YEOMÀNRY OU MILICE A CHEVAL
Nous avons peu de chose à dire sur la yeomanry : autrefois ce corps différait de la milice en ce qu'il était recruté par l'enrôlement volontaire exclusivement, tandis que la milice avait recours au tirage au sort. Aujourd'hui les conditions étant les mêmes, le ballot
(1) De l'avenir politique de l'Angleterre, par le comte de Montalf m L>f rl.
étant supprimé ou tombé en désuétude, la yeomanry peut être considérée comme une sorte de milice à cheval, qui donne lieu aux mêmes observations que la milice à pied.
Le yeoman est une espèce de gentilhomme fermier, ordinairement électeur, et assez aisé pour pouvoir se monter à ses frais. Il est exempt de payer l'impôt pour la possession de son cheval. Il ne touche aucune solde, à moins qu'il ne soit convoqué par l'autorité.
La yeomanry est organisée en escadrons, et forme 50 corps distincts pour l'Angleterre et l'Ecosse. La constitution aristocratique de cette force, et les privilèges dont elle jouit, ne se seraient guère accordés avec le régime de sujétion et d'abaissement imposé à l'Irlande. Cette partie du Royaume-Uni n'a donc pas de milice à cheval.
L'effectif total de la yeomanry est de 15,000 hommes environ. Son service, en cas de nécessité, l'appelle à remplir à peu près le rôle de notre gendarmerie. Elle aide à la répression de la contrebande. En temps de guerre, elle fournit l'escorte des prisonniers et des déserteurs.
En temps de paix, elle peut être employée à la répression des émeutes, et la ville de Manchester n'oubliera pas les exécutions sanglantes auxquelles la yeomanry s'est prêtée en 1819.
Les reproches que Ton peut adresser à ce corps sont ceux qui s'appliquent à toute la milice anglaise : il est mal commandé, et les hommes, bien que montant convenablement à cheval, sont très imparfaitement instruits
des diverses pratiques qui font un bon cavalier en campagne. Les yeomen, en général, soignent fort mal leurs armes, leur équipement et leur habillement. Ils ne sont pas suffisamment exercés à seller et à paqueter militairement; leur ignorance ou leur défaut d'habitude, quant à ce détail important du service de la cavalerie, serait très préjudiciable eu cas de marches un peu actives. La plupart des chevaux seraient bien vite indisponibles. C'est, du reste, ce qui arrive pendant les périodes d'exercices annuels, qui durent de dix à quatorze jours seulement (1) : au début, les escadrons sont au complet, mais quelques jours se sont à peine écoulés que les coups de pied, les blessures, les refroidissements (déterminés par la manière inintelligente dont les manœuvres et les repos sont ménagés) mettent une foule de chevaux sur la litière.
Nous avons dit que le yeoman se montait à ses frais ; pour l'entretien de son habillement et de son équipement, l'État accorde S livres ou 75 francs par an et
(1) Pour quiconque a la moindre idée du service de la cavalerie, l'insuffisance du temps consacré aux exercices de la yeomanry n'a pas besoin de discussion. — Sans doule l'habilude que les yeomen ont du cheval, doit simplifier la tâche, mais l'instruction des chevaux exige autant de soin que celle des hommes. 11 s'en faut de beaucoup qu'un cheval, parfaitement dressé pour marcher et porter son cavalier isolément, se résigne à manœuvrer en troupe, et à supporter la pression du rang. On comprend, dès lors, les nombreux accidents et le désordre qui doivent se produire dans les manœuvres de la milice à cheval.
Depuis deux ans, le budget anglais n'alloue aucuns fonds pour la réunion et les manœuvres de la yeomanry.
par cavalier. Lorsque celui-ci est convoqué pour un service commandé par les autorités, ou pour les exercices annuels, il reçoit 2 shellings (2 fr. ÛO c.) par jour, plus une indemnité de 1 shelling 4 pences (1 fr. 60 c.) pour la nourriture de son cheval.
Pour acquérir les qualités qui lui manquent, au moins dans la mesure de ce qu'il est permis d attendre de son organisation imparfaite et du peu de durée de ses réunions, la yeomanry aurait besoin d'une direction théorique et pratique qui semble lui faire également défaut.
Les exercices de cette milice sont soumis à l'inspection d'officiers supérieurs tirés des régiments de cavalerie les plus voisins de ses stations, et conduits, par suite, de la manière la moins uniforme. En effet, ces officiers, changés tous les ans, diffèrent le plus souvent entre eux quant à la méthode à suivre, ou sont trop disposés à adopter des programmes fort convenables peut-être pour la cavalerie de ligne, mais inadmissibles pour une simple milice. Ce qu'il faudrait, avant tout, au yeomau, c'est une sorte de manuel comprenant une série de mouvements parfaitement clairs, parfaitement simples, et dont la progression une fois adoptée serait invariablement suivie (1).
Somme toute, la yeomanry anglaise n'est pas une
(1) Lord Ross a publié une théorie de cette espèce, mais, si nous sommes bien informé, elle est Irop savante et demanderait, pour être mise en pratique, des terrains de manœuvre comme on n'en rencontre peut-être pas deux, du nord de l'Êcosse au sud de l'Angleterre.
institution sans valeur, et nos voisins peuvent en être fiers sous un certain point de vue. Une pareille organisation n'était, du reste, praticable que dans un pays riche, et constitué, socialement parlant, comme l'est l'Angleterre. Malgré toutes leurs imperfections, en cas d' insurrection ou de guerre à l'intérieur, les cavaliers yeomen pourraient être très utiles, et rendraient certainement de grands services si Ton n'avait pas la maladresse de les employer en ligne comme de la cavalerie régulière. Leur connaissance parfaite des routes, des chemins de traverse, des défilés, des gués, des bois, etc., eaun mot des obstacles de toute nature que présente le territoire de leur comté, les rendrait surtout précieux en cas d'invasion. Disséminés sur la côte, et organisés de manière à relier entre elles les stations télégraphiques qui ne sont pas en communication, ils fourniraient d'excellents auxiliaires pour surveiller les mouvements d'une flotte ennemie et faciliter les moyens de gêner un débarquement.