‹ Le souverain-pontifeChapitre 9 sur 17 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Que les Souverains Pontifes ont, dès l'origine,

rendu témoignage

à leur suprême et infaillible autorité religieuse.

Écoutons maintenant la grande voix des Papes. Successeurs de saint Pierre et dépositaires de ses pouvoirs, ils les ont connus mieux que qui que ce soit; et comme ces pouvoirs leur ont été donnés, non pour eux-mêmes, mais pour le service de l'Eglise, pour l'unité de l'épiscopat, pour la défense de la foi et pour le salut des âmes, ils les ont exercés et affirmés dès l'origine du christianisme avec une vigueur tout apostolique.

Et que l'on ne dise pas ici : « Nul n'est juge dans sa propre cause. » Les Papes ne jugent pas, ils affirment; ils n'enseignent pas une vérité nouvelle, ils rappellent une vérité connue, un droit établi, et établi de Dieu même. Qui,plus qu'un pèrede famille, a droit d'affirmer l'autorité paternelle? Qui peut mieux connaître et proclamer les droits de la justice, que le magistrat chargé de la rendre? Le Prince, en affirmant devant son peuple et en revendiquant les

m LE SOUVERAIN PONTIFE.

droits de sa couronne, ne remplit-il pas un devoir, et ie premier de ses devoirs ? Ainsi en est-il des Papes lorsqu'ils rappellent à tous la charge dont Dieu les a revêtus en la personne de saint Pierre , et le devoir imposé par là même à toute créature humaine d'écouter leur voix, d'obéir à leur direction, de se soumettre à leurs jugements, en un mot, d'être catholique. « S'il ne laut point, dit Bossuet, s'en rapporter à ce que disent les Papes en faveur des prérogatives de leur Siège, parce qu'ils sont partie intéressée, on ne devrait pas non plus, par la même raison, s'en rapporter aux Évêques et aux Prêtres quand ils parlent de leur dignité. Nous devons dire tout le contraire ; car Dieu inspire à ceux qu'il place dans les rangs les plus sublimes de son Église des sentiments de leur puissance conformes à la vérité; afin que, s'en servant dans le Seigneur avec une sainte liberté et une pleine confiance, quand l'occasion le demande, ils vérifient cette parole de l'Apôtre : Nous avons reçu V esprit de Dieu 'par lequel nous connaissons les dons qu'il nous a accordés K J'ai cru devoir faire cette observation pour confondre la réponse téméraire et détestable qu'on nous oppose; et je déclare que, sur ce qui concerne la dignité di' Saint-Siège Apostolique, je m'en tiens à la tradilioii et à la doctrine des Pontifes Romains^. »

* Cor., SI.

• Défense de la déclaration du clergé de France, 111* part., Ji.. X, c. VI. — (juol (loiiiinage que le graud homuie ne s'eu swl pas toujours tenu l"; !

LE SOUVERAIN TONTIFE. 113

Les textes que nous allons rapporter sont absolument authentiques. Ils ne font point partie de ces documents douteux, de ces Décrétales altérées, que l'on peut au moins suspecter. Je les tire pour la plupart des sources originales, après une scrupuleuse vérification.

Les Papes des trois premiers siècles étaient occupés avant tout à souflVir et à mourir, comme nous l'avons fait remarquer déjà. Il est néanmoins certain, par les récits et par les allusions des plus anciennes histoires ecclésiastiques, que, malgré la fureur des persécutions, malgré le trouble inévitable de toutes les grandes institutions naissantes, malgré les difficultés incroyables des communications matérielles, le Pontife Piomain a exercé dès l'origine l'autorité souveraine dans toutes les questions importantes qui surgissaient soit en Orient, soit en Occident. Ainsi, nous avons vu saint Clément, sous l'empereur Domitien, éteindre par ses décret? le schisme de Corinthe ;

Ainsi, au siècle suivant, sous Septime Sévère, le Pape saint Victor appelle à son tribunal la question de la Pàque, affaire importante qui divisa longtemps les Eglises grecque et latine, et l'on voit saint liénée le supplier de ne pas retrancher de la coiuniuiiion de l'Église universelle quelques Évcqucs d'Asie qui paraissaient tenir peu de compte de ses décrets ;

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Ainsi, au troisième siècle, le Pape saint Corneille juge et condamne l'iiérésie des Novatiens, et toutes les Églises acquiescent à ce jugement comme à une sentence définitive et irrévocable. Saint Etienne, élu Pape en 255, termine avec la même autorité la célèbre querelle des rebaptisants, malgré l'opposition fort peu édifiante et fort peu logique de saint Cyprien, qui avait si hautement proclamé la nécessité de l'unité catholique par l'obéissance à la Chaire de Pierre. Ce même Pape saint Etienne est prié par le même saint Cyprien de juger et de déposer un Évoque d'Arles, nommé Marcien, lequel avait embrassé l'hérésie de Novatien, et de remplacer cet hérétique par un Évêque orthodoxe. On le voit aussi rétablir dans leurs sièges deux Évêques d'Espagne qui avaient été déposés par un concile et en avaient appelé au Siège Apostolique.

Ainsi encore, on voit, deux ou trois ans après, le Pape saint Denis juger et absoudre de l'accusation d'hérésie le Patriarche d'Alexandrie, également nommé saint Denys, et celui-ci, au rapport de saint Alhanase, se soumettre eu toutes choses à la juridiction du Saiiit-Siége.

Enfin, pendant la persécution de Dioclétien, le Pape saint Marcel écrit aux Évêques de la province d'Antioche une lettre dont le Bréviaire romain fait mention comme d'un événement important de ce glorieux Pontificat. Saint Marcel y rappelle que c'est par l'ordre do Dieu cl en vertu de la tradition

LE SOUVERAIN POiSTlFE. 117

des Apôtres que les principales affaires de l'Église doivent être déférées à l'Église Romaine comme au Chef. — Dans la même persécution, le Pape saint Marcellin, dont le courage avait un moment fiùbli devant les bourreaux, ayant voulu, dans la ferveur de son repentir, se faire juger et déposer publiquement par un concile d'Évêques qu'il avait convoqués dans ce but, les Évêques répondirent d'une voix unanime que le premier Siège n'est jugé par personne, Prima Sedes a nemine judicatur ^ Âlarcellin imita saint Pierre dans son martyre comme il l'avait imité dans sa faiblesse passagère, et, digne Vicaire de Jésus crucifié, il triompha par une mort héroïque.

Ces documents des trois premiers siècles ont échappé, comme par miracle, non-seulement au temps qui détruit tout, non-seulement à la rage du paganisme persécuteur et aux invasions multipliées des barbares, mais encore à la perfidie des anciens hérétiques et surtout des Ariens, qui sont parvenus, avec le secours des Césars, leurs protecteurs, à faire disparaître ou à falsifier une foule de monuments ecclésiastiques et jusqu'à des décrets de Conciles généraux.

Si peu nombreux qu'ils soient, ces antiques documents suffisent cependant pour nous montrer que le souverain Pontificat, si manifestement exercé par

* Brev. Bom.

l'Apôlre saint Pierre, loin de défaillir au milieu du sang et des ruines, s'est transmis au contraire de Pontife en Ponlife, de Pape martyr en Pape martyr, jusqu'au vingt-huitième successeur de Pierre, qui put le premier, sous Constantin, vivre et mourir en pais . Ils suffisent pour expliquer un fait incontestable, à savoir qu'immédiatement après la dernière grande persécution, et dès que l'Eglise, sortant des Catacombes, put respirer en liberté et se manifester ofliciellement au monde, elle apparut aussitôt avec sa constitution monarchique, elle apparut non-seulement Catholique, mais Apostolique-Piomaine, enseignée, dirigée, gouvernée, unifiée par un Chef unique, qui était l'Évêque de Piome. Us nous font comprendre de quel droit ce Chef, cet Evêque des Évêques comme l'appelle Tertulhen, déclare en toute occasion qu'il exerce l'autorité divine et traditionnelle exercée de tout temps par ses prédécesseurs, comme successeurs de Pierre et Vicaires de Jésus- Christ. Nous avons du reste déjà cité plusieurs paroles des anciens Pères, entre autres saint Irénée, Tertullien, Origène, saint Cyprien, etc., qui attestent l'existence en même temps que Texercice et le caractère traditionnel de cette suprême autorité religieuse.

