LA QUESTION DES HARAS
posés des membres de la commission hippique de 1860, leurs doctrines les plus fécondes, tout en soulevant des théories neuves que celle-ci n avait pas abordées.
Avant d'entrer au cœur de la question, le directeur général jette un coup d'œil rétrospectif sur l'administration des haras, et il pose en principe que, jusqu'ici, elle ne s'est point assez préoccupée du débouché et qu'elle a placé dans l'amélioration seulement la solution du problème. lien résulte que, malgré ses efforts, malgré la protection de la remonte militaire , la production est réduite au but restreint de vendre quelques étalons et quelques milliers de chevaux de guerre. L'élevage est borné à un niveau médiocre, le commerce éloigné, l'industrie chevaline paralysée dans son avenir.
De grands reproches sont adressés à l'éleveur en France, voici en quels termes : « Les défauts sont de mal nourrir, de garder entiers, un grand nombre de chevaux perdus pour le service, de mal élever au point de vue commercial, et de ne pas préparer le cheval qu'il veut offrir au consommateur. C'est à cette infériorité d'élevage sur l'Allemagne et sur l'Angleterre, qu'il faut attribuer la défaveur, disons plus, le dédain que la classe riche a pour le cheval français. Dans ces circonstances, qui portent atteinte à un grand intérêt national, il faut tenter des voies nouvelles, il faut prendre des mesures qui, dans quatre ou cinq ans au plus tard, amèneront des résultats certains, si les éleveurs veulent s'associer à cette pensée et si le
public, qui décide en dernier ressort, veut nous comprendre et s'unir franchement aux efforts de la direction. »
Aussi, M. le directeur général ne se fait aucune illusion sur la lourde tâche qui lui incombe, il a la conscience des efforts persévérants qu'il lui faudra accomplir pour arriver à un succès d'autant plus difficile que ce n'est pas encore là le seul côté faible de notre production. En rapprochant ce jugement desappréciations que formulait sur ce sujet un inspecteur des haras, hippiatre dont l'opinion n'est pas suspecte, on pourra se faire une idée des obstactes sérieux qui attendent le bon vouloir de l'administration.
« Il n'y a pas une nation, écrivait M. Houël, où l'on comprenne moins l'amélioration chevaline et où Ton s'occupe plus légèrement et avec moins de suite de la production, qu'en France. A la place de la vérité, à la place des connaissances pratiques, on ne trouve partout que des idées vieilles et erronées, d'autres adoptées sans examen. Nulle part un corps de doctriues, nulle part une opinion arrêtée. »
En face d'un état de choses aussi regrettable, le directeur général se propose d'inaugurer un système qui, par l'accord complet des administrations de la guerre et des haras, fasse converger les efforts de chacune vers un but unique, et marche au développement et à la liberté de l'industrie chevaline. En voici les plus importantes déductions.
Les chevaux d'élite, destinés à être vendus comme étalons, seront visités au printemps dès l'âge de deux
ans, et tous ceux qui seront jugés dignes d'être employés à la reproduction, se distingueront par une carte d'aptitude remise à leurs propriétaires, carte qui leur donnera droit de concourir à l'âge de trois ans aux épreuves qui précéderont les achats.
Ces épreuves auxquelles sont réservés des prix spéciaux et importants se résument en courses au trot pour les chevaux d'attelage, et au galop avec obstacles pour ceux de selle. C'est alors que l'administration exercera son choix parmi ceux qui auront justifié du plus éclatant mérite et des plus brillantes qualités. L'achat des étalons sera donc entouré désormais de précieuses garanties.
Quant à ceux qui ne seraient pas jugés susceptibles d'être utiles à la production, ils devront d'après les conseils des inspecteurs généraux* être castrés au plus tôt, et ils pourront après guérison être préparés à concourir aux primes de castration accordées à la conformation et au mérite des allures de main. Us subiront les épreuves de dressage attelés ou montés, et de la course au galop avec obstacles.
