CHAPITRE V
Qae l'autorité saprSme et infaillible du Pontife Homain
a été reconnue dans l'Église
dès les premiers siècles, partent et tonjoars.
Le Vicaire du Christ a commencé l'exercice de son autorité souveraine immédiatement après l'Ascension, et le Pape Pie IX, deux cent cinquante-huitième successeur de Pierre, ne fait aujourd'hui que continuer ce ministère évangéliqueet apostolique. 11 est instructif et intéressant de recueillir tout le long des siècles les graves témoignages des Pères et des Docteurs, des Papes et des Conciles œcuméniques, attestant jusqu'à l'évidence que nos pères ont cru ce que nous croyons, et que, dès l'origine, l'Église de Notre-Seigneiir a été non-seulement catholique, c'est-à-dire universelle, mais encore une et apostolique, c'est-à-dire romaine.
Entre mille passages tombés de la plume des antiques Docteurs, nous extrairons d'abord quelques échantillons plus saillants de celte tradition magnifique, dont le recueil complet formerait de gros volumes; puis nous rapporterons avec un soin particulier les témoignages principaux que nos Églises de
France ont rendus à la Chaire de saint Pierre ; nouï verrons ensuite avec quelle puissante certitude les Souverains Pontifes eux-mêmes ont affirmé l'autorité qu'ils tenaient de Dieu ; enfin, cette couronne traditionnelle sera complétée par les affirmations les plus absolues, les plus solennelles des Conciles œcuméniques.
Commençons, dans un premier chapitre, par citer les extraits de la tradition des Pères et des anciens Docteurs.
La tradition catholique relative â l'autorité du Souverain Pontife a pour premier document le livre inspiré des Actes des Apôtres. Ce livre divin, écrit à Rome par saint Luc, est la première page de l'histoire de rÉslise. Il pourrait être appelé l'Evangile de saint Pierre et de saint Paul. Il commence à PAscension et au Cénacle ; sa seconde partie, consacrée â l'apostolat de saint Paul, laisse briller dans tout son éclat la première partie, consacrée aux origines du pontificat de saint Pierre. Les douze premiers chapitres ne parlent pour ainsi dire que de saint Pierre et le mellent sans cesse en relief comme le Chef de tout le corps, comme la maîtresse branche de l'arbre naissant. On le voit d'abord proposer, diriger et ordonner l'élection de saint Mathias, successeur du traître Judas dans le Collège Apostolique, Le matin de la Pentecôte, dès que l'Église est officiellement constituée par le Saint-Esprit, c'est Pierre
iO LE SOUVERAIN PO.NTlfE,
qui le premier prêche l'Évangile, annonce Jésus au monde, expose les Écritures, convertit et baptise les premiers fidèles; c'est lui qui le premier fait un miracle au nom de Jésus-Christ et proclame jusque dans l'intérieur du temple la divinité du Sauveur ; c'est lui seul qui, rempli du Saint-Esprit, répond, au nom de toute l'Église, aux Juifs du Sanhédrin, aux premiers persécuteurs ; c'est Pierre qui reçoit les dons des fidèles, premier pouvoir temporel de l'Église, et qui punit de mort Ananie et Saphirc, les premiers contempteurs de ce pouvoir ; c'est lui qui, par son ombre et par son seul passage, guérit toutes les infirmités des premiers chrétiens, et qui préside aux miracles non moins qu'à la doctrine et au gouvernement de l'Église primitive ; les autres Apôtres semblent s'effacer devant Pierre, comme maintenant encore nos vénérables Évêques devant la majesté du Pape; et ceci est d'autant plus remarquable dans le livre des Actes, que chacun des Apôtres avait reçu de Dieu l'infaillibilité doctrinale et le plein pouvoir de fonder et de constituer des Églises par toute la terre, ministère extraordinaire qui devait finir avec eux et qui est l'essence du ministère ordinaire et permanent de saint Pierre seul et de ses successeurs jusqu'à la fin du monde. C'est pour cela, disons-le en passant, que le Siège épiscopal de Piome est le seul Siège Apostolique, et que l'Église n est apostolique que parce qu'elle est romaine et gouvernée par saint Pierre.
Pierre nous est encore montré dans les Actes comme anathématisant les premiers simoniaques; comme ressuscitant les morts, le premier après Jésus. C'est à lui que le Saint-Esprit adresse le centurion Cornélius, le premier païen qui ait reçu le baptême, et c'est encore Pierre qui lui administre, ainsi qu'à toute sa famille, le sacrement de la régénération. Enfin c'est saint Pierre, c'est le Chef des chrétiens, que le tyran Hérode arrête et emprisonne, et veut mettre à mort pour anéantir le Christianisme naissant; mais « toute l'Église se met en prières jour et nuit pour son Pasteur, et un Ange le délivre miraculeusement. » — Ainsi, dit Bossuet, ou phitôt saint Chrysoslome que Bossuet ne fait ici que traduire, ainsi saint Pierre paraît le premier en toutes manières : le premier à confesser la foi, le premier dans l'obligation d'exercer l'amour, le premier de tous les Apôtres qui voit Jésus-Ciirist ressuscité des morts, comme il en devait être le premier témoin devant tout le peuple; le premier quand il fallut remplir le nombre des Apôtres, le premier qui confirma la foi par un miracle ; le premier à convertir les Juifs, le premier à recevoir les gentils : le premier partout : Tout concourt à établir sa Primauté'.
Quant à saint Paul, avant de commencer ses prédications, il se rend à Jérusalem « pourvoir Pierre;.» il y vint pour le contempler, l'étudier, dit saint Jean
• Sermon s-:r l'unilê de l'Èylise.
Clirysoslome, et le voir, comme plus grand, aussi bien que plus ancien que lui; le voir néanmoins, non pour être instruit, lui que Jésus-Christ instruisait lui-même par une révélation si expresse, mais afin de donner la forme aux siècles futurs, et pour qu'il demeurât établi à jamais que, quelque docte, quelque saint qu'on soit, fùt-on un autre saint Paul, il fautvoir Pierre ^(( Saint Paul parle d'aller voirPierre, dit encore à ce sujet le prêtre Victorinus (docteur presque contemporain du Concile de Nicée); car si les fondements de l'Église sont fondés sur Pierre, Paul, à qui toute chose avait été révélée, savait qu il était obligé devoir Pierre à cause deTauloritéquilui avait été remise, et non pour apprendre quelque chose de lui. » « Il va voir Pierre à Jérusalem, dit Tertullicn, pour remplir un devoir et satisfaire à l'obligation de la foi. ))« Il devait désirer de voirPierre, disent saint Ambroise et saint Hilaire, parce que c'était l'Apôlre à qui Notre-Seigneur avait délégué le soin de toutes les Églises, et non qu'il pût apprendre quelque chose de lui. » « Il n'alla pas pour apprendre, dit saint Jérôme, mais pour faire honneur au premier des Apôtres. )) « Il n'avait pas besoin, dit Thcodoret,de lui demander des doctrines qu'il avait reçues de Difu, mais il rend un honneur convenable à son chef-. » C'est ainsi que Pierre est regarde comme Pontife et
* Sermon mt t'uuiié.
* V. l'infiiillilulilê, j.iai îl. de saint Loimet.
LE SOUVERAIN PONÎIFË. 43
Apôlre suprême par tous les Apôtres et par celui-là même qui, choisi directement et miraculeusement par le Sauveur, semblait devoir faire exception à la loi delà commune obéissances Ces grands et saincts Aposlres, écrit admirablement M. Olier, quoique tout possédés du Sainct-Esprit en plénitude, demeuroient pourtant soumis à Jésus-Christ dans sainct Pierre, leur Prkice, que saint Paul venoit consulter comme celuy qui avoit assurance infaillible, et sûreté entière de Jésus-Christ, de n'errer jamais, ny de démentir la foy *. »
Si, plus tard, il arrive à saint Paul de « résister une fois en face à Pierre,» cet acte de liberté apostolique ne lésait en rien le principe de l'autorité suprême du Prince des Apôtres, Paul ne reprochant à son Chef et à son frère que trop de bonté, trop de condescendance pour les personnes. Maintes fois dans l'Église il est arrivé à de saints Evêques et même à de simples fidèles de parler aux Papes avec celte énergique liberté ; tel saint Bernard devant Eugène 111, sainte Catherine de Sienne devant Grégoire XI, etc.