Saint Jules 1«', qui fut élu Pape un an après la mort du grand Constantin, et sous lequel les Ariens bouleversèrent l'Église, jut obligé de recourir aux

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moyens les plus énergiques pour défendre la cause de lu vérité et pour protéger saint Allianase, Patriarche d'Alexandrie, vigoureux athlète de la foi orthodoxe en Orient. Saint Athanase et plusieurs autres Évêques catholiques ayant été condamnés par un synode d'Évêques ariens réunis à Antioche, en appelèrent à saint Jules. Au rapportdes historiens grecs Socrate et Sozomène, le chef du parti arien, a Eusèbe, Évêque de Nicomédie, après avoir exécuté tous ses complots, osa envoyer des députés à Jules, Évêque de Piome, pour le prier de vouloir bien juger lui-même la cause d'Athanase, et d'appeler à son tribunal la connaissance de toute cette afffaire.... En conséquence, l'Évêque de Piome prit connaissance de tout le débat, et, ayant constaté l'identité de la foi des Evèques accusés avec la foi de Nicée, il les reçut dans sa communion comme professant la même doc» trine que lui, et, parce que la dignité de son Siège lui imposait la charge de veiller sur toutes les Églises, il les réintégra tous dans leurs sièges épiscopaux ^ » Socrate écrivait son histoire ecclésiastique cinquante ou soixante ans à peine après ces

* Eusebiiis vcro cum qusecunque voluisset perfecisset, legationem misit ad Jiilium Roman» urbis Episcopum, rogans ut causai Athanasii jin'.ex ipse esse vellet, et cognitionem negotii ad se Iraherel... lipiscopus igitur Romanus, cum singulorum causas cognovisset, omnesque in Nicajnoe fidei doctrinara consentientes reperiîset, tanqiiam idem cum ipso sentientes, in communionem reccpit ; et quoniam proptcr Sedis dignitatem, omnium cura ad ipsum spcctabat, suam cuique Ecclesiam restiluit. (Socrat. lib. II, liist., cap. XI, Sozom. Hist. Eccles. lib. 111, c. yiii.>

événements, et Sozomène au commencement du cinquième siècle. Le même Sozomène déclare encore que les actes de ce synode n'ont jamais eude valeur parce qu'il avait été tenu sans la participation du Pontife Romain ; « car, ajoutait-il et sans chercher à prouver ce qui était pour tout le monde une vérité incontestée, la règle ecclésiastique défend de rien décider , de s'assembler en concile , et de faire aucun canon sans le consentement de l'Évêque de Rome*. » Et le saint Pontife, écrivant à ce sujet aux Évêques d'Orient pour apaiser leurs divisions, les rappelle à leur devoir. « Ignorez-vous, leur dit-il, ignorez-vous qu'il est d'usage de nous informer tout d'abord de ces choses, afin que de Rome nous puissions décider ce qui est juste? Si donc vous aviez conçu quelques soupçons contre l'Évêque Athanase, il fallait en écrire à cette Église de Rome... Ce qui nous a été transmis par le bienheureux Apôtre, c'est là ce que je vous signifie, m'abstenant de vous répéter ce dont je vous crois suffisaraent instruits. * » Remarquons ici que le Pape invoque l'usage, la coutume antique et universelle.

• Ecclesiastica régula velat, ne absquc consensu Romani Pontifîcis quidquam in Ecclesia decernatur. (Socrat. lib. III, c. svii.) — Voir Rohrbacher, xxiv, 5.

* An ignari cstis hanc consuetudinem, ut primum nobis scribatur, ut bine quod justum est deliniri pos>it? Quapropler si jslhic ejubmodi suspicio in Episcopum concepta fucrat, lioe ad noslram Ecclesiani referri oportuit... Quae accepimus a bealo Aposlolo, ea vobis significo, non scripturus alioqui qux nota •pud vos esse arbilror. (Apud sanctum Atbanaiium, Apologia H.)

« Il faut, dit-il encore, respecter les règlements éimigéliqiœs et apostoliques, qui réservent au Siège Apostolique le droit de convoquer les Conciles et de juger les causes majeures. Cest l'ordre des saints Apôtres et de leurs successeurs; et c'est ce qu'a décidé le Concile de Nicée *. »

Enfin le même saint Jules témoigne en faveur de la suprématie pontificale par ces paroles aussi magnifiques que formelles : « Le Seigneur lui-même a parlé comme il fallait à la sainte Église Romaine et Apostolique, quand il a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Elle jouit en effet d'une autorité qui lui a été accordée par un privilège unique; elle a été consacrée par la bouche même du Seigneur et c'est du ciel que lui est venue son exaltation. Et de même que le bienheureux Pierre fut misa la tête de tous les Apôtres, de même cette Église, qui, par l'institution positive du Seigneur, a été consacrée comme l'Église de Pierre, est la première et la tête des autres Éghses. C'est pourquoi les causes majeures de l'Église doivent être portées devant elle comme à la Mère et au faîte de toutes les Éû lises-. »

* Conciliorum convocandorum jura, et majores causas ad Sedem Apostolicam evangelicis apostolicisque inslitutis refeni oportet. Id a sanclis Apo?iolis et successoribus eorum; id aNicxoa synodo definitum est. {Ad Orient. Efiscopos.)

* Sanctam Romanam Ecclcsiam et .Aposlolicam ipse Dominus deccnter allocutus est, inquiens : Tu es l'etrus, etc. Habet enim polestatem singulari privilegio sibi concessam, el Domini ore sa-

En 366, peu après Julien l'Apostat, dernier César persécuteur, le grand Pape saint Damase témoignait à sou tour de la suprématie du Pontife Romain, et écrivait en ces termes aux Évêques de trois conciles tenus en Afrique : « Il n'est pas permis de terminer les causes principales sans l'autorité du Siège Apostolique, et il n'est pas catholique de tenir un Concile sans son autorité. Jamais les décrets d'un concile n'ont eu force de loi que par la sanction de l'aulorilé Apostolique. Le Sainl-Siége est en effet le principe de force établi de Dieu et l'inmiobile appui de tous les Évêques, et le pôle des Églises ; c'est sur lui que le Christ a construit l'Église universelle, quand il a dit : Tu es Pierre ^,)) etc. — A ce même Pape Damase, saint Jérôme écrivait les deux belles Icllres dont nous avons cité plus haut quelques fragments.

Nous avons également cité la parole célèbre de saint Augustin à l'occasion des rescrits Apostoliques qui avaient conflrmé les deux conciles tenus à Car-

crala atque desuper e^inltala est. Et sicut beatus Petrus primus fuit Aposlolorum omnium, ila et hacc Ecclesia suo nomine consecrata Domino iiiililuente, prima et caput est cajterarum, ut ad eain quasi ad matrcm et apicem omnium majores Ecclesia; cau^aB referanlur. {Ad Episcopos Aiiliochix conyregalos.)

* Suinnias causarum dcfiniri absque !Romana; Sedis auctoritato non licet, synoduir.que sine ejus auctoritate fieri, non est calholicum. JNec ulla concilia rata leyunlur, qua; non sunt luUa apostolica auctorilatc. Est enim lirmamenlum a Deo fixum et immobile omnium Episcoporum Aposlolica sedes, et vertes Ecclesiarura, Bupra quam Cliristus universalcm construxil Ecclesiam; ail enim: Tu es Petrus, etc.

thage contre les Donatistes, et qui, au dire du saint Docteur, « avaient fini la cause. » Le Pape saint Innocent P' (de 402 à 417) s'exprime ainsi dans cette affaire :

« Vous co7iformant aux exemples de l'antique tradition^ écrit-il à saint Augustin et aux Evoques des deux Conciles, et fidèles à la discipline ecclésiastique^ vous avez pris le vrai moyen d'assurer le succès de votre zèle religieux. En vous adressant à Nous aujourd'hui, aussi bien qu'en prononçant préalablement votre sentence, vous avez compris qu'il fallait en référer à Notre décision ; vous savez, en effet, ce qui est dû au Siège Apostolique, et nous voulons tous obéir à l'Apôtre Pierre, source première et de l'Épiscopat et de l'autorité du Saint-Siège. En le suivant, nous sommes également sûrs et de réprouver ce qui est mal et d'approuver ce qui est bien. Nous remplissons ainsi notre devoir sacerdotal, et nous respectons les règles de nos prédécesseurs, qui ont décrété avec la lumière, non de la raison humaine, mais du Saint-Esprit, que toutes les affaires du monde chrétien et même des contrées les plus lointaines, ne pouvaient se terminer d'une manière définitive avant que le Saint-Siège en eût pris connaissance. De la sorte, l'autorité du Saint-Siège Apostolique confirme la justice des sentences légitimes : ce Siège est comme la source de vie, d'où découlent toutes les eaux vivifiantes; il est comme un réservoir incorruptible d'où jaillissent les ondes pures qui vont

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féconder toutes les régions de l'univers ; c'est de lui que les autres Églises apprennent ce qu'elles doivent prescrire, ce qui est susceptible d'être purifié, comme aussi ce qui est souillé d'une boue si immonde qu'il faut s'en éloigner si l'on veut vivre dans l'eau limpide de la vérité ^ »

Ce que saint Innocent écrivait aux Églises de Cartilage et d'IIippone, il l'écrivait aux Églises des Gaules, d'Italie, de Numidie. Dans une lettre décrétale par lui adressée à Victricius, Évêque de Rouen, il dit : « S'il surgit au milieu de vous quelque cause majeure, il faut, après le jugement de l'Évêque du lieu, la porter au Siège Apostolique, comme l'exige la sainte coutume '; » — à Félix, Évêque de Nocera :

* Anliquae traditionis exempla servantes, et ecclesiasticaB memores disciplince, vestrse religionis vigorem, non minus nunc in consulendo quam antea, cum pronuntiaretis, vera ralione firmastis, qui ad Noslrum référendum approbaslisesse judicium, scientes quid Apostolica; Sedi, cum omnes hoc loco posili ipsum sequi desideremus Apostolum, dcbealur, a quo ipse Episcopatus et auctoritas norainis hujus emersit. Quem sequenles lam mala damnare novimui, quam probare laudanda. Vel id vero, quod Palrum insliluta sacerdotali officio custodienles, non censeiis esse ca!canda, quod illi non liumana, sed divina decrevere sentenlia, ut quidquid quamvis de disjunctis remoli=que provinciis agerctur, non prius ducerent finiendum, nisi ad hujus Sedis noiiliani perveniret, ut tota hujus Sedis auctoritate, jusla quce fuerit pro» nunliatio, firmaretur; indeque sumerent caîtera; Ecdcsia: (velut de nalali suo fonte aqucc cuncta; procédèrent, et pcr diversas tolius muudi regionespuri laticescapilis incorrupli manarcnl) quid praîcipere, quos abluere, quos velut cœno immundabili sordidalos, mundis digna corporibui unda vitare.

