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rai-je, mon Ernest? j'ai succombé k la tentation, et d'ici à demain, peut-être, M. Jacquet aura un associé du nom de Rosemberg...
Le marquis ne put retenir un mouve»
ment de surprise.
— Vous, mon père, s'écria-t-il, vous, duc de Châtillon, ancien lieutenant du roi dans la province de Bresse, vous consentiriez...
— A devenir l'associé d'un fabricant de papiers, poursuivit le duc avec son sourire paisible ; oui, mon filSj les arrange-
ments sont pris, l'acte de sociëlé est déjà dressé, et il n'y manque plus que la signature de ce Rosemberg dont nous parlions tout a l'heure. V^otre fierté patricienne se révolte à l'idée d'un pareil arrangement; et pourtant, mon cher Ernest, on a pu vous conter en Allemagne des choses plus singulièresencore.Quedepauvresémigrés, oubliant leur noblesse et leurs habitudes délicates, ont dû exercer des professions moins avouables peut-être! Ignorez-vous qu'un prince du sang royal de France a été réduit a donner des leçons de mathématiques dans je ne sais quelle obscure bourgade de Suisse? Je vous l'ai dit, les temps sont changés, et la noblesse doit se soumettre aux nécessités du siècle, si elle veut encore, pour un peu de temps, pro-
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longer son ex-istence. D'ailleurs, en favorisant dans ce pays, où nos pères ont répancki tant de bienfaits , une grande manufacture qui procurera du bien-être a plusieurs centaines de familles, ne sera-ce pas continuer l'œuvre de nos ancêtres ? Les moyens seront différents, mais le but sera le même ; au lieu de l'aumône qui avilit, nous accorderons le travail qui*'^* **■ -'^ puriOe et relève. Mon fils, encore une fois, une industrie utile et honorable ne saurait nous faire déroger!
Ernest ne disait rien, mais évidemment une communauté d'intérêts entre son père et M. Jacquet, fabricant de papiers, lui semblait monstrueuse et impossible. Le duc devina ses répugnances.
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— Ernest, lui dit-il avec sa bonté accoutumée, vous avez été élevé dans un pays où les préjugés de naissance sont tout-puissants, et vous accepteriez ditTicilemenl de semblables transactions. Vous n'êtes pas encore à l'âge où l'on ne s'étonne de rien ; votre âme n'a pas été assouplie par les difficultés et les malheurs. Je respecterai vos scrupules, je ne vous imposerai pas une condition où vous auriez trop a souffrir. Aujourd'hui, pour la première fois, je vous ai parlé comnie h un homme, et je vous ai montré notre situation réelle; vous êtes libre de ne pas entrer dans la voie où je m'engai;e, un peu en désespéré, je l'avoue. Nous ferons deux parts de notre modeste revenu, et
pendant que je tenterai la fortune ici, iii r