CHAPITRE XI
Des schismes et des divisions qui altèrent l'unité catholique.
Il y a une différence essentielle entre le schisme et ïhérésie. Tout hérétique est schisuiatique ; mais un schismatique peut ne pas être liérétique.
L'hérésie est un péché directement opposé à la foi catholique. Il reulerme deux éléments : 1" le choix arbitraire et défendu d'une croyance contraire à l'enseignement de l'Église; 2° l'obstination dans cette croyance, malgré les avertissements et les condamnations du Chef de l'Eglise. Un hérétique e^t donc tout à la fois un homme qui erre touchant la doctrine, et un orgueilleux qui s'entête dans l'erreur et qui se sépare de la vraie Eglise à laquelle il refuse de se soumettre.
Il n'en est point ainsi du schisme : un schismatique est aussi un orgueilleux et un entêté ; mais sa révolte ne porte point sur la croyance, sur la foi ; elle porte uniquement sur l'obéissance au Pontife Romain, Chef de l'Église, « Le schisme, dit saint Th(h
mas, est un péché spécial conlre l'unité, spéciale peccatum oppositum unitati '■ ; c'est, dit le même Docteur, le péché de tout chrétien qui se sépare spontanément et volontairement de l'unité de l'Église, en refusant de se soumettre au Pape ; et à cause de cela on appelle schismatiques ceux qui refusent de se soumettre au Souverain Pontife, et de demeurer unis aux membres de l'Église soumis au Pape, et ideo schismatici dicuntur qui subesse renmint Summo Pontifici, et qui membris Ecclesixeisubjectis comrnunicare récusant^. » L'iiérésie est donc opposée à la foi et à l'unité; le schisme à l'unité seulement, c'esl-à-dire à l'obéissance. — M. de Sainl-Bonnet exprime cette distinction avec une justesse remarquable. « L'hérésie et le schisme, dit-il, visent au même but. Dans le schisme, on se sépare de l'autorité ; dans Thérésie, on se sépare de la vérité. Mais on ne se sépare de l'autorité que pour se séparer de la vérité ; et l'on ne se sépare de la vérité que pour se mieux séparer de l'autorité même". »
Il est , en effet, presque impossible de demeurer quelqne temps schismatique sans tomber dans l'hélésie. Et c'est tout naturel, puisque le Souverain Pontife dont on se sépare par le schisme n'est pas seulement le centre de l'unité, mais encore la source
Sam. tkeol, 2* 2" nus.
Ibidem.
L'infaillmlili, ch. ivjii,
vive de la vraie foi. Il est tellement difficile de s'insurger contre le Pasteur sans s'insurger contre le Docteur, qu'il n'y a, à ma connaissance du moins, dans l'histoire de l'Église qu'un seul exemple d'un geliisme simple; c'est celui de la Petite-Eglise, dont nous parlions plus haut, qui n'a été qu'absurde et ridicule, et qui n'a pas glissé dans l'abîme de l'hérésie, retenue qu'elle était par l'atmosphère catholique de notre France, au milieu de laquelle elle o vécu, ou, pour mieux dire, végété depuis soixante yis. L'Église grecque, l'Église russe et toutes les «atres subdivisions du schisme photien, sont hérétiques au premier chef; elles nient en effet plusieurs dogmes de foi révélée, entre autres l'institution divine du Souverain Pontificat Romain. Saint Jérôme disait déjà au quatrième siècle : « A son origine, on peut concevoir un schisme sans hérésie ; mais il n'y a aucun schisme qui ne se forge bientôt quelque hérésie, afin de justifier sa séparation d'avec l'Église*. »
11 y a également une différence essentielle entre le schisme proprement dit et les divisions intérieures, les dissensions qui affligent le Saint-Siège et l'Église. Dans ces derniers siècles, la plus grave, en même temps que la plus vivace de ces divisions, s'est appelée
• Scliisma a principio aliqua in parte potest intclligi diversum ab lia;iesi; cœterum nulluni scliisma est quod non sibi aliquain ha;rc5iiii coufiugat, ul re'jtc ab F.cclesia recessissc videatur. {Epiit. ad Tilum, c. m.)
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gallicanisme, parce qu'elle a été formulée en 1682 S comme nous l'avons dit, par un certain nombre de Prélats français. Le gallicanisme est au schisme formel ce que la maladie est à la mort; ce n'est pas une séparation complète , mais une tendance à se séparer, une rébellion partielle, heureusement contenue par d'antiques traditions, et aussi, il faut bien le reconnaître, par la protection toute spéciale de la Sainte Vierge, Reine et Patronne de la France. C'est un ensemble de défiances, d'ergoteries, de maximes soi-disant traditionnelles, de soi-disant libertés, qui ont peu à peu isolé nos Églises du centre de l'unité, sans aller toutefois jusqu'à briser les derniers liens qui constituent cette unité. Un homme d'esprit disait du gallicanisme : « C'est une jalousie de l'esprit provincial contre la capitale. » Et un autre homme qui a plus que de l'esprit, notre bon et Très-Saint Père Pie IX, me disait un jour à moi-même: « Le galhcanisme, c'est du sclijsme en herbe. » Piemarquez bien : en herbe; cette graine-là ne peut pas pousser, à ce qu'il paraît, dans notre sol tout imprégné de catholicisme, en dépit des efforts de tous les laboureurs, semeurs et ouvriers d'iniquité, qui, depuis bientôt deux siècles, remuent cette pauvre terre et y jettent leur ivraie. Le schismatique est un en-
• Depuis les troubles religieux du grand schisme d'Occident, le venin de l'insoumission et de la méfiance se glissa insensiijlement dans l'esprit français; mais le mal était latent et n'avait presque point de consistance. Cette consistance ne lui vint qu'après qu'il eut élé audacieusemenl formulé,
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fant prodigue qui abandonne la maison paternelle et s'en va bien loin mourir de misère ; le gallican est un fils maussade et hargneux, pointu, disentant, difficile à vivre, susceptible à l'excès, vaniteux, que son père ménage à cause de son bon cœur et de sa mauvaise tête, qui désobéit, non en gros, mais en détail, qui au fond est meilleur qu'il ne paraît, qui veut à tout prix demeurer dans la maison paternelle, et qui, dans une circonstance donnée, serait capable de se faire couper la tète pour l'amour de ce pauvre père auquel il rend la vie si dure*.
Que l'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas peu de chose devant Dieu que de jouer ainsi avec l'obéissance catholique. L'herbe, malgré tout, peut finir par pousser, et alors viendrait le schisme. Le gallicanisme n'est pas seulement une erreur, mais encore une désastreuse imprudence. Fénelon, dès l'origine, s'en alarmait profondément, o Tout ce qui avilit, dans l'imagination de la multitude, écrivait-il au P. Daubenton, l'autorité du Saint-Siège par une
• Les gallicans se font quelquefois illusion sur la fausseté da leur voie, paice qu ils aiment sincèrement la personne du Pape. 0 Ils veulent bien mourir pour moi, disait un jour malicieusement Pie IX, mais ilb rte veulent pas vitre pour moi. » Le j;rand et spirituel Évèque de Poitiers faisait un jour, en parhnl de ces mêmes e?prils pointus, accolés à un bon cœur, une aulre remarque pleine de lioessa: ■< Une p&role, un simple désir du Pape dans une audience particulière, leur sullit pour fonder des Œuvres, pour entreprendre ou abandonner un projet important; cl les Bulles oflicielles et les décrois des Sacrées Congrégalions son< pour eux comme non avenus. Ils ne veulent pas du Pape infaillible, et ils le font impeccable. «
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apparence de faiblesse, mène insensiblement les peuples au schisme. C'est par là que les personnes zélées se découragent, que les partis croissent en témérité. » Le gallicanisme est une école de désobéissance.
Le schisme est un péché, ou, pour mieux dire, un CBiME énorme. En un sens, ce crime est moins grave que Ihérésie; car l'hérésie déracine la foi, qui est le principe de la religion et de la vie chrétienne ; mais, en un autre sens, le schisme est aussi criminel que rhérésie. C'est lui, en effet, qui nous sépare de la source visible de la foi, qui est le Pape, et qui nous privedu principal moyen, institué par Notre-Seigneur, pour mettre les hommes en rapport avec lui et avec DiED son Père. L'hérésie est le mépris de la foi ; le schisme est le mépris du Docteur de la foi. Aussi le grand saint Thomas d'Aquin, dont je ne fais ici qu< résumer la doctrine, affirme-t-il que le schisme est le plus grand péché contre l'union et la charité catholique.