* Si aulem majores causœ in médium fuerint devolul», ad Scdem Aposiolicam, sicut beata exigit consuctudo, post episcof aie judiciura referantur.

« Nous ne sommes nullement étonné que Votre Ciiarité se conforme aux règles de nos Pères, eu recourant daus tous les cas douteux à Nous comme au Chef et au sommet de l'Épiscopat, aGn que la décision du Siège Apostolique fixe ce qui est douteux^; » — aux Pères d'un nombreux Concile assemblé à Milève : « Pour savoir à quoi il faut vous en tenir dans les questions douteuses, vous avez bien raison de consulter les oracles de la Dignité Apostolique, de cette Dignité à laquelle iiiconibe la sollicitude de toutes les Églises ; et vous ne faites que suivre Y antique règle qui, vous le savez aussi bien que moi, a toujours été observée dans le monde entier. Mais je crois superflu d'insister sur un point que votre prudence n'ignore pas ; vous venez de le prouver par votre conduite, sachant que de la source Apostolique émanent incessamment des réponses de vérilé pour toutes les contrées de l'univers. C'est surtout dans les questions de foi que tous Vos Frères et Coévêques doivent, je pense, s'en rapporter uniquequement à Pierre, c'est-à-dire à l'origine de leur puissance et de leur dignité ; et ce que fait en ce moment Votre Charité tournera à l'avantage de toutes les Églises du monde. Elles se garderont plus facilement des séductions des novateurs quand elles ver-

* Mirari non possumus Dilcctionera Tuam sequi instituta majorum, oninia(iue qu» po^sunt aliquam recipere dubitationcm, ad nos quasi ail caput utque ad apicem episcopalus referre, ut conbulla videlitet Sedes Aposlolica ex ipsis rébus dubiis cerlum aliquid faciendum pronuntiet.

ront que, sur le rapport de deux conciles, ces hommes sont désormais retranchés de la communion de l'Église par la sentence de Notre tribunal. Que Votre Chanté jouisse doncde la doublebonne œuvre qu'elle vient de faire, d'abord en recueillant le fruit de l'observance des canons, puis en étant utile à l'univers entier *. »

Dans une magnifique lettre écrite à saint Innocent par ces mêmes Évêques, on trouve encore cette parole remarquable et qui montre bien que l'Église d'alors, comme l'Église d'aujourd'hui, croyait à rinfaillibililé du Souverain Pontife : « Par la miséricorde du Seigneur, vous pourrez facilement discerner les erreurs, puisque Dieu vous dirige et vous exauce toujours, adjuvante misericordia Domini Dei nostri, qui te et regere consulentem, et orantem exauàire dignatur. »

* Dilisenter ergo et congrue apostoliciconsulilis honoris arcana (honoris, inquam, illius, qiiem prxter illa quas sunt extrinsecus, sollicitude manet omnium Ecclcsiarum) super anxiis rébus quae sil tenenda sententia; antiqu;o scilicet reguioe formam secuti, quam toto seniper ab orbe mecum nostis esse servatam. Verum liœc mL>sa facio : neque enini lioc Vestram crcilo latere Prudealiara. Qui id etiam actione firmastis, scicutes quod per omnrs jirovincias de Apostobco fonte pelcnlibus semper responsa émanent; pra?serlim quoties lidei ratio venlilatur, arbitrer omncs Fratres, et Coepiscopos nostros uonnisi ad Petrum, id est, sui noniinis et honoris auctorem referre debere, velut nunc retulit Veslra Dilectio, quod per tolum mundum possit Ecclcsiis oninilms prodesse. Fiant enim necesse est cauliores, cum invenlorcs maloruni ad duplicis relationem synodi, sententiœ nostr» statulis viderint ah ecclesiastica conimunioue sejunctos. Gemino igitur bono Chnritas Vestra fungatur; naui et canonum poliemini gratia servalorum, et benefioio vestro totus orhis utetur.

Saint Zozime, successeur immédiat de saint Innocent, écrit en 417 aux Évêques des Gaules, qu'il délègue ses pouvoirs à l'Évêque d'Arles pour connaître de toutes les difficultés qui pourraient s'élever au sein de leurs Églises, « à moins que, ajoutait-il, la gravité de la cause ne requière en outre notre propre examen, nisi magnitndo caiisx etiavi nostnim requirat examen. » Mais voici du même Pape un autre témoignage plus explicite encore, s'il est possible, que les précédents ; je le recommande à l'attention du lecteur. « La tradition^ écrit saint Zozime aux Évêques d'Afrique, donne au Siège Apostolique une autorité si grande, que personne n'ose discuter sa sentence ; elle a toujours maintenu celte autorité au moyen des saints canons ; et de nos jours encore la discipline ecclésiastique, qui découle elle-même de l'autorité de saint Pierre, rend par ses lois à celte autorité tout le respect qui lui est dû. D'après les oracles même du Christ notre Dieu, et A'afrès une tradition universelle, les canons donnent à cet Apôtre une telle puissance, qu'il peut délier tout ce qui est lié, et lier tout ce qui est délié, et que cette suprématie appartient également aux Pontifes qui, sous les auspices de Pierre, reçoivent l'honneur d'hérifer de son Siège. Pierre, en elfet, qui veille sur toutes les Églises, garde principalement ce Siège de Rome qui a été le sien ; il ne permet pas qu'aucune atteinte soit portée à son privilège par quelque sentence que ce puisse être. Les fondements de son

Siège et de sa dignité, il les a posés lui-même en les affermissant contre toutes les révolutions humaines, et aucun téméraire ne les attaque impunément * . »

Au Pape saint Zozime succède en 418 saint Boniface I*', qui témoigne à son tour, et de l'institution divine et de la tradition catholique au sujet de l'infaillible suprématie du Pontife Romain. Il écrit en ces termes à TÉvêque de Thessalonique, son légat eii Orient, et à tous les Évêques d'illyrie : a Puisque les circonstances le demandent, il faut établir par des documents irréfragables que, dans les affaires importantes qui exigeaient un discernement supérieur, les 2)lus gratifies Églises de l'Orient ont toujours consulté le Siège de Rome, et invoqué sou assistance dès qu'il en était besoin... Il n a jamais été permis de revenir sur une question une fois

• ... Quamvis Patrum tradiiio Apostoiicoc Seili lantam aucforitatcm tiibuerit, ut de ejus judicio disceptare nuUus auderet, idquc per canones semper regulasque servaverit, et currens adhuo suis legibus eccleMajlica disciplina Peiri nomini, a quo ipsa quoque descendit, reverentiam, quam dehct, exsolval. Tantam cniin huic ApOïtolo canonica auctoiitus per senlentias omnium voluil cs'e potentiam, ex ipsa quoque Chi'iati Dei no-tri proniissione, ut et ligala solveret, et sohua vinciret; par potestatis data conditio in eos qui Sedis hscreditalem ipso annuenle nieiuissent, lialieL enim ipse cum omnium Ecclesiarurn, tum hujus maxime, ubi sedcrat, curam; nec patilur aliquid privilegii vel aliqua titulaire aura sententia;, tui ipsasui nominis firma et nullis liebetata luolibus consiiiuit fundamenta, et qua; sine periculo temere nuUug iccessat. (Epist, ad Episcopos Africano».)

tranchée par le Siège Apostolique * . » — « Quiconque, écrivait encore le Pape saint Boniface aux Èvêques d'Orient, quiconque s'insurge insolemment contre Pierre, ne pourra jamais être admis dans le royaume des cieux. Car c'est à toi, lui a dit le Sauveur, que je donnerai les clefs de ce royaume; et ) ersonne n'entrera dans les cieux sans la permission de celui qui en garde la porte... Personne n'a osé lever andacieusement la main contre la suprématie Aposlolique, au jugement de laquelle il n'est pas permis de se soustraire ; personne ne s'est révolté contre elle sans se condamner soi-même ^. » — Que pensez-vous, je vous prie, du petit pasteur protestant qui prétendait qu'avant l'année 600, avant le Pontificat de saint Grégoire le Grand, « on ne trouve aucune trace de la Papauté dans les annales du christianisme? » Il n'y a rien d'impudent comme un ministre hérétique.

• Sed quia res postulat, approbandum documenlis est, maximas Orienlalium Ecclesias magnis negotiis in quibus opus esset disceptalione inajori, Sedcni somper consuluisse Romanam, et quoties usus exegit, ejus auxilium postulasse. (Epist. x.) Nunquam licuit de eo rursus, quod semel statulum estab ApostolicaSetle, tractari. — Cette dernière maxime, qui résume pour ainsi dire toute la suprématie ponliGcale, fut citée un siècle après, dans un Concile tenu à r.ome, en 531, par le Pape Boniface II et adoptée comme décret par les Pères du Concile.

* In cujus iPetri) contumeliara quisquis insurgit, habitator cœlcstium non poterit esse regnoruni. Tilt, inquit, daho claves regni cœlorum, in quaj nuUus sine gratia Janitoris intrabit... Kemo unquam Apo^tolico culniini, de cujus judicio non licet retractari, manus obvias audacter intulit ; uemo in hoc rebellii eïtitit, nisi qui de se voluit judicari, {Epist. xv.)