« La castration du poulain impropre à la reproduction, dit M. le directeur général, est une nécessité pour tous les services. L'avenir du commerce est dans le cheval hongre ; il faut par tous les moyens pousser les éleveurs à perdre cette habitude fâcheuse, d'élever un si grand nombre de chevaux entiers, dangereux aux autres chevaux et à l'homme lui-même, plus chers à nourrir, exigeant plus de soins et d'espace, nuisant à la bonne production par des accouplements
de hasard, et qui, restant spécialisés dans leur emploi, ne pourraient pas être, à un moment donné, utilisés au service de l'armée. En dehors du cheval de gros trait, qui a sa raison d'être, il faut donc nous appliquer par la persuasion, par les encouragements, à vulgariser l'emploi du cheval hongre; il deviendra bientôt une source de richesses pour l'industrie commerciale et agricole et assurera des ressources immenses à la remonte militaire. »
Après s'être occupé des encouragements à décerner à la production mâle, l'instruction prend à partie la jument qui n'est pas moins bien partagée que le cheval dans la série des récompenses, mais avec condition expresse que dès trois ans elle aura été bien nourrie, dressée, soumise à un travail approprié à ses forces, et qu'elle devra avoir acquis le développement qu'elle peut offrir à cet âge.
Eu un mot, un moyen d'encouragements gradués, selon les âges et la destination de chaque cheval, la direction générale « enveloppe d'un réseau protecteur toute la question chevaline, elle stimule et prime le bou élevage, les bons soins, le dressage, la castration, les aptitudes à tous les services. »
Les écoles de dressage et d % équitatiou deviendront un auxiliaire puissant pour l'iudustrie chevaline. Les écoles de dressage qui fonctionnent déjà soit à Paris, soit à Sauniur, ont rendu d'utiles services que M. le directeur général se plait à reconnaître. Aussi le nombre en sero-t-il augmeuté dans uu avenir prochain. Les départements ont tellement compris les avantages
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de ces institutions fécondes qu'ils tentent de toutes parts leur établissement avec une louable émulation. Toutefois, les nécessités budgétaires n'ont pu encore donner satisfaction qu'à quelques grands centres (1).
De larges encouragements continueront à être attribués aux courses. M. le directeur général trace ainsi la base de leur future organisation :
Augmentation du nombre des prix classés; — exclusion totale des handicaps et des courses pour chevaux de deux ans; — conservation des prix pour l'âge de trois ans; — prix très importants pour les chevaux de quatre et cinq ans avec des décharges pour ceux de l'ouest et du midi ; — augmentation des poids et des distances pour certains prix; — enfin tout ce qui pourra maintenir l'institution des courses dans la véritable voie; l'épreuve du reproducteur.
Ces diverses mesures ont été ultérieurement réglées par des arrèlés de S. Exc. le ministre d'État, et déjà les courses de mai à Rouen ont inauguré la lutte entre les trotteurs attelés (2 J .
« Pour résumer ma pensée sur la production, dit en terminant M. le directeur général, le cheval de pur sang sera toujours la base de l'amélioration. Le cheval arabe sera introduit pour les croisements, là où nous en reconnaîtrons l'utilité. Les étalons demisang et trotteurs indigènes et étrangers, réunissant les conditions fondamentales de conformation et de mé-
(1) Dans sa séance du 3 mai 1861, le Corps législatif a voté un crédit supplémentaire de 703,500 fr. applicable au service des haras.
(2) Voir les arrêtés de S. Exc. le ministre d'Etat des 10 et 14 fé-
rite, continueront à être employés dans les établissements de l'État; mais ce ne sera qu'avec une très grande prudence que nous toucherons aux races de gros trait, qui, à de rares exceptions près, se sont jusqu'à ce jour conservées par elles-mêmes. »
a C'est ainsi que l'administration des haras, profitant des leçons de l'expérience, pourra suivre une voie plus large, un système plus populaire, et donner bientôt, nous l'espérons, un grand développement à l'industrie chevaline en France. »
De telles paroles sont un gage légitime de progrès. Elles attirent sur elles la juste approbation de tout homme qui s'intéresse en France au développement de la production chevaline et de l'art équestre, à l'avenir d'une immense industrie et à la puissance de notre cavalerie.
Et maintenant que nous venons de résumer en quelques pages le long historique des haras, il ne sera peutêtre pas sans interêtde parler ici d'une institution qui se rattache à eux par la corrélation la plus intime, celle des remontes militaires. Les haras en perfectionnant la production, les remontes en lui ouvrant un débouché dans une large mesure et en satisfaisant avec
vrier. Une Commission centrale des courses et du Stud-Book a été instituée par le décret organique du 19 décembre 1860. Elle s'est réunie le 19 avril dernier sous la présidence de M. le comte de Momy pour examiner les titres produits a l'appui des demandes d'inscription au répertoire officiel des étalons et juments de race pure, importés en France depuis la publication du 2" vol. du Stud- Book, en 1856.
prévoyance les besoins de l'armée, sont les deux sources vives de l'industrie chevaline, et les deux plus riches éléments de la prospérité de la cavalerie.
