréliiiues. Ils tomberaient également sous le coup dos censures portées par le Pape Eugène IV et le Concile général de Florence contre cette interprétation ttiême qu'on voudrait
flomicr aux décrets de Constance. Les Evèques rebelles du conciliabule de Bàle ayant en effet décidé que ce décret s'appliquait non- seulement à un temps de ïchisme, à un Pape douteux, mais à un temps d'unité, à un Pape certain, notamment à Eugène IV, et ayant, en conséquence, osé citer et déposer Eugène IV comme hérétique et nommer un antipape, ce grand Pontife, qui présidait alors le Concile œcuménique de Florence, ne put supporter une pareille énormité. Par une Bulle du A septembre, et avec l'approbation unanime du saint Concile, il condamna l'interprétation de Bàle, comme contraire à rÉcrilure sainte, à la tradition, au sens même du Concile de Constance ; il condamna leurs propositions (renouvelées par l'assemblée de 1682) « comme impies et scandaleuses, » comme tendant manifestement à déchirer l'Église, à confondre tout l'Ordre ecclésiastique et toute principauté chrétienne; il les condanma et les réprouva avec toutes leurs coiiséquences*.
Donc, les Actes du Concile de Constance pour l'extinction du grand schisme d'Occident ne prouvent rien contre la suprématie absolue et infaillible du Pontife Bomain, et laissent snbsisler en son entier le droit pontifical, si hautement, si Inmineusement
* Ipsasque propositiones superius dcscriplas, juxta pravum ipsoiuni Biisileensiuiu intellcctum... tanqiiani impias et scamlalosas... ipso sacro approlianle C''"'^;.iJ.><* ''"'"nanuis et rcprobamUs. (Labbe, t. xni, col. UW.)
proclamé dès l'origine de l'Église par tous les Conciles œcuméniques, par tous les Papes et par tous les Saints Pères.
L'Église, qui ne peut se contredire, témoigna du reste de ses vrais sentiments, vingt ans après le Concile de Constance, au Concile œcuménique de Florence dont nous venons de parler. Outre le décret conciliaire d'Eugène IV, qu'on veuille bien relire cet autre décret dogmatique et péremptoiro, que nous citions tout à l'heure, et qu'on y joigne, au sujet de la question spéciale de la supériorité du Souverain Pontife sur tout concile quel qu'il soit, le décret non moins explicite du dix-huitième Concile œcuménique, quatrième de Latran, tenu à Rome en 1512 sous le Pape Léon X : « Le Pasteur éternel qui n'abandonnera jamais son troupeau, étant près de quitter le monde pour retourner à son Père, disent et le Pape et le Concile, a établi sur la solidité de la pierre l'Apôtre saint Pierre et ses successeurs pour ses Vicaires, auxquels il esttellement nécessaire d'obéir, que celui qui ne leur obéit pas, doit mourir de la mort éternelle, suivant l'expression des Écritures. Et, comme il est dit ailleurs, celui-là ne peut être dans l'Église, qui abandonne la Chaire du Pontife RomS-s I... Que le Pontife Romain, en vertu de l'autorité qu'il a sur tous les Conciles, ait, même à
lui seul, PLEIN DROITE! PLEINE PUISSANCE de IcS COU-
voquer, transférer et dissoudre, cela est constant et
manifeste, non-seulement par le lémoignage do l'Écriture sainte, les paroles des Saints Pères et des Souverains Ponlifes, et par les décrets des saints Canons, mais encore par les déclarations des Conciles eux-mêmes^. » Quoi de plus formel? et qui ne demeurerait convaincu après une aussi complète affirmation ? On frise de bien près l'iiérésie quand on résiste à ces paroles de l'Église au moyen de subtiles et cbimériques distinctions.
Donc, pour nous résumer, après cet exposé sommaire de la tradition catholique sur les droits et privilèges divins du Souverain Pontife, nous pouvons et nous devons affirmer que les Conciles œcuméniques, non moins que les Papes eux-mêmes, ont de tout temps reconnu, professé et proclamé explicitement l'autorité suprême et infaillible du Saint-
* Cum etiam solum Romanum Pontificom pro temporc exislentem, tanquam auctoritalem super oninia concilia habentem, concilicrum indicendorum , tran^fercndorum ac di^^olvendorum plénum jus et polestatem liahere, nedum ex sacrne scriplurae testimonio, diciis sanclorum Patrura, ac aliorum Ronianorum Pontidcum etiam proedecessorum noslrorum, sacrorumquc canonum decretis, sed propria etiam eorumdrm Conciliorum concessJone manifesto constet.
CIIAPITriE IX.
E::posé sominaire de la doctrine catholique sur l'autoriié suprême et iiifaiîliljlâ du Souverain Pontife.
Après ce résumé de la tradition universelle, il ne sera pas inutile d'exposer biièvement ce qu'il faut croire et savoir sur l'autorité du Pape, notre Père et Chef spirituel. Et pour ne pas vaciller dans cet exposé de doctrine, nous prendrons pour tase le roc ferme et immobile, la parole même d'un Concile œcuménique, nous bornant à expliquer et à analyser l'une après l'autre les paroles sacrées du décret du Concile de Florence rapporté plus haut. Je le choisis de préférence à tout autre, parce qu'il est le plus complet, le plus concis, le plus explicite, et parce qu'il résume, ainsi qu'il le déclare lui-même, la tradition de tout le passé.
La première parole du décret de Florence est Celle-ci : « Nous définissons que le Saint-Siège et le Pontife Piomain.. . Definimus sanctam ApostoUcam §edem et Homamm Pontificem.., » — Le Saint-
LE SOUVERAIN POiSTlFE. VJb
Siège Apostolique et le Pontife Romain, c'est une seule et même chose. Le Saint-Siège n'est qu'une abstraction en dehors de la personne vivante du Pape; le Pape est la réalité concrète, personnelle, vivante, pratique, du Saint-Siège. Le Saint-Siège, c'est la Papauté considérée dans son autorité; le Pape, c'est la Papauté considérée dans sa vie, dans son concret, dans l'exercice actuel de cette autorité. On a voulu, pour échapper au Pape, séparer le Saint-Siège du Pontife llomain, au lieu seulement de distinguer Vnn de l'raitre; et l'on a tenté de restreindre au Saint-Siège, à l'abstraction, ce qui, de droit divin, appartient au Pape, à la personnel En vérité, ce serait par trop commode : le Pape aurait beau parler, enseigner, définir, condamner, ordonner, défendre, on échapperait toujours à l'autorité de son ministère, sous prétexte qu'il n'est pas le Saint-Siège, qu'il n'est pas la Papauté; on supprimerait ainsi pratiquement le Pape et son autorité qui gêne l'orgueil et les passions, et on se rabattrait sur un respect chimérique pour une Papauté abstraite; absolument comme les déistes indifférents qui res-
' Je ne connais qu'un seul cas où cette Jislinclion soil pratiquement utile : c'est celui dos ini.nrèf/uc/i plus ou moins prolougés qui sépari'nl toujours les l'oulificals. C'est aloi-s !c Sainl-Sii'j;e ou l'^L■li^e Romaine, (iépositaire pormanenle de l'autorité de saiut I';eire, qui traite les aflaircs coiiiantes de l'Eglise universelle. — 11 en e^l de môme dans les évûchcs, avant qu'un nouvel Evêque soit donné au diocèse : c'est le Chapitre et son vicaire capitulaiie qui administre les affaires courantes du diocèse. ■ — L'n de ces interrègnes ponlilic;,ux a duié jusqu'à cir.n ai!<:. trace aux pcr!urljuliû:is cl uu\ iiUri;^ucs poliiiiiues.
196 LE SOUVEHALN PONTIFE.
pectent Dieu, mais qui ne veulent pas de sa personnilicaliou vivante, concrète et pratique, Notre-Seigneur Jésds-Ghf.ist.
Qu'est-ce, en effet, pour vous et pour moi, que la papauté, le Saint-Siège, en dehors de Pie IX, du Pape gous le pontificat duquel vous et moi nous vivons? C'est Pie IX et non la Papauté qui me juge, qui me redresse quand je m'égare, qui m'affermit dans îa droite voie, qui me dirige dans les sentiers du salut. Pour vous et moi, le Saint-Siège, c'est Pie IX, et Pie IX seul. Quand Pie IX parle, c'est le Saint-Siège qui parle.