Il serait trop long de suivre un à un la série de tous les Souverains Pontifes qui ont tenu le même langage. Qu'on me permette cependant de citer encore quelques noms plus splendides, plus célèbres que les autres ; je veux dire : saint Célestin I", le défenseur de la Sainte Vierge au Concile œcuménique d'Éplièse ; saint Léon le Grand, celui peut-être de tous les anciens Papes qui a reçu à un degré plus éminent le sens de ce qu'il appelle lui-même « le mystère de la Papauté, sacrameninm Pontificu; » l'admirable et savant saint Gélase; et enfin saint Grégoire le Grand, le réformateur par excellence, et le point de jonction de l'antiquité chrétienne propi^ement dite avec les âges postérieurs.

Saint Célestin condamna les impiétés de Nestorius, Patriarche de Conslantinople, en l'année 450. Il fit connaître sa décision souveraine à saint Cyrille, Patriarche d'Alexandrie, le nommant son Légat pour présider un Concile général à Éphèse et apaiser les troubles religieux de l'Orient. 11 lui dit entre autres : « Par l'autorité de Notre Siège, et agissant à Notre place avec puissance, vous exécuterez Notre sentence avec une sévérité exemplaire;... et si, dans l'espace de dix jours, Nestorius ne se rétracte pas et ne promet de confesser à l'avenir la foi qu'enseigne l'Eglise Romaine,... qu'il soit déposé immédiatement et qu'il sache qu'il sera absolument séparé de Notre communion. Nous avons écrit les mêmes choses ta Nos saints Frères et Coévêques Jean, Rufus, Juvénal et

LE SOUVERAIN PONTIFE. ISl

Flavien, afin que l'on connaisse pnrîout Notre sentence à son égard, ou plutôt la divine sentence de Notre-Seigneur Jéscs-Christ^ b SalettreàNe.>toiins,que nous ne pouvons pas malheureusement citer ici à cause dé son étendue, respire d'un bout à l'autre le pouvoir suprême et l'infaillible judicature de Celui qui tient les clefs de l'Église. Aucun autre Évêque, aucun Patriarche n'avait osé prononcer la déposition de Nestorius. Pourquoi? parce que le Ponlife Romain seul en avait le droit, eu sa qualité d'Évèque des Évèqnes. Tous les Évoques obéirent à la sentence de Célcstin, et le Concile d'Éphèse se déclara solennellement obligé par celte sentence. » Celte puissance souveraine, exercée dans l'Égli^ grecque toujours jalouse de l'Église latine, exercée contre un Palriarclie de Constanlinople, contre l'Évêque de la nouvelle P\ome impériale, ne donne-t-elle pas une haute idée de l'autorité infaillible et suprême du Pape, qui se montrait ainsi sans contestation le supérieur de tous les Patriarches, jugeant, condamnant et déposant celui de Constanlinople, chargeant celui d'Alexandrie d'exécuter sa sentence, ne trouvant aucune résistance dans celui de Jérusalem, non plus que dans celui d'Antioche, bien que ce dernier fût l'ami de Nestorius? Le Pontife Piomain leur donnait à tous ses ordres, ainsi qu'à tous les autres Évèques, et sa sentence s'exécutait sans opposition.

* ?. Rolirbaclier, vm, 08.

Le successeur immédiat du Pape saint Célestin et qui le sépare de saint Léon le Grand, est saint Sixte III, digne anneau de celte chaîne d'or et de lumière. Écrivant à Jean, Patriarche d'Antioche, qui venait de se réconcilier avec l'Église et avec saint Cyrille d'Alexandrie, légat du Saint-Siège, il dit entre autres : « Tout ce qui vient d'arriver vous ■ montre ce que c'est que d'être en communion avec ?'('ous. Le dépôt que le hienheureux Apôtre Pierre a reçu du Seigneur, il l'a transmis à ses successem^s. Qui voudrait s'écarter de la doctrine de Pierre que le divin Maître a éclairé lui-même avant tous les Apôtres ? Aucun homme n'a enseigné Pierre, il n'a consulté aucun livre ; il tient sa doctrine de la bouche même du céleste Docteur ;... il a reçu une foi pure et toute faite, une foi qui n'est sujette à aucune controverse '.

Nous avons vu saint Léon (qui occupa le Saint- Siège de 440 à 461 ) affirmer avec une autorité sans pareille l'enseignement traditionnel et connu de tous, relativement à la Chaire de saint Pierre. Voici, entre plusieurs autres, quelques puissantes paroles de ce grand Pape : « S'il survient, écrit-il à Anas-

* Expertus es negotii praesentis eventu, quid sit sentire Xobiscum. Beatus Pelrus Apostolus iu successoribus suis, quod accepit, hoc tradidit. Quis ab ejus se velit separare doclrina, quemipse inler Apostolos primum Magister cdocuit? Kon hune auditus per alterum, non sermo leclus inslruxit, dodus est cuin aliis ore Doctoris; non scripturœ, non scriptorura passas est quœslionem : abîolutam et simplicem fidem, et, quœ controversiam uon babcret, accepit.

LE SOUVERAIN PONTIFE. iôô

lase, Évêque de Thessalonique, s'il survient quelque cause plus importante que Votre Fraternité ne puisse décider, envoyez vers Nous afin de Nous consulter ; le Seigneur, à la miséricorde duquel Nous devons d'être ce que Nous sommes, Nous révélera ce qui sera jusle, et Nous le ferons connaître. Nous exercerons ainsi le droit que Nous donnent la tradition des anciennes règles et la révérence qui est due au Siège Apostolique. Car, si Nous voulons que vous exerciez votre autorité comme la tenant de Nous, Nous tenons à Nous réserver les questions que vous ne pourriez terminer, ainsi que tous les appels... Faites parvenir Nos décrets à la connaissance de tous Nos Frères, pour qu'à l'avenir nul d'entre eux ne prétexte l'ignorance pour se dispenser d'obéir à Notre sentence. Nous avons même envoyé nos rescrits à tous les Métropolitains, afin qu'ils sachent qu'il faut obéir aux jugements du Siège Apostolique, et ils Nous obéiront en vous obéissant à vous-même, puisque vous êtes Notre légat.*» — Il l'avait en effet

' Si qua causa major cvenerit, quae a tua Fraternitate illic présidente non potuerit definiri relatio tua missa Nos consulat : ut révélante Domino, cujus miserieordioe profitemur esse quod possuinus, quod ipse Kohis aspiravcrit, rescribamus : ut cognilioni Koslraj pro Iraditione veleris instiluti et débita Aposlolicae Sedis reverentia, Nostro examine vindicemus : ut enim auctoritatcra tuam vice Nostra te exercerc volumus, ita Nobis qua; illic romponi non potuerint, vel qui vocem appellalionis emiserit, reserviimus. Ikec in omnium Fratrum faciès notiliam pcrvenirc, ut nullus deinccps pcr ignorationem in obscrvandis his quaj pixcipimus excusandi se reperiat facultatem. Ad ipsos etiam Melropolitanos singularum provinciarum N'ostia, quibus eos moneremus, scripta direximus : ut noverint Apostolicisobediendum esse seu-

institué son légat par un rescrit qui est parvenu jusqu'à nous. Il lui disait : « A l'exemple de mes pré« décesseurs et selon l'antique coutume, je vous ai délégué comme mon vicaire, afin que, entrant dans les sentiments de Notre charité pastorale, vous m'assistiez dans le soin qui m'est imposé par Dieo lui-même de veiller sur toutes les Églises en qualité de Prince des Pasteurs; et ainsi vous me rendrez présent en quelque sorte jusque dans les provinces les plus éloignées du Siège Apostolique.... Nous vous constituons Notre vicaire, non pour vous conférer la plénitude de Notre puissance, mais pour vous faire partager Notre sollicitude pastorale*. »

Saint Léon rappelle aux Évèques d'illyrie leurs devoirs de subordination. « Nous avons décrété que, lorsqu'il surgit des causes plus graves ou des appels, c'est à Nous qu'il faudra les envoyer, accompagnés d'un rapport de lÉvêque Anastase, Notre Légat, afin que, selon la coutume de l'Église, Nous terminions l'affaire par un l•cscrit^ »

lentiis, et lune se Koljis parère cum Fraternitati lu» ex Koslra delegalione cœperint, secundum ea quœ scripsimus obedire. Episl. Ti.)

* Sicul pnedecessores mei prxdecessoribus luis, ila eliam ego dilcctioni lux, prioruni secutus cxemplum, vices mei raoderaminis delegavi, ut curani quam universis Ecclesiis Principaliter ex divina instilulione del)einus, imilalor Nostrœ mansueluilinis effeotus, etadjuvares, loiiginquis ab Aposlolica Sede provinciis pra-

euliam quodamiiiodo >ostra: visiialionis impenderes... Vices nostras ila Tuai creilidiraus f havilali, ul iu pailcm sis vocalu? soUicitudinis, non iu pleiiitudinem poteilati^.

* Si quœ cMus» gravjores vei appellaliouei onieiseiiut, eas sub

Dans sa lettre aux Évêques français de la province de Vienne en Danpliiné, après avoir rappelé comment Notre-Seignenr a voulu que la vérité de la religion fût annoncée à tous les hommes par le ministère des Apôtres, il ajoute : « Le Seigneur a organisé ce très-sacré ministère de telle sorte qu'il appartient principalement au bienheureux Pierre, Chef de tous les Apôtres. Jésus-Christ fait descendre de Pierre, comme du Chef, les dons qu'il répand sur tout le corps ; et il nous donne ainsi à comprendre que celui qui ose s'aventurer hors de la solidité de Pierre s'exclut lui-même du mystère divin. C'est en effet saint Pierre que le Seigneur a élevé à l'honneur de ne faire qu'im avec lui ; c'est lui que Jésus, pierre angulaire, vouhit honorer du nom mystique de Pierre, afin que, par un admiraLla effet de la magnificence divine, l'éternel édifice de l'Église reposât sur Pierre comme sur une base immuable. Affermie sur ce roc, l'Église est à l'abri des téméraires entreprises des hommes, et les puissances de l'enfer ne peuvent prévaloir contre elle. Or, quiconque s'élève contre la puissance de cette pierre très-sacrée posée par Dieu même, est un impie et un violateur des règles que nous avons reçues de nos Pères... Que Votre Fraternité reconnaisse donc avec Nous que le Siège Apostolique fut consulté mille fois par les Évêques de nos Églises, qui lui ont ainsi rendu ce

ipsiu-i relalione ad Nos niilti (lobcr\:' ilrLieviniU:, ut Ko^lra $ecun- (luiu ecclesiasticum moiem senteotia finianlUi.

qu'ils lui devaient; qu'il a confirmé ou fait rétracter leurs jugements, en les appelant à son tribunal, co7ifonnément à V antique usage^ . » 11 est assurément très-intéressant de voir un Pape du cinquième siècle invoquer vis-à-vis de nos anciens Évêques des Gaules « l'antique usage, » la coutume immémoriale et la tradition des Pères touchant les rapports des Églises avec le Saint-Siège.

Qui sait ces choses aujourd'hui? qui en parle? qui lesenseigne? Dans lescoursd'histoire, silence complet; et, jusquedans l'enseignement d'un grand nombre de séminaires, profonde et regrettable lacune. « Letraité de l'Église est encore à faire, » me disait tout récemment un pieux et savant vicaire général. Rien n'est plus vrai, et pourquoi? Parce que le traité de

* IIujus niuneris sacramentumita Dominus ail omnium .\poslolorum officium perlinere voiuit, ut in beatissimo Pctro Apostoiorum omnium summo, priucipaliter collocavit ; et ab ipso quîsi quodam capite, dona sua velit in corpus omne manare, et exsortcm se mysterii intelligeret essedivini, qui ausus fuisset a Petri soliditate recederc. llunc enim in consortium individu»; unitatis assumplum, id quod ipse erat, voiuit nominari, dicendo : Tu es Peints, el supir hanc pctram sedi/icalo Ecclesiam meam; ut a;terni templi ajdificatio, niirabili munere gratia; Dei, in Petri soliditatn consisteret; bac Ecclesiam suam firmilale corroborans, ut iljam nec liuraana tenieritasposset appetere, nec porta; contra illam ia« feri prxvalerent. Verum liane petrre islius sacratissimam firmilalem, Deo, ut diximus, xdificante constructam niniis impia vult prrcjumplione violare quisquis ejus polestalcm tentai inlringerc, id quod accepit a veleribus non scquendo... ISobiscum itaque Vcstra Frctciuilas rccoguoscat Apostolicam SeJem, pro sui reverentia a vcstriP, etiam provincia; sacerdolibus, innumeris rclationibus esse consullam, et per diversarum, quemadmoduni vêtus con^uctudo posccbat, appellationem causarum, aut relraclata, aut conflrmala fuisse judicia. (Epist. i)

LE SOUVERAIN l'ONTlFE, 157

l'Église, c'est le traité du Pape; et que le traité du Pape n'existe pas, ou n'existe guère dans nos théologies insuffisantes. C'est cependant la grande question de notre siècle.

Prêchant à Rome au jour anniversaire de son exaltation , saint Léon explique au clergé et aux fidèles qui entouraient sa chaire, comment son au(orilé est l'autorité même du Prince des Apôtres : « Entre tous les hommes, dit-il, Pierre seul est choisi pour être préposé à l'Apostolat de toutes les nations, et constitué le Chef de tous les Apôtres et de tous les Pères : et ainsi, bien que le peuple deDiEu compte de nombreux Évoques et de nombreux Pasteurs, Pierre cependant les gouverne tous comme leur Pasteur propre et comme Vicaire du principal et suprême Pasteur. 0 mes Frères bien-aimés, de quelle grande et admirable manière la bonté divine n'at-elle pas associé cet homme à sa toute-puissance ! Sans doute Jésus-Christ a départi aux autres quelques-unes des faveurs qu'il a données à Pierre ; mais tout ce qu'il leur a accordé, c'est par Pierre qu'il le leur a donnée » Puis, glosant l'Évangile de saint Matthieu sur la confession de Pierre, saint Léon

* De toto niutiib unus Pelrus eligitur, qui et universarum gentiiiin vocalioni, et omnibus Apostolis, ciinctisquc Ecclesiœ Palribus procponitur : ut quamvis in populo Dei multi sarerdotos sintnniltiquo l'astoics, omnes tameu proprie regat Petrus, quos principaliler régit et Christus. Magnum et niirabilc, dilcctissirai, huic viro consortium potenliaî sua? tribuil divina digriatio; et si quid cum cû commune cn'teris voluit esse Priucipibus, nunquam nisi per ipsum dcdit quidquid aliis non n.'gavit, (Serm. iv.)

m LE SOUVERAliN ['O.NTIFE.

ajoute : « Mon Père t'a révélé ma divinité ; à mon tour je vais te manifester ton excellence : Tu es Pierre, c'est-à-dire, bien que je sois moi-même la pierre inviolable, la pierre angulaire et le fondement unique, cependant toi aussi lu es pierre, parce que je te solidifie par ma toute-puissance ; et de la sorte toute l'autorité que je possède par nature, je te la communique par ma grâce... Sur cette force je bâtirai le Temple éternel, et l'élévation de mon Église qui doit pénétrer les cieux, reposera sur l'immobililé de ta foi... Cette parole, c'est la parole de la vie : elle porte jusqu'au ciel tous ceux qui la confessent ; et tous ceux qui la nient, elle les précipite en enfer*.... Ce que la Yérilé a institué demeure toujours, et le bienheureux Pierre persévère dans cette immuable solidité de pierre qui lui a clé conférée ; il a reçu et il tient toujours le gouvernail do l'Eglise. Ainsi, élu seul entre tous et constitué en sa dignité suprême, il est appelé p^en'e, il est proclamé base et fondement; il est portier du royaume des

* Sicut Pater meus tihi manifeslavit divînilateni meam, :'.ta et ego tibi notam facio excellcnliam meam : Quia tu es Petrm, id est, cum ego sim inviolabilis pelra, ego lapis angularis, qui facio utiaquc unum, ego fuiKlameutuni prœler quoJ nemo potest aliuil ponere ; tanicn lu quoquc pelra es, quia mea virtule solidaris, ut qua) mihi poteslate sunl piopn'a, sint tibi mecum parlicipationc coiumunia... Super Ikiiic, inquil, l'oit iludinem a^ielnunl csslruiini trnipbim, et Eccleiia) nie» cœlo inferenda subliniilas in hujus fidei firmitatc consurget... Vox isla, vos vita; est. Et sicut confessores suos in Œlestia provehit, ita negalores ad infci.na dcmorgit. (Sfrm. IV.)

deux; il est créé arbitre de tout ce qui doit être lié et délié, ses jiigements devant être sanctionnés jusque dans les cieux ; et par ces noms pleins de mystère, nous pouvons comprendre le degré d'union intime qui existe entre lui et le Christ, Son ministère sacré, Pierre l'exerce maintenant encore en toute sa plénitude et en toute sa puissance, et en Jésds- CiiRisT, principe de toute sa gloire, il remplit tous les détails des diverses fonctions de sa charge pastorale. Si donc je fais quelque chose de bien et d'utile, il faut l'attribuer aux mérites et à l'assiitance de celui qui vit toujours sur son Siège, avec sa puissance et son autorité suprême.... Saint Pierre a reçu une fermeté de rocher qu'aucun choc ne peut ébranler.... Sa foi a reçu du ciel une telle solidité, qu'elle est à tout jamais à l'abri de la perversité des héré' sies et de la perfidie du paganisme*. » Et saint Léon finit ce beau discours en rappelant aux Évêques, aux

• Manet ergo dispositio Vcritatis, et bcalus retriis in ;iccepla forlitudine pitroe perscverans susccpta Ecclesirc gubcrnacula non reliquit. Sic enim pr;c cœteris est ordinatus, ut diim Pelra dicitiir, dum fundanientuin pronuntiatur, dum rci>ni coeloium janitor constiluiliu', (luin iigaiidorum solvcndorumquc arbitrr, mansura etiani in cœlis jiidicionim siiorum definilione, proclicilur, qualis ipsi cum Chi'isio esset bocicl^is, par ipsa appcllalionum ejus niystcria nosceremus. Qui nunc plenius et potenlius ea quie sibi commissa sunt peragit, et omnes partes officiorum alque curarum in ipso et curn ip^o, per que:u est glorificatus, exseqiiitur. Si quid itaque a Koliis rode agitur, reclKque discernitur, illiu est opcrum atquc meiilorum, cujus in Scde sua vivit poteslas, et cxccllit anotoritas... Tanla enim divinitus solidilale niunita est (ha;c lidcs), ut eam ntqiie bœretica unquam corrumpere pra- Tilas, nec pagana polueiil siipcraro pcilidia. {Serm. m)

140 LE SOUVEitAIN PONTIFE.

prêlres et aux fidèles qui l'écoutaient, que, tout iii- .digne qu'il est de cet héritage, in indigna hxrede, il est non-seulement lÉvêque du Siège de Piome, mais le Primat de tous les Évèques, omnium Episcoporum Primatem ; qu'il faut toujours croire à son enseignement, parce qu'il parle au nom de Pierre dont il tient la place, et qu'il ne donne au monde que l'enseignement de Pierre, non aliiid, quam quoi doaiit, praddicamiis.

