‹ Le souverain-pontifeChapitre 6 sur 17 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Que l'Évêque de Rome, successeur de saint Pierre

est l'héritier

des promesses divines et du Souverain Pontiâcat.

En saint Pierre, il y a deux personnages : 1° l'homme, le Saint, l'Âpùtre, le martyr; 2" le Pape, l'homme puhlic et le Vicaire de JÉsus-CiinisT, le Chef de l'Église, le Souverain Pontife. Comme homme, comme personne individuelle, saint Pierre a vécu et est mort comme les autres Saints, comme les autres Apôlres ; comme Pape et comme personne publique, saint Pierre demeure toujours au milieu de l'Église, par son Ministère pastoral et par sa suprême autorité religieuse.

La raison de ce fait est très-simple ; saint Pierre n'a pas reçu les promesses du Souverain Pontificat pour lui-même, mais pour le bien de l'Église. Pour lui-même, il est saint, il est martyr ; mais il n'esf Pasteur que pour les autres, que pour l'Église. Or, l' l'église devant durer jusqu'à la fin du monde, il est évident que le Minislèie de Pierre doit survivre

Pierre pour sauvegarder l'Éslise dans tous les siècles.

C'est ce qu'enseigne le Vénérable Cardinal Bcllarmin, dont la doctrine est si pure et si traditionnelle, et dont les savants écrits ne sont pas assez connus chez nous. « Il est certain, dit-il dans son Traité de Romano Poiitifice, que le Pape est pour l'Église, non l'Église pour le Pape. Or, aujourd'hui, comme du temps des Apôtres, l'Église a besoin d'un Pasteur unique; elle en a même un besoin plus évident encore, puisque aujourd'hui les chrétiens sont et plus nombreux et plus indisciplinés. A la mort de saint Pierre, le Souverain Pontificat n'a donc pas pu cesser; car il avait été institué non pour l'avantage personnel de saint Pierre, mais pour le bien général de l'Église ; il a dû, au contraire, et il doit demeurer et persévérer tant que subsiste l'Église * . »

C'est aussi ce que disait saint Thomas d'Aquin, avec une autorité plus grande encore : « Le pouvoir des clefs fut le symbole de la puissance que Pierre devait transmettre aux autres, pour la conservation de l'unité de l'Église. Ce serait mal raisonner que de prétendre que cette haute dignité dont Jésus-

• Cerlum est Ponlificem esse propter Ecclcsiam, non Eeclesiart. proptcr Ponlificem; atqui Ecclesia non minus eget nuncuno Pastore, quam teniporc Apostoloium j imo vcro cliam niagis, cum nunc sint Clxisliani, cl plures, cl pcjores. Non igitur, morienle Pclro, inlerirc del)uit pontificalus, qui non in Pclri commodiim, scd in Ecdctiic iiulilalem instilutus cral, sed niaucro ac pei'scvcvarc, donec ipsa Ecclciiu manct. (Lib. II, c. xii.)

LE SOUVEuaW ï'Or?'k'IFE. 29

Ciir.isT revêtait Pierre ne devait pas passer de lui aux autres ; car il est certain que le Sauveur a établi son Église pour qu'elle durât toujours. 11 est donc évident que ceux qu'il établit dans le ministère étaient dans une condition telle, que leur pouvoir devait passer à leurs successeurs pour le bien de l'Eglise jusqu'à la fin du monde, surtout quand il dit luimême : Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. Ainsi se trouve condamnée l'erreur présomptueuse de certaines personnes qui tachent de se soustraire à la soumission et à l'obéissance dues à Pierre, en ne reconnaissant pas son successeur, le Pontife Romain, comme Pasteur de l'Eglise universelle * . »

C'est enfin ce que, dans son beau langage, proclamait Dossuet devant les prélats courtisans de iC82, les arrêtant sur la voie du schisme : « Qu'on ne dise point, s'écriait-il, qu'on ne pense point que ce Ministère de saint Pierre finisse avec lui : ce qui doit servir de soutien à une Église éternelle ne peut