Loin de nous donc cette vaine distinction, fdle de la défiance sinon de la désobéissance. Elle venait à peine de naître dans la triste assemblée de 5682, que Fénelon, ce grand Archevêque si catholique, si droit, si sincère, s'en moquait déjà. « Cette distinction, écrivait-il, est contraire aux promesses de Jésus-Chp.ist, contraire à la tradition ; c'est une distinction imaginaire, dont on peut dire avec raison ce que saint Augustin reprochait à Julien d'Éclane : Ce que vous dites est étrange, ce que vous dites est nouveau, ce que vous dites est faux. Ce que vous dites d'étrange, nous l'entendons avec surprise; ce que vous dites de nouveau, nous l'évitons; ce que vous dites de faux, nous le réfutons. »
Donc, ce que la foi nous enseigne du Saint-Siège, par cela seul elle nous l'enseigne du Pape, et réciproquement.
LE SOUVERAIN POMTIFE. 197
« Nous définissons que le Saint-Siège Apostolique et le Pontife Romain possèdent la Primauté sur l'univers entier, m universum orhem tcnere Primahtm. » — Cette Primauté, cette suprématie, est une autorité souveraine, une puissance de juridiction et de gouvernement, une royauté efficace qui gouverne et qui ne se contente pas de régner. Ce serait une hérésie que de restreindre cette suprématie à une simple Primauté d'honneur. Le Pape est le Roi de l'Église, le Roi spirituel, aussi réellement Roi des chrétiens que Jésus-Christ, dont il est le Vicaire. Il parle, et toute l'Église doit obéir. L'univers entier, tel est son domaine, sans limites et sans restriction. Le Pape, c'est le Catholique par excellence, c'est-àdire l'homme universel, l'homme de tous, l'homme des Évéques, l'homme des fidèles, le centre et la source de tous les biens spirituels que Jéscs-Christ répand sur le monde par son Église, in universum orbem.
Pascal, qui n'est pas suspect quand il s'agit de rendre témoignage à une autorité qui condamne ses amis de Port-Royal, exprimait ce privilège de la Primauté pontificale en son mâle langage : « Le Pape est le premier. Quel autre est connu de lous? Quel autre est reconnu de tous, ayant pouvoir d'iiilïuer par tout le corps, parce qu'il tient la maîtresse branche qui inÛue partout? » Et le comte de Maislre ajoutait une réflexion très-frappante : a En lisant l'histoire ecclésiastique, disait-il, on sent, s'il est
198 LE SOUVERAIN POiSTlFE.
permis de s'exprimer ainsi, on sent je ne sais quelle présence réelle du Souverain Poulife sur tous les points du monde chrétien. Il est partout, il se mêle de tout, il regarde tout, comme de tous côtés on le regarde. » Et c'est tout simple : comment pourrait^il ne pas y avoir une intinie relation entre Jésus-Chp.ist et son Vicaire, entre le Saint-Sacrement et le Pape? Ce que Jésus-Chkist, par le Saint-Sacrement, est à toute son Église pour la piété, pour la vie divine, pour le culte extérieur et inléiieur, le Pape l'e'sl à cette même Église pour l'unité de la foi, pour l'unité de la discipline. Le Pape est uiie sorte de sacrement : il est le signe sensible et permanent de l'aulorilé de jÉsus-CuRisT, de rinraillibiiilé de Jéscs-.Ciiîust; il est le sacrement de Jésus, souverain Ponliië, souverain Pasteur, souverain Docteur, Père de l'humanité légénérée. Parle Pape, Jésus nous donne la linriière de vie, lumen vilx, c'est-à-dire, la vérité et la foi; par l'Eucharistie, il nous donne la vie divine et éternelle de la charité. Après le Saint-Sacrement, il n'y a rien de plus divin sur la terre que le Pape.
Saint François de Sales fait comprendre ce rôle uni» versel du Pape dans l'Église par de charmantes comparaisons : « L'Éghsc est-el!e une maison? Elle est assise sur son rocher et sur son fondement ministériel , qui est Pierre. Vous la représentez-vous comme une famille ? Voyez Nostre-Seigiieur, qui paye le tribut comme Chef de la maison, et d'abord après Juy sainct Pierre comme son représentant. L'Église
est-elle une nacelle? Sainct Pierre en est le véritable patron, et c'est le Seigneur luy-même qui me l'enseigne. La réunion opérée par l'Église est-elle représentée par une pesche? Sainct Pierre s'y monstre le premier, et les autres disciples ne peschent qu'après luy. Yeut-on comparer la doctrine qui nous est prèschée, pour nous tirer des grandes eaux, au filet d'un pescheur? C'est sainct Pierre qui le jette ; c'est sainct Pierre qui le retire ; les autres disciples ne sont que .ses aydes ; c'est sainct Pierre qui présente les poissons à Nostre-Seigneur. Voulez- vous que l'Église soit représentée par une ambassade? Sainct Pierre e.t à la tête. Aymez-vous mieux que ce soit un royaume? Sainct Pierre en porte les clefs. Voulezvous enfin vous la représenter sous l'image d'un bercail d'agneaux et de brebis? Sainct Pierre en est le berger et le Pasteur général sous Jésus-Christ ^ » ■ — C'est en ce sens complet et magnifique que le Pape est le premier dans l'Église.
« C'est lui, le Pontife Piomain, qui est le successeur du bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, et ipsum Potitijicem Romamim Successorem esse beati Pétri, Principis Apostolorum. » — Pie IX est le successeur de saint Pierre et l'héritier deîoiites les promesses faites par le Sauveur à saint Pierre; et IPSUM. Ceci est de foi. Nous avons vu plus haut
♦ Coittroveries, dise. xui.
£00 LE SODVERAIN PONTIFE.
en quel sens saint Pierre et chacun de ses successeurs, saint PieiTe et Pie IX, ne font qu'un : distincts quant à la personne , ils ne sont qu'un quant au ministère. Aussi lisons-nous dans les Actes du second Concile œcuménique de Nicée : « Le bienheureux Pierre, Prince des Apôlres, qui s'est assis le premier sur le Saint-Siège, a laissé à ses successeurs, qui ne manqueront jamais de remplir le même Siège, la principauté de son Apostolat et sa qualité de Pasteur, avec la même autorité et la même puissance qu'il a reçue de Jésus-Christ. Le Sauveur a dit : Les portes de l'enfer ne 'prévaudront point contre l Église Romaine; et encore : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et je te donnerai les clefs du royaume des deux. Le Siège de cet Apôtre, qui exerce la Primauté sur tout l'univers, est la Tète de toutes les Églises de Dieu. Aussi le bienheureux Pierre, qui gouverne l'Église par le précepte du Seigneur, a-t-il retenu et retient-il toujours la principauté. ))
Pie IX est donc Pierre; ce n'est pas l'homme, c'est le Vicaire de Dieu qu'il faut voir en lui. Il en sera de même de son successeur, quel qu'il soit ; et cela jusqu'à la fin du monde. Le monde ne subsistant que pour l'Église, et le Pape n'étant Pape que pour l'Église, tant que durera l'Église, c'est-à-dire, tant que durera le monde, il y aura au milieu des hommes un Pape, Vicaire de Jésis-Ciirist et successeur de saint Pierre, Toujours il y aura au milieu
de nous un homme, Vicaire de DiEU-homme, continuateur et mémorial vivant du mystère de l'Incarnalion : « Puisque Dieu a voulu être homme, il a consenli à toujours être représenté ici-bas par un homme. Et cet homme, c'est à Rome qu'il l'a placée »
« Le Pontife Romain est le vrai Vicaire du Christ, dverumCliristiVicariiim.)) — QuiditF/mireditun autre soi-même. «Ce fut la volonté de Dieu, écrit saint xV.ugustin, de faire de Pierre, à qui il remit ses brebis, un autre lui-même, un avec lui : afin qu'il pût les lui confier. » Le Pape est au Christ, quant à l'aulorité, ce que le Christ est à Dieu son Père. Dieu a envoyé son Fils afin qu'il fût sur la terre le centre de la religion et la source de la vérité ; Jésus à son tour choisit et envoie le Pape, pour continuer cette même mission, et pour être au milieu de l'Église sa personnification vivante, le fondement visible de la vraie religion, le centre de la prédication, le juge de la foi, la source intarissable du pardon, l'axe de l'unité, le ministre de la divine justice, le gardien incorruptible des sacrements et de tous les dons de Dieu. C'est ce que le grand Pie IX constatait naguère, en cette même année où j'écris, devant les officiers français réunis, au premier jour de l'an, autour de son trône au Vatican : « Dieu s'est choisi sur la terre un Vicaire ; et ce Vicaire de Dieu, c'est moi. «
♦ M«' l'Évêque de Tulle.