Ajoutons encore, avant de quitter la personne même du premier Pape, une remarque importante de saint Jean Chrysoslome au sujet de certains passages où saint Pierre paraît consulter les autres Apôtres et condescendre à leur avis ; par exemple, dans l'élection de saint Malhias. « Pierre, sans aucun
1 Manuscrits inédits.
il LE SOUVERAIN PONÏIFE.
doule, dit le grand Docteur, aurait pu f;iire ce clioii à lui tout seul, attendu que le Seigneur, par ces paroles : Conjirme tes frères, avait placé tous les autres sous sa main. Toutefois, par condescendance, il en remit le jugement à la multitude, afin de lui rendre plus vénérable celui qu'elle choisirait ^)) Samt Grégoire de ISysse lait la même observation.
Pendant les deux premiers siècles de l'Église, les Pontifes aussi bien que les fidèles écrivirent peu ; ils étaient occupés à prier, à souffrir et à mourir sous le glaive des persécuteurs. C'est ce qui explique, avec les destructions inévitables du temps, la rareté des documents écrits relatifs à celte ère sanglante. Et puis, comme le dit si judicieusement le comte de Maislre, dans les choses humaines, même quand les institutions sont divines, « rien de grandn'a de grands commencements. Une foule de savants écrivains (protestants) ont fait, depuis le seizième siècle, une prodigieuse dépense d'érudition pour élablir, en remontant jusqu'au berceau du christianisme, que les Évcques de Rome n'étaient pas, dans les premiers siècles, ce qu'ils furent depuis ; supposant ainsi, comme un point accordé, que tout ce qu'on ne trouve pas dans les temps primitifs est abus. Or
♦ Qiiid cr;:o? an rolnim ipsiim eligcre non liccbat? Licebat u'.ique... iluiiitudini perniitlil judiciuni, eos qui eligebanlur ve~ nerandos re.ldcns... l'rnnus aiiclorilaleni liabei in negolio, ul cui omncs comniiïjj fucraïU. Unie cniin Chrislus dixcrai : lit lu aliiluain)ocouvcibUs,couliiiua fratrcs luo». (/» Acl. A^o^t., liom.lll.)
je le dis sans le moindre esprit de contention, et sans prétendre choquer personne, ils montrent en cela autant de philosophie et de véritable savoir que s'ils cherchaient dans mi enfant au maillot les véritables dimensions de l'homme fait. C'est une pitié de voir d'excellents esprits se tuer à vouloir prouver par l'enfance que la virilité est un abus, tandis qu'une institution quelconque adulte en naissant, est une absurdité au premier chef, une contradiction logique ^ » Cette observation donne un prix tout particulier et un poids considérable aux antiques monuments de la tradition sur la Papauté. On trouve déjà dans le visage d'un enfant les hgnes principales et les traits qui le caractériseront un jour. Dans la Papauté, nous allons remarquer cette mêmeanalogie, et nous allons voir combien elle s'est toujours ressemblée à ellemême, dans les catacombes romaines et sous la tiare splendide de ces derniers siècles.
Un des premiers Pères qui ait labsé des livres dogmatiques est l'admirable saint Irénée, Évêque de Lyon et martyr ; il était né à Smyrne, en Asie Mineure, et avait été disciple de saint Polycarpe, Évèque de Smyrne, disciple lui-même de l'Apôtre saint Jean. Irénée, qui termina sa glorieuse vie dans les Gaules, est à la l'ois témoin de la doctrine de l'Orient et de l'Occident au sujet du Pontilicat Romain. Dans le
Principe générateur, g 23.
troisième livre de son magnifique Traité des hêrêsieSy il rappelle dans les termes les plus explicites la suprématie de l'Église Romaine. « Quand nous exposons, dit-il, la tradition que la très-grande, trèsancienne et très-célèbre Église Romaine, fondée par les Apôtres saint Pierre et saint Paul, a reçue des Apôtres et qu'elle a conservée jusqu'à nous par la succession de ses Evoques, nous confondons tous les hérétiques, parce que c'est avec celte Église que toutes les Églises et tous les fidèles qui sont par toute la terre doivent s'accorder, à cause de sa principauté suréminente, et parce que c'est en elle que ces mêmes fidèles, répandus par toute la terre, ont conservé la tradition qui vient des Apôtres *. » Dans ce texte célèbre, remarquons que saint Irénée ne fait que constater un point de doctrine connu et reconnu de tous les chrétiens; ce qui donne à son témoignage un poids bien plus considérable encore. Il rappelle ensuite le nom des premiers Souverains Pontifes, successeurs de saint Pierre ; curieux et irréfragable monument de l'histoire primitive de la Papauté, qui confond toutes les négations proies-
* Maximic et antiquissim», et omnibus cogniloe, a gloriosissimis duolius Apostolis Petro et Paulo Ronianaî fundatae et conslitulaî Ecclesiae, eam quam habet ab Apostolis traditionem, per ïuccesàiones Episcoporum pervenientem usque ad nos indicantes, conl'undimus omnes eos, qui praeterquani oporlet coUigunt. Ad hanc enim Ecclcsiam propter poteulioreni principalitatem necesse est omnera coiivenire Ecciesiara, hoc est, eos qui suiit undique fidèles, in quo semper conservata est ea quœ est ab Apo- Itolis traditio.
tantes. Un petit pasteur protestant de Paris n'avaitil pas naguère l'impudence de me dire à moi-même que « saint Pierre n'avait jamais été à Rome, et qu'avant saint Grégoire le Grand, en l'an 600, on ne trouve dans l'histoire aucune trace de la Papauté ! » Saint Irénée ajoute donc, immédiatement après le beau passage que nous venons de lire : a Les bienheureux Apôtres Pierre et Paul, fondant et constituant l'Église, en confièrent donc le gouvernement aux mains de Lin ; à Lin succéda Anaclet. Après lui, en troisième lieu, vint Clément, qui vit la personne même des Apôlres, qui conféra avec çux ; il exerça l'épiscopat quand leurs voix sacrées retentissaient encore ; il avait ainsi devant les yeux et la prédication et la tradition apostoliques, et non-seulement lui, mais beaucoup d'autres qni avaient été enseignés par les Apôtres ' ; )' et Irénée rappelle comment le schisme de Corinthe fut apaisé par l'autorité de saint Clément et par « les Irès-pnissantes lettres de l'Église Piomaine ; et per potentissimas Ecçlesix Romanx lilleras. » Continuant la série des successeurs de saint Pierre jnsqu'à saint Éleuthère, sous le Pontificat duquel il écrivait, il ajoute : « A Clé-
* Fundaiites igitur et instruentes beati Apostoli Ecclesiam, Lino opiscopalum atlministrancl^c Ecclesiaî tradideiunt... SucCedit autem ei Anaclctus ; poit eum tertio loco ali Apostolis epifcopatum sorlitur Clemcns, qui et vidit ip!;o= Apo^tolos, et conlulil cuiu cis, et cum udliuc insonantem prœdicalionem Aposlolorum et iraditioiiem anle oculos hubeiet, non soins, adhuc enim mult siipererant tune ab Apoitolis docli.
tî LE SOUVERAIN PONTIFE.
ment succède Évariste, à Evariste, Alexandre; et ensuite, le sixième depuis les Apôtres, Sixte, puis Télesphore, puis Hygin, puis Pius, puis enfin Anicet. Et après que Soter eut succédé à Anicet, vint Éleuthère,qui occupa le Siège Apostolique le douzième après les Apôtres. C'est par cette hiérarchie et pai cette succession que la tradition Apostolique et la prédication de la vraie foi de l'Église est parvenue jusqu'à nous*. »
Que dirait-il donc aujourd'hui, si au lieu d'une liste de douze il pouvait opposer aux hérétiques les noms de deiix. cent cinquante-huit successeurs de saint Pierre!... Enfin, saint Irénée déclare que son maître, le bienheureux Polycarpe, lui avait dit maintes fois que telle était la vraie et pure doctrine et l'enseignement de l'Apôtre saint Jean.