Une autre fois, dans une solennité semblable, ce grand Pape disait encore : « Piéjouissez-vous, mes frères, de mon exaltation comme d'un honneur qui vous appartient à vous-mêmes, et que, l'unité du Mystère pontifical soit célébrée dans tout le corps de l'Église. Car si, par ce mystère, la grâce divine s'est répandue avec plus d'abondance sur la tête, elle ne s'en est pas moins largement communia quée à tous les membres ^ Notre- Seigneur se charge de Pierre avec une sollicitude spéciale ; il prie directement pour la foi de Pierre, la stabilité des autres Apôtres devenant encore plus certaine du moment que l'esprit de leur Chef serait devenu invincible. C'est donc en saint Pierre que la force de tous est inexpugnable, et telle

• Religiosum vobis atque laudaLile est, de die provectionis Koitrœ quasi de proprio îionore gaudere; ut uiium ceiebrelur in toio Ecclesiae corpoie pontilicii sacrameiilum, quod effuso benedictionis ungueiito, copiosius quidem in superiora profluiit, sed non parce e'-i»m in infcrioia deiccudit, (Strm. iv.)

LE SOUVERAIN PONTIFE. Ml

est réconoraie de la dispensation de la grâce divine dans rÉglise, que l'immuable solidité accordée par le Christ à saint Pierre est conférée par saint Pierre aux Apôtres *. »

On dira tout ce que l'on voudra ; mais au tribunal de la confiance et de la bonne foi, ces augustes témoignages, aussi bien du reste que ceux qui les précèdent et que ceux qui vont les sui\Te, sont des coups d'assommoir, non-seulement pour les protestants et les schismatiques de toutes les couleurs, mais encore pour tous les chicaneurs passés, présents et futurs. C'est « la parole de la vie, qui envoie en enfer tous ceux qui la nient, negatores ad inferna demergit. »

Saint Gélase n'est pas moins formel que ses prédécesseurs quand il affirme et l'institution divine, et la tradition universelle, et le fait d'un exercice constant relativement à la suprématie pontificale. Il monta sur le Siège de Pierre en 492 et gouverna l'Église avec une sainte vigueur pendant quatre ans. Nous trouvons dans ses lettres-, dont l'authenticité n'a jamais été mise en doute, les passages suivants que Je recommande à la religieuse attention du lecteur.

♦ Specialis a Domino Pétri cura suscipitur, et pro fide proprie supplicatur, tanquam aliorum status cerlior sil futurus, si mens principis vicia non fuerit... In l'etro ergo omnium forlitudo munilur, et divinDe gratiœ ila ordinatur auxilium, ut finnilas quoe per Chribtum l'etro tribuitur, per Petrum Apostolis conferilur. {S(rm. III.)

m LE SOUVERAIN PONTIFE.

Dans une épîlre à Honorius, Évêque de Dalmatie, il montre tous les Papes de son siècle, les mêmes que nous venons de citer, fulminant leurs sentences contre l'hérésie de Pelage : « Ignorez-vous, par hasard, que depuis longtemps cette hérésie a été écrasée par les jugements incessants et répétés du Siège Apostolique, par Innocent de sainte mémoire, par Zozime, par Boniface, par Cclestin, par Sixte, par Léon ^? » Dans une lettre aux É\ êques de Dardanie, il montre encore le Saint-Siège exerçant sa juridiction suprême sur toute l'Eglise depuis deux siècles, et, comme ses prédécesseurs, il s'appuie toujours, et sur le droit divin, et sur la coutume immémoriale : « Le Siège Apostolique, dit-il à ces Évêques, a souvent eu l'occasion et d'absoudre, suivant V antique usage, et en dehors de tout concile, les innocents qu'un précédent concile avait injustement condamnés, et de condamner, sans l'assistance d'aucun concile, les coupables qui le méritaient. Le bienheureux Athanase ayant été proscrit par un concile d'Orient, le Siège Apostolique réprouva la sentence des Grecs, accueillit l'appel du saint Évêque et le déclara absous. Ainsi, un concile d'Évèques sincèrement catholiques, tenu à Constantinople, avait solennellement condamné Jean Chrysostome de vénérable mémoire,

* An forte nescitis lionc liscresini al) Aposlolica diuhim Sede pcr bealiB mcmoriae Innoccutium, ac deinde Zozimum, Bouifacium, Cœleslinuiu, Sixtum, Leoncm, continuis et iiiccssabilibu» gentenliis fuisse prostr.itam?

et, cel'e fois encore, le Saint-Siège, tout seul, sans aucun concile général, cassa cette sentence et réha- Lilita le saint Archevêque. De la même manière, et avec la même autorité, le Siège Apostolique s'opposa seul à la condamnation portée par une assemblée de prélats contre le saint Évêque Flavien, et l'acquitta; et en môme temps il condamna, en vertu de son autorité, l'Évêque du second Siège catholique, Dioscore, que ce concile avait admis dans son sein. En refusant d'adhérer à ce synode impie, le Saint- Siège le frappa de nullité*. » Et parlant ensuite de ce concile d'Évêques nestoriens que l'histoire ecclésiastique a flétri sous le nom de Brigandage d'E' phèse, saint Gélase ajoute : c Ce que le premier Siège n'a pas approuvé, n'a donc jamais pu rester debout; elles décrets qu'il a jugé bon de porter, l'Église entière y a souscrit^, d

• ApostoHca Sedes fréquenter more majorum, eliam sine ullo synodo prœcedente, et absolvendi quos synodus inique damnaverat, et damnandi, nulla existente syiiodo, q\ios oporluit, habuit facultatem; sancla; mémorise quippe Anianasium synodus Orienlalis addixerat, quem taniea exceplum Sedes Apostolica, quia damnation! Gn-ncorum non consensit, absolvit... Sancla; memoria» mliiloniinus Joannem Clirysoslomum Constantinopolitanum synodus eliam catholicorum pnsulum cerle damnaverat, quem simili modo Sedes Apostolica, eliam sola (hoc est, ab<que univcrsali synodo), quia non coniensit, abioivit... Ileni sanctaj nicmoriaa llavianuni l'onlificum congregalioni; damnatum, pari leuore, quoniam Sedes Apo?to!ica non consensit, absolvit, potiusquequi illic receplus fuerat Dioscorum secundaj sedis p;a;bulein sua iiuctontaie damnavit, et irapiam synodum non coiiàenliendo submovii.

* Sicut quod prima Sedes non probavit, constare non potuit; sic quod illa censuit judicandum, Ecclcsia tota suscepit.

lli LE SOUVERAIN PONTIFE.

Voilà le fait : le Pape constate le droit avec la même précision. « Le Siège Apostolique, dit-il dans sa treizième épître, confirme tous les conciles par son autorité, et veille sur eux en ne cessant de les diriger ; et cela en vertu de sa suprématie, que l'Apôtre saint Pierre reçut de la bouche même du Seigneur, et que dans le cours des âges il a toujours maintenue et maintient encore dans l'Égliîe K » — « La glorieuse confession de l'Apôtre étant la racine et le soutien du monde, le Siège Apostolique n'a rien de plus à cœur que de conserver sans tache la foi de Pierre, de ne la laisser entamer par aucune hérésie, et de la préserver de toute contagion ^. » Saint Gélase établit encore le droit de suprématie sans appel du Siège de Piome dans une lettre adressée à Faustus, son Légat à Constanlinople ! » Ce sont les saints canons qui veulent que dans toute l'Église les appels soient portés au tribunal de ce Siège : en vertu de de ces saintes règles, ses sentences sont sans appel ; les affaires de l'Église entière sont décidées par lui ; il ne doit s'incliner devant le jugement de personne ; nul n'a le droit de discuter ses décrets, ni de les violer ; mais, au contraire, chacun doit s'y soumettre :

* Unamquamque synodum Sedes Aposlolica sua auctoritaie con • firniat, et continuata moderatione custodit, pro suo scilicct principalu, queni beatuii Petrus Aposlolus Doraini voce perceplum Ecclesia nihilominus subséquente et tenuit seinper et relinet.