203 LE SOUYLRALN l'ONTIFE.
Celte même profession de foi, je l'entenduis un jour formuler dans les mêmes termes par un pauvre peiit pâlie des montagnes du Latium, que j'avais rencontré dans une promenade et que j'interrogeius sur le catéchisme. « Sais-tu ce que c'est que le P.ipo? lui dis;iis-je. — Jele crois bien, répondit l'enfant; le Pape, c'est le Christ sur la terre, il Papa e Crislo in terra. » Et, en disant cela, il se découvrit respectueusement.
Oui, le Pape est Jésus-Christ sur la terre. « Sur toi je Làtiroi mon Église. » Je bâtirai, dit le Sauveur, pour exprimer que ce n'est point quand il est présent parmi nous, mais quand il ne sera plus là, que tout reposera sur Pierre, sur le Pape, sur le Vicaire du Christ. C'est la raison fondamentale pour laquelle tout chrétien est obligé en conscience de respecter ef d'aimer le Pape. « La beileépouse du Christ, qui n'aime pas le Vicaire du Christ ! » s'écriait un jour sainte Marie Madeleine de Pazzi, justement indignée contre uhe sœur de son monastère qui avait oublié, en la fête de saint Pierre, de prier pour le Pape. Ou peut et on doit en dire autant de tout chrétien qui n'est pas jiratiquement dévoué au Pape : « Le beau disciple du Christ, qui n'est pas dévoué au Vicaire du Christ. »
« Le Pontife Romain est la tête de l'Éplise tout entière, totiusque Ecclesix Caput. » — Ce que la tête esta notre corps vivant, le Pape l'est à l'Égliso, en sa qualité de Vicaire et de lieutenant visible duSei-
gneur Jésus, Chef unique de la sainte Eglise, Tèle déjà glorifiée de ce corps immense qui milite encore ici-bas. Rien de plus juste, rien de plus profond que celie comparaison : La tête n'est pas tout riioinme ; mais elle est la partie première, la partie dominante, qui dirige tout, qui anime tout, de qui découle dans tous ks membres, \A. vie, le mouvement, le sentiment. C'est la tête qui porte les yeux et qui reçoit la lumière pour tout !e corps; c'est elle qui parle, c'est elle qui entend; sans elle, plus de vie. Tel est, par la grâce et la volonlé de Jésus-Christ, le Pape, Tète de l'Église; Caput, Vcrtex, comme parlent les Conciles. Il n'est pas toute l'Église, mais il en est la partie première, le centre divin; il n'est pas tout, niais il a d'abord le tout, qui de lui passe aux autres et leur est distribué par parties ; il a d'abord le tout, la doctrine, la judicature, le ministère, la réconciliation, les sacrements, le salut, le Saint-Esprit, afai de le transmetli'e et de le maintenir vivant dans l'universalité des membres. Il reçoit tout; car il n'est rien que par Jésus-Christ; il reçoit tout, et il donne tout. Sur cette Tète vénérable de l'Église, Jésus verse tous ses dons, comme le disait saint Léon le Grand, et de la Tète ces dons découlent comme un [U'écieux parfiun jusqu'aux extrémités du corps.
C'est parce que le Pape est le Vicaire de Dieu et le Chef de l'Église tout entière, que nous lui rendons tous les honneurs que nous n'accordons à nu autre, ne lui parlant qu'à genoux, baisant ses pieds
204 LE SOUVERAIN TONTIFE.
et non SCS mains, comme on le fait aux autres Kvcques, Tappelant « notre très-saint Seigneur ; » c'est pour cela que, dans les cérémonies solennelles* de Rome, il s'avance porté majestueusement sur un trône et élevé au-dessus de nos tètes, comme la lê!e est élevée au-dessus de tous les membres, totitis Eccîesiœ, Cajmt.
Aucun membre n'est excepté de la loi de l'union avec le Cbef; aucun fidèle, aucun prêtre, aucun Évè({ue , aucun Arcbevêrpie, aucun Patriarclie ne peut se soustraire à la dépendance du Pape, s'il ne veut perdre aussitôt le principe de vie. Entre les membres et la tête, ni séparation ni partage; si un membre se sépare, il se dissout ; entre la tète et les membres de l'Église, ni séparation ni partage ; l'Évèque, le prêtre, le cbrétien, qui se séparerait tfu Pape, tomberait immédiatement dans la malédiction et la mort.
« Nous définissons, ajoute le Concile de Florence, que le Pontife Romain est constitué le Père de tous les chrétiens , et omnium christia^iorum Patrem existere. » L'Église est la famille de Dieu; tous les chrétiens sont les enfants de Dieu ; et le Pape, Vicaire de Dieu, est le Père de toute cette famille. Il en est le chef, le gouverneur, le nourricier ,et en même temps le maître craint et révéré.
A côté du père, partageant son autorité, mais sou-
LE SUUVEUAIN PONTIFE. 205
mii^e à colle autorité, est l'épouse, mère de la famille ; à côlé du Pape, du Père, du Sainl-Père, est l'épiscopat, qui partage sa sollicilude et sa puissance religieuse, mais qui lui est soumis et qui doit lui obéir Ircs-ridciement.
Puis viennent les enfants , le fils aîné d'abord, puis les autres, tous soumis à la mère et an père : les fils aînés de PÉglise, ce sont les prèlres et les rois, et les autres enfants, ce sont tous les autres fidèles.
Tous sont, de droit divin, c'est-à-dire, par la volonté expresse du bon DiED, obligés d'obéir au Pape, Père de l'Église, sous peine de réprobation. — Notez bien cette parole : Om.muji Christianonim Patrem, Le Pape est le Père des Évoques comme il est le Père desfidèles; il est le Père des Pères ellePèredesenlants. Aussi lesÉvêques l'appellent-ils « Très-Saint Père, » comme le font les simples fidèles. Il en est de même des rois chrétiens et des peuples chrétiens ; ils l'appellent leur Père, parce qu'en réalité il est leur Père. La royauté paternelle, telle que l'entend le christianisme, et la société, telle que l'Église l'a organisée, sont en effet des institutions chréliennes au premier chef, des inslitutions inconnues au monde en dehors de lÉglisc, des institutions dont le Pape, Chef de l'Église, est le vrai Père, le vrai Gardien et runi(pie Modérateur. C'est donc dans le sens le plus universel que le Pontife Piomain at le Père de tous les thrélicns.
11 poric un nom incommunicable : il est le Pape, le Père ! Toute langue, même rebelle, le nomuie ainsi, et ne nomme ainsi nul autre. Et à lui seul s'adressent, dans la cérémonie de son exaltation sur le trône de saint Pierre, ces magniflques paroles de la lilurgic. u Piecevcz la Tiare aux trois Couronnes : vous êles le Père des princes et des rois, le Pasteur de l'univers et le Vicaire, ici-bas, de Notre Sauveur
jESUS-CHr.IST.
« Le Pontife Piomain est le Docteur de tons les cbréliens, et c'est à lui qu'a été donnée par Notre Seigneur Jesus-Christ, en la personne du bienlieureux Pierre, la pleiiîc puissance de paître (c'est-àdii e d'enseigner) l'Église universelle, ipsum llomamim Pontificem,.... cm^iium chrisîianoium Doctorem existere, et ipsi in beato Pelro pascendi nniversalem Ecclesiam a Domino nosiro Jesc- Cnr.isTO pUniam potesîatem tracUtam esse. » Le Pape eslle Docteur suprême de tous les chréîiens, de tous les conciles, de Ions les Evèquos, de tous les docteurs; en tout ce qui touche directement ou i7idiredement les droits de Dieo et le bien des âmes, le. Pape est le Docteur sniu'ême de tous les rois et de tous les peuples chrétiens, de toutes les instîlutions humaines, de toutes les sciences, de toutes les lois. 11 est le Vicaire de la Vérité infaillible, a la bouche de jEsus-C!n;i;,r, os Chrisli ', » lecanal de Tonde toujoure
• s. Clirys Ihm. u, ad Ciitk.
limpide de la foi catholique. Jésus-Christ est la source; le saint Père le canal ; et l'Église catholique Cst le bassin où viennent s'abreuver les troupeaux, accompagnés de leurs Pasteurs.
Le Pape est infaillible quand il enseigne comme Pane, non quand il parle comme simple particulier; ici, comme toujours, arrive la distinction du Pape et de l'homme, du Vicaire de Died et du simple mortel. Dans les actes officiels de sou ministère, et dans ces actes seulement, le Pape parle ex cathedra Pelri.
Le Pape est infaillible, parce qu'il est le Pape, parce qu'il est le Cheî souverain de la société de la vérité, qui est PÉglise, parce qu'il est le suprême Pasteur et conducleur du troupeau qui ne peut s'égarer ; parce qu'il est le fondement nécessaire d'un édifice que les assauts de l'erreur ne peuvent ébranler, Super iiANG petram.