• Oslendcbatur potestas clavium per Petrum ad alios derivanda ad conservandam Ecclesia3 uiiitaleni. Non potest autem dici quod, et si l'elro hanc dignitatem dederit, per cum lamen ad slios non derivatur... Manifestum est euim quoJ Giiristus Ecclesiam sic insliluit ut esscl usque ad finem saiculi duratura... Jfanifestum est igitui- quod ita iilos qui tune erant, in minii^terio instiluit, ut eorum potestas derivarctur ad posteros pro ulilitatc EcclcsiiC usque ad linem s;cruli, prœscitim cuiii ^^se ûical : Eccc erjo vohiscum summque nd consnmmaiionem sxculi. Per hoc autem cxcludilur quorumdam pr^esumpluobus enor, qui se subducerc jiiluntur ab ol)edii'nlia et subjeclionc Pétri, successorcm ejus Uomanuin Pontiriccui universalis Ecclesiae Paslorem non recognosccutes. {Sum. coiilra Gcnl., 1. IV, c. lxxvi.)

jamais avoir de fm; Pierre vivra dans ses successeurs ; Pierre parlera toujours dans sa Chaire ; c'est ce que disent les Pères, c'est ce que confirment six cent trente Évêques au Concile de Chalcédoine *. » Et il ajoute dans un autre endroit : « Cette parole, Affermis tes frères, n'est pas un commandement que Jésus-Christ fasse en particulier à saint Pierre, c'est un office qu'il érige et qu'il institue dans son Église à perpétuité... Il devait toujours y avoir un Pierre dans l'Église, pour confirmer ses frères dans la foi : c'était le moyen le plus propre pour établir l'unité de sentinîtnts que le Sauveur désirait avant tout... Dès là, Seigneur, vous avez tellement disposé les choses, que les successeurs de saint Pierre, à qui on donna par excellence le nom de Papes, c'est-à-dire celui de Pères, ont confirmé leurs frères dans la foi ; et la Chaire de saint Pierre a été la Chaire d'unité, dans laquelle tous les Évêques et tous les fidèles, tous les Pasteurs et tous les troupeaux se sont unis. Que vous rendrons-nous, ô Seigneur, pour toutes les grâces que vous avez faites à votre Église par ce Siège? C'est là que la vraie foi a toujours été confirmée... Partout rautorilé de ce grand Siège est à la tête de la condamnation et de l'extirpation des hérésies. La foi romaine a toujours été la foi de l'Église... et tous les successeurs de Pierre sont un seul Pierre *. »

• Sermon sur l'unilê de l'Éylise.

- Méditalions sur iivanuil(.~Cçi b«U«s parole» sentçnt l'Évan-

Cette Iransmissîoîi du Souverain Pontificat de saint Pierre à tous les Évêques de Rome, ses légitimes successeurs, est un droit et un fait historique reconnu dans tous les temps. Nous entendions tout à l'heure le Pape Pie VI constater cette tradition et la déclarer dogme de foi. En Orient comme en Occident, partout et toujours, les chrétiens ont cru cela.

Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, saint ^ean Chrysoslome, Archevêque de Constantinople, disait au nom des Églises orientales : « Par ces paroles, Pais mes agneaux et mes brebis, le Christ confiait le soin de son troupeau, non-seulement à Pierre, mais encore aux successeurs de Pierre ^ »

Un siècle auparavant, saint Athanase, le grand athlète de la foi contre l'arianisme, écrivait au Pape Félix : « Dieu vous a placé, vous et les Pontifes Apostoliques, vous et vos prédécesseurs, au sommet de la forteresse, et vous a commis le soin de toutes les Églises, afin que vous veniez à notre secours... Vous êtes Pierre, et les colonnes de l'Église, c'està-dire les Évêques, sont affermies sur vous, comme sur leur uniaue fondement^.

gile, et non le gallicanisme. Ainsi aurait dû toujours parler et écrire le grand homme dont notre France est si justement fière.

* Chrislus oves tum Petro, tum Pelri succcssoribus committe- Lat. (Lib. II (le Sacenlotio.)

* Ob id Vos predecessoresque Vestros, Apostolicos videlicet Prfcsules, in summitalc arcis constituit, omniumque Ecclesiarum curam liabere prœcopit, ut nobis succurratis... Tu es Petrus, et super fundamoniiim luiim Ecclesimcolumnrc, id estEpiscopi, sunt confirmati.

Saiut Grégoire de Nazianze, presque contemporain d'Athanase et surnommé le théologien de l'Orient, proclamait également saint Pierre, vivant dans ses successeurs, « le soutien de l'Église, le Prince des Apôtres. » Appliquant au Pontife de Piome ce qu'il dit de saint Pierre : « La foi de l'Église primitive de Rome était droite, écrivait-il, et persiste dans la même droiture ; celle Église resserre par un nœud sacré tout ce que le soleil éclaire, comme il convient au Chei du monde entier, ut universi Prxsidem mundi decet. »

Un autre saint Docteur de l'Orient, saint Maxime, exhortant Pyrrhus, un des chefs de l'hérésie monoihélite, à prouver son innocence devant le Siège Apostolique, ajoutait que « ce Siège a reçu du Verbe incarné lui-même et possède sur toutes les saintes Églises de Dieu dans l'univers entier, l'empire, l'autorité et la puissance de lier et de délier, en toutes choses et en toutes manières'.

En Occident, la même vérité sort de toutes les bouches de la tradition. Ainsi nous entendons saint Pierre Chrytologue, Évêque de Ravenne, mort en 458, déclarer à l'hérésiarque Eutychès, comme chose de notoriété publique, « qu'il doit se soumettre sans réserve à ce qui a été défini par le bienheu-

' Apostolica Sedcs, ob ipso incarnato Dei Verbo... universaiura quae in tolo orbe sunt sanctarum Dei Ecclesiarum, in omnibus et per omnia, percepit et habet imperium, aucloritatem et polestatcm ligandi et solvendi {Opéra S. Maximi Clirysopolitaui, tom. 11.) "

reux Pape de la ville de Rome; parce que saint Pierre, qui vit et préside toujours sur son propre Siège, présente à ceux qui la cherchent la vérité de la foi. Nous autres, dans l'intérêt de la paix et de la foi, nous ne pouvons juger d'une question de foi sans le consentement de l'Évêque de Rome *. »

Un demi-siècle après, saint Césaire d'Arles reconnaissait hautement au Pontife de Rome les mêmes attributions spirituelles que le Christ avait conférées au Prince des Apôtres, « Comme l'épiscopat prend son commencement dans la personne du bienheureux Apôtre Pierre, écrivait-il au Pape saint Symmaque, il est nécessaire que Votre Sainteté, par ses décisions, apprenne manifestement à chaque Église ce qu'elle doit observer -. »

Saint Léon le Grand, qui gouverna l'Église de Rome avec tant de gloire pendant vingt ans, et qui, en 452, la sauva miraculeusement des fureurs d'Attila, enseignait, comme une vérité fondamentale et reconnue dans tout le monde chrétien, que « le privilège et le ministère de Pierre est une institution

* In omnibus autcm hortamur te, ut liis quse a beato Papa romanaî civitatis scripla sunl obeilienter atlendiis. Quoniam Lealus Pelrus, qui in propria Sede vivit et prcesidet, pra:stat quairentibus fidei verilalem. Vos enim, pro studio pacis et lldci, exlra consensura romanaî civitati* Episcopi, causam fidui audiie non possumus. (Epist. ad Eulij.)

* Sicut a pei'iona beati Pelri Aposloli epiîcopalus sumit inilium, ila nccesse est ut, disciplinis competentibus, Sanctitas Veslra singuliâ Ecclenis, quid observare debeant, evidecter oslendat. (Labbe, Concil., tom. IV.)

permanente *... Car la solidité de la foi qui a fait la gloire du Prince des Apôtres, demeure à perpétuité; et, comme la foi de Pierre dans le Christ est un fait qui demeure, ainsi demeure à tout jamais le ministère que le Christ a institué en la personne de Pierre®. »

A l'un des anniversaires de son élévation au Pontificat, ce grand et saint Pape terminait ainsi son homélie : « Donc, mes frères bien-aimés, il est juste et convenable de célébrer la fête qui nous rassemble en ce jour, afin que dans mon humble personne vous sachiez voir et honorer Pierre, qui ne cesse de veiller à la fois sur tous les Pasteurs et sur tout le troupeau confié à sa sollicitude; Pierre, dont la dignité demeure entière même en son indigne héritier^. Béni soit le Roi éternel, notre Rédempteur et Seigneur Jésds-Christ, qui a donné une si magnifique puissance à celui qu'il a constitué Chef de toute son Église; et si de nos jours encore vous Nous voyez faire ou décréter'ce qui est vrai et juste, sachez qu'il le faut attribuer à l'action et à l'assistance de Celui à qui ii a été dit : Et toi, à ton tour, confirme tes frères.

' Manct Pétri privilegium. [Serm. IV.)

* Solidiias enim illius fidei, quœ in Aposlolorum Principe est laudata, perpétua est : et sicut permanet quod in Chrislo l'etrus credidit, ita permanet quod in Pelro Cliristus instituit. (Serm. III.)