Il faudrait de laborieuses recherches pour se rendre un compte précis de la façon dont se pratiquaient autrefois les remontes des troupes. Toutefois, nous lisons dans le règlement sur les haras de 1717, que ce genre de fourniture était fait par des marchands juifs. L'achat direct était probablement le moyen de transaction. Les colonels, habituellement d'opulents seigneurs, propriétaires de vastes domaines, achetaient, élevaient ou faisaient élever les chevaux nécessaires à la remonte de leurs régiments.
En 1785 seulement, l'administration de la guerre intervint dans le recrutement de ses chevaux. Le 17 avril de cette même année elle passa un marché avec un fournisseur pour une livraison de 2,000 de ces animaux âgés de trois à quatre ans et originaires d'Allemagne.
Ce mode d'achat dura jusqu'en 1790, époque à laquelle les régiments opérèrent eux-mêmes leurs acquisitions.
En 1791, l'administration crut devoir revenir aux marchés généraux. M.Duportail, ministre delaguerre, fit acquérir alors 3,500 chevaux de trois à six ans, avec une prime de 18 francs par tête au vendeur. En 1792, on en acheta 9,000, et 18,000 en 1793 à lasuitede marchés. Et comme ces moyens ne suffisaient pas aux nécessités de la guerre, on compléta la remonte par des réquisitions frappées sur les départements. 2 e tome xxxiv. 6. 26
En 1794, on institua les premiers dépôts généraux destinés à réunir les chevaux des diverses provenances.
En l'an IX, les régiments furent chargés d acheter eux-mêmes, soit directement, soit au moyen de marchés; mais ce système ayant donné lieu à de graves abus, le ministre de la guerre reprit en 1807 le mode de transactions par Y intermédiaire de son administration.
En 1809 on créa des dépôts acheteurs sous les ordres d'officiers supérieurs ou généraux. Cette organisation rencontra quelque opposition chez les chefs des corps, néanmoins elle paraissait fondée d'une manière du. rable, lorsqu'en 1811 la reprise des hostilités obligea le ministre à autoriser les régiments à se procurer euxmêmes des montures, sauf à en faire acquitter le prix par ses propres agents.
Les désastres de 1812 nous amenèrent aux réquisitions. On en frappa deux en 1813, Tune de 15,000, l'autre de 9,000 chevaux. Les dons volontaires fournirent en oulre 16,813 cavaliers montés et 5,289 chevaux de pied. Mais les besoins étaient tellement incessants, les pertes si considérables, qu'en 181i on dut recourir à nne nouvelle réquisition de 15,000 de ces animaux.
En 1815 tous les modes sont pratiqués, achats directs des corps, dons volontaires, marchés et réquisitions.
Pendant les premières années de la Restauration, les corps de la garde royale et de la ligne achetèrent
directement les chevaux dont le prix fut soldé par les soins de l'administration.
Mais alors il se forma en Normandie une association de marchands qui enlevèrent la production chevaline et créèrent un monopole ruineux pour l'État. De scandaleux abus entouraient les opérations qui en furent le résultat. Les exigences de ces industriels devinrent telles que dans les années 1816, 1817 et dans les six premiers mois de 1818, la guerre ne put se procurer que 3,903 têtes. Cette société ne se bornait pas à rançonner le gouvernement. Les dures conditions qu'elle posait aux éleveurs menacés dans leurs revenus engagèrent ceux-ci à porter leurs soins sur l'élevage du gros bétail.
Frappé de cette situation qui allait placer l'armée dans un extrême embarras, le maréchal Gouvion Saint- Cyr, ministre de la guerre, résolut de s'affranchir de ces services onéreux. 11 créa, le 25 mai 181 8, le premier dépôt de remonte militaire à Caen. Les propriétaires et les éleveurs conduisaient directement leurs chevaux dans cet établissement et les livraient à l'État sans intermédiaire. De son côté, le ministre de l'intérieur favorisait par un concours actif l'institution naissante.
Les premiers essais furent heureux. Le ministre de la guerre fouda alors un deuxième dépôt en 1819 à Clermont-Ferrand.
