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plus tard, quand vous avez revu M. Fournier, en présence de plusieurs personnes honorables appartenant a la Société des Arts, vous paraissiez plus calme ; mais tous ces messieurs ont été frappés de l'extravagance de vos offres pour décider M. Fournierà vous céder l'Othon d'or; vous seriez allé, m'a-t-on dit, jusqu'à lui proposer la majeure partie de votre fortune, qui est considérable, et déjà peut-être ne jouissiez-vous plus du plein exercice de vos facultés. Enfin, quand vous vous êtes séparé de M. Joubert, vous lui avez avoué avec une sorte d'égarement que votre haine contre Fournier vous épouvantait vous-même. Réfléchissez, monsieur; quand cl: fis la nuit qui suit ces divers incidents, l'objet en litige disparaît subitement;
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quand, au milieu d'un grand nombre de médailles, d'une valeur intrinsèque égale , ou même supérieure à celle de la médaille convoitée, c'est seulement ceile-la que l'on emporte, n'y a-t-il pas des indices suffisants pour trahir l'auteur de la soustraction ?
M. de Chastagnac avait écouté tranquillement l'énumération des charges portées contre lui. Il répondit d'un ton ferme :
— Je ne nie pas les faits que vous venez de rappeler, monsieur; mais entre ces faits et celui qui m'est reproché, il existe un abîme, et je me contenterai de répondre a des présomptions vagues par une simple dénégation.
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— Prenez sarde, reprit le magistrat qui commençait a s'animer. Dans un salon, une seule parole de votre bouche pourrait suffire a ma conviction ; mais ici, a cette place, il m'est défendu de me montrer aussi facile. Si donc vous ne pouvez rien opposer aux soupçons qui s'élèvent contre vous, je me verrai dans la nécessité de procéder a une enquête régulière. Je devrai faire comparaître devant moi vos domestiques et les interroger, je devrai procéder peut-être a une visite domiciliaire...
Victor de Chastagnac qui, depuis quelques instants s'agitait dans son fauteuil, ne put se contenir davantage.
Eh ! monsieur* s'écria-t-il, daus quel
l'otiion d'or 153
but éuuinérer ainsi les rigueurs dont vous arme la loi ? Ne voyez -vous pas que mon père, profondément blessé dans sa dignité, est prêt a les braver toutes plutôt que de descendre à une dégradante justification? J'adjure M. de Marville, que je sais homme de cœur et de sens, de réfléchir à l'impossibilité matérielle que l'on présente comme une réalité. Quoi! mon père, ce vieillard de mœurs si pures, ce savant distingué, ce gentilhomme entouré du respect public, se serait rendu coupable d'un vol ? Et pour accomplir ce vol, lui, à son age,*<il serait sorti la nuit de la maison, il aurait fait un trajet considérable, il aurait franchi des murs, ouvert des portes, brisé des serrures, que sais-je? Pour Dieu ! messieurs* regardez-le donCï
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et vous vous direz,., qu'il y a folie, ajoutat-il en fondant en larmes, oui, folie complète, absolue, radicale, a concevoir une pareille pensée !
Et il se jeta dans les bras du vieillard qui le pressa fortement contre son cœur sans pouvoir prononcer une parole. Tous les assistants furent touchés de ce mouvement chaleureux de Victor. Le procureur du roi ût un signe de la main pour recommander le calme.
— Je comprends trop bien l'impression sous laquelle a parlé M. Victor de Chastagnac, reprit-il, pour relever avec sévérité certains termes assez mal sonnants dont il s'est servi en présence d'un magistrat ;
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mais dans le cas actuel, il n'est pas nécessaire que M. de Chastagnac ait accompli la soustraction en personne. Jaloux de Fournier, exaspéré par une apparente injustice, il aurait pu, au moyen de promesses, décider quelqu'un à consommer cet attentat. Peut-être mème^uh 'domestique dévoué$ voyant son désespoir...
0 — Monsieur, de grâce! interrompit ^ Victor avec impétuosité, épargnez-nous la douleur d'onlendre ces outrageantes stip- JT positions. 'Pour qui donc prenez- vous mon /excellent- '.gère* On parle de jalousie, d'exaspération. Eh! pourquoi M. de Chas- * tagnac aurait-il le monopole de ces sentiments? M. Fournier n'a-t-il montré luimême ni jalousie, ni colère ? N'a-t-il pas
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aussi les passions violentes des faiseurs de collections? n'a-t-il pas laissé pertvr une joie cruelle quand il a vu la douleur de mon père à l'exhibition de la funeste médaille ? Et pourquoi n'aurait-il pas caché lui-rnênie l'objet soi-disant perdu?