Toute la tradition lance l'anathème contre les schismatiques, c'est-à-dire, contre ceux qui se séparent de la Chaire de saint Pierre. « Quiconque, dit saint Optât, élève une autre chaire contre cette Chaire spéciale, est coupable et schismatique'. >> Saint Ambroise ajoute : a Là oiî est Pierre, là est l'Église. Ils
* Jam schismatious et peccalor esset, qui contra siagularcm Cathedrain alteram collocaret. iConlra Donalis, lib. 11.)
n'ont point part à l'hérilagc de Pierre, ceux qui ne reconnaissent pas le Siège de Pierre, et qui le désolent par une division impie ^ » Saint Jérôme écrit au Pape saint Damase : « Je demeure uni à Votre Béatitude, c'est-à-dire, à la Chaire de Pierre. Quiconque mange l'Agneau hors de cette maison est un profane. Celui qui ne demeure pas dans l'arche de Noé périra dans les eaux du déluge. Je ne connais ni Vital, ni Mélèce, ni Paulin. Quiconque n'amasse point avec vous dissipe : c'est-à-dire, quiconque n'est pas à Jésus-Christ est à l'Antéchrist^. « Tout schismatique est un antechrist ; car il se met en opposition ouverte avec le Vicaire du Christ, ou, pour mieux parler, avec le Christ lui-même, Chef unique de l'Église, unique Souverain Pontife des chrétiens, qui, par le Pape et dans le Pape, exerce visiblement jusqu'à la fin des temps sa charge de Pasteur suprême et de Médiateur de DiED et des hommes.
Le vénérable Bède, ce grand témoin de la tradition catholique en Angleterre au septième siècle, dit de son côté que « saint Pierre, par un privilège spécial, a reçu les clefs du royaume des cieux avec la principauté
* Ubi Petru3, ibi Ecclesia (in Psal. xi). Non habent Pétri haereditatem, qui Pétri Scdcm non habent quam impia divisione disceii;xint. (De Pœnit., I, 7.)
* lieatiludini Tuce, id est Cathedra; Pelri, communionc consociar... Ouicumque extra hanc domura Agnum comcdil, piofaniu eit. Si qiiis in iSoe Arca non fuerit, peribit régnante diluvio. 'Son novi Viialem, Meletiuin respuo, ignoro Pauliniim. Quicumquo tecum non colligit, spargii; lioc est, qui Cliristi uou est, Antiduisli est. (Epist. xv.)
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de la puissance judiciaire, afin que tous les fidèles de Tunivers sachent bien que quiconque se sépare, de quelque manière que ce soit, de l'unité de la foi ou de la communion de Pierre, se ferme par là même l'entrée du céleste royaume^ » — Le Pape saint Nicolas I" rappelle à tout le clergé des Églises d'Orient que le schisme et la désobéissance au Saint- Siège compromettent si complètement le salut éternel « qu'il faut tenir pour réprouvés tous ceux qui ne se soumettent pas à l'autorité de Pierre, qui ne voient pas que c'est Dieu lui-même qui commande en saint Pierre. Aussi, ajoute le Pape, que personne n'ait à l'avenir l'audace, je ne dis pas seulement de soutenir de vive voix ou par écrit, mais même de respecter intérieurement les doctrines pernicieuses que Nous avons condamnées^. » Nous avons entendu saint Bernard déclarer également que, « résister à l'autorité du Saint-Siège , c'est résister à l'ordre établi de Dieu, ordinationi Bel resistit. » Enfin, pour ne pas fatiguer le lecteur par des citations trop nombreuses, je terminerai par la parole de
* Pelrus spêcialiter claves regni ccelorum et principatum judiciariaj potestatis accepit, ut omnes per orbern credentes intelli» gant, quia quicumque ab unilate fidci vel socielatis illius quolibet modo se ipsos segregnnt, taies non januam possint regni cœleslis ingrcdi. (In feslo SS. .Apost. Pétri et Pauli.)
- Inter exanimes conipulentur qui in auctoritatem Pétri non consonscrint, imo Dei hanc ordinantis in Petro non intellexerint : ila ut nec ista, quoï perniciosc compilala sunt, defenderc, nec his similia, non dicam scripte tradere, tcd vel in nicnle volverc quis ultcrius audcat.