Néanmoins, le système encore dans 1 enfance ne pouvait fonctionner de manière à suffire aux besoins si nombreux de l'armée. En 1819, Caen avait acheté
1,696 chevaux, Clermont nfe put s'en procurer que 926, et Pou fut obligé pendant les quatre années suivantes de recourir à regret aux marchands qui en livrèrent pendant cet intervalle de temps le nombre de 16,684.
Eu 1825, la question fut remise à l'étude, au sein de trois commissions comprenant ensemble seize officiers généraux et un inspecteur général des haras. Le mode employé à Caen et à Clermont parut être de beaucoup préférable à tout autre, et Ton établit sept autres dépôts à Alençon, Saint-Lô, Saint-Maixent, Pont-à-Mousson, Mézières, Guéret et Aurilhac. Eu même temps on augmenta le prix d'achat pour encourager l'éleveur, et on créa tous les rouages adminis-
En 1828, le dépôt de Pont-à-Mousson fut supprimé en raison de la proximité de la frontière.
Telle était l'organisation de la remonte de la cavalerie en France, lorsque survinrent les événements de 1830, qui appelaient une consommation plus active.
Le duc de Dalmatie, ministre de la guerre, à la suite d'un rapport au roi, fonda définitivement l'institution en provoquant, le 11 avril 183i,une ordonnance royale qui éleva provisoirement de neuf à quinze le nombre des dépôts de remonte. Ils devaient être placés au centre des pays producteurs et répartis en trois grandes circonscriptions de l'Est, du Midi et de l'Ouest.
Le personnel de chaque dépôt se composait d'un officier supérieur commandant, d'officiers sous ses
tratifs.
ordres, de sous-officiers, brigadiers, cavaliers, et d'un vétérinaire en premier. Un corps de remonte, base de celui qui existe aujourd'hui, devait être organisé pour le service des dépôts et classé dans la nomenclature à la suite de la cavalerie.
Le préambule du rapport du maréchal Soult résumait parfaitement la situation :
« Malgré la paix, disait le ministre, l'administration des haras, soit qu'elle n'eût pas suffisamment le but de régénérer et propager les races propres à la guerre, soit qu'elle ne possédât pas dans son organisation et dans l'étendue des ressources mises à sa disposition, le moyen d'atteindre ce but, n'a obtenu sous ce rapport que de faibles résultats, et la preuve évidente, c'est qu'aujourd'hui même nous sommes forcés de faire acheter à l'étranger les éléments nécessaires pour porter notre cavalerie à une force qui devrait être celle d'un pied de paix sagement calculé.
» Il appartenait au ministre de la guerre, resté presque le seul consommateur de chevaux de selle, d'exercer une active et salutaire influence sur la reproduction et l'amélioration de cette espèce de chevaux. Ce département en avait dans la remonte un moyen efficace ; mais, de tous les systèmes de remonte successivement employés depuis 1785, les dépôts établis en 1826, malgré l'imperfection de leur organisation et l'insuffisance de leur personnel, ont produit les résultats les plus faits pour encourager à donner à ce système tout le développement dont il est susceptible.
» Bientôt les conseils de départements et les conseils municipaux des pays de production ont manifesté le vœu de voir s organiser définitivement et se propager des établissements qu'ils sentaient n'être pas moins avantageux à l'agriculture que favorables à l'économie dans lés finances, et à une bonne composition de la cavalerie.
» L'institution des dépôts de remonte concilie en effet tout à la fois l'intérêt du pays, en épargnant, au profit principal des producteurs, le salaire d'ageuts intermédiaires ; l'intérêt de l'armée, en lui assurant des ressources régulières, en la garantissant des inconvénients attachés à des réceptions en masse et à des achats trop précipités ; l'intérêt du trésor enfin, en l'affranchissant de la fréquence de remplacement, suite ordinaire de mauvais choix. »
Fort des résultats de l'expérience des années précédentes, le duc de Dalmatie proposait donc :
De donner aux dépôts existants une organisation définitive propre à ajouter à leurs moyens d'action; de créer, selon le besoin ou les facilités offertes par les localités, de nouveaux dépôts, et de former de la totalité du service des remontes une branche spéciale du ministère de la guerre.
Une des mesures les plus remarquables du règlement de 1831, mesure qui se perpétua pendant de longues années, fut celle qui défendait à l'armée de se pourvoir de chevaux chez les marchands. Ceux-ci avaient fomenté de tels mécontentements au sein de l'administration, que toute relation intéressée avec
eux fut signalée comme un danger. L'habileté des marchands à préparer et à présenter leurs chevaux, disait ce ministre, peut tromper jusqu'à l'officier le plus expérimenté. Le parti d'acheter des chevaux avant Tâge où Ton a coutume de les mettre en ventei préviendra la concurrence et tournera au bénéfice du trésor.
