‹ Le spectre de Chatillon (volume 3)Chapitre 7 sur 13 · I.'OTHOX 1M)K · texte numérisé non relu

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d'une do ces galeries, était une porte basse, surmontée d'une inscription à peine visible dans l'ombre. Ce fut Ta que les deux Chaslagnac, père et fils, s'arrêtèrent un moment pour reprendre haleine. Victor était toujours fort agité, et l'on eût dit qu'il s'efforçait de raffermir son courage. 11 y parvint sans doute encore, car bientôt il ouvrit résolument la porte en murmurant :

— Allons! mon père.

Deux agenïs de police gardaient l'antichambre; à peine l'un d'eux eut-il envisagé les nouveaux venus, qu'il s'empressa de les introduire dans une grande pièce, largement éclairée, où se trouvait le magistrat.

M. de AJarville était un homme de cin-

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q„an.e ans, aux manières distinguées, donlla fisure exprimait la défiance .11 était posté derrière une large table, chargée de papiers, de cahiers timbrés et de boîtes de ferblanc contenant des sceaux de diverses couleurs. Celle table, qui faisait retour a sa droite et à sa gaucbe, semblait

être uu rempart contre les surprises. En face de lui, on avait disposé des fauteuils de cuir, dont deux étaient occupés déjà par le père Fournier et par M. Joubert, le président de la Société des Arts. Du reste,

il n-y avait dans cette salle ni gardes, m greffiers, tout annonçait qu'il s'agissait d'une expiration conciliatrice plutôt que

d'un interrogatoire en règle.

A la vue des deux C'nastagnac, qu'il rencontrait fort souvent dans le monde,

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M. de Marville se leva et les salua poliment, mais sans paraître s'apercevoir que M. de Chastagnac, le père, lui tendait la main.

— Prenez place, messieurs, dit-il en leur indiquant les sièges vides ; cette réunion n'ayant d'autre but que d'éclaircir ce que j'appelle encore un malentendu, je ne vois aucun inconvénient à ce que M. de Chastagnac se soit fait assister de son fils ; mais M. Fournier, le plaignant, n'en voit-il pas?

— Non, monsieur, répondit Fournier tristement; M. Victor a toujours été un bon et honnête jeune homme, a qui je suis bien fâché de causer de la peine.

Victor ne regarda même pas son pané-

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gyriste, qui le saluait humblement, et il se tourna vers son père. Celui-ci, froissé de l'inadvertance calculée peut-être du magistrat, dit à Joubert qui était venu lui serrer la main :

— Merci, mon cher président. Quoi qu'on dise, vous voyez que l'on me traite déjà en accusé !

Joubert lui fit signe de réprimer sa mauvaise humeur, et tous s'assirent devant le bureau de M. de Marville.

Il y eut un moment de silence; le procureur du roi lui-même semblait éprouver quelque embarras pour aborder une question délicate.

— Monsieur, dit-il enfin en s'adressant v 10

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à M. de Chastagnac, M. Fournier ayant déjà tenté auprès de vous une démarche personnelle, vous connaissez la réclamation fort étrange en vérité, qui vous est faile. Si j'avais seulement égard a la considération dont vous jouissez, considération légitimement due a votre rang, a vos vastes connaissances, a votre haute probité, je n'aurais eu garde d'écouter l'accusation portée contre vous; mais il s'agit ici d'une espèce particulière de délit qui n'est pas sans exemple parmi des gens de condition, dignes, sous tous les autres

rapports, de l'estime publique et privée. Tel homme du monde, qui resterait impassible au milieu de monceaux d'or et de diamants, peut s'exalter jusqu'au délire en présence d'un objet d'art d'une rareté

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scientifique, d'une frivolité curieuse ; ce sont alors des cas de véritable monomanie, et, comme je l'ai dit, les cas de ce genre sont assez nombreux dans les fastes judiciaires. Le fait actuel semblerait se ranger dans cette catégorie, et, au point de vue de la morale, il n'aurait pas la gravité de certains autres actes qualifiés attentats a la propriété. Malheureusement, la loi n'a pas établi une distinction absolue entre ces deux genres de délit, et je dois m'enquérir de la vérité, certain d'avance que des explications franches vont dissiper l'obscurité qui règne encore sur cette affaire.

Ce petit discours d'ouverture avait été écouté dans un religieux silence; le ma-

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gistra flaira lentement une prise de tabac et poursuivit :

— Voyons, monsieur de Chastagnac, qu'avez-vous a nous dire sur le but de cette conférence? La médaille que réclame M. Fournier est-elle, oui ou non, entre vos mains ?

— Il me semble, monsieur le procureur du roi, que c'est a l'accusateur de fournir d'abord des preuves contre l'accusé.

— Il y a ici ni accusé ni accusateur, reprit le magistrat; mais je puis vous faire connaître déjà les probabilités qui s'élèvent contre vous, d'après le témoignage de M. Fournier et celui de M. Joubert, ici présent. Il résulh de ces renseignemenls

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qu'une rivalité, déguisée sous des formes de politesse, mais capable de dégénérer en haine d'une part ou d'une autre, existe depuis longtemps entre vous et M. Fournier; que lorsqu'on vous a présenté hier la médaille de grand prix, cause de cette discussion, vous avez manifesté une émotion extrême, prétendant qu'elle vous appartenait de droit, et que Fournier avait dû employer une supercherie pour déterminer l'abbé Robertin a s'en dessaisir Cette émotion est même allée si loin, que vous avez été dans la nécessité de descendre au jardin pour prendre l'air. Au dire des témoins, votre visage, en ce moment, était bouleversé, et nous pouvons encore voir les traces de la terrible secousse que vous avez ép. Uivée, L'n peu

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