« La pierre, dit saint François de Sales, sur laquelle on relève l'édifice doit être telle que les autres s'affermissent sur son appui ; on peut bien remuer les autres pierres sans ruiner l'édifice ; mais qui lève la fondamentale, renverse la maison. Si donc les portes d'enfer ne peuvent rien contre l'Église, elles ne peuvent rien conire son Fondement et contre son Chef; le(piel elles ne sçauroient lever et renverser, qu'elles ne mettent sens dessus dessous tout le bastiment ',
« Grand e»t assemément le privilège de saincl
♦ Controverses, discours xxx.
208 LE SOUVERAIN l'O.NTlFE.
Pierre; je vous demande auquel des autres a dit le Fils de DiED : Ego rogavi pro te, Petre , ut non deficiat fides tua? Et il faut croire qu'en cecy jÉsus-CiiuisT exaudiUis est pro sua reverentia {co que ne croient pas du tout les protestants, et ce que ne croient pas assez certains catholiques). De quoy donne un bon témoignage, quand il ajoute : Et tu conversas, confirma fratres tuos; comme s'il voulait dire : J'ai prié pour toy, afin que tu sois le confirmateur des autres; mais pour les autres, je n'ay prié, sinon en intention, qu'ils eussent un refuge asseuré en toi. Nous ne lisons point que Noslre-Seigneur, qui devoit maintenir la foy en son Eglise, ait prié pour la foy d'aucun des autres Apostres en particulier, mais seulement pour celle de sainct Pierre, comme Chef de l'Église; car quelle autre raison pourroil-on alléguer en cette prérogative? Expetivit vos Sataiias, tout tant que vous estes ; ego autem rogavi pro te. N'est-ce pas le mettre luy seul en compte pour tous, comme Chef et Conducteur de toute la troupe? Qui ne void combien cecy est convainquant, et comme, tout d'un train, Nostre-Sei« gneur dit à Pierre que l'adversaire cherchoit de les cribler tous tant qu'ils esloient, et néanlmoins qu'il avoit prié pour luy en particulier, afin que la foy ne mnnquast point en sa personne? La foy des autres fut maintenue en leur commun Pasteur, a(in, messieurs, que aliquando conversîis, confirmet fratres suos... Le jordiuier qui void les ardeur? du soleil conti-
nuelles sur une jeune plante, pour la préserver de la seiclieresse qui la menace, ne porlc pas de l'eau sur cliaque branche; il se contente de bien tremper et raoiiiller la racine, et croit que tout le reste est en asseurance, parce que la racine va dispersant Thumeur à tout le reste de la plante. Ainsy Nostre-Seigneur ayant planté cette saincte assemblée de ses disciples, pria pour le Chef, et arrousa cette racine, afin que l'eau de la foy vifve ne manquast point à celuy qui devoit en assaisonner tout le reste, et que, par l'entremise du Chef, la foy fust toujours conservée en l'Église.
« Et de vray, ajoute le bon Saint, si le confirmateur biaize et chancelle, qui le confirmera? si le confirmateur n'est pas ferme et stable en luy-mesme quand les autres s'affoibliront, qui les affermira? Il est écrit : si l'aveugle conduit l'aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse; si l'instable et le foible veut soutenir et asseurer le foible, ils donneront Ions deux en terre; d'où s'ensuict que Nostre-Seigneur en donnant l'autorité et le commandement à sainct Pierre de confirmer les autres, il luy a quant et quant donné le pouvoir et les moyens de le faire; autrement pour néant luy eustil ordonné une chose impossible. Les moyens nécessaires pour confirmer les autres et rasseurer les foibles, c'est de n'estre point sujet ny à la foiblesse ny à l'erreur, c'est d'cstre solide et ferme en soy-mesme, comme une vraye pierre et comme un roc : et tel est saintt
Pierre, en tant que Pasteur général et gouverneur do l'Église universelle... Il ne peut jamais se froisser ni rompre par l'infidélité, qui est la principale porte d'enfer,
« Après tout, s'il cstoit possible que le Pasteur supresme ministérial {)ust mener ses brebis aux pasturages vénéneux, il est certain que tout le bercail seroit bientost perdu. Si le supresme Pasteur ministérial nous conduisnit au mal, qui releveroit la bergerie? Si elle s'égaroit, qui la ramcneroit à la vérité? Nous 11 avons qiià le siiyvre siviplement, non pas à le guider, autrement les brebis seraient pasteurs. Certes l'Église ne peut pas tousjours estre ramassée en un Concile général : or l'Eglise a tousjours besoin d'un confirmateur qui soit permanent, auquel on puisse s'adresser pour trouver un solide fondement, que les portes de l'enfer, et principalement l'erreur, ne puisse renverser; il Huit que son Pasteur ne puisse conduire à l'erreur, ny nous porter au ma! : les successeurs de sainct Pierre ont seuls ces privilèges. Ainsi le supresme Pasteur de l'Église nous est un juge compétent, et suffisant en toutes nos plus grandes difficultés ^ a
Ces naïves paroles de saint François de Sales sont hi voix de la foi et du bon sens.
C'est aussi la voix de la tradition, de la tradition ConDoicnes, dise, xxxiv, ^isy et xl.
lE SOUVERAIN PONTIFE. SU
antienne (sauf bien entendu l'éclipsé partielle de 1682). Qu'on veuille relire, à Ce point de vue de l'infaillibilité pontificale, tous les monuments de l.i tradition que nous avons cités ; que l'on médite encore ceux-ci, extraits au milieu de beaucoup d'autres :
« Dieu, dit saint Augustin, a déposé la doctrine de vérité diuis la Chaire de Viinité, Deus in Cathedra unitaiis doctrinam posuit veritatis^ ; et le successeur de Pierre est lûi-mème la pierre que ne peuvent vaincre les portes orgueilleuses de V enfer; Ipse est pelra quam non vinciint superbx inferorum portœ-^. »
Saint Anibroise dit également : « Cette barque de Pierre ne peut chavirer, elle qui porte la divine sagesse, et qui navigue au souflle de la foi. Son pilote est celui-là même qui donne à l'Eglise sa solidité. A Pierre seul, il est dit : Avance en pleine mer, c'est-à-dire pénètre et approfondis toutes les questions de doctrine. Dans ces [U'ofondeurs de la doctrine, l'Eglise est conduite par Pierre'. »
Vers le milieu du septième siècle, le iMétropoUtaïu de l'île de Chypre, au nom de toute sa province, écri-
• I. de iinittite Ecclesix, xxx.
• Contra Douai.
' ISon tuiiialur hxc (Pétri) navis, in qua Prudcntia navigal, fides aspirai. QueniaihnoJura cuiui turbari poterat, cui proeeiat is in quo Eccleiiai firuiainentum csl?... Soli l'elro ilii'ilur : Duc bi (dlum, hoc est, in prorunduni di^pulationum. Quid eniin taiu alluni, quaia alliludiium diviliarum videre, sciie Dti Filiuni, et prolebsionem divin:» peiieralionis asiumeie? In hoc alliun disputaliunis Ecdosia a l'etio ducilur. (hi Liuani.)
vait en ces termes au Pape Théodore : « Une base imnniable et affermie de Dieu même, une colonne (}iie le Christ hii-niéme, noire Dieu, a dressée avec l'inscriplion lumineuse de la foi, c'est votre Chaire Apostolique, ô Chef sacré ! Car, ainsi que l'affirme la parole divine, c'est vous qui êtes Pierre; c'est sur vous, comme sur un fondement inéhraulable, qu'ont été affermies les colonnes de l'Église. C'est à vous qu'il a confié les clefs du royaume des cieux ; à vous qu'il a donné la puissance de lier et de délier, et ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre. C'est vous le destructeur des profanes hérésies, comme étant le Prince et le Docteur de la foi orthodoxe et immaculée. Ne négligez donc point, ô Père des Pères, la tempête qu'éprouve la foi de la part de quelques hérétiques ; dissipez leurs ténèbres par la lumière de votre science divine^, » etc. Témoignage d'autant plus remarquable que celte lettre synodale fut insérée six ans plus tard au nombre des décrets d'un grand Concile romain, présidé par le Pape saint
* Firmamenlum a Deo fixum et immobile, alque titiili formam luciilissiraam fiJei Vestram Apostolicam Seilera, o sacer Vertex, Cll^i^lus Deus noster. Tu es enim, sicut divinum veraciler pronunciyt verljum, Peints, et super fumiamenlum luum Ecclesia; columiia; confirmala; sunt; tibi et claves regni lœlorum comniisit, alqiie ligarc et solvcre poteslative, qHX in terra et quae ia cœlis sunt, promulgavit. Tu profanarum ha;resum deposilor existi, ut Princeps et Doctor orliiodoxx et immaculatas lidei. Ne igitur ncgbgas, o Paler Patrum, fidei proceliam ab hxreticis quibusilam fs;jgiiatam; quorum lenebras lumine discute scienlioe vestrœ divinœ. (V. Rcbrbacber, X.i
Martin I*"", et composé de cent quarante Évêques d'Italie, de Sicile, de Sardaigne et de Corse.