Enfin le duc de Dalmatie préconisait la réunion des deux administrations des remontes et des haras en une seule. Il rappelait, à l'appui de son opinion, que cette combinaison avait obtenu en Autriche un tel succès, que le comte Henri de Hardegg, directeur des haras et remontes de ce pays, put, en 1820, livrer 30,000 chevaux pour l'expédition de Naples, et s'engager à en fournir encore autant dans un très court délai.
Toutefois cette disposition ne fut jamais adoptée en France. Nous ne connaissons d'autre haras militaire que celui qui fut institué à l'école de cavalerie de Saumur pour l'instruction de ses nombreux élèves.
Le 23 mars 1837, M. le lieutenant-général Bernard, ministre de la guerre, constituait les remontes sur des bases plus solides par un nouveau règlement qui consacrait l'achat direct à l'éleveur, établissait des succursales commandées par des capitaines, et réservait à l'administration la faculté d'autoriser, s'il en était besoin, les corps de troupes à cheval à faire des achats pour leur remonte en totalité ou en partie, dans les départements non compris dans la circonscription des dépôts.
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Depuis sont intervenus divers règlements ou déci-
La forme seule a subi quelques modifications importantes. Ainsi, le payement sur mandats délivrés par l'intendance a remplacé le payement en numéraire, qui avait l'inconvénient de donner aux officiers un maniement d'espèces peu compatible avec la dignité de l'épaulette, et qui les plaçait, vis-à-vis du vendeur, dans la position de simples particuliers débattant pour leur propre compte le prix d'acquisition.
En 1853, M. le maréchal de Saint-Arnaud prit une disposition plus importante encore. Il substitua aux opérations isolées de l'officier acheteur le mode d'achat collectif par les officiers de chaque dépôt, réunis au comité d'exploration, sous la présidence de leur cornmandant. « Ce système, selon le maréchal, établissait des rapports plus dignes entre les vendeurs et les officiers acheteurs ; les conseils sur l'élevage que donnerait le président d'exploration entouré de ses officiers aux fermiers et cultivateurs, auraient bien plus de valeur et d'autorité dans sa bouche qu'ils n'en auraient dans celle de l'officier isolé , et le comité de remonte exercera, dans ces conditions, une sorte de professorat public qui ne pourra manquer de rectifier les pratiques suivies par les populations des campagnes, dont le bon vouloir n'a besoin que d'être dirigé. Toutes facilités sont ouvertes aux petits cultivateurs pour présenter eux-mêmes leurs chevaux, ce qui les conduira à repousser les courtière intermédiaires et spécula-
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teurs dont l'intervention a été si préjudiciable au service de la remonte. Enfin ce mode leur procure l'écoulement certain de tous leurs bons chevaux, et par les précautions minutieuses qui entourent le rejet de ceux qui ne réunissent pas les conditions d'un bon service, les intérêts de l'éleveur se trouvent scrupuleusement ménagés. »
Il se présentait en effet, dans ce mode d'opérations, d'immenses avantages; l'expérience des années qui viennent de s'écouler, et qui a donné les plus beaux résultats, en est un éclatant témoignage. L'exploration du comité est annoncée par tous les moyens que les municipalités possèdent à leur disposition ; les achats se font en public, dans le lieu le plus favorable pour l'examen des chevaux, et les intérêts de l'État sont garantis par un concours commun de lumières.
La dernière instruction sur les remontes a paru le 29 décembre 1860. Rédigée sous l'influence des débats qui ont signalé les réunions de la commission hippique, elle a apporté deux modifications essentielles aux prescriptions qui régissaient le système.
C'est l'extension aux marchands de la faculté réservée jusqu'ici aux éleveurs de livrer des chevaux pour l'armée, et la suppression de la déclaration par le vendeur qu'il possède depuis six mois au moins l'animal vendu à la remonte.
Nous ne reviendrons paà ici sur cette instruction dont le Spectateur a donné un résumé (1), en faisant
(1) Voir la livraison du 15 avril.
remarquer qu'elle avait pour but d'asseoir la liberté des transactions sur des bases plus larges.