Ce passage de saint Irénée, ne compense-t-il pas largement la perte ou l'absence des documents des premiers âges de l'Église? 11 disait ces paroles vers l'an 180.
Très-peu d'années après, Tertullien, encore orthodoxe, écrivait au sein des Églises d'Afrique : « Rien a-t-il pu être caché à Pierre, lui qui fut ainsi nommé
* Huic autem Clemcnti succedit Evariitu?, et Evaristo Alcxander, ac deinceps sextus ab Aposlolis constilulus est Sixtus, et ab lioc Telesphorus ..; ac deinceps Hysiiius, post l'ius, po^l qucm Aiiicelus. Cum autem succeisisset Anicelo Soicr, nunc duoducimo loco episcopatum habet Eleulheriuà. Ilac ordiiiatiotie et succèssione, ea quae est ab Aposlolis in Ecclesia Iraditio et vcrilalis prœconulio pervenit usque ad tics.
parce qu'il était constitué pierre fondamentale de l'Église; lui qui avait obtenu les clefs du royaume des deux, avec le plein pouvoir de lier et de délier dans le ciel et sur la terre ^?» Tertullien nous dit « de ne pas oublier que le Seigneur a laissé les clefs de son royaume à Pierre, et par Pierre à l'Église ^ » Après sa chute, au commencement de sou Traité sur la Pudeur, il s'indigne contre un décret du Saint- Siège qui permettait d'absoudre du crime de fornication les pécheurs repentants : « J'apprends, s'écrie-t-il, j'apprends qu'on vient de lancer un édit, et un édit péremptoire, et que le Souverain Pontife, c'est-à-dire l'Évêqi'.edes Évèques, ose dire : Moi je remets aux pécheurs qui en auront fait pénitence, même les péchés d'impureté et de fornication. Ûb ! le détestable édit 5, » etc. Ces litres de Souverain Pontife, d'Évèque des Evèques, ont une singulière valeur dans la bouched'uu pareil ennemi. Un peu plus loin, Tertullien, parlant encore de l'Évèque de Rome, l'appelle « le Saint-Père, benedidum Papam, » il lui donne le titre « d'Aposlolique, apostolicum , » épithète qu'il avait également donnée au Pape saint Éleuthère
* Laluit aliquiJ IVli'um, a;dificandaî Ecclcsiic pelram diclum, claves regni cœlorum conseculum, et solvcnrii et alliyandi in cœlis et in terris polestatera? (De Prxscript. xxxii.)
- Mcmciito Doininura claves Petro, et, per eum, Ecdesia; reliquisse. tScorpUice.)
* Audio cliam edictum esse propositum, et quidem ]icremplorium, Ponlifei scilicet Masiuius, quod est, Episcopus Episcoporiim, edicit: Ego et mœcliiaî et fornicntionis delicia, pœuileutia funclis dimiUu. 0 ediclum, etc.
dans gon livre des Prescriptions. Il est donc éNàdent que, dès cette époque, l'Évêque de Rome était reprdé partout comme le chef de la chrétienté, comme Souverain Pontife, et com.me l'Évêque de tous les Évêques.
Origène, qui naquit à Alexandrie en Egypte, l'an 185, appelle saint Pierre, toujours vivant dans sa Chaire, « le grand fondement de l'Église, magnum Ecclesix fiindamenium, » et « la pierre trèssolide, petra solidissima. » Il ajoute que, « si les puissances de l'enfer pouvaient prévaloir contre cette pierre sur laquelle l'Église est bâtie, elles prévaudraient manifestement contre l'Eglise elle-même *. »
Saint Cyprien, Évêque de Carthage, écrivait à la même époque : « Sur Pierre, et sur lui seul, Jésus- Christ a fondé son Église. Pour manifester l'unité, il a établi une Chaire unique, et c'est lui qui, par son autorité, a disposé les choses de telle sorte que l'unité de l'Église ait son principe en un seul Chef. La suprématie est donnée à Pierre, pour montrer qu'il n'y a qu'une Église et qu'une Chaire. Celui qui abandonne la Chaire de Pierre, sur laquelle est fondée N'Église, peut-il se flatter d'être dans l'Église-?.,.
♦ Si praevalerent (portx inferorum) adversus pelram, in qua Ecclesiafundala erat, contra Ecclesiam item praevalerent. (Hom. ï. In Mallh.)
* Super illum (Petrum) unum aediflcavit Ecclesiam suam... Ut unitatem mauifestaret, unam calhedrara constituit; unitali ejus» dcra origiuem ab uno incipienlem sua auctoritate disposuit. Primalus Pelrodalur, ut una Ecclesia, et cathedra iina ministrelur...
LE SOUVERAIN PONTJFE 5i
Où ira-t-il, celui qui a soif? Sera-ce chez les hérétiques, où il n'y a ni fleuve ni source d'eau vive? Ne s'adressera-t-il point à l'Éylise , qni est une, et qui a été fondée par la parole du Seigneur sur un seul, lequel a reçu les clefs? Car c'est d'abord Pierre, sur qui il a bâti son Église, et en qui il a institué et manifesté le principe de l'unité, que Notre-Seigneur a donné cette puissance, que tout ce qu'il délierait sur la terre serait délié dans le ciel '. »
(I Le soleil, ajoutait-il ailleurs, a des rayons multiples, et une lumière unique ; l'arbre a des rameaux nombreux, et un seul tronc qui repose sur la force de la racine ; l'eau qui jaillit d'une source unique se divise en mille petits ruisseaux ; ainsi, dans l'Église, l'unité se maintient dans la source malgré les subdivisions que produit la fécondité surabondante des eaux 2. »
Parlant au Pape saint Corneille de certains hérétiques qui en avaient appelé au Saint-Siège, saint
Qui caihedram pétri super quam fundala est Ecclesia, deserit, in Ecclesia se esse confulit ! (be uiiilate Ecclesix.)
^ Quo vcntiirus est qui siiit? L'trumne ad h:crelicos, ubi foDS etfliivius aquœ omnino uoo est? An ad Ecclebiam quœ una est, et super un\;m qui et claves ejusaccepit Dùinini voce rundata?Nam Pelio primuni Dominus, sujierqueni a^dilicavil Ecclosium, et undc iinitalis origiiiem insliluit etoslendit, poleslalem istam dedil, ut id solveretur in cœlis, quod ille solvissct in terris. (Epist. nxiii.)
* Quomodo solis mulli radii, sed lumen iinum; et rami arboris mulli, sed robnr unum lenaci radiée funlalum : cl cuin de uiio rivi plurimi dcfluunt, numerositas licel diffusa videaUir, exiindaniis copia: largitate, unitas tamen servatur in origine. (De uni' laie Ecclesix.)
82 LE SOUVEUAZiN PO.MIFE.
Cyprien dit encore : « Us osent naviguer vers la Chaire de saint Pierre , vers l'Église principale d'oiî est sortie l'unité sacerdotale. « Être en communion avec vous, c'est être en communion avec l'Eglise catholique *. )' Enfin, il se félicite d'avoir exhorté les fidèles à révérer dans l'Église Romaine « la racine et la mère de l'Église Catholique, ut Ecdesix catholicx radicem et matricem agnoscerent.)) Ces témoignages de saint Cyprien sont d'autant plus significatifs, que, dans la querelle des i^ehaptisantSf il se révolta momentanément, dit-on, contre les décrets du Siège Apostolique ; erreur, dit saint Augustin, que Dieu lui aura sans doute pardonuée à cause de son martyre.
Ainsi pensait, ainsi parlait de la Papauté l'Église des catacombes ; et nous verrons plus loin le Concile œcuménique de Nicée proclamer hautement, comme un fait traditionnel, constant, apostolique, l'autorité suprême du Siège Romain. — Dans les vénérables peintures des catacombes, on retrouve également les vostiges bien précieux de cette croyance de nos pères : tJle, par exemple, cette peinture, que j'ai eu le bonheur de contempler de mes propres yeux, et même de copier, dans une des chapelles principales du cimetière souterrain de Suint-Calixte, oii saint Pierre est représenté sous la figure de Moïse, tenant à la
♦ Navigare audent, et ad Telri cathedram, atque ad Ecclcsian^ pirncipalcinuiule, uiiilas saceidotalis exorla e:l (Episl. lv.)
LE SOCVtRAIN PONTIFE. 53
main la verge du commandement , et frappant le rocher, (symbole du Christ), d'oià jaillit l'eau miraculeuse, (symbole de la grâce). Pour qu'on ne s'y méprenne pas, sur la tête du Moïse de la Loi nouvelle est écrit le nom mystique du Souverain Pontife, Petrus. Cette même figure dogmatique se retrouve dessinée en filets d'or sur plusieurs calices de verre, également trouvés au milieu des débris des chapelles souterraines des trois premiers siècles. En 1852, pendant mon séjour à Rome, on a découvert, dans les fouilles de cette même catacombe de Saint-Calixte, la chapelle papale des onze premiers Papes du troisième siècle. On a retrouvé là, et j'ai vu moi-même, dans un excellent état de conservation, les tables de marbre qui avaient recouvert les reliques de ces glorieux martyrs (transférées dans les Basiliques de Rome lors de l'invasion des Lombards), et qui portent leurs noms en latin ou en grec. En 1855 et 1856, on a découvert deux autres catacombes encore plus intéressantes, s'il est possible, et datant, l'une, de la persécution de Domitien, quinze ou vingt ans après le martyre des saints Apôtres Pierre et Paul ; l'autre, du commencement du second siècle et de la persécution de Trajan. Dans cette dernière se trouve le tombeau du Pape saint Alexandre. Sauf deux ou trois exceptions, les quatorze premiers Souverains Pontifes ont été déposés après leur martyre dans la catacombe vaticane, autour de la crypte et à l'endroit même où a toujours reposé et où repose encore le bien-
54 LE SOUVERAIN POJiTIFE.
heureux martyr et Prince des Apôtres, saint Pierre, premier Vicaire de Jésus crucifié. Sous Grégoire XVI, dans une fouille qui malheureusement n'a pas été suivie, on a pu voir la pierre tombale de saint Lin, premier coatljuteur et successeur de saint Pierre; on y lisait, gravées en grands caractères, ces simples paroles : Linus , Episcopds et martyr. — On ne saurait dire quelle profonde impression religieuse produit sur un chrétien la vue de ces vestiges vénérables. Elle a suffi maintes fois pour décider la conversion de protestants éclairés. Les catacombes sont une démonstration lumineuse de la foi catholique.
Après les persécutions, dès que l'Église put respirer et parler, elle professa par la voix de ses Docteurs sa foi et sa soumission traditionnelles touchant la Primauté du Pontife Romain.
Ainsi Grégoire do Nysse, né en Asie Mineure, sous Constantin, en 550, dit que, « par le ministère de Pierre, le Christ a donné aux Évêques le pouvoir des choses célestes* ; » il appelle le Chef de l'Eglise «le Prince du chœur Apostolique, ApostoUci choii Princeps, la pierre ferme et très-solide sur laquelle le Sauveur a édifié son Église ^ »
Saint Jérôme, né.à Rome en 551, lorsque l'ÉgUse sortait des catacombes, et qui passa les quarante
* Perrelium Episcopisdedil clavescoekstium lionorum.
* Firma et solidissima pctra est super quam SaWator Ecclesiam (Dilificavit. (Serm. II.)
dernières années de sa vie au milieu des Églises de la Terre Sainte, témoin de leur foi non moins que de la foi des Églises d'Italie, écrivait, à propos d'un schisme, au Pape saint Damase, vers Tan 575 : « Moi qui ne veux suivre d'autre Maître que le Christ, je suis uni de communion à Votre Béatitude, c'est-àdire à la Chaire de Pierre. Je sais que l'Église a été bâtie sur cette pierre. Quiconque mange l'agneau hors de cette maison est un profane. Celui qui ne se trouve pas dans l'arche de Noé périra dans le déluge. Je ne connais point Vital, je rejette Mélèce, j'ignore Paulin : quiconque n'amasse point avec vous, celui-là dissipe, c'est-à-dire que celui qui n'est pas à Jésus-Christ est à l'Antéchrist. Je viens consulter la Chaire de Pierre... A Rome seulement se conserve intact l'héritage sacré de nos pères. A Rome la terre est féconde et rapporte au centuple le pur froment semé par le Seigneur. Maintenant, c'est dans l'Occident que se lève pour l'univers le soleil de justice ; vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre... Je parle ici au successeur du Pêcheur*.... Au milieu des trois partis qui cherchent
* Ego nulhim prinium, nisi Christum scquens, Beatitudini tuae, id est, calheilrœ Cctri, cominunione consocior. Supei' illaiii l'uliam ."cdificatam Ecclesiam scio. Quicunque extra hanc domuni agnum comedeiit, profanus est. Si quis in ISoe Aica non ruerit, peribil régnante diluvio... Non novi Vitalem, Melotium respuo, ignoro l'anlinum. QuicuiTique Tecum non colligit, spavgil: hoc est, qui Cliristi non e^f, Antecluisli est... Ideo miliiCulliedram l'olri censui consulcndain... apud vos solos intonupta palrum servatur liaïiedilas. Ibi compile torra secundo, Dominici seminis puritatem
à me capter, je ne cesse de m'écrier : Celui-là seul est avec moi qui est uui à lu Chaire de Pierre. Mélècc, Paulin, Yilal, affirment qu'ils sont en communion avec vous; je pourrais le croire, si un seul le disait. 11 y en a deux qui mentent, ou même tous les trois. C'est pourquoi je supplie Votre Béatitude.... de daigner me signifier par vos lettres avec qui je dois ici entrer en communion ^ » Et en expliquant la parole de saint Jean : hœc est fides, etc., saint Jérôme pose catégori([uement le principe général : « La sainte Église Piomaine, qui est toujours demeurée sans tache, demeurera encore dans tous les temps à venir ferme et immuable au milieu des attaques des hérétiques, et cela par une protection providentielle du Seigneur et par l'assistance du bienheureux Pierre*. » Est-il possible, je le demande, de parler d'une manière plus formelle ?
Pendant que saint Jérôme rendait ainsi témoignage à la Chaire de saint Pierre, saint Ambroise, Évêque
centeno fructu refert... Nunc in occidenlc sol juslitiœ orilur... Vos estis lux mumli, vos sal terrœ... Cura successore Piscatoris loquor... (Epist. XV ad Damasum.)
* In très parles scissu Ecclesia ad se rapere me feslinat... Ego intérim clamito, si quisCailiedia;l'eiii jungiîur, meus est. Xieletius,Vilalis, atque l'aulinus Tilii lixreiese dicunt; posscmcredeie si hoc uuus assereret. Nunc aut duo nientiuulur, automnes. Klciico oljtestor Bealiludineni Tuam,... ut miiii iitteris Tuis, apuj quem in Syria debeam communicare, sigoifices. (Epist. xvi aj eumdem.)
* V. la fronce et le Pape; introduction.
LE SOUVERAIN POMIFE. 57
(]e Milan, disait de son côté aux fidèles du nord de rilulie : « Saint. Pierre est le Prince de la foi.... Donc, là oiî est Pierre, là est l'Eglise; et où est l'Eglise, là est, non la mort, mais la vie éternelle. Celui qui, de sa propre autorité, donnait à Pierre la suprématie, ne pouvait-il pas affermir la foi de son élu? Lui qui, en l'appelant Pierre, le déclarait fondement et base de l'Église ' ? » Saint Ambroise disait encore : « Ils n'ont point part à l'héritage de Pierre, ceux qui sont séparés du Siège de Pierre et qui le désolent par des scbismes impies^. » Et il demandait aux empereurs Gratien, Valentinien et Théodose de repousser les hérétiques et de « ne pas permettre que l'on troublât l'Église Piomaine , qui est la tête de tout l'empire, non plus que la très-sainte foi Apostolique; car c'est de l'Église Piomaine que dérivent pour tous les fidèles les droits sacrés de la communion catholique^. ))
L'illustre disciple de saint Ambroise, saint Augustin, Évèque d'Ilippone, tenait le même langage
■• Bealns Pelrus Princeps est lidei... {In Luc. liber V.) Ubl ergo Petius, ihi licclesia ; ubi Ecclcsia, ibi nuUa mors, sed vila aeterna. [lu l'.saim. XL.) Qui propria auclorilate regnuiu dabat, bujus lidem lirmare non polerat, quem quum pelrain dicit, fundamentum Ecclesia; indieavit?
* ^on iiabent Pelri baireditalem, qui Pétri Sedcm non habent, quani iinpia divisioiic discerpunl. [De Pœnil.)
* Tolius orbis Piomani capui Romanain Ecclesiam, alque illam sacrosaiictani .Aposlolorum lidem, ne luri)ari sineret, ob=ecranda fuit Gcnieuiia veslra ; inde ciiim in omnes veneranda; communicnis jura diniananl. {Episl. xi.J
aux Egli^es d'Afrique, alors désolées par le schisme « Il y a bien des motifs, écrivait-il, qui me retiennent à très-juste litre dans le giron de l'Église, J'y suis retenu par la succession des Pontifes, succession non interrompue depuis le pontificat même de l'Apôtre saint Pierre jusqu'au pontificat actueU. Il est vraiment salutaire d'énumérer cette succession qui commence h Pierre lui-même, à qui le Sauveur a dit : Sur cette pierre jebâtirai mon Église, et lespiiissances de l'enfer ne la vaincront pas. En effet, à Pierre a succédé Lin; à Lin, Clément; à Clément, Anaclet; à Anaclet, Évarisle; à Évariste, Alexandre; » etc. Et le saint Docteur nomme ainsi un à un, comme deux siècles auparavant l'avait fait saint Irénée, tous les Souverains Pontifes jusqu'au Pape qui de son temps gouvernait l'Église. Pour saint Irénée, l'an 180, c'était saint Éleuthère; pour saint Augustin, en 598, c'était saint Anastase : « ... à Libùre Buccède Damase; à Damase, Sirice; à Sirice, Anastase-.»— « Qui ne sait, dit-il ailleurs, que la prin-
* Multa sunt quoa in Ecclesiae grernio me justissime retinent: tenel ab ipsa Sede Apostoli Pelri, cui pascendas oves suas Dorniiius coraraendavit usque ad pnosenlem episcopalum, sacerdotum successio. (Conlra episl. Manichxi, cap. iv.)
* Vere saluliriter ab ipso Petio numeramus cui Dominusait: « Super hanc peU'ara aidificabo Ecele;iam meam, tt porla; inferorum non vincout eam. » l'etio eiiim successii Linus, Lino, Clemens; Clementi, Anaclelus; Annc'eto, Evaristus; Evarislo, Alexander; Alcsandro, Sixtus; Sixto, Tclesphorus; Telesplioro, Hyginu?; Uygino, Anicclus; Anicelo, l'ius; Pio, Soler; Soleri. Eleulbeiius; Eleutherio, Viclor; Viclori, Zepliirinus; Zepbirino, Calixtus; Calixlo, Uibanus; Urbano, Pontianus; Pontiano, Anlherus ; An-
LE SOUVERAIN PO>iTlFE. 59
cipfiuté de l'apostolat de Pierre doit passer avant la dignité de tout autre siège épiscopal^? L'Évèciue Cécilien aurait pu mépriser la multitude de ses ennemis, puisqu'il était uni par des lettres de communion à l'Eglise Romaine, dans laquelle la principauté de la Chaire Apostolique a toujours été en vigueur, in qiia semper Âpostolicx Cathedrx vi- (juit pri)icipatus. » Et il explique la puissance de cette principauté : « Le successeur du Prince des Apôtres est la pierre que les portes de l'enfer ne peuvent vaincre. Ce qu'il dit, ce n'est pas lui qui le dit, mais Dieu lui-même, qui a mis dans la Chaire d'unité la doctrine de vérité. Ceux donc qui sont séparés de cette pierre sont sans aucuu doute hors de l'Église; car Jésus-Christ a dit : Sur cette pierre je bâtirai mon Église*. »
Le Pape saint Innocent V% successeur de saint Anastase, en 402, ayant confu'mé les décrets de deux conciles particuliers qui avaient condamné les erreurs de Pelage, saint Augustin prononça ces paroles devenues célèbres : « Sur ce débat deux con-
thcro, Fabianus; FaLiano, Cornélius; Cornolio, Lucius; Lucio, Stephanus; Slephano, Xy.-tus; Xysto, l'ionviius; Dionysio, Félix; l'elici,Eulycliiauus; Eulycliiaiio, Gaiu^; Caio, ilarceliinus; ilarcellino, Marcellus; Marcello, Eusebius; Eusebio, Jliltiades; Jliltiadi, Sylve^k'r; Sylveslro, Jlarcus; Sîarco, Julius; Julio, Liberius; Liberio, Daniasus; Daniaso, Siricius; Siricio, Anastasius. (Epist. lui, ad Generostim.)
■ * Quis illum aposlolatus principatum (nescit) cuilibct episcopaluJ prœfercndum? (De Baplismo, liber 11, cap. ii.) *V. VlnfaiHil'ililé, par M. deSainl-Donnet, c. un.
ciles ont été envoyés au Siège Apostolique ; Rome a parlé, la cause est finie : plaise à Dieu que l'erreur finisse enfin* I » — « Ce n'est pas seulement par le jugement de l'Eglise universelle, écrit-il à Toccasion de ce même schisme, que se décidèrent les causes de la foi, mais encore par l'unique autorité de ce Siège Apostolique, contre lequel les puissances de l'enfer ne prévaudront jamais : et c'est assez, pour appuyer la foi des Églises catholiques, d'avoir le jugement de cette Église oii le Seigneur a voulu que le premier de ses Apôtres fût couronné par le martyre !... Dans les paroles du Siège Apostolique, la foi est si ancienne, tellement fondée, certaine et claire, que ce serait un crime pour des catholiques chrétiens d'élever des soupçons sur ce qu'il enseigne*.
L'hérésiarque Pelage, Anglais de naissance, qui lut avant ses égarements l'ami de saint Augustin, professait ces mêmes sentiments à l'égard du Souverain Pontife, jusqu'au jour oiî Rome et l'Église le condamnèrent. Dans une lettre très-curieuse, écrite par lui au Pape saint hniocent V% il fait cette déclaration, en un sens plus précieuse sous sa plume que sous la plume toujours fidèle du grand Augustin : « Telle est, Très-Saint Père, disait-il en terminant sa lettre, telle est la foi que m'a enseignée l'Église
* Ilac de causa duo concilia missa sunt ad Sedem Aposlolicam inde eliam resciipla renerunt : lioma locuta est, cauia fiuila est ; ulinarn aliqunmlo finiatur eiroi' ! (Serin, csxxii.)
* V. ta France et le Pape, ch. m.
callioliqiic, la foi que j'ai toujours professée et que je professe encore. Si par hasard il s'y élait glissé quelque chose d'inexact et de peu correct, je désire que vous me redressiez, vous qui êtes l'héritier et de la foi et du Siège de Pierre. Que si, au contraire, ma présente profession de foi est approuvée par votre jugement Apostolique, il sera manifeste pour tous mes accusateurs que je ne suis pas un hérétique, et que ce sont eux au contraire qui sont des ignorants et des méchants, voire même des anticathoiiques*. »
Un autre contemporain de saint Jérôme, de saint Ambroise et de saint Augustin, va nous apporter un témoignage non moins péremptoire de la tradition des Eglises d'Afrique. C'est saint Optât, Évêque de Milcve, en Numidie, mort en 584;. « Tu ne peux ignorer, écrit-il à l'évêque schismatique Parménien, tu ne peux ignorer qu'il est dans la ville de Rome une Chaire épiscopale qui a été occupée d'abord par Pierre, le Chef de tous les Apôtres, appelé Céphas, afin que, dans cette Chaire unique, l'unité fût conservée partout, ,et que les autres Apôtres n'eussent pas leur chaire à part ; en sorte que quiconque élève
* lltcc lidcs est, Papa bealissinie, quam in Ecclesia calholica tlidicimus, quanique semper lenuimus et tBiiemus. In qua si minus periliï, aul paninj caule aiiquitl fortassc positura est, emen- «lari cupimus a te, qui Putri et fulem et Scilem lenes. Sin aulcm li'Tc nostra confcssio Aposlolatus lui judicio comprobatur, quicunique me maculare volueril, se imiieritum, vel malevolum, vei cliau* non catlioiicum, non me lia;reticum comprobabit.
une autre chaire contre cette Chaire spéciale est coupable et schismatiiiue. Sur cette Cliaire unique a siégé d'abord Pierre; à Pierre a succédé Lin ; à Lin, Clément; à Clément, Anaclet; à Anaclet^Éva-
riste ; à Évarisle, Alexandre; à Sylvestre,
Marc ; à Marc, Jules ; ù Jules, Libère ; à Libère, Damase, qui partage aujourd'hui nos labeurs et en la communion duquel le monde entier, ainsi que nous le faisons nous-mêmes, s'accorde dans l'unité. ... Nous lisons dans l'Évangile que Pierre, c'est-à-dire noire Prince, a reçu les clefs du salut, lui à qui il a été dit par le Christ : Je te donnerai les clefs du royaume des cieiix, et les puissances de l'enfer ne les vaincront point. D'où vient donc que vousprétendez usurper les clefs de ce royaume, vous qui par vos prétentions audacieuses et sacrilèges comballez contre la Chaire de saint Pierre? Pour le bien de l'unité, Pierre a mérité d'être mis à la tête de tous les Apôtres, Bt seul il a reçu les clefs du royaume céleste pour les communiquer aux autres ^. »
Saint Cyrille , Patriarche d'Alexandrie, légat du
* Anaclet est lé même Pape que Clet. Ana-Clet veut dife de nouveau Clet. Ce Poniife, en effet, après avoir remis sa charge sainte entre les mains de .«aint Clément, sans doule pour échapper à la persécution do Domilicn, reprit le gouvernement de l'Eglise après le martyre de saint Clément. Il fut miirlyri^é à son tour sous le même Domilien, et fournit ainsi, à lui tout seul, deux punlificats.
* ^egare non pôles scire te in urhe Roma Pelro primo Cathedram principalcm esse coUalam, in qua seikrit omnium .'Iposlolorum caput leiru», ut et O^has dictus sil; iu qua una Cathe-
Saint-Siège au Concile œcuménique d'Ephèse, eu l'année 451, appelle le Pape saint Célcstin « Archevêque et Père du monde entier ; Avchiepiscopiim totius orbis et Patrem. » A la même époque, et même un peu avant saint Cyrille, Tliéodoret, Evèque de Syrie, proclamait comme un fait incontesté que « le Saint-Siège possède le gouvernement de toutes les Églises du monde * ; » i! recourait en conséquence au Pape saint Léon le Grand pour le prier de l'appeler à Rome, afin qu'il pût prouver la cosiformité de sa doctrine avec la doctrine du Siège Apostolique. Que le lecteur ne l'oublie pas, tout cela date du siècle même qui a suivi la persécution de Dioclélien, l'ère des martyrs et des catacombes, l'ère de Constantin et du Concile de Nicée. C'est encore l'antiquité primitive.
dm unilas ab omiiibus scrvareliir, ne cs-tcri Apo^toli singulas quisque sibi defenderent, ut jam schisniaticus et pecrator esset, qui contra singularem Calhedrara allerani colloiarel. Ergo calhedia unica, qua; prima est de dolibus, s^cdlt prior Petrus, cui succcfsit Liiius; Lino successit Ciemcns; C.lemenli, Anaclelus, de... Julio, Libeiius; Liberio, Damasus; Dainaso, Siricius, liodie qui nostcT e>t iocius, cum que nobis tolus orbis in una soiielalis comniunione concordat... Claves salulares accepisso legimus Peiruni, Priiicipeni scilicet noslniin, cui a Christo dictuin e.->t : Til)i dabo clavc.s repiii cœlorum, et porlœ inferorum non viiicciU cas. Unde est ergo, quod claves re^ni cu?loruin vobis usurpare conlendilis qui contra Calbedram Pelvi, vestiis praisuinplionibus et audsciis, saciilcgio niilitalis?... Bono unilali» licatus Petrus... prœforri .\postolis omnibus mcruit, et clavLS rcgni cœlorurn roniniuuicando5ca;ieris solus accepit. (1. Il contra Poaalistas.)
' Tenet sancla illa Scdcs gubernacula regendarum cuntli orbis Ecclesiarum. (Epi$t, ad Renatum, prc^bylerum roiuauuni.)
6i. LE SOLYEUAIN PONTIFE.
Saint Pierre Chrysologiie, qui vivait sous le inèrac Pape saint Léon, écrivait à Eutychès : « Il faut s'attacher avec une obéissance entière à tout ce c[ui est prescrit par le bienheureux Pape de la ville de Piome.» Vm demi-siècle après, un diacre de Cartilage, nommé Ferrand, disait également : « Si vous voulez enlendre la vérité, la vraie foi, interrogez donc l'Évêiine du Siège Apostolique, dont la doctrine sans mélange a pour elle le jugement de l'infaillible vérité et l'inexpugnable autorité de la tradition *. »
Nous pourrions prolonger indéfiniment cette glorieuse nomenclature de noms illustres et de lumineux témoignages. Elle semble désormais inutile ; car nous touchons au temps de saint Léon le Grand etde saint Grégoire le Grand, aux cinquième et sixième siècles, oij le soleil catholique de la Papauté crève les yeux des aveugles les plus aveugles. Ces attestations de la suprématie religieuse et universelle du Pontife Romain, successeur de Pierre, tirent, je le répète, une force singulière de cette considération qu'en ce temps-là la question de la Papauté n'était pas sur le tapis, comme elle l'est depuis Luther; que personne ne la défendait ea; professa, parce que personne ne songeait à la nier, qu'on n'en parlait qu'in-
^ Intcrroea igitur, si vcriialem cupis audire, priiicipaliter Aposlolira; Scdis Anliilitem, cujus .«ans doctrina constat judicio vcriliilis, et fulcilur iminimine auctorilatis. (Ad Scverum.)
LE SOLVERAi:'.- PONTIFE. C5
cidcmment et sans chercher à prouver ce qui n*avait pas besoin de preuves.
Mais là oij ont abondé les négations protestantes et gallicanes, il me paraît utile de faire surabonder la preuve; et j'ajouterai, sans craindre de fatiguer le lecteur sérieux, trois ou quatre autres beaux monuments de la tradition chrétienne sur le dogme qui nous occupe ici.