^ Pourquoi ne profiterait-il pas des circens-
tances pour se venger d'ancfàhs ^iefs?
Cette supposition ne serait certes p^plus
# J ridicule que les aulj^sj^ ^ . \ \
leies i
v\^ '—"Que Dieu vous pardonn%eette pon- .<% sée! monsieur Victor^ répliqua Foùrnier avec un accent de reproche*^ ûi m'aurai»
dit que vous pourriez jamais m'accuser !...
— Vous osez bien accuser M. de Chas- •apuac d'un vol abominable, reprit le
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jeune homme énergiquement, mais sans regarder le pauvre Fournier. Encore une fois, pourquoi ce mauvais sentiment de rivalité qui, dit-on, a inspiré mon père, ne vous aurait-il pas inspiré vous-même?
Fournier tressaillit sur son siège.
— On ! c'est trop fort, c'est trop fort ! reprit-il presque les larmes aux yeux.
M'entendrc dire en face de pareilles cho-
ses !... Eh bien ! messieurs, eontinua-t-il d'un ton abattu, je n'ai pas le courage de
p/olongeér cette penrble discussion Si
cruelle que soit pour moi la perte de mon bel Othon d'or, j'aime mieux m'y résigner ; je ne réclame plus rien, je retire ma plainte.
<£8 i/othon n'ou
— Bien, bien, mon cher Fournier! s'écria M. Joubert ; c'est un acte de justice et de sagesse ; vous ne vous en repentirez pas.
— Mais nous, dit Victor avec rudesse, nous ne savons pa's si c'est là une réparation suffisante...
— Messieurs, interrompit le magistrat, une discussion a cet égard est inutile. 11 est trop tard maintenant, monsieur Fournier, pour revenir en arrière, et je suis forcé de faire mon devoir... Monsieur de Chastagnac, poursuivit-il en s'adressant au vieil antiquaire, n'avez-vous rien de plus a dire ?
— Rien, monsieur.
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— En ce cas, c'est a moi d'aviser pour arriver «à la connaissance de la vérité.
Et le procureur du roi avança la main vers une feuille de papier timbré sur laquelle étaient quelques lignes imprimées.
— Un moment, Marville, un moment, je vous prie! dit M. Joubert avec précipitation ; je ne comprends rien au silence obstiné de notre pauvre ami. Voyons, Chastagnac, votre délicatesse ne peut aller jusqu'à vous faire sacrifier entièrement votre sûreté. Vous avez tenu bon assez longtemps ; vous avez résisté aux entraînements de la colère avec une générosité dont je puis rendre témoignage; maintenant vous n'avez plus rien a ménager.
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Chastagnacse faisait toujours.
— C'est inconcevable! dit M. de Marville.
— Puisque vous refusez de parler, reprit Joubert, ma conscience a moi m'oblige à déclarer...
— Paix ! je vous en conjure, s'écria M. de Chastagnac avec explosion, comme si son calme jusqu'alors n'eut été qu'apparent; il n'y a pas nécessité de trahir ce secret. Aucune charge sérieuse ne s'élève contre moi. Que 3Î. de Marville fasse ce qu'il voudra, l'accusation ne peut manquer de tomber d'elle-même. Joubert, au nom de notre ancienne amitié, ne dites rien. Vous briseriez, ajouta-t-il plus bas en dé-
l'othon d'or 161
signant son fils, le cœur de ce brave et noble enfant. A tout prix, ne dites rien, je vous le défends.
— Et moi, monsieur Joubert, dit le magistrat avec autorité, je vous somme, au nom de la justice dont je suis ici l'organe, de révéler hautement ce que vous paraissez savoir.
— Il n'est pas besoin de me sommer,
Marville, puisque Chastagnac est trop
généreux pour accabler un rival dont il a
tant a se plaindre, je dois enfin parler
pour lui... Sachez-le donc, une personne
inconnue a l'habitude de pénétrer la nuit
dans la maison de M. Fournier, a l'insu de
celui-ci, et j'ai des raisons de penser que IV 11
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cette personne a pu s'introduire dans la maison, la nuit dernière. Or, les soupçons ne devraient- ils pas tomber plutôt sur cet individususpeclquesurM.de Chastagnac?