Aujourd'hui les établissements de la remonte en France, organisés sur une large échelle, satisfont à tous les besoins. Ils se composent de quatorze dépôts, huit succursales ou annexes, et de deux écoles de dressage, l'une à Paris, l'autre à Saumur.
Le service des remontes en Algérie a été créé par le maréchal de Saint-Arnaud, en 1852. Il comprend trois dépôts de remonte et trois dépôts d'étalons.
Etabli d'après les principes et les règlements qui ont aidé à naturaliser ce même service en France, il est destiné à donner satisfaction, non-seulement aux intérêts de la colonie, mais encore à apporter un utile et puissant concours à la métropole. Déjà le régiment des chasseurs de la Garde et d'autres régiments légers sont entièrement pourvus de chevaux arabes, les véritables chevaux de guerre, ainsi que l'ont prouvé les fatigues des dernières campagnes. Une nouvelle importation de chevaux d'Afrique ne saurait tarder à remonter d'autres corps de même arme. C'est une augmentation de richesse hippique dont notre industrie chevaline bénéficiera sensiblement. Si nos remontes, en effet, consomment moins de chevaux réservés à la cavalerie légère, elles permettront à l'éleveur et au commerce d'augmenter le courant de leur exportation vers des pays qui en manquent et qui en réclament, comme l'Italie, et cette opération ne se fait pas sans un prix de vente plus réuumérateur.
En Afrique, les bureaux arabes sont appelés à jouer un certain rôle dans le service de la remonte. Les officiers de ces bureaux sont les intermédiaires naturels entre ceux de la remonte et les éleveurs indigènes des tribus.
Constamment en contact avec les Arabes des grandes tentes, ils encouragent ces derniers à multiplier la production chevaline, sans sortir de la voie excellente qui les a conduits jusqu'ici à créer une race célèbre, et ils leur font comprendre tout l'avantage de traiter directement pour la vente avec les officiers acheteurs pour ne pas subir l'intermédiaire onéreux d'un courtage étranger.
Puis, après avoir étudié les ressources du cercle, en rayonnant leurs attributions, ils les font connaître aux officiers de la remonte, leur signalent les tribus riches en jeunes chevaux, les accompagnent dans leurs explorations, les recommandent aux chefs influents, enfin les mettent en relation avec les indigènes par tous les moyens que leur assure leur position.
L'antagonisme des haras et des remontes a duré longtemps. H y a une vingtaine d'années surtout que la lutte éclata pleine d'énergie et de passions. L'insuccès de nos tentatives pour améliorer les races , la triste nécessité dans laquelle se trouva la France d'acheter, en 1840, vingt-cinq mille chevaux à l'étranger, furent l'origine d'une foule de brochures qui exposaient les griefs réciproques des adversaires.
Les remontes et leurs partisans prétendaient que si le
cheval de selle manquait en notre pays, il ne fallait en accuser que les haras;
Que des croisements pernicieux, que l'engouement pour l'étalon anglais surtout, avaient jeté la perturbation dans nos vieilles et bonnes espèces, diminué la valeur de chacune d'elles en particulier et jeté un discrédit marqué sur ce genre d'industrie dans le commerce européen ;
Que l'administration des haras devait payer ces fautes de sa suppression, et que la remonte, intéressée directement à produire, pouvait mieux créer elle-même et venir en aide à l'agriculture.
A leur tour, les défenseurs des haras répondaient :
Que les remontes n'achetaient pas la production des chevaux de selle d'une façon assez régulière ; que ces acquisitions capricieuses laissaient, pendant certaines années, une foule de chevaux dans les campagnes, et inspiraient de la répugnance à l'éleveur, qui ne fabrique qu'autant qu'il est sûr de la vente;
Que les prix d'achat étaient trop restreints, et que la remonte, en favorisant certains éleveurs, en décourageait d'autres ;
Que la population chevaline de la France était rn rapport avec ses besoins, et qu'il suffisait de bien payer pour être bien monté ;
Enfin, qu'il ne fallait pas tirer un argument si concluant de l'importation de vingt-cinq mille chevaux, comme perte financière et agricole, puisqu'elle était largement compensée par l'exportation ann îelle de soixante mille mulets.
Ces dissidences cesseront devant l'intervention si féconde du chef de l'État, aidé par des fonctionnaires et des officiers intelligents, appuyé surtout par les louables efforts de S. Exc. le ministre d'État dont nous avons à ce sujet cité le rapport empreint de conciliation et d'espérances salutaires.
Le major Ferdinand de Lacombe.