^ Itaque, dilectissimi, rationabili ol)sequio celebralur hodierna feslivitas, ut in persona humililatis meae ille iiitelligatur, ill( honorelur, in quo et omnium Pa=lorura sollicitudo cum commendatarum sibi ovium custodia persévérât, et cujus dignitas eliaij in indigno literede non déficit. {Sfrm. 111,)

Oui, il le finit attribuer au bienheureux Pierre, à qu le Seigneur ressuscité a dit trois fois : « Pais mes bre- « bis. » Ce ministère, maintenant encore Pierre l'accomplit sans aucun doute, et, Pasteur fidèle, il obéit au mandat de son Maître *. »

Dans un autre discours d'anniversaire, saint Léon constatait de nouveau le même point de doctrine : « Le bienheureux Pierre, dit-il, ne cesse d'être l'Évèque de son siège, et il partage avec le Prêtre éternel un ministère qui ne peut s'interrompre. Cette immutabilité que le Cluist, pierre angulaire, a communiquée à son Apôtre en le faisant Pierre, s'est également transmise à ses successeurs ^. »

Les Pères du Concile œcuménique de Chalcédoine, en 451, n'exprimaient donc qu'une tradition universelle, certaine, non contestée, quand ils appelaient le même Pape saint Léon, « le Chef de toutes les les Éghses, le successeur du bienheureux Apôtre Pierre, la pierre et le rempart de l'Église catholique

* Gralias agenfes sempiterno Régi Redemplori nostro Domino Jesu-Cbristo, quoJ tanlam potenliain dédit ei quem tolius Ecclesiae Principem fecit, ut si quid etiam nostris temporibus recle per Nos agitur, recte disponilur, illius operibus, illius sit gubernaculis deputandum, cui dictum est : El tu coiiversus conûrma fralres tuos; et cui post resurrectionem suam Dominus ad trinam aiterni amoris professionem, myslita insinuatione ter dixit : f'ascc oves meas. Quod iiunc quoque procul dubio [acit, et mandutum Doniini pius Pastor essequitur. iSerm. IV.)

* lieatissinius Petrus Sedi sua; prceesse non dcsinit, et indeficiens obtinct cum ajlerno Sacerdole consortium. Solidiias enim illa quara de Pelra Cliristo etiam ipse Pelra factiis accepii, in suos quoque se tranjfudii ha;redes. (^'erni. V.)

et le fondement de la vraie foi ' ;» quand, à la lecture d'un décret du Pontife Romain, ils s'écriaient d'une voix commune : « Pierre a parlé par la bouche de Léon, PetnisperLeotiemlociitiis est;)) enfin quand, dans leur lettre synodale, ils lui écrivaient « qu'il était constitué pour tous l'interprète du bienheureux Pierre, beatiPetri omnibus constitîUus interpres.))

Peu d'années auparavai'it , en l'année 451, le Concile général d'Éphèse avait, du reste, solennellement proclamé la même doctrine, en déclarant que (c saint Pierre vit encore aujourd'hui et qu'il vivra toujours dans ses successeurs, sanctus beatissimusqiie Petrus ad hoc usque tempus et semper in suis sîiccessoribiis vivit. »

Ainsi ont parlé tous les Conciles, ainsi tous les Papes, ainsi tous les siècles chrétiens, et saint François de Sales, non moins profond en doctrine que ravissant en charité et sainteté, ne faisait que résumer l'Évangile et la tradition lorsqu'il concluait: « Tout cecy n'a pas eu lieu seulement en sainct Pierre, mais en ses successeurs; car, puisque la cause demeure, l'elfet demeure; l'Église a toujours besoin d'un Confirmateur qui soit permanent, auquel on puisse s'adresser pour trouver un solide fondement, que les portes d'enfer, et principalement l'erreur ne puisse renverser ; il faut que son Pasteur ne puisse

* Caput omnium Ecclesiarum..., successor beatissimi Peiri Apoiloli, Petra et ci'epido Ecclesia; catholicae et recl«; fidci fun^ damenlum.

conduire à l'erreur, ny nous porter au mal : les successeurs de saint Pierre ont seuls ces privilèges, qui ne suivent pas la personne, mais la dignilé et la charge publique de la personne *. »

Rien n'est donc plus incontestable, plus certain en droit et en fait, que cette vérité sur laquelle repose toute la Papauté, et par conséquent toute l'Église, et par conséquent toute la Religion chrétienne, à savoir que l'Évêque de Rome, par cela seul qu'il succède à sahit Pierre sur le Siège de Rome, est l'héritier du Souverain Pontificat et de toutes les promesses divines faites par le Christ au Prince des Apôtres;

* Controverses, discouiè u.

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