« Le bienheureux Pierre, dit le Pape Jean VIII, a consacré par son sang la sainte Église Piomainc, fondée sur la foi;.., et de même que nulle part l'eau ne peut être plus pure ni plus limpide qu'à la source même d'où elle jaillit ; de même nulle part la foi ne se présente plus pure et plus lumineuse que dans le réservoir sacré de Notre Eglise, oiî... ce Porteclefs descieux a rassemblé avec une si grande abondance et une si parfaite pureté les eaux qu'il avait puiïées dans le sein même de la source divine et céleste; cette eau de la vraie foi , il nous l'a transmise pour que nous la conservions dans toute sa pureté ^))
« Il est absolument certain, ajoute saint Nicolas P"", que le jugement du Siège Apostolique, qui est la plus haute des autorités, est irréformable pour tout le monde, et qu'il n'est permis à personne de juger- son jugement. Aussi bien les saints Canons ont-ils réglé que de toutes les parties de l'univers on en appelle à son tribunal, et qu'il n'est jamais permis d'en appeler de sa sentence^. »
« Sanctam Roraanam Ecclesiam beatus Petrus in fuie fuiKiatam proprio sanguine... consecravit... Sicut aqua non potest alibi ta m manda et limpida, qiiemadmoJuin in fonte iinde originom pertrahit, inveniri, ita et lides nuuquam omnino poteril alibi lam pura et tara nitida repiriri, sicut in Ecclesise noitra; vivario, ubi lam... ille polorum claviger ubcrtim et puiissime cont;regavit, qui es ipsO fonte vivo hanc cœlitus hausit, et liinpiilissiuiani conservandam mandavit. (Ad Bulgarorum rcgem.)
* Palet prolecto Sedis Apostolica!, cujus auclorilale major non
Le grand saint Grégoire VII, le plus calomnié des Vicaires de Jésus-Christ, par l'école gallicane plus encore peut-être que par les hérétiques, actuellement réhabilité par la bonne foi de plumes [jroleslantes, dit de son côté, au sujet de rinfaillibilitè des Papes en matière de doctrine : « L'Évangile nous apprend que le Seigneur a prié pour Pierre, lorsqu'il a dit, au moment de sa Passion : J'ai ■prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; à ton tour, confirme tes frères. Par là il insinuai! manifestement que les successeurs de Pierre ne dévieraient pas un seul instant de la foi catholique, mais que bien plutôt ils y ramèneraient les autres, qu'ils y affermiraient les esprits vacillants; et en lui accordant ainsi la puissance de confirmer ses frères, il imposait à ceux-ci l'obligation d'obéir à Pierre ^ »
« Y aura-t-il donc encore un homme assez insensé, s'écrie saint Léon IX, en expliquant ce même oracle
est, judicium a nemine fore reiractandum, neque cuiquam de cjus liceat judicare judicio, siquidem ad illam de quolibet niundi parte caiiones appcUari voluerunl, ab illa autem nemo sit appellare permissus. Justa quod et Bonifacius et Gelasius, sanctissimi Prœsules, non suis aJinvenlionibus, sed Ecclcsix liomanx conauetudinem non ignorantes dicuut. {Ad Impcralorem.)
* Pro eo Dominus oraàse l'otetur, inquiens in arlicuio Passionis : Ego rogaii pro le, ut non deficial fuies tua ; et tu uliquando conversas, confirma frotres tvos. Ex hoc innuens manife^ie quod successorcs ejus a lide catbolica nullo unquam tempore déviaient, sed revocarent magi.s alios, et conlirmarent eliaiii haisitautes, per hoc sic ai alios confirmandi poteslalem iudulgoiis, ut aliib iiccessilateni imponerel oljsequendi. {Ad Palrtarcham Ccn- Uaniiao^oimnum.)
LE S0UVE11ÂI.\ rOISTIFE. 215
du Sauveur, pour oser croire que la prière de Celui qui peut tout ce qu'il veut, ait clé privée de sou effet eu quoi que ce soit? N'est-ce pas le Siège A|>ostoIique, c'est-à-dire l'Égliie Romaine, qui, par saint Pierre non moins que par ses successeurs, a démasqué et terrassé les artifices de tous les hérétiques et confirmé les cœurs des frères dans la foi de Pierre, qm jusqu'à ce jour n'ajaîiiais failli et ne défaillira jamais^ ? » Ainsi pai'le la tradition tout entière ; ainsi l'autorité ecclésiastique est d'accord avec les Livres saints, avec les nécessités de l'unité catholique, avec les données du plus simple bon sens. Aussi saint Thomas, l'organe incomparable de la tradition, disait-il : « L'unité de l'Église demande que tous les fidèles s'accordent sur tous les points de la foi. Mais ces points soulèvent de temps en temps des questions qu'il faut résoudre. Or l'Église serait divisée en une infinité d'opinions, si la décision d'uN seul ne venait sauvegarder son unité ^. » Et le docte Suarez, le plus célèbre des théologiens raodei'nes,
* Erit ergo quisquam tanlsedemenliae, qui orationem illius, cujus velle est po^se, audeat in aliquo vacuam putare' Nonne a Sede Piinciiiis Apoitolorum, Romana videlicct Ecclesia, lam per eumdcni Pelruni quam per suos Successores convitla alque expugnata sunt oinuium hœrelicorum coranieiUa, et fr.itrum corda in (ide Pctri, qua; iiaclenus non defecit, nequu in lincni duficiet, suiil ronlirmala. (Ad Michaelem Cmmlarinm.)
* Ad unitalem Ecclesicc requirilur quod onines fidèles in fide oonVeuiant. Circa vero ea qua) lidei sunt, conlingit qua?siiones moveri; per diversilatem aulem sententiarum dividerelur Ecclesia, uibi in unitateper unius senlentiamconservaretur. (S ■>« çonl,
Gcnles, lib. IV, c. uxvi.)
21G LE SOUVERAIN POISTIFE,
disait également : « C'est une vérité catholique que le Souverain Pontife parlant ex cathedra est la règle même fie la foi, et qu'il ne peut errer, quand il propose officiellement une doctrine à l'Église universelle, comme étant de foi révélée : ainsi l'enseignent aujourd'hui tous les docteurs catholiques, et je regarde cela comme une vérité de foi^ » Saint Thomas et Suarez sont, avec Bellarmin, les théologiens les plus universellement approuvés dans l'Église catholique : aucun homme instruit, aucun prêtre surtout, ne saurait la nier. Quand il est question de la puissance du Souverain Pontife, l'autorité isolée de Bossuet, surtout après la haute désapprobation qu'elle a reçue du Saint-Siège, est bien peu de chose en comparaison de la leur.
Elle perd tout à fait son prestige quand on considère de près l'inanité des distinctions, pour ne pas dire des subtilités, sur lesquelles elle s'appuie.
Ces subtilités sont d'abord la distinction bizarre et toute nouvelle que nous rapportions tout à l'heure du Saint-Siège et du Pape ; puis la distinction encore plus insaisissable de Yindéfectibilité d'avec VinfaiU libilité.
Fénelon raconte à ce sujet une controverse extrêmement curieuse qui eut lieu entre Bossuet et l'É-
* Veritas calholica est Ponlificem definientem ex caUiedra esse régulai!) fidei quœ errare non potcst quando aliquid authentice proponit universaî Ecclesioe, tanquam de flde divina credondum : ita docent hoc t»mpore omncs catliclici doctores, et censco esse rpm de lide certain. {De Reijvla filei.)
vêqtie (le Tournay, dans l'asscmblcc de 1082. Cet Évèiiuc de Tournay était un vrai scliismatique. Dans un })rojet de déclaration, il avait osé dire carrément que le Siège Apostolique pouvait embrasser l'hérésie (ce qui est une hérésie formelle). Effrayé de cet excès, Bossiict lui résista en face, affirmant que le Pape n'était pas infaillible, il est vrai, mais que « le Saint-Siège était indéfectible dans la foi. — Mais si vous ne dites pas comme moi, lépondit l'Évèquc de Tournay, vous établissez, bon gré malgré vous, l'infaillibilité romaine. — Quoi qu'il en soit, insistait Bossuet embarrassé, vous ne pouvez nier que la foi de Pierre ne doit jamais défaillir dans son Siège; cela est certainement prouvé par les promesses de l'Évangile et par toute la tradition. — S'il en esl, ainsi, répliquait l'autre, il faut accorder une infaillibilité absolue ; il faut avouer que tous les décrets qui émanent du Siège Apostolique sont absolument irré formables et fondés sur une autorité infaillible. »
A cette objection , l'Évêque de Meaux fit cette étrange réponse : « La foi de ce Siège est indéfectible, et cependant ses jugements ne sont pas infaillibles. » — Et il établissait cette indéfectibilitâ par les promesses du Sauveur et par le rang suprême que tient entre toutes les Églises le Siège Apostolique, « fondement, chef et centre éternel de la catholicité pour vaincre les portes de l'enfer et affermir les frères. Piépondez-moi, ajoutait Bossuet : le Siège Aposlolifiue peut-il devenir hérétique, oui on non? peut-
il, oui OU non, professer et définir avec opiniâtreté * un dogme liérétique, malgré le sentiment contraire de toutes les Églises de sa communion? Si vous dites que le Saint-Siège peut devenir hcrélique et scliismatique en soutenant son hérésie, il peut donc arriver, d'après vous, que le Chef de l'Église soit séparé de son corps, et que son corps, ainsi mutilé, ne soit plus qu'un cadavre; il peut donc se faire, d'après vous, que le centre de l'unité de la foi soit le centre de la corruption delà foi et del'hérésie.Si vous dites, au contraire, que ce Siège ne peut jamais manquer de conserver la vraie foi, dont il est le centre et le Chef, donc la foi de ce Siège est indéfectible. — C'est à vous à vous répondre à vousmême , répliquait très-justement son adversaire. H est hors de doute que votre argument ne prouve rien, parce qu'il prouve trop; s'il prouvait quelque chose, il est bien certain et bien évident qu'il prouverait cette infaillibilité du Saint-Siège que vous niez avec moi ^. Si ce Siège ne peut jamais manquer d'avoir la vraie foi, il est nécessaire qu'il ne définisse jamais rien contre la vraie foi ; car il n'y a rien de plus opposé à la vraie foi qu'une définition contre
' Avec opiniâircté. Par celle tangente, le gallicanisme veut échapper à rinlaillibilitc. Le Pape peut se tromper; mais il ne peut se tromper « avec opiniâtrelé. » Quelle misère! et oiî ontils pris cela?
* Pas d'inraillibilité; voilà le point de départ de cette discussion. C'est \m parti pris contre le Pape. Où est la bonne foi? el où esllalo£i(][ue?
LE SOUVERAIN l'ONTlFE. ?I9
la foi? Or, quand hsultramontainssonlieimcnlVlnfaillibilité, ils ne cherchent^ à établir que celte coii' clusion-ci : le Siège Apostolique ne peut jamais rien définir contre la foi catholique ; par conséquent, quand le Pape prononce du liant de sa Chaire un décret solennel, il ne peut jamais errer dans la foi. » C'était fort bien raisonné; aussi l'Evêque de Meaux ne pouvait-il rien répondre de satisfaisant; et il en revenait toujours à affirmer sans preuve sa distinction d'indéfectibilité. L'Évêque de Tournay finit par se moquer de lui : « 0 prodige tout à fait incroyable ! s'écriait-il. Comment croyez - vous possible qu'un homme qui ne peut manquer d'avoir la vraie foi puisse se tromper en exposant cette vraie foi qu'il ne peut manquer d'avoir? En vérité, vous vous faites une dangereuse illusion ; ce que vous nous insinuez sous le nom plus doux d'indéfectibilité n'est pas autre chose que celte infailiibilité des ultramontains que vous ne voulez pas admettre. » Et Bossuet, traqué par la force de la logique, était obligé de dire en toutes lettres celte énormité qu'il ne pouvait croire et qui chocjue en vérité le sens commun, à savoi)' que, « supposé que le Saint-Siège enût sur la foi, ce
' Cherchent est curieux. !\'ous ne clK'rclinns pas à établir; nous i•lailli^sons, et nous croyons^ et nous sommes sûrs de nolr« croyance. Ullianioiitain est synonjme de catholique, devrai enfant du Sainl-Siége. Gallican est un mot qui exiirime une doctrine particulière; donc une doctrine anti-univeisello, anti catholique; donc une invention, une invention gauloise, uuc erreur.
2a0 LE SOUVERAIN PONTIFE.
ne serait point avec obstination et opiniâtreté. Les autres Eglises le ramèneraient bientôt au droit seniier (sic). Le Saint-Siège conservera toujours une volonté constante de s attacher à la foi très-pure de toutes les Eglises de sa communion! » Ces paroles (le Bossuetsont textuelles ; Fénelou déclare les tenir, ainsi que le récit de celte controverse, de la bouche même de l'Évêquede Meaux.
En vérité, l'erreur aveugle le génie quand il n'est pas soutenu par une sainteté suffisante. Et il n'est pas besoin de théologie pour comprendre « que les brebis, comme dit saint François de Sales, ne peuvent être Pasteurs ; » que le troupeau est fait pour être conduit, et non pour conduire ; que le Chef a pour mission de commander et non d'obéir. Ce serait le monde renversé, et l'Église des gallicans marcherait la tête en bas. Telle n'est pas l'Église deNotre- Seigneur, l'Église de saint Pierre, la nôtre, la vraie : le Chef y commande à tout le corps, et les membres se font gloire d'obéir au Chef; l'édifice repose sur le fondement, et non le fondement sur l'édifice.
Fénelou remarque que cette controverse entre l'Évêque de Meaux et l'Évêque de Tournay fournit à la vraie doctrine catholique un argument péroniptoire. « L'Évêque de Tournay, disait-il, établit la majeure; l'Évêque de Meaux soutient la mineure, et moi je tire la conclusion, la conclusion inévitable. — L'indéfectibililé de la foi dans le Siège Apostolique, disait le premier, n'est autre chose que ce que les
iiUramontains appellent rinfaiilibililé. — Or, répondait le second, aucun catholique ne peut nier l'indéfectibilité de la foi dans ce Siège. — Donc, disons-nous, aucun catholique ne peut nier cette prérogative que Dieu a promise au Saint-Siège, et que les gallicans appellent indéfectUnlité , tandis que les ultramontains (ou, pour mieux dire, les fidèles purement et simplement catholiques) l'appellent infaillibilité. » Nous disons comme Fénelon, et nous concluons en toute assurance que Bossuet s'est trompé.
Ainsi, de petites gens comme nous sommes, y voient plus loin et plus clair que de très-grands hommes quand ceux-ci se trompent ; sur les épaules de saint Pierre, notre petitesse dépasse la taille même de Bossuet.
Pauvre Évéque' il ne se doutait pas de l'abus que les ennemis de l'Église feraient un jour de son grand nom ; il ne se doutait pas qu'à l'ombre de sa gloire viendrait s'abriter la nuée des chicaneurs de toutes sortes, des parlementaires jansénistes, des esprits frondeurs, plus protestants que catholiques, et jusqu'à des protestants eux-mêmes et des incrédules, qui déplorent de nos jours (je l'ai lu moi-même maintes fois dans leurs journaux) la décadence « de cette belle Éghse gallicane, de cette Église de Bossuet, » etc.
On peut, du reste, affirmer sans crainte que, si Bossuet vivait anjourdhui, sous le Pontificat de
Pie IX, non-seulement i\ désavouerait avec indignatien les conséquences extrêmes (quoique logiques) que l'on a lirées de ses doctrines, mais encore qu'il dirait de ces doctrines elles-mêmes ce qu'il fut obligé de dire de la Déclaration qui les formulait : Abeat quo libuerit! en bon français : Quelles ailleiit se promener!
Bien certainement, devant le Souverain Pontife définissant par son autorité propre et exclusivement personnelle l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge, il eût vu dans ce grand acte ce que toute l'Eglise y a vu, et ce que Pie IX a entendu y renfermer : la définition implicite de l'infaillibilité du Pape.
On ne sait pas assez, en effet, que Pie IX, en celte circonstance si solennelle, a agi seul, a jugé, a défini par sa sedle autorité de Pape, en dehors de tous les Evéques. Il les a préalablement consultés, il est vrai, comme il consulte à Rome les Cardinaux et les Congrégations pour les affaires courantes de l'Église ; mais ces consultations n'ont été en aucun sens un jugement dogmatique de la part des Évêqnes. Bien plu?, quand les deux cents Prélats qui eurent le bonheur d'entourer le Pape le 8 décembre 1854 furent arrivés à Rome, le Pape, les ayant tous réunis , leur fit déclarer expressément qu'il entendait se réserver à lui seul, non-seulemeiit la (lut'blion de doctrine, mais encore l'opporlunité d'une définition dogmatique. Et l'un d'eux lyanl
LE SOUVERAIN PONTIFE. 2iô
proposé d'ajouter à la rédaction de la Bulle ces paroles qui pouvaient favoriser les prélenlions gallicanes : a annuentibus omnibus Episcopis ,&\(icVi\s- Eentimentde tous les Évoques, » l'assemblée entière g'y opposa, et l'on entendit de toutes parts s'élever des acclamations qui rappelaient celles des Pères de Chalcédoine à l'occasion de saint Léon le Grand : € Petrus sohis loqiiatiir ! que Pierre parle seul ! Petrum soliim seqiiamur ! suivons Pierre tout seul. »
Dieu m'a fait la grâce d'assister à celte lête trèssacrée du 8 décembre dans l'antique basilique vaticane du Prince des Apôtres ; et j'ai entendu tomber des lèvres du Vicaire de Jésus-Christ ce décret de foi, non moins glorieux pour l'infaillible Papauté que pour l'Immaculée Vierge Marie, « Par l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et la Nôtre, auctoritate Domini A^os/riJEso-CuRisTi, bealomni Apostolorum Pétri et Pauli, ac ^oii?,\, deflnimuSyelc. C'est pourquoi, si quelqu'un osait penser contrairement à Notre définition, qu'il sache qu'il a fait naulrage touchant la loi, et qu'il s'est exclu de l'unité de l'Eglise ; quapropter si qui secus ac a Nobis definitum est, prx" sumpserunt corde sentire, il sciant se naiifvagium circa fidem passes esse, et ab unitate Ecclesix defecisse. »
Cette question, un moment agitée, de l'infaillibililé du Souverain Pontife, est aujourd'hui une question résolue; et je crois qu'il n'est plus permis eu
conscience de la révoquer en doute, à plus forte raison de la combattre, Peut-èlre n'encouriait-on pas encore la note d'hérésieproprement dite^; mais peutêtre aussi s'exposerait-on à ces notes qui ne valent guère mieux, de téméraire, d'erronée, à' injurieuse au Saint-Siège, de scandaleuse, de voisine du schisme et de l'hérésie. Donc, l'autorité doctrinale de l'Église et son infaillibilité reposent principalement dans le Pape, et c'est du Pape comme d'une source intarissable de vérité que découle, pour le corps entier de l'Église, et pour les Évêques assemblés en Concile ou dispersés , l'infaillibilité de Notre-Seigncur Jésus-Christ.
En terminant celte question, je confie aux consciences droites une observation pleine de sens du comte de Maistre: « C'est, dit-il, un rôle bien indigne d'un catholique, homme du monde même, que celui d'écrire contre ce magnifique et divin privilège de la
' C'a été là jusqu'à présent l'unique consolation de nos lliéologiens gallicans, y compris Cossuet, qui dans sa Defcnsio et dans sa Gallia orlhodoin n'a pas eu d'autre objet que de prouver cette thèse : un gallican n'est pas tout à fait hérétique. — Il paraît que celle consolation ne suffit pas à l'article de la mort. J'ai connu deux pauvres professeurs de cette école, lesquels, en voyant la mort de près, secouaient leur gallicanisme comme Herjuie la tunique de Dejanire. L'ua d'eux n'eut rien de plus pressé que de faire hrùler devant lui, par un de ses confrères, tous les cahiers, papiers, etc., qui auraient pu le compromettre devant le trilninal du lion Dieu. L'autre, se croyant seul, faisait des mea cnlpn sans lin sur ses trente années d'enseignement; il criait du fond de son lit : « Je crois, Seigneur, je crois! » — Le gallicanisme est évidemment une doctrine de purgatoire; pour les gens de bonne foi, bien entendu.
Chaire de saint Pierre. Quant au prêtre qui se permet un tel abus de l'esprit et de l'érudition, il est aveugle, et même, si je ne me trompe infiniment, il déroge à son caractère. » Le savant écrivain ne se trompait pas, j'en prends Dieu à témoin. Dans un temps où le vent du schisme souffle sur le monde entier, c'est un véritable crime que d'ergoter au lieu d'obéir et d'aimer.
Le Concile de Florence, après avoir erefinl comme article de foi que le Pontife Romain est le Docteur de tous les chrétiens, et qu'il a reçu du Sauveur la pleine puissance de paître et d'enseigner l'Église universelle, ajoute que cette pleine puissance est également départie au Pape par le Fils de Dieu « pourdiriger et gouverner cette même Église tout entière, plenam potestatem regendi et gubernandi universalem Ecclesiam. » — Le Pape n'a pas seulement la puissance suprême et infaillible d'enseigner , il a encore, de droit divin, la puissance suprême et infaillible de diriger pratiquement l'Église, de la gouverner au milieu des difficultés de tout genre qui surgissent devant elle à chaque pas. C'est lui qui organise le gouvernement spirituel de l'Église, qui fonde, modifie, supprime les diocèses, les provinces ecclésiastiques et jas(prauxPatriarcliats. Notre siècle a été témoin d'un des plus grands actes de cette pleine puissance gouvernementale du Pontife Romain, lorsque Pie YII supprima, par le fait seul de sa volonté
souveraine, toutesles antiques Eglises de France, la plupait fondées par les envoyés immédiats des Apôtres , admirables dans la tradition de leur passé , fécondes en grands Saints et en grandes institutions catholiques. De cent trente évèchés, il en fit cinquante , demandant d'abord, puis exigeant la démission de tous les anciens Évêques. Quelques-uns résistèrent opiniâtrement ; c'étaient des gallicans convaincus et logiques, qui prétendaient que le Pape était soumis aux canons ou règles de l'Église, qu'il ne devait ni ne pouvait rien faire que selon ces canons, qu'il n'avait pas la pleine puissance du gouvernement de l'Église, qu'en cette circonstance il outrepassait ses droits, etc. ; et comme, lorsque le Pape s'égare, c'est « aux autres Églises à le ramener au droit sentier ^ » ces bons Évêques gallicans, gallicans tout de bon, déclarèrent ne pouvoir obéir en conscience, et, en conscience, devinrent formellement schismatiques , entraînant après eux un certain nombre de théologiens gallicans, de curés gallicans, et de fidèles gallicans, tous logiques jusqu'au bout, lesquels constituèrent ce misérable petit schisme dont les restes épars subsistent encore aujourd'hui dans le Poitou, et que l'on appela la Petite- Eglise. Ces bonnes gens croient sérieusement que Pie iX est vraiment Pape, que l'Évêque de Poitiers est vraiment Évèque de Poitiers, mais qu'ils sont tous
* Bossuet.
deux schismatiques et que la conscience défend de leur obéir.
Nous autres, qui ne sommes pas membres de la Pelite-Èglise, mais de la grande, universalem Ecclesiam, nous croyons que nous devons obéir au Vicaire" de Jésus-Christ en tout ce qu'il nous commande ex cathedra Pétri.
Dieu l'assiste, en effet, dans la dispensation de la discipline générale, de telle sorte que rien ne peut s'y glisser qui soit contraire à la morale chrétienne et au salut des âmes ; il l'assiste dans la direction de la sainte liturgie, aûn qu'il ne se glisse aucune altération essentielle dans les règles du culte divin, et que tout y demeure conforme aux mystères du christianisme, aux profondeurs de la foi, à la majesté des choses saintes, aux traditions antiques, à l'édification du peuple fidèle. En un mot, Dieu l'assiste dans la direction et le gouvernement général de la sainte Église.
C'est pour cela que les princes de ce monde, quand ils veulent entrer dans les desseins de Dieu, doivent favoriser de leur mieux cet exercice bienfaisant de la juridiction pontificale. Loin de l'entraver, ils doivent la respecter et lui aplanir les voies. « Aucune puissance humaine, dit le savant Cardinal-Archevè(p)e de Reims, n'a le droit d'intercep'.er entre le Clief et les membres de l'Église la correspondance nécessaire pour enseigner, pour gouverner, pour réformer, pour commander, puisque celte corres-
pondaiice est de droit divin, et qu'elle entre nécessairement dans la constitution de l'Église. »
Notre-Seigneur ne rend certes pas son Vicaire impeccable dans tout le détail de sa conduite ; mais il le préserve, pour le bien de l'Église, de tout ce qui peut porter un préjudice réel aux intérêts éternels de cette Église qui est son Épouse. « Died est là, disait Çin jour Pie IX, Died est là qui soutient son Vicaire et qui l'empêche de faiblir. »
I Tous les chrétiens, quels qu'ils soient, ecclésiastiques ou laïques, doivent obéir au Souverain Pontife, non-seulement quant à la croyance, mais encore quant à la conduite. Quiconque refuse de lui obéir en matière de foi, est un hérétique ; quiconque refuse de lui obéir en matière de discipline, est im rebelle, et cette rébellion peut aller facilement jusqu'au schisme proprement dit. En désobéissant au Pape, c'est à Notre-Seigneur qu'on désobéit, et en méprisant ses directions, c'est Notre-Seigneur luimême qu'on méprise.