Saint Maxime de Constantinople, docteur et martyr du septième siècle, déclare dans une de ses cpîtres « qu'analliématiser le Saint-Siège Romain, c'est anathématiser l'Église catholique,... anathematizat SedemRomanam, id est,catholicam Ecclesiam. • « Le Pape et l'Eglise, c'est tout un, » devait dire, mille ans après, saint François de Sales, écho de cette même tradition. Saint Maxime dit encore, en parlant d'un évoque monotliélite : « S'il ne veut pas être hérétique, ni passer pour tel, qu'il se hâte avant tout de donner entière satisfaction au Siège de Rome; ce devoir une fois accompli, tout le monde le tiendra partout pour fidèle et orthodoxe. Il perd son temps eu vaines paroles celui qui ne satisfait point à ce devoir et qui ne s'adresse pas au Bienheureux Pape de la très-sainte Église de Rome, c'est-à-dire au Siège Apostolique qui a reçu de la personne même du Verbe incarné, et à qui tous les Conciles ont reconnu l'empire, l'autorité et la puissance de lier et de déher, en tout et partout, sans aucune restriction; et ildnnaine ainsi les vénérables Églises dissc-
66 LE SOUVERAIN l'ÛiM'IFE.
minées par toute la terre'. » Et saint Maxime compare les accusés qui veulent se disculper devant un autre tribunal que celui du Pape, à un homme qui, soupçonné d'homicide ou de vol, cherciierait à prou, ver son innocence autre part que devant ses juges. A la même époque, au milieu du septième siècle, les Evoques d'Afrique, assemblés en concile, faisaient une déclaration non moins explicite dans une lettre synodale écrite au Pape Théodore : « Personne ne peut en douter, disaient-ils, le Siège Apostolique renferme la grande et intarissable source d'oiî découle pour tous les chrétiens la surabondance deà eaux vives. De cette source partent les ruisseaux qui arrosent et fécondent pleinement le monde chrétien tout entier. A la gloire du Bienheureux Pierre, nos pères ont décrété qu'il fallait rendre au Saint-Siège toutes sortes de profonds respects dans la recherche des choses de Dieu, et qu'il faut soumettre toutes les questions religieuses à l'examen du Chef suprême et Apostolique des Evêques ; car le ministère traditionnel du Pontife Romain consiste à condamner ce qui
* Si vult liœreticus non esse, nec audire... festinet praj omnibus Sedi Romanse satisfacere; hac enim satisfacta, communiter ubique omnes pium hune et orlhodoxum prœdicabunl. Nam frustra solummodo loquitiir qui... non salisfacit, et implorai sanclissimae Uomanorum Ecclesirc bealisiimum Papam, id est, Apostolicam Sedem, qiia; ab ipso incarnalo Dei Yerbo, sed cl omnibus sanclis sjnodis secundum sacros canoncs et tciminos, univcrsarum quaî in loto tenarum orbe sunt, sanctaruni Dei Ecclcsiarum in omnibus et per omnia pcrcepit et habcl imperium, auclorilatcm et po'estaiem ligandi et solvendi. (Eiiislolac fragracntum.)
est mal et à approuver ce qui est bien. Les antiques règles de l'Église veulent, en effet, que, même dans les provinces les plus éloignées, rien ne se traite avant que votre auguste Siège n'en ait pris connaissance; et ainsi l'autorité du Siège Apostolique donne la force nécessaire aux justes sentences, et les autres Eglises y puisent, comme dans leur source naturelle, ce qu'elles doivent enseigner aux peuples, et, dans toutes les contrées de l'univers, se répandent, avec une incorruptible pureté, les mystères de la foi et du salut*. » Il est à remarquer que ces conciles d'Afrique réunissaient d'ordinaire plusieurs centaines d'Evêques; cela donne un poids singulier à cette magnifique déclaration de principes. En vérité, l'antiquité chrétienne, malgré les tourbillons des hérésies d'alors, était catlioliqne romaine pure. On était franchement catholique ou franchement hérétique,
* Magnum et indeficientem omnibus Clirislianis fluenla redundantem Apostolieam Scdom consistere fontem, nullus arobigere potest, de quo rivuli |irodeunl affluenler, universum largissirae irrigantcii orbem Chrislianorum, cui etiam in honore beatissimi Pelri l'alrum décréta peculiarem omnem decrevere reveientiam in requircndis Dei rébus, quae ùmnino et sollicite debent, maxime vero, justeque ab ipso Prœsulura examinari vertice Aposlolico, cujus Tetusta solliciludo est tam mala damnare quam probare laudanda. Anliquis enim regulis sancilum est, ut quidquid, quamvis in reniotis vel in longinquis po-ilis ageretur provinciis, non prias tractandum vel accipiendum sit, nisi ad notitiam alinas Sedis Vestrx fuisset deductum, ut liujus auctoritale, jiisia qqœ fui^sel pronuntiatio lirmaretur, indeque sumcrent ca.'tera; Ecelesia; velut de natali suo fonte prœdicationis exordiiim, et per diversas lotius mundi rogiones, puritaiis incoriiiplae manarcnt fidei sacramenta stl'jtia.
et l'on ne songeait pas encore à concilier ensemble, à l'aide de doctrines bâtardes, l'erreur avec la vérité.
Un siècle après celui où les évèqnes d'Afrique proclamaient ainsi l'autorité suprême, infaillible et traditionelle du Saint-Siège, un docteur de l'Orient, saint Théodore Studite, tient au Pape un langoge non moins explicite. Persécuté pour la foi, ce saint homme s'adresse à saint Léon III, et s'écrie : a Daignez m'entendre, ô Chef Apostolique, ô Pasteur élu par DiED pour conduire les brebis du Christ, Porte- Clefs du royaume des cicux, pierre fondamentale de la foi, sur qui repose l'Église cathohque! Car c'est vous qui êtes Pierre, occupant avec gloire le Siège de Pierre... Venez à nous, car c'est à vous que le Christ a dit : Confirme tes frètes... Vous êtes vraiment la source pure et sans aucun mélange, et cela dès l'origine de la prédication de la foi. Vous êtes le port assuré de toute l'Église, à l'abri de toutes les tempêtes de l'hérésie. Vous êtes la cité de refuge choisie par le Seigneur... d'oîi nous vient à tous U certitude de la foi*. »
Après l'Afrique, après l'Orient, l'Allemagne vient
* Audi, Aposlolicum capuf, a Deo elecle Pastor ovium Chiisti, claviger regni cœlorum, petra fidci, super qiiam xdilîcala est Ecclesia catlioHca! Nam lu es Peirus, l'etri Sedem exoruans et gubernans... IIuc ade?..., libi dixit Chrislus : Et tu aliqunnrio conversas confirma fralres ttus. Vos igitur verc iUimis fons ac sincerus, jam inde ab inilio vera; Cdoi. Vos ab orani hxrelicorum procella longe posili, securiis lotius Ecclcsix porlus. Vos a Deo elecia civitas ad salulis refugium... undc fidci accipienJa certitude.
LE SOUVEUAIN POMTIFE. 60
à son loiir, par la voix d'un des plus doctes Evèques, témoigner de la tradition catholique au sujet de la Papauté. Anselme, Evèque d'Havelberg, discutant avec les patriarches schisraatiques de Constantinople, dit entre autres choses : c( Quel est le tidèle qui peut ré voquer en doute, ou seulement mettre en question cette vérité qui est de foi, à savoir que Pierre a été constitué par le Seigneur Prince des Apôtres ? Le Pontife Romain tient seul, à la place de saint Pierre, la place du Christ ; de même les autres Evêques tiennent la place des Apôtres sous la dépendance du Christ et sous la dépendance de Pierre, Vicaire du Christ; et enfin sous la dépendance du Pontife Romain, successeur et lieutenant de Pierre. Et certes ce n'est déroger en aucune manière à l'honneur d'aucun des Apôtres que d'assigner à chacun sa place et son ministère respectif.» Le savant Evèque concluait ainsi son argumentation : « Il est donc évident, par tout ce que nous venons de dire et par la tradition de tous les conciles d'Orient et d'Afrique, que l'Eglise Romaine tient du ciel deux privilèges: unepureté incorruptible dans la foi, et la puissance déjuger^. »
• KuUi fidelium convenit aliqualenus dubitare, seu in quaeslionem poneie, sed lirmis^ime lenere, quoJ Pelrus a Domino Princeps Aposlolorum sit constitulus. Quemadmodum aulem solus Pioinanus Ponlifex vice Pétri vicein gerit Cliiisli, ita cœtcri Epi- .scopi vicem gerunl Apostoloriim, sub Cbiislo, et vice Clirifli sub Pt'tio, et vica Pelri sub Ponlifice Roiiiano ejiis Vicario. Kec in hoc aliqualenus derogatur alicui Apostolorum, si unicuique bumiliter suum attribuilur oniciuin... Itaque non solum ex prcndiçljs, verum eliam ex aliis muUis Concilii? per Orieniem celc-
— Ces deux paroles sont le résiimô (la toute la tradition touchant le Saint-Siège.