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Léon X, ou plutôt du Concile œcuménique de Latian, qui analhémalise tous les schismatiques et tous les rebelles en déclarant « qu'il est tellement nécessaire d'obéir à saint Pierre et à ses successeurs, que celui qui ne leur obéit pas doit mourir de la mort éternelle, suivant l'expression des Écritures, Celui-là ne 'peut être dans l'Église qui abandonne la Chaire du Pontife Romain. »
Donc le schisme, aussi bien que l'hérésie, est la porte de l'enfer; et, à moins d'ime bonne foi invincible, qui est le secret de Died seul et qui ne se rencontre guère que chez les pauvres gens, un schismatique est un réprouvé par avance, « jamju,dicatus est; » c'est un homme qui est sorti de la voie du salut ; c'est un rebelle au Vicaire de Jésus-Christ, donc un rebelle à Jésus-Christ lui-même, donc un rebelle à Died*.
La mort est dure pour ces rebelles, surtout quand ce sont des prêtres, surtout quand ce sont des Évêques. Dans les persécutions que suscitèrent au Saint-Siège les mauvaises passions des empereurs soi-disant chrétiens du onzième siècle (et qu'on
* Qui cum dedignanlur Apostolicis decrelis, qux ad robur christianse religionis Papa fecit, esse obedienles, Telro utique Aposlolo, cujus vice fungitur, inio Clirislo, qui Petro suam commendavit Ecclesiam, se probant esse inobedientes; qua;rent igilur qui TÏcarii l'elri, el in eo Pelri et Christi décréta christiana coatemiiunl, alias regni cœloruni portas, quia certe per illas non introibuul, fjuai'uin claves Pilrus Aposlolus portai. Omnes uamque !(Ui noluiit subjecli esse legi Dti, absque i^ibio depulabiiiUur iaimici l>si. (S. Anselmus Cautuauensis.j
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devrait appeler, non la guerre du sacerdoce et dé J'empire, mais la guerre de l'empire coiilre le sacerdoce), plusieurs Évèques, aveuglés par l'ambition, «"insurgèrent contre l'autorité du Saint-Siège et prirent parti pour l'impie Henri IV conlre le sainl Pape Grégoire VII. Un de ces rebelles, Guillaume, Evêque d'Utrecht, fut frappé subitement par la justice divine, et les détails de sa mort, qui, chose curieuse! nous sont rapportés même par des écrivains protestants, [leuvent servir de leçon à tous ceux qui seraient tentes de se ranger du côté des ennemis du Pape^ En proie aux plus affreux tourments de l'âme et du corps, ce coupable et misérable Évèque, qui avait perdu, comme le traître Judas, l'espérance du pardon, criait d'une voix lamentable aux clercs qui entouraient son lit : « Quand je serai mort, que ni vous ni personne ne fasse des prières pour moi ! Par un juste jugement de Dieu, je perds la vie présente et la vie éternelle; je me suis employé de toutes mes forces aux mauvais desseins de l'Empereur ; pour avoir ses bonnes grâces, j'ai abreuvé d'insultes le Pontife Piomain, homme de grande sainteté et de grande vertu, dont je connaissais très-bien l'innocence ! » Et il expira en disant ces paroles ; et son cadavre fut l;iissé sans sépulture jusqu'à ce que le Pape, consullé par les principaux de l'Eglise d'Utrecht, eût ordonné qu'on l'enseveht, mais sans lionneurs et sans prières. . .
Un fait tout récent lI non moins Icriiblo a éié
doiuié, par manière d'avertissement, aux schismatiques modernes qui veulent, en Italie, diviser le clergé et séparer les prêtres du Siège Apostolique. En novembre 1862, un de ces prêtres égarés, nomme Foggi, curé de Giocoli, à quatre milles de Florence, vint à mourir sans avoir pu se reconnaître. Il s'était rendu tellement odieux par le cynisme de son apostasie, que beaucoup de gens de bien ne purent s'empêcher de dire, en apprenant sa mort : « C'est bien fait. » Ses amis, ou plutôt les sectaires qui l'avaient compté dans leurs rangs, voulurent lui faire un service funèbre, malgré les règlements ecclésiastiques. Un chanoine perdu de mœurs, et, comme eux, schismatique, osa chanter la messe mortuaire : le lendemain il mourut subitement sans aucune assistance spirituelle. A celui-ci de nouveau, on voulut rendre les honneurs de la sépulture chrétienne, et un certain Brunoni, curé de San-Pictro, ne craignit pas de prononcer l'éloge funèbre du malheureux : le lendemain malin il fut trouvé mort dans les lieux d'aisances... Ainsi, quinze siècles auparavant, avait fini le prêtre schismatique et hérétique Arius. Terrible leçon pour tous les prêtres ! et principalement pour ces esprits aventureux, indociles, portés à l'opposition et à la libéyatrerie, toujours prêts à juger leurs supérieurs ecclésiastiques, lecteurs imprudents de journaux frelatés et anticathohques, en un mot, plus près du schisme que de l'unité, plus inclinés à la révolte qu'à l'obéissance !
Du reste, qu'on ne s'y méprenne pas, le schisme n'est pas un péché laïque ; c'est un crime ecclésiastique et purement ecclésiastique. Là oii il y a un clergé docte et vertueux, le schisme n'est pas possible ; là où le clergé est vicié, soit dans ses doctrines, soit dans ses mœurs, le schisme est aisé. Pas de schisme sans le clergé ; l'histoire est là pour le prouver. Qui a préparé le schisme oriental? une série de Patriarches ambitieux à Constantinople. Qui a consommé cet horrible schisme? un Patriarche encore, Photius, à la tête d'un certain nombre d'Archevêques et d'Évêques courtisans, lesquels ont entrauié dans la séparation les prêtres d'abord, puis les fidèles.. En Angleterre, quels sont les vrais auteurs de cette division qui devint immédiatement hérétique et prolestante, sinon l'Archevêque apostat de Cantorbéry et les autres indignes Évêques qui tremblèrent devant les menaces d'Henri VIII et d'Elisabeth, au lieu de leur résister en face, comme ils le devaient, et de mourir? En France, pourquoi la constitution scliismatique que la tyrannie révolutionnaire voulut imposer au clergé ne put-elle prendre aucune racine? c'est que, sur cent trente Évêques, quatre seulement furent des lâches, et que tous les autres préférèrent l'exil, la proscription, la prison et l'échafaud. — 0 Dieu ! quelle responsîibiliîé pour les prêtres et plus encore pour les Évêques ! Dans leurs mains repose la vie ou la mort des peuples, le salut ou la perte des âmes.
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Mais, afin d'éviter plus facilement ce malheur effroyable du schisme, afin de demeurer plus intimement unis d'esprit et de cœur au Souverain Pontife, signalons, en terminant ce petit chapitre, les causes principales qui conduisent à cet abîme.
Je laisse à dessein de côté toutes les causes politiques* qui pourraient enlever à ce travail son caractère exclusivement religieux ; et je crois qu'on peut ramener ù deux les sources ordinaires du schisme : Vignoraîice religieuse et Y orgueil.
L'ignorance, qui laisse les esprits se remplir de préjugés contre la véritable autorité ecclésiastique, contre les Papes, contre Piome et contre le gouvernement de l'Éghse; l'orgueil, qui enfante l'insoumission, qui ouvre les portes à la rébellion, qui conduit promptement les hommes à l'apostasie, comme il y a conduit les mauvais Anges.
Plus que jamais, dans ce temps-ci, oii toutes les passions anticatholiques sont soulevées contre l'Éghse, contre la Papauté, contre la hiérarchie et contre toutes les institutions catholiques, il est nécessaire de s'instruire à fond sur ces graves matières et spécialement sur le dogme de la Papauté, qui est le point central du mystère de l'Église, comme le dogme de l'Incarnation est le point central du mystère du
* Etudiez-les dans Vlnfaillililité de M. de Soinl-Eonnet; dans l'excellent livre de M. l'aljbé Tilloy, les Schismalujiies démasqués, et aussi dans un petit travail historique, plein de doctrine et de faits curieux, publié par M. Rupert, sous ce titre : le Gallicanisme et l'ancien régime.
christianisme. Les laïques, non moins que les prêtres, doivent connaître ces choses et les très-bien connaître, « afin de ne pas être emportés à tout vent de doctrine » et de demeurer fermes sur le roc de saint Pierre, quand viendra la tempête qui gronde sourdement. On n'aime pas ce que l'on ignore, ditun vieux proverbe; on ne tient pas à ce que l'on n'aime pas ; et comme on lit, comme on entend de toutes parts mille impiétés, mille contes absurdes contre la Papauté, il est indispensable, pour ne pas être séduit, de prendre le contre-poison, c'est-à-dire d'acquérir une science solide et raisonnée. Un prêtre qui négligerait cette partie des études sacrées manquerait évidemment à un devoir impérieux; il se priverait de l'arme la pins puissante pour défendre les âmes et pour garantir la sienne propre des périls du schisme.