Pour compléter ces notions, ilnesera pas inutile de noter ici une distinction importante, fort pratique, et trop peu connue chez nous : la distinction entre le gouvernement de l'Église et le sacerdoce de l'Église, entre le pouvoir de juridiction et le pouvoir d'Ordre.
Dansla hiérarchie clupouvoir d'Ordre ou du sacerdoce (c'est la même chose), le premier rang est occupé par l'Évêque ; et à ce point de vue tous les Évêques
sont égaux en dignité ; l'Archevêque n'est pas plus que le simple Évêque, le Pape n'est pas plus que le plus modeste Évêque missionnaire. L'épiscopat est le sommet de la hiérarchie du sacerdoce el de l'Ordre. Au-dessous de TÉvêque vient le prêtre; tous les prêtres, à ce même point de yue purement sacerdotal, sont égaux en puissance et en dignité; comme prêtre, le vicaire est autant que son curé. Après le Prêtre vient le diacre, le sous-diacre, puis l'acolyte, puis l'exorciste, le lecteur et le portier. Le pouvoir d'Ordre, dans l'Église catholique, commence donc à Vostiariat, qui est appelé pour cette raison le premier Ordre mineur ; et il se termine à Vépiscopat, qui est la plénitude absolue du sacerdoce de Jésus- Christ.
La juridiction ecclésiastique, qui a pour but le gouvernement et l'administration de toutes les choses de l'Église, l'extension et le maintien de ses droits et de ses privilèges, nous présente une hiérarchie tout autre. Ici, le premier rang est occupé par le Pape seul, monarque unique de l'Église universelle, souverain administrateur de tous ses biens spirituels et temporels; ce n'est plus comme Évêque, c'estcomme Pape qu'il occupe ce premier rang.
Après le Pape vient le Cardinal, Prince de l'Église, rayon du soleil pontifical, appelé par le Pape à partager avec lui le soin de toutes les affaires ecclésiastiques. Un Cardinal, quand même il ne serait que prêtre, ou diacre, ou même simple clerc tonsuré,
est, quant à la juridiction, au-dessus de tous les Évoques, Archevêques et Patriarches.
Il en est de même des Sacrées Congrégations Romaines, qui sont comme l'extension du cardinalat. Ce sont divers corps de prélats, de théologiens et de consulteurs, chargés par le Pape de préparer, d'étudier, de triturer, sous la haute direction des Cardinaux, toutes les affaires de l'Église catholique. De même que chez nous l'Empereur gouverne et administre l'État au moyen des différents ministères, de la guerre, de l'intérieur, des ïînances, de l'instruction publique, etc.; de même, à Piome, le Pape gouverne et administre TÉglise universelle au moyen de ministères spéciaux, qu'on appelle les Sacrées Congrégations Romaines. Les plus importantes de ces Congrégations sont: le Saint-Office, qui s'occupe de toutes les questions de foi et de doctrine, et duquel relèvent, comme des subdivisions, les deux congrégations de \' Inquisition et de l'Index. Il est également chargé de tout ce qui concerne les causes matrimoniales, le mariage étant la base de la famille chrétienne et par conséquent de l'Église; — la Congrégation des Rites, qui règle, par l'autorité du Souverain Pontife, le culte divin avec les importants et innombrables détails de la sainte liturgie; — la Sacrée Pénitencerie^ qui résout, toujours au nom du Pape, tous les doutes de conscience et toutes les difficultés pratiques qui peuvent surgir au tribunal de la Pénitence, Cette Congrégation est la gardienriQ
de la pure morale catholique, comme le Saint-Office est le gardien de la vraie foi ; — la Congrégation du Concile, qui a pour mission d'interpréter et de maintenir tous les règlements disciplinaires du Concile de Trente, d'examiner, et au besoin de corriger les Actes des Conciles provinciaux que les Archevêques doivent tenir avec leurs suffragants tous les trois ans, à moins de difficultés majeures: lesdécrels de ces Conciles n'ont force de loi qu'après l'approbation du Saint-Siège, dont la sacrée Congrégation du Concile est l'organe officiel ; — la Congrégation des Évêques etRégulieî^s, qui règle tout ce qui concerne les Ordres Ueligieux, principalement dans leurs rapports avec les Ordinaires des diocèses. — H y a encore plusieurs autres Congrégations, mais d'un moindre intérêt général, ou qui sont même appliquées exclusivement au bien des États temporels de l'Église.
liCs décrets des Sacrées Congrégations Romanies obligent en conscience : ce ne sont pas de simples avis ni l'expression de sentiments particuliers ; ce sont des décrets proprement dits, des jugements pratiques, des lois; en un mot, l'expression officielle de la volonté souveraine du Saint-Père pour le gouvernement de l'Église universelle. Aussi tous ces décrets sont-ils directement portés à la connaissance du Pape par le Prélat-Secrétaire de chaque Congrégation, qui prend les ordres de Sa Sainteté et répond en son nom : ex aucUentia sanctissimi Domini
Nostri, etc. — Les Évêqués, les Archevêques, les Patriarches sont soumis, comme tous les fidèles, à la juridiction spirituelle des Congrégations Romaines, puisque ces Congrégalions sont, en pratique, la juridiction suprême du Pape.
Après les Cardinaux et les Congrégations viennent, toujours dans la hiérarchie de la juridiction ecclésiastique, les Patriarches , puis les Primats , dignités qui ne sont plus guère aujourd'hui que des souvenirs et des titres d'honneur.
Puisles Archevêques ou Métropolitains, qui groupent autour d'eux plusieurs Évêques qu'on appelle leurs suffragaiits. Un archevêché avec les cvêchés qui en dépendent ïormeune'province ecclésiastique. La juridiction métropolitaine ne s'exerce que dans de rares circonstanciés : elle juge en première instance les causes ecclésiastiques des suffragants. Rome seule juge en dernier ressort.
Après l'Archevêque vient l'Évêque, qui, dans son diocèse, est à la fois le chef du sacerdoce et le chef de la juridiction, comme le Pape l'est pour toute l'Église. Il gouverne et administre son diocèse selon les règlements de l'Église, au moyen de son vicaire général, du promoteur de son oÛîciaUté, de son chapitre, etc.
Après l'Évêque et son vicaire général vient le Cu7'é, qui est un ecclésiastique cliargé par l'Évêque d'administrer une paroisse ; puis à côté du curé, et sous sa direction, le vicaire; puis enfin le clerc
tonsuré, ou simple ecclésiastique, qui occupe le dernier rai)g dans cette hiérarchie de la juridiction dont le Souverain Pontife est le sommet.
C'est par tous ces degrés que le Souverain Pontife gouverne les fidèles. C'est ainsi qu'il est vraiment le Pasteur de tous et qu'il exerce « cette pleine puissance que Notre-Seigneur lui a confiée de paître, de diriger et de gouverner l'Église tout entière, .o
Enfin le décret de Florence se termine par ces paroles qui constatent officiellement et infailliblement (carc'est un décret de foi) que tous les droits et privilèges énumérés dans ce même décret sont des droits traditionnels, constatés dans les siècles antérieurs « par les actes des Conciles œcuméniques et par les saints canons, qiiemadmochm etiam in gestis œcumenicorum Conciliorum et sacris canonibus continetur. » — Remarquons la généralité de cette déclaration : les Conciles œcuméniques, les saints canons. C'est qu'en effet tousles Conciles généraux ont reconnu, en droit et en fait, l'autorité suprême, l'autorité infaillible du Chef de TÉglise, et que les saints canons, touchant cette autorité et l'obéissance qui lui est due, remontent jusqu'aux temps Apostohques, ainsi que l'attestent lesantiques monuments ecclésiastiques dont nous avons rapporté quelques échantillons.
Telle est la doctrine catholique sur l'autorité du Saint-Siège. Croyons-la d'une foi simple et énergique, et professons-la hautement !