Devant ces irréfragables monuments, le bon saint François de Sales n'avait-il pas raison cent fois de s'écrier : «Je vous prie, messieurs, qui osera désormais s'opposer à cette société simiiforme? Cessaincts Pères parlant ainsy, ils entendent ainsy l'Escriture; et nous aussy.Au nom du Père, du Fils et du Suiuct- Esprit. AmenS »
Je terminerai ces citations, dont on me pardonnera bien certainement la longueur, par deux noms incomparables : saint Thomas d'Aquin, le docteur angélique, et le docteur scraphique saint Bonaventure.
Saint Thomas d'Aquin a eu pour mission spéciale de stéréotyper dans ses puissants écrits l'enseignement commun et traditionnel des douze premiers siècles chrétiens. Il a résumé l'antique doctrine de la Papauté en quelques lignes : a Le Pape, dit-il, a la plénitude de la puissance pontificale, comme le roi dans son royaume. Les Évèques sont appelés à une partie de sa charge pastorale, comme les juges qui président à chacune des cités." » — « Le Pontife
bratis, nec non etiam ex plurimis Africanorum consiliis, consla Romanani Ecclesiam duo privilégia divinitus habere, videlic* j praî omnibus incorruptam puritatem fidei, et .super omnes potestatein judicandi.
* Controverses, dernier discours.
• Papa liabet pleniludidem pontificalis potcstatis, quasi re« in
Romain a le pouvoir d'interpréter et de développer le symbole de la foi, lui qui, par sa seule autorité, peut convoquer les conciles et en confu'mer les décisions, lui à qui on en appelle du concile lui-même. Pour déterminer ainsi officiellement la foi, il n'esl pas nécessaire que le Pape réunisse un concile universel ^ » Et le saint docteur prouve sa thèse paï la tradition d'abord, puis par les paroles de l'Évan» gile : « Le Seigneur a dit à Pierre, qu'il constituait Souverain Pontife ; Pierre, fai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; à ton tour, confirme tes frères. En voici la raison : la foi de toute l'Église doit être une ; or cela serait impossible si les questions touchant la foi n'étaient pas décidées par celui qui est à la lêle de toute l'Église, et si toute l'Église n'était pas liée par l'autorité de cette sentence *. » « L'Église Romaine, dit à son tour saint Bonaven» ture, disciple de saint François, Cardinal-Évêque
regno; Episcopi assumuntur in partem sollicitudinis, quasi judiccs siiigulis civitatiljus prœposili. {Snppl. XXVI, 3.)
' Symbolum interprctari ac ponere aliqua ad ejus cxplanationem liomanus Pontifex sua auctoritate potest, cujus aiictorilate sola synodus et congregari poiest, a quo sententia synodi confirmatur, et ad ipsum a bynodo appellalfir... fs'ec est necessarium quoil ad ejus espositionem faciendam univerâale concilium congregalur. (De Poiest. q. X, art. 4.)
• Doiiiinus Petio dixit quem summum Pontificem coiistituit t Ego rogavi pro le, Pelre, ni non defieiat fides tua ; et lu aliijiirindo conversiis, cou fuma fralres tuofi. Et hujus ratio est, quia una fidcs débet esse lotius Ecclesiœ. Quod servari non posbOl, nisi quxslio fuiei esorta determinetur per eum gui loti Ecclesiaî prxest, et sic pjus senlcnlia a tola Ecciesia firmiler tcnealur, iSnm. theol.)
d'Âlbano, et contemporain de saint Thomas d'Aquin, l'Église Romaine a reçu de saint Pierre, Prince des Apôtres, la plénitude de la puissance; aucniie sentence des Pères ne peut ni paralyser, ni limiter, ni amoindrir ses droits, ni la subordonner à qui que ce soit... Il y a beaucoup d'Évêques; il y a moins d'Archevêques que d'Évêques ; très-peu de Patriarches ; un seul est le Père des Pères, qui à juste titre est appelé le Pape, en sa qualité d'unique premier, de souverain Père spirituel de tous les Pères et même de tous les fidèles. C'est le Hiérarque principal, l'unique Époux de l'Église, le Chef absolu, le Pontife suprême, le Vicaire du Christ, la source et l'origine et la règle vivante de toutes les dignités ecclésiasiiques, de qui découle, comme du sommet, tout l'ordre de la hiérarchie *. »
Avec tous les Pères et tous les Docteurs, tournonsnous donc vers ce Roi de l'Église universelle, vers ce second Christ que le Fils de Dieu constitue son Vicaire au milieu des hommes, et en cet homme très-
' Romana Ecclesia plenitudinem poleslalis a Pctro Aposloloruni Principe acceperat, in'quain nuUa Patrura scntenlia nec interdictiini proponere, nec aictarc potuit, nec ci pracjudicare, nec ligare eam ad aliquid (ailversus GrKcos). Pluies sunt Episcopi, paiiciores Arcliiepiscopi, paucissimi ratriarcha; et unus Paler ï'alruni, qui Papa merilo appellatur, lanqiiam unus primus, et sunimus Paler spirilualis omnium Patrum, imo omnium fidelium, et llierartlia prœtipuus, spoiisus unicus, eoput indivisum, Pontifes summus, Christi Vicarius, Ions, et origo, régula cunctorum princjpatuum ecclesiasticorum : a quo tanquam a summo derjvatur oïdinala polcslas. (Breviloqu'.i sexta pars, XII,)
sacré vénérons Jésus, le Pasteur éternel , l'Évèque de nos âmes, l'unique Chef de l'Église, le Docteur d'infaillible vérilé, le Souverain Pontife plus élevé que les cieux, le Père de l'humanité régénérée, la source du pardon, le Juge suprême des bons et des mauvais, des vivants et des morts. Le Pape est tout cela en Jésus-Christ. Comme le dit saint Pierre Damien, il est « l'Unique que rehaussent les prérogatives d'une principauté exceptionnelle ; il est le gardien et l'intendant du royaume céleste, il est la bouche sur laquelle la foi repose... En la personne de ses successeurs, Pierre parle, et à sa volonté l'univers entier est lié, est délié; sa sentence précède la sentence du Rédempteur ; car Pierre ne He pas ce que lie d'abord le Chribt ; c'est le Christ qui lie ce que Pierre a lié le premier. Pierre juge, et le Tout-Puissant conlirme le jugement de Pierre; dans sa main est la main du Très-Haut. Celui-là seul devient l'ami intime du Christ qui est l'ami intima de Pierre *. »
■ Bienheureux donc le chrétien fidèle qui, aimant
* Unus est quem praenobililant singularis primatus insignia, claviculLuius legni cœloruni, lingua, lidei fundanientum... Adesl Teirus et ad ejus arîjilrium orljis universitas solvitur et ligatur, et pr;fcedit l'eUi seiiteiUia sententiani liedeinptoris, quia non qiiod ClirisUis ligat, hoc ligat Peltus, sed quod Petrus, hoc ligat Chi'istus. Judical l'elrus, et Pétri judicia conliriiiat Omnipoleiis, p.iesl in manu Pétri inaiius Altissinii, solusque eflicitur lamiliaris Christi qui Pétri fumiliaritalem haliuerit. {Scnn. die feslo S. Pelri.)
74 LE SOUVEDAIN PONTIFE.
réclio (le la sainte tratlilion calliolique, rôvèrc, avec tous les siècles, l'aulorilé divine, infaillible et suprême du Pontife Romain, Vicaire deNolre-Seignenr jÉsus-CiinisTi