* Hoc est quod Apostolica Sedes magnopere cavet, ut quia roundo radix est Apostoli gloriosa confessio, nuUa rima pravitatis, DuUa prorsus contagione maculetur. (Ep. viii, ad Anast. imperat.

ainsi l'ont établi elle veulenlles canons de l'Église *. » — Il écrit aux Évêques d'Orient : a Tout ce qui a élé lié au tribunal des Évêques, le Siège du bienheureux Pierre a le droit de le délier, puisqu'il a le droit de juger toutes les Églises sans exception, et qu'il n'est permis à personne d'en appeler de ses décisions. Aussi les canons veulent-ils que de toutes les parties de l'univers on en appelle à son tribunal, et que personne, après sa décision, ne se permette d'interjeter appel ^. » Et comme certains Évêques d'Orient se plaignaient que les Pontifes Romains se montraient parfois trop sévères, le grand saint Gé- Jase les reprend en ces termes : « Qu'ils gardent pour eux leurs inepties, s'ils ne veulent se raviser et se souvenir que le Christ n'a pas parlé en vain quand il a affirmé que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre la foi de saint Pierre. Nous ne craignons donc aucunement de voir s'aftaibhr en Nos mains la Judicature Apostolique, qui repose et sur la parole du Christ, et sur la tradition des ancienSç

' Ipsi sunt canones, cui appellationes totius Ecclesiae ad hujus Sedis examen voluere deferri : ab ipsa vero nusquam prorsus appellari debere, ac per illam de tota Ecclesia judirarc, ipsam ad nullius cûinmeare judicium, nec de ejus unquam prœceperunt judicio judicari,sententiamque constiluerunt non oporleie dissolvi, cujus potius décréta seqnenda mandarunt. (Epist. iv.)

* Cuncta per mucdum novit Ecclesia, quoniam quorumlibet scntentiis Pontificum ligata, beati Pelri Sedes jus haliet resol- »cndj, utpote quod de onini Ecclesia jus habeat judicandi, ncque cuiquara de ejus liceat appellare judicio; siquidem ad illam de qualibel mundi parle canones appellare voluerunt, ab illa autein nerao sil appellare permissus.

et sur l'autorité des canons ; c'est elle qui toujours doit juger TÉglise ^, » Ce dernier témoignage de saint Gélase est remarquable entre tous les autres.

Saint Grégoire le Grand, qu'une âme pleine d'énergie animait dans un corps débile, monta sur la Chaire de saint Pierre en l'année 590, et gouverna l'Église pendant quatorze ans. Son laborieux pontificat a enrichi l'Église de trésors incomparables ; et nous trouvons dans ses écrits de précieux passages touchant l'autorité Apostolique. Quelques extraits suffiront ici, d'autant plus que les protestants eux-mêmes reconnaissent qu'à partir de ce Pape l'exercice universel de la suprématie pontificale ne peut plus être contestée.

Saint Grégoire répondait donc au Patriarche d'Alexandrie : « Votre Sainteté (on donnait alors indifféremment à tous les Évèques ce titre, aujourd'hui réservé au Pape seul) m'a écrit de bonnes et douces choses au sujet de la Ciiaire du bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, me disant entre autres, quePierre encore maintenant préside en son Siège dans la personne de ses successeurs... Qui ne sait, en effet, que la sainte Église a reçu sa solidité de la solidité du Prince

• Ineptias itaque suas sibi servent, ni rcsipiscanl jiotius cogitantes i;hi'isti vocem non esse snperfluam, qiiaB confessioni licaii Pctri Aposloli inferni portas niinquam prœvalituras asscruit. Qua- [jropter non vercmur, ne Apostolica seutenlia resolvatur, quam tt vox Christi, et majorum traditio, et canonum fulcit auctoritas, «t tolani polius Ecclesiam scmpcr ipsa (lijiulictt.

des Apôtres, qui, du nom mêmedePierre dont il a été décoré, a tiré l'immufabiliLé de sa foi? C'est à lui que la "Vérité a dit : Jeté donnerai les clefs du royaume des deux; confirme tes frères, pais mes brebis. Aussi, bien qu'il y ait plusieurs Apôtres, le Siège de ce Prince des Apôtres est seul demeuré Apostolique, à cause de sa suprématie... Pierre lui-même a élevé à ce rang suprême le Siège sur lequel il a daignç se fixer et terminer sa vie sur la terre • . »

Dans une de ses épUres adressées à Virgilius, Évêque d'Arles, que, selon l'usage des Papes ses prédécesseurs, ii constituait son légat dans les Gaules, i) lui donne ses instructions pour parer aux difficultés qui pourraient surgir : « S'il s'élève entre les Evêques quelque doute toucliant la foi ou quelque autre point important et difficile à résoudre, réunissez douze ÉvêquGS, examinez et décidez. Si vous ne le pouvez pas, référez-en à Notre tribunal ^. » Il donne le même

' Suaviasima mihi Sanclitas Vestra multa in epistolis suis du sancii Pelri Aposlolorum Principis Cathedra locuta est, dicens quod ipse in fa nunc usquc in suis successoribus srdoat... Quis enim nesciat sanclam Ecclebi.im in Aposlolorum Principis soliditale firmalani, qui firmitaiem mentis traxit in norainc, ut Petrns a pctra vocarctur? cui Yerilatis voce dicitur : Tibi tlabo cimes Tcyni rœlornm. Cuirursus dicitur : Et lu alu/juin.lo conrenus confirma fralies tuos. Itcrumque : Simon J<jannis, amas me? Pace oves meas. Itnque cura niulli sint Apostoli, pro ipso tamen prinnipatu scia Apostolorum Principis Sodés in auctoritale convaluil... Ipse enim sulilimavit Sedem, in qua etiam quicsccre et praîscnteni vitam linire dignatus est. (I.ib. VII, cpist. xl.)

* Si qua vero inquisitio de fide, vcl fortasse aliarum rcrum inter Episcopos causa eraerscrit, qua; discerni difficilius possit, colleclis duodocim Episcopis vcntilctur, alque decidalur. Si au-

ordre, cii termes presque identiques, à tous les Evêqucs des Gaules, dans la lettre encyclique où il leur apprend le choix qu'il vient de faire de l'Évèque d'Arles pour son représentant au milieu d'eux. Ses deux prédécesseurs, les Papes saint Hilaire et Vigile, avaient adressé deux décrets semblables aux mêmes Églises.

Dans diverses épîtresqu'il serait trop long de citer fre extenso, saint Grégoire déclare que, « dans les di- %isions religieuses, il est nécessaire que le Siège Apostolique prenne soin de maintenir en tous points l'unité de l'Église universelle dans l'esprit des Prêtres * ; » qu'il est tout simple qu'un Évêque dont la foi était suspectée, proteste qu'il se soumet au Siège Apostolique, puisque « il n'est aucun Évêque qui n'y soit soumis dedroit'-;» que « tout ce qui se fait en dehors de l'autorité et du consentement du Siège Apostolique est nul de plein droit '; » que « si quelqu'un méprise un point quelconque d'un rescrit Apostolique, qu'il sache qu'il est exclu de la communion du bienheureux Pierre, Prince des Apôtres * ; » qu'au défaut d'un Métropolitain ou d'un

tem decidi nequiverit, discussa Teritate, ad Kostrum judicium referatur. (Lib. V, epist. lui.)

' Jiistum fuitutSedes Apostolica curam gereret, quatenus unitalem universalis Ecclesioe in sacerdotum menlibus per omnia custodiret. (Lib. IV, cpist. m.)

- Quod «e dicit i^cdi ApostoiicK subjici, nescio quis ei Epijcopus subjeclus non sit. (Lib. IX, epist. lix.)

' Sine Apostolicaî Sedis auctoritale atque consensu ijullas quœque acta fuerint vires babent. (Lib. ]X, epist. lviii.)

♦ Si quis, quod nou crcdinius, scripla prasenlia aliqua in parle

LE SOUVERAIN TOiNTlFE. 149

PalrJaiclie, les causes ecclésiastiques doivent être port'es au tribunal du Saint-Siège , Chef de toutes les Eglises^ ; » que « le respect dû au Siège Apostolique ne doit être altéré par aucun présomptueux; car l'intégrité des membres dépend de l'inviolabilité du Chef de la foi^; » etc. Enfin, et pour nous borner, il a menacé de la réprobation ceux qui hésitent à vivre dans une intime union avec la sainte Église Romaine : « En attendant, dit-il, je vous exhorte, pendant qu'il en est temps encore, à faire en sorte que votre âme ne se trouve point séparée de l'Église du bienheureux Pierre, à qui ont été confiées les clefs du royaume des cieux avec la puissance de lier et de délier ; si en ce monde vous dédaignez son bienfaisant ministère, dans l'autre, saint Pierre vous fermera les portes de la vie '. »

Quelques gens peu instruits ont cru que saint Grégoire le Grand ne se regardait pas comme l'Évcque du monde entier, parce qu'il repoussa pour

negicxerit, a beati Pétri Apoitolorum Principis pace se noverit segregatum. (Id.)

* Si dictum fucrit, quia nec Métropolitain liabuit nec Patriarcham, dicendum est quia a Sede Apostolica, qua; omnium Eccle'siarum caput est, causa ha:c audieuda ac dirimenda fuerat. (Lib. Xlll, epist. xlv.)

' Apostolicae Sedis revereritia nullius pracsumptione turbetur; tune enim membrorum status integcr persévérât, si caput fidei nulla pulset injuria (Lib. XI, epist. xui.)

