‹ Le spectre de ChatillonChapitre 16 sur 20 · Lie SPECTRE · texte numérisé non relu

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donl vous parlez. Les péris et les fces sont restées la-bas dans les brouillards de la vieille Germanie; vous ne trouverez ici que des réalités brutales et décevantes.

— Mon père, reniez-vous donc aussi la légende du spectre de Châtillon , que ma mère m'a contée si souvent? N'esl-il pas vrai que l'âme de Bernard le Gaucher est revenue deux fois déjà sur la terre pour proléger ses descendants, et que , d'après la tradition, elle y doit revenir une fois encore ?

— Croyez au spectre de Châtillon si vous le voulez, mon lils, dit le duc avec une douce ironie, puisque cette croyance

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fait partie de votre héritage; toutefois ne comptez pas trop sur son secours, et fiezvous plutôt a vous-même... Allons! poursuivit-il cn.se levant, voici la nuit, et nous ne pourrons nous arrêter qu'un instant a la ferme ; partons donc, et n'oubliez pas, Ernest , que , pour madame Blanchard comme pour toutes les personnes de ce pays, nous sommes seulement messieurs de Rosemberg...

— Jusqu'à ce que nous puissions changer ce nom pour un autre plus sonore et plus beau! répliqua Ernest avec un soupir.

La ferme.

La Censé , ou plutôt la ferme de la Censé, comme on disait dans le pays par un pléonasme que l'usage avait consacré, formait un assemblage considérable de b^limeuls élevés à des époques différentes,

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L'ensemble en était assez irrégulier; néanmoins tous étaient construits en briques d'un rouge éclatant, qui, les faisait apercevoir de loin dans la campagne. Ils formaient un carré long autour d'une vaste cour qu'ombrageaient deux ormes centenaires. Une tour ronde, qui servait de pigeonnier, donnait au domaine un faux air de manoir féodal. Quoique les étables et les écuries trahissent par un frémissement intérieur et continuel de nombreux habitants, le sol de la cour était propre et uni. On avait soigneusement éloigné du regