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scène. Elles gardèrent le silence jusqu'à ce que la forme élégante de l'étranger eut disparu dans l'éloignement.
— Ton père l'a renvoyé, dit enfin madame Wolf avec un soupir; il aurait dû pourtant y regarder à deux fois avant de congédier ce jeune seigneur!
— Il reviendra, ma mère, il reviendra, j'en suis sûre, répliqua Julia avec animation. Quel que soit le motif qui l'amène, il ne renoncera pas aisément à l'objet de sa poursuite ! Avez-vous vu comme l'enthousiasme brillait dans ses traits, dans ses gestes, dans son regard? C'est une âme noble et ardente que ne sauraient arrêter des obstacles vulgaires... Quelle
différence entre ces jeunes patriciens si pleins de dignité, de vivacité, de courage, et les jeunes gens lourds, sans âme et sans intelligence, comme nous en voyons autour de nous !
— C'est bien vrai, cela ; et tu ne devines pas, Julia chérie, le motif des promenades du comte autour de notre maison?
— Gomment pourrais-je le deviner?
— Eh bien, moi, je suppose... Mais il ne faut pas s'arrêter à de pareilles idées ; car si ce que je prévois arrivait, ce serait un miracle de Dieu !
Et la bonne femme embrassa tendrement sa fille.
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Elles venaient à peine de reprendre leur travail, que le coucou se mil a sonner midi; en même temps un pas pesant retentit dans l'escalier et parut se cadencer avec le battement de l'horloge.
— Voilà Fritz, sans doute, dit madame Wolf.-
— Quoi! déjà? dit Julia.
Comme l'horloge frappait le douzième coup de midi, la porte de la chambre s'ouvrit, un jeune et robuste ouvrier entra, la casquette a la main. Fritz Muller, car c'é- * tait lui, avait une de ces bonnes figures germaniques , dépourvues d'expression , mais qui respirent la douceur et l'honnê-
teté. Impatient de rendre sa visite quotidienne a sa future, il n'avait pas pris le temps de quitter son costume d'atelier et son tablier de cuir. Il s'approcha des dames gauchement et leur dit un bonjour laconique; puis il vint s'asseoir en face de la jeune fille et se mit à la considérer en silence. éft
Julia était fort habituée aux façons de son adorateur; mais, ce jour-là, elle supporta ses œillades avec une colère mal contenue. Fritz s'en aperçut, ei sa gaucherie redoubla. Il semblait avoir quelque cli^e à dire que sa timidité l'empêchait d'exprimer; il se tortillait sur son siège, croisant et décroisant ses jambes d'un air de malaise.
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Enfin, il dit avec un sourire un peu niais :
- Vous ne savez pas, mademoiselle Julia?... Il est fini.
Julia n'entendit pas ou ne daigna pas répondre; mais madame Wolf demanda froidement :
— Que voulez-vous dire, monsieur Fritz ?
— Oui; je l'ai terminé tout a l'heure, et je l'apporte.
— Qu'apportez-vous donc?
Le brave garçon regarda ~a future bellemere avec Je gros jeux effarés ; puis il frappa ses larges mains l'une contre l'autre et poussa un éclat de rire.
— Que je suis donc bête î reprit-il ; j'oubliais que vous ne saviez pas... C'est une surprise! vous allez voir.
Il prit dans la pocbe de son gilet un objet de petit volume, soigneusement enveloppé dans du papier blanc, et le déposa sur les genoux de madame Wolf. On eût dit qu'en ce moment son cœur battait d'impatience et d'orgueil dans sa vigoureuse poitrine.
Madame Wolf déplia le papier avec eu-
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riosité et en tira un charmant [petit couteau damasquiné en or, avec un manche d'ivoire admirablement travaillé. Ce manche portait au centre un écusson sur lequel était un J couronné de roses; a l'entour étaient groupés des lacs d'amour, des guirlandes de fleurs et d'autres ornements qui, par le bon goût et la délicatesse des ciselures, eussent mérité l'attention même d'un artiste. A la vue de ce délicieux bijou, madame Wolf ne put contenir son admiration.
— Oh ! que c'est joli ! s'écria-t-elle ; regarde , Julia ; c'est vraiment un chefd'œuvre !
— Oui... en effet, c'est un fort bel ou-
vrageî dit la jeune fille avec distraction.
Cette indifférence dénoua la langue du pauvre amoureux.
— Mais regardez-le donc, mademoiselle Julia, dit-il d'un ton suppliant; c'est moi qui ai fabriqué ce couteau, moi'lout seul... J'y ai travaillé plus de trois mois; je passais une partie des nuits a cette besogne... Mais c'était pour vous, mademoiselle Julia, et je ne m'en plaignais pas.
— Pour moi? monsieur Muller; et que voulez-vous que je fasse de ceci?
— Mais, répliqua naïvement Fritz, ce que l'on fait d'un couteau.
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— Vous devenez railleur, monsieur, et c'est un défaut que je ne vous connaissais pas... D'ailleurs, je ne saurais accepter de pareils cadeaux, et je suis sûre que ma mère approuvera mon refus.
— Moi, ma fille? balbutia madame Wolf; je ne dis pas... Peut-être, eu eflet... D'un autre côté, il se pourrait... cependant...
— Mademoiselle, dit l'honnête coutelier, vous ne sauriez être méchante au point...
— Méchante!
.îulia partit de la pour faire a son ma-
lencontreux adorateur une véritable querelle d'Allemand. Sans vouloir écouter les excuses de Fritz, elle lui déclara qu'après une pareille insulte elle ne saurait plus le voir d'un bon œil ; puis elle se leva d'un air de reine offensée, et entra dans une pièce voisine dont elle referma la porte sur elle.
Le pauvre Fritz, anéanti, ne larda pas a se lever aussi.
— Madame Wolf, dit-il d'une voix altérée en remettant le petit couteau dans sa poche, je suis bien malheureux... Mademoiselle Julia est libre de me rudoyer, mais moi j'en mourrai... Bonjour, madame Wolf.
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Et il sortit a pas lents.
Cette douleur calme et pro'^nde émut la bonne femme, qui toutefois n'osa pas rappeler l'amoureux éconduit. A peine le bruit des pas eut-il cessé dans l'escalier criard, que Julia rentra. Elle ne pouvait se défendre elle-même d'un certain trouble, et ses joues portaient des traces de larmes.
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Cependant elle vint se rasseoir a sa place, et la conversation, d'abord languissante, ne tarda pas à prendre des allures plus vives et plus gaies. Bientôt même, sans que nous puissions précisément dire pourquoi, la mère et la fille se laissèrent aller a des rêves brillants, a de