' liortor vos tamen ut dum vit» spatium superest, ab ejusdem beati Pelri Ecclesia, cui claves cœlestis regni commissae sunt, et ligandi ac solvcndi potestas altributa, vestra anima non inveniaiur divisa, ne si hic bencficium ejus dcspicitur, illic vitx adiluin claudat. (Lib. IV, epist. xliii.)

luO LE SOUVERAIN PO.NTIFE.

lui-même le titre de Patriarche universel, que voulait s'arroger l'orgueilleux Patriarche de Constantinople ; mais le Saint Pontife ne déclinait cette dénomination que par respect, comme il le dit luimême, pour la tradition qui n'avait jamais donné ce nom à aucun de ses prédécesseurs ; par déférence pour les autres patriarcats qui sembleraient ainsi annulés; enûn, par un juste sentiment d'humilité chrétienne qui ne prend de Tiionneur humain que ce qui est nécessaire pour rendre plus respectable le ministère divin desPasteurs de l'Église. « Pour quiconque sait l'Évangile, il est manifeste, dit-il en effet, qu'à Pierre, le très - saint Prince de tous les Apôtres, a été confié le pastorat de l'Église tout entière, » Et le Pape cite ici les trois célèbres passages de saint Mallhieu, de saint Luc et de saint Jean, l'elatifs à la primauté de saint Pierre, et il conclut : « Voyez, il possède les clefs du royaume céleste; il reçoit le pouvoir de lier et de délier; il reçoit et la charge de toute l'Église et la suprématie; et cependant il n'est appelé nulle part l'Apôtre universel ; et Notre Frère et Coévêque, Jean de Constantinople, ne rougirait pas de prendre ce titre d'É* vêque universel *. » Pour donner une leçon à cet

* Cunctis Evaugelium scientibus liquet quod voce dominict sancto et omnium Apostoloruni Pelio l'rincipi Aposlolo, totiu(j Ecclesiae cura comraissa est. Ipsi quippe dicilur : Peire, amaS me? pasce oves meas. Ipsi dicitur : Ecce Sulanas e.vpeliil cribrarê VUS s'tcul iriikun; et ego pro le rorjaii, Pelre, ut non deficiat fldes tua. El tu alifuando conversa» confirma fralres tuos. Ipsi dicilur :

LE SOUVEIIAIN PONTIFE. loi

ambilieux, saint Grégoire le Grand signa désormais ses actes pontificaux : Serviteur des Serviteurs de Dieu, ServusServorumDEi; et ce bel exemple a été religieusement suivi par tous ses successeurs.

Ce qui montre encore que, tout en déclinant un litre fastueux et inusité, saint Grégoire n'entendait apporter aucune restriction à la suprématie des Pontifes Romains, c'est que, dans la liturgie dont il est l'auteur ou plutôt le réformateur, il rappelle toutes les prérogativesde la Papauté. Parmi les prières de l'ordination et de la consécration du Pape, nous trouvons celte oraison aussi belle que significative : « Accordez, Seigneur, cette grâce à votre serviteur ici présent, que vous avez élu pour Évèque du Siège Apostolique, pour Primat de tous les Prêtres du monde entier, pour Docteur de votre Église universelle, et pour Ministre du Souverain Pontificat *. »

Donc, saint Grégoire le Grand, comme tous ses augustes prédécesseurs, affirme, constate et proclame avec une évidence écrasante pour les adversaires du

Tues Pdrus,et super hane pctram, etc. El tibi dubo claves, elc. Fcce claves regni cœlestis accepit, poteslas ei liganili ac solVendi iribuitur. cura ci totius Ecclesiœ et principaUis comniiltilur, et tamcn universalis Aposlolus non vocalur, et vir sanclissimus consucerdos meus Joannes vocaii universalis Episcopus conalur! (Lib. V, epist. xx.)

* Et idcirco huic famulo tuo, (Juem Apostolica; Sedis Pra;suleiii *l Primaiem omnium qui in orl)e tcrrarum sunt Sacerdoluiii ac univcrsalis Ecclesiae tuse Doclorem dedisti, et ad summi saccrdolii minibtcrium elogisli, banc qu.esumus, Domine, graliaiii largians. (Liber SicnimciUoriini.)

Saint-Siège, l'autorité divine et traditionnelle, l'infaillibie suprématie de l'Évèiiue de Rome, Vicaire de Jésus-Christ et Chef de la sainte Église.

Il faudrait un gros livre pour rapporter tous les témoignages du même genre qui, depuis saint Grégoire jusqu'à Pie IX, continuent la glorieuse chaîne de la tradition sur cet article du dogme catholique. Aussi, lorsque le très-saint et très-grand Pontife qui gouverne aujourd'hui l'Église au nom du Seigneur Jésus proclama, au jour de son exaltation, ses droits et ses privilèges, il ne fit que continuer un discours qui dure depuis dix-neuf siècles, et que, pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour le salut de l'Église et pour la gloire du sacerdoce catholique, chaque bouche pontificale répète à l'univers, « cette bouche qui suffit au monde entier, » comme dit un ancien Père, osurhisiifficiens. Après avoir esquissé à larges et magnifiques traits les preuves invincibles qui établissent la divinité de la foi chrétienne, notre très-saint Père ajoute ceci : « On voit donc manifestement dans quelle erreur sont ces esprits qui, abusant de la raison, et regardant les oracles de Dieu comme les pensées de l'homme, osent les soumettre à l'arbilrage de leur interpiétation particulière; puisque Dieu lui-même a établi une autorité vivante pour fixer et enseigner le véiilable et légitime sens de la révélation céleste, et mettre fin, par son jugement infaillihle, à toutes les controverses, soit ea

matière de foi, soit en ce qui concerne les mœurs, afin que les fidèles ne soient point entraînés à tout vent de doctrine, ni circonvenus par l'erreur et la malice des hommes. Cette autorité vivante et infaillible ne se trouve que dans cette Église que Jésus- Christ a établie sur Pierre, le Chef, le Prince et le Pasteur de toule l'Église, auquel il a promis que sa foi ne manquerait jamais : Église constituée de manière qu'elle a toujours à sa tête et dans sa Chaire immuable ses Pontifes légitimes, qui remontent sfins interruption jusqu'à Pierre, étant héritiers et gardiens de la même doctrine, de la même dignité, du même rang et de la même puissance. Oii est Pierre, là est l'Église, Pierre parle par la bouche du Pontife Piomain ; il vit toujours dans ses successeurs, et exerce le même jugement ; il offre la vérité à ceux qui la cherchent. C'est pourquoi les divins enseignements doivent être entendus tout à fait dans le même sens dans lequel les entend et les a toujours entendus cette Chaire Romaine du bienheureux Pierre, laquelle est la Mère et la Maîtresse de toutes les Eglises. Qui a toujours conservé pure et entière la foi transmise par Notre-Seigneur Jésus- Christ? qui l'a toujours enseignée aux fidèles, leur montrant à tous le chemin du salut et la doctrine de l'incorruptible vérité? C'est l'Église principale, où l'unité sacerdotale a pris son origine ; elle est la métropole de la piété, dans laquelle reste toujours entière et parfaite la solidité de la religion chré-

tienne. On y a tonjours vu en vigueur la principauté Je la Chaire Apostolique. C'est à cette Eglise, à cause de sa principauté suréminente, que toute Église, c'est-à-dire tous les fidèles qui sont répandus partout, doivent être constamment unis. Quiconque ne recueille pas avec elle, disperse *... C'est dans la Chaire du bienheureux Pierre que Jésds- Christ a placé l'indestructible fondement de son

* Alque hinc plane apparet in quanto enore illi eliam vcrsenlur, qui ratione abutentes, ac Dei eloqnia tanquam liunianum opus cxislimantes, proprio aibitrio illa esplicare, interprttari temeie auilent, cum Deds ipse vivamcoiistituerit auctoritalem, qua; verum legilimumquc corleslis sua; revelationis sensum docerel, consiabiliret, omnesque controversias in rébus fidei et morum hifallil.'li judicio dirimeret, ne fidèles circumferantur omni venio doctrinae in neqiiitia hominum ad circumventionem erroris. Quae quidem viva, et infaJUbitif: auctoritas in ea tantura viget Ecclesia, qiia; a Christo Domino supra Petrum totius Ecclesiae Capul, Trin» cipom et Pastoreni, cujus fidem nunquam defecturam promisit, aidilicata suos legiiimos semper habet Pontifices sine intermissione ab ipso Petro ducenles originem in ejus Cathedra coUocatos, et ejusdem eliain doctrinK, dignilalis, honoris ac potestalis haeredes et vindices. Et quoniam ubi Pclrus ibi Eccle^ia, ac Petruj per Romanum Pontificem loquitur, et semper in suis successoribus vivit, et judicium eiercel, ac prœstat quaerenlibus fidei velitateni, idcirco divina eloquia eo plaue sensu sunt accipienda, quem tenuit ac tenet hœc Romana Beatissimi Pétri Cathedra, quœ omnium Ecclesiarum mater et magislra fidem a Christo Domino Iradilam, iutegram inviolatamque semper servavit, eanique fidèles edocuit, omniI)us ostendens salulis ^emitam, et incorrupta; veritatis doctrinam. Haec siquidem principalis Ecclesia, unde uniias Sacerdotalis exorta, hoec pietalis melropolis, in qua est Integra chrisliana; religionis ac perfecta ^oliditas, in qua semper Apo:^to• licaî Cathedra; viguit Principatus, ad qunm propter potiorem principalitatem necesse est omnem convenire Ecclesiam, hoc est qui sunt undique fidèles, cum qua quicunque non colligit, spargit.

Église : in qua Christus posiiit inexpugnahile Ecclenix sux fundamentum. »

Ainsi ont parlé tous les Papes. Entendons maintenant l'enseignement des conciles œcuméniques.

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