‹ Le Spectateur militaireChapitre 25 sur 82 · SUR LA BATAILLE DE MAGENTA · texte numérisé non relu

SUR LA BATAILLE DE MAGENTA

canon, avait devancé votre division, put prendre part au combat.

Plus tard, votre division, qui avait d'abord été établie au bivouac sur notre gauche, près du chemin de fer, a relevé dans Magenta les troupes du 2 e corps, qui l'avaient occupé, de telle sorte que le 5, avant la pointe du jour, toutes les troupes sous mes ordres étaient rangées en bataille entre Magenta et le canal.

Je ne puis donc que vous répéter aujourd'hui ce que j'ai dit d'abord à un de vos officiers d'état-major, le lendemain de la bataille, et plus tard à vous-même dans Brescia, c'est-à-dire que la division Fanti m'avait rendu à la bataille de Magenta un grand service par son concours opportun d'abord, en appuyant la gauche de l'armée française, et en second lieu en permettant au général qui commandait sur ce point de disposer de toutes ses forces.

Veuillez agréer, mou cher général, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le maréchal de France, commandant en chef le 2 e corps d'armée,

Signé: De Mac-Mahon, duc de Magenta.

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DESCRIPTION ET HISTOIRE DU MAROC, comprenant la Géographie et la Statistique de ce pays d'après les renseignements les plus récents et le tableau du règne des souverains qui Pont gouverné depuis les temps les plus anciens, Jusqu'à la paix deïélouan, en J860; par M. Léon Godard, chanoine honoraire d'Alger, professeur d'histoire et d'archéologie au grand séminaire de Langres, membre de la Société historique algérienne.

L'Afrique a été le théâtre de bien des événements depuis 1830; ce n'est pas une tâche facile que d'en aborder le récit, si nous en jugeons au moins par le plus grand nombre des écrits qui lui ont été consacrés. Certes, nous sommes loin de contester que, parmi la foule des ouvrages publiés sur notre colonie algérienne et les pays qui l'environnent, il n'y ait des études consciencieuses, des travaux sérieux et utiles, des livres savants. Parmi les écrivains qui ont apporté au gouvernement et à leurs concitoyens le fruit de leurs veilles et de leur expérience, les Walsin-Esterhazy, les Daumas, les Pélissier, les Carette, les Genty de Bussy, les Berbrugger, et bien d'autres eucore, se sont fait remarquer par l'importance de leurs œuvres. Mais, à côté de ces généraux maniant aussi bien la plume que l'épée ; à côté de ces fonctionnaires civils, laborieux et dévoués, qui ont cherché à seconder les efforts de la France en Afrique, combien de gens ne compte-t-on pas dont les écrits, inspirés par l'esprit de parti ou dictés par l'intérêt, semblent n'avoir eu d'autre but que d'égarer l'opinion î

Aujourd'hui, plus qu'à aucune autre époque, un bon livre sur l'Afrique est une bonne fortune à laquelle on ne saurait associer trop tôt les véritables amis de notre colonie algérienne. C'est à ce titre que nous re-

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commandons à nos lecteurs la récente publication de M. l'abbé Godard.

Son livre s'adresse à ceux qui ont quitté notre glorieuse conquête, mais qui ne pourraient oublier sans ingratitude le berceau de leur fortune et de leur réputation militaires. Il s'adresse aux successeurs qui les ont remplacés, et dont la destinée se trouve encore liée à tout ce que la France doit continuer à faire d'utile, de grand, de généreux en Algérie. Il s'adresse enfin à tous ceux qui ne se laissent pas absorber par le tourbillon des événements européens, au point d'oublier la mission civilisatrice acceptée par la France en Afrique.

Le Maroc, disions-nous dans cette Revue, à l'occasion de la dernière guerre entreprise par l'Espagne contre cette puissance, le Maroc s'est toujours distingué par son fanatisme exclusif. Sa situation politique, aux portes de l'Europe et en plein xix" siècle, constitue un fait tellement exceptionnel, tellement anormal, qu'on ne sait comment l'expliquer. On ne peut comprendre comment cet État s'est dérobe jusqu'ici au mouvement général qui entraîne les peuples musulmans; comment il persévère encore aujourd'hui dans sa barbarie séculaire, alors que d'autres nations, certainement moins bien placées pour recueillir les bienfaits de la civilisation, sont depuis longtemps entrées dans la voie du progrès.

Notre étonnement eût été moindre, ou du moins nous aurions eu à en modérer grandement l'expression, s'il nous avait été donné de connaître plutôt l'ouvrage de M. l'abbé Godard. Son Histoire du Maroc renferme, en effet, la réponse la plus complète, nonseulement aux questions issues du conflit espagnol, mais encore à toutes celles dont l'Afrique occidentale doit être désormais l'objet.

Faisons-le bien remarquer tout d'abord, malgré le nombre infini des ouvrages qui s'y trouvent mention-

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nés, malgré des recherches qui semblent l'œuvre d'uu nouveau bénédictin, le livre de M. Godard n'est pas un de ces écrits rédigés au coin du feu, comme tant d'autres que nous pourrions citer sur l'Afrique, et dont souvent les auteurs n'ont jamais traversé la Méditerranée.

M. l'abbé Godard appartient à ce que nous appellerons le clergé militant, mais en donnant à cette expression un sens bien différent de celui qui a cours aujourd'hui. Homme d'étude et de dévouement, l'auteur de Y Histoire du Maroc ne consacre pas sa plume à ces sujets irritants, à ces débats passionnés qui alimentent la polémique politico-religieuse du moment, et dont le retentissement nous trouble, nous inquiète et nous afflige si souvent. Pour s'exercer, sa ferveur religieuse a su trouver un plus noble théâtre que les journaux ultramontains, c'est le champ de bataille de notre armée, c'est la salle d'hôpital de nos soldats.