Cet aveu causa une vive émotion a tous les auditeurs. Le vieux Chastagnac poussa un soupir de regret, en regardant son fils qui était subitement devenu pâle. Quant au père Fournier, il dit avec incrédulité :
— Un homme qui s'introduit la nuit chez moi sans que j'en sache rien ! Ma foi! voila du nouveau, et si tout autre que M. Jouberl avait avancé de telles horreurs... Mais il faudra les prouver.
— Oui, oui, prouvez-moi cela, Joubert,
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dit le magistrat d'un ton pressant ; M. Fournier lui-même vous y invite.
— Le pauvre homme ne sait guère ce qu'il demande, répliqua Joubert avec un accent de pitié; il s'agit pour lui d'une perte bien autrement importante que celle d'une médaille !
Et il se mit a raconter en détail comment, la veille, M. de Chastagnac et lui avaient vu mademoiselle Rose Fournier cacher furtivement une lettre et une clé dans le jardin ; comment, Rose partie, ils avaient eu la curiosité d'examiner ce dépôt ; comment enûn, lui, Joubert, s'était emparé de la lettre, dans l'intention de la rendre a l'imprudente jeune fille, taudis
HH l'othon d'or
que la clé restait a la place où ils I avaient trouvée et où le correspondant inconnu de Rose avait pu la prendre pour en faire usage.
— Sans doute, poursuivit-il, ce personnage, sachant la valeur considérable de la médaille en question, aura profité d'une occasion favorable pour s'en emparer.
Peut-être comptait-il que son intimité avec une personne de la maison lui assurerait l'impunité. Je n'ai pas à expliquer ce fait; mais tout me semble plus acceptable que l'odieuse inculpation qui pèse sur M. de Chastagnac.
Le malheureux Fournier avait écoulé d'un air hébété ces révélations si nettes et
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si précises; atterré du coup, il ne pouvait prononcer une parole. Victor, non moins cruellement frappé, se pencha vers son père.
— Cela est-il bien vrai? demanda-t-il.
Pour toute réponse, M. de Ghaslagnac serra la main de son Gis dans ses deux mains moites et brûlantes. Victor comprit,
— L'infâme ! murmura-t-it.
Et, appuyant sa tète sur l'épaule du vieillard, il s'efforça de contenir ses sanglots.
Cependant , Fonrnier commençait a sortir de la torpeur où l'avait jeté cette terrible nouvelle.
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— Messieurs, dit-il avec égarement, je vous ai mal compris sans doute. Ma fille, ma Rose, si douce, si bonne, si sage; Rose la joie de mon foyer, l'orgueil de ma vieillesse, donner des rendez-vous dans sa chambre? Pendant que je la croyais occupée a veiller une pauvre mourante, elle aurait reçu un galant ! elle l'aurait laissé emporter, mon Othon d'or! Cela est faux, c'est un abominable mensonge! Monsieur de Marville, vous qui représentez la justice, faites arrêter a l'instant ces indignes calomniateurs! arrêtez-les vous dis-je, ils mentent, et je dépenserai jusqu'à mon dernier écu a les poursuivre devant les tribunaux!
Un profond silence accueillit cet éclat de douleur paternelle.
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— Remettez-vous, monsieur Foiirniér, dit le procureur du roi avec bonté. C'est vous qui avez provoqué ce scandale, et vous devez en supporter courageusement
les conséquences Joubert, avez-vous
encore la lettre dont vous avez parlé dans votre déposition?
— J'allais ce matin me rendre au faubourg pour la restituer à cette malheureuse enfant, quand j'ai été appelé devant vous... La voici.
Et il remit au magistrat le papier dont il s'était emparé la veille. M. de Manille l'examina, puis, le posant sur la table, sans toutefois s'en dessaisir, il demanda :
— Reconnait-on bien l'écriture ?
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Fournier et Viclor se penchèrent avidement; mais, après avoir lu, tous les deux reprirent leur place, le père en murmurant une imprécation, le Gis en poussant un gémissement.