Aumônier militaire, M. l'abbé Godard a résidé longtemps en Afrique; il a beaucoup vu, beaucoup observé, beaucoup retenu. C'est pendant un voyage au Maroc, et dans des excursions souvent périlleuses, qu'il a recueilli les renseignements intéressants qui terminent son ouvrâge, et qui jettent un jour si nouveau et si complet sur les derniers événements dont cet empire a été le théâtre.

Pour rendre à Y Histoire du Maroc toute la justice qu'elle mérite, il faudrait beaucoup plus de place qu'il ne nous est permis d'en consacrer à un simple compte rendu ; toutefois, nous allons essayer de donner une idée du cadre adopté par l'auteur. Le simple énoncé des matières traitées suffira pour faire pressentir de quelle manière il est rempli.

L'ouvrage de M. l'abbé Godard se divise eu deux parties : la première, qui comprend treize chapitres, débute par un tableau des diverses races peuplant l'empire marocain ; puis vient une description topo-

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graphique très détaillée et telle que pouvait seul la tracer un voyageur ayant parcouru les pays qu'il décrit. Nous avons surtout remarqué dans cette description les détails intéressants fournis sur les établissements espagnols, et en général sur tous les postes de la côte occupés jadis par les puissances européennes. Ce sont autant de jalons, autant de points de repère dont on appréciera aisément toute 1 importance au point de vue des éventualités que peut ménager l'avenir.

La religion, le gouvernement, l'administration et la justice, les forces militaires, la marine et les finances, font l'objet d'autant de chapitres distincts remplis d'aperçus nouveaux et traités avec une grande supériorité de vues.

La première partie se termine par des notions générales sur les produits naturels de l'empire marocain, sur l'industrie, le commerce, les sciences et les arts. Sous ce dernier titre se trouvent réunis des détails extrêmement curieux sur l'organisation des écoles, et sur l'état des sciences et des arts à l'époque actuelle.

Dans ce chapitre, on voit poindre la tendance de l'auteur à diminuer, à rabaisser, plus que ne le voudrait peut-être une stricte impartialité, cette civilisation musulmane dont Bagdad et Cordoue furent les éclatants foyers, et qui eut, il faut bien le reconnaître, ses jours resplendissants tout aussi bien que la civilisation chrétienne.

La seconde partie de l'ouvrage est exclusivement consacrée à l'histoire de l'empire marocain. Nous ne dirons qu'un mot des six premiers chapitres. Ils sont employés par l'auteur à débrouiller le chaos des dynasties arabes et berbères qui se sont tour à tour remplacées sur les trônes de Fez et de Maroc. C'est surtout dans cette partie aride et ingrate de son œuvre que M. Pabbé Godard déploie tous les trésors de son érudition exceptionnelle.

Le chapitre VII est rempli par un résumé du mou-

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vemeiit intellectuel à partir du vin 0 siècle. Dans ce chapitre, l'auteur passe successivement en revue toutes les grandes figures qui ont illustré le califat de Cordoue; Avenzoar, Averroës, Àvicenne, etc., ont leur place dans cette pléiade célèbre, dont il serait presque puéril de vouloir contester les lumières. Quelques détails peu connus sur Léon Y Africain et Marmol (Luis de Marmol Carjaval) terminent ce résumé.

La fin du deuxième volume, c'est-à-dire la partie sans contredit la plus intéressante, sinon la plus savante de l'ouvrage, est remplie par l'histoire de la dynastie des chériis ou cheurfa, qui occupent encore aujourd'hui le trône du Maroc. La situation des chrétiens dans ce pays barbare depuis le milieu du xvi e siècle, le courageux dévouement des trinitaires, des dominicains, des franciscains, etc., pour le soulagement ou la délivrance des esclaves, font le sujet de bien des pages éloquentes où brûle toute la ferveur de l'écrivain religieux. Le tableau des avanies supportées par les consuls des diverses puissances européennes, la série des traités conclus et foulés aux pieds, la politique cauteleuse de l'Angleterre, enfin les expéditions du prince de Joinvilleet du maréchal O'Donnell, conduisent jusqu'à la fin du livre, sans que l'intérêt répandu sur ces différents épisodes soit un seul instant ralenti.

Œuvre de talent et de conscience, le livre de M. l'abbé Godard est appelé à prendre une place honorable parmi ceux qui ont déjà contribué à lever le voile derrière lequel s'abritait depuis des siècles la barbarie marocaine. Comme les ofiiciers et les publicistes distingués dont nous parlions au début de cette notice, son auteur aura toujours le mérite incontestable d'avoir redressé bien des erreurs, rectifié bien des dates, fait justice enfin de bien des assertions mensongères reproduites sans contrôle depuis trente ans sur l'une des contrées qu'il nous importe le plus de bien connaître.

Disons encore, pour terminer, que la passion qui se

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laisse deviner (plutôt qu'elle n'éclate) dans le livre de M. Pabbé Godard n'est, après tout, que la ferveur bien excusable de l'écrivain religieux et convaincu. Il y a donc de la passion dans son œuvre, quelques personnes trouveront peut-être qu'il y en a beaucoup; mais c'est la passion qui fait l'intérêt d'un récit. Un pareil sentiment est toujours honorable lorsque, châtié dans sa forme, contenu dans son expression, il sait toujours respecter la vérité et la dignité de l'histoire.

Le lieutenant-colonel Charles Martin.

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