— Messieurs, dit le procureur du roi, je pourrais dès a présent considérer M. de Chasfagnac comme déchargé de l'accusation portée contre lui, car les révélations de M. Joubert donnent a cette affaire un caractère tout nouveau... Mais, sans vouloir m'initier dans un secret de famille, ne ferais-je pas bien de mander devant moi mademoiselle Fournier, pour obtenir d'elle des explications au sujet de ce billet? Qui sait s'il n'y aurait pas, au fond de (oui ceci, un acte parfaitement inno-*
l'othon d'or <(I0
cent? Ce que je propose est dans l'inlérêt même de la jeune personne, dont la réputation, souffrirait si l'instruction s'arrêtait au point où nous en sommes... Qu'en dites-vous, monsieur Fournier? Ferai-je appeler mademoiselle Ruse?
— Oui, oui, arrêtez-la, faites-la prendre par les gendarmes, faites-la jeter en prison pour le reste de ses jours ! Elle l'a bien mérité !
— Ce n'est pas ainsi que je l'entends. Et comme je ne veux pas charger des gens de police de cette mission, je prierai monsieur Joubert de vouloir bien aller chercher la jeune demoiselle, et de l'aamenerici... toujours avec la permission de M. Fournier,
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Celui-ci haussa les épaules d'un air impatient et Joubert fit ses préparatifs de départ.
— Il est bien entendu, monsieur, reprit le magistrat, que vous ne direz pas un mot à mademoiselle Rose du motif pour lequel elle est mandée; vous m'en donnez votre parole d'honneur?
Joubert prit l'engagement exigé et sortit.
Alors, monsieur de Marville quitta sa place, et, s'approchant du pauvre Fournier, il parut lui adresser des consolations amicales. Quant aux deux Chastagnac, ils s'étaient retirés a l'extrémité du cabinet et s'étaient assis l'un a côté de l'autre sur une banquette.
l'othgn d'or 471
— Victor, cher Victor, demanda le père d une voix étouffée, tu l'aimes donc?
— Plus que je ne saurais le dire ! mais maintenant je la méprise et je la bais!
— Quand j'ai soupçonné la violence de ce sentiment, Dieu m'est témoin que j'aurais voulu a tout prix t'épargner ce chagrin... Mais tu as vu toi-même que cela n'a pas dépendu de moi?
— Mon digne père, vous avez été généreux jusqu'à l'excès; vous avez consenti à vous laisser insulter quand un mot de votre bouche pouvait confondre le calomniateur... Mais, ajouta Victor en sanglotant tout bas, ne croyez-vous pas encore
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qu'il soit possible d'expliquer d'une manière satisfaisante...
Le vieillard secoua la tète, et il se turent tous les deux.
M. Joubert était absent depuis une heure a peine, quand un bruit léger, qui s'éleva dans l'antichambre, annonça son retour. En effet, il parut bientôt en donnant le bras a mademoiselle Rose Fourmer.
La jeune fille était triste, mais calme; elle avait cet extérieur modeste , cette grâce décente qui caractérisent l'innocence. En entrant dans ce lieu inconnu, elle s'inclina; puis, apercevant Fournier,
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elle courut a lui et lui demanda d'un ton de curiosité naïve :
-Qu'y a-t-il donc, mon père? Pourquoi m'avez-vous fait quitter notre chère malade! M. Joubert n'a rien voulu me dire, sinon que vous aviez à me parler sans retard... De grâce que me veut-on ?
- Tu vas le savoir, effrontée créature ! répliqua Fournier en se détournant d'un air sombre.
Rose demeura stupéfaite; n'osant demander d'explications en ce moment, elle promena autour d'elle des regards pleins d'angoisses. Elle reconnut Victor de Chastagnac.
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— Monsieur Victor, dit-elle, vous qui êtes bon, je vous conjure de m'apprendre...
— Je n'ai rien a vous dire, mademoiselle, répliqua Victor avec dureté, en se détournant à son tour.
Rose, éperdue, restait debout au milieu de la salle, quand M. de Marville vint la prendre par la main et la conduisit à un siège.
— Mademoiselle, lui dit-il , ne vous troublez pas; vous n'aurez aucune peine sans doute à justifler une démarche qui, au premier aspect, peut paraître coupable; mais il faut que vous me promettiez de me répondre avec sincérité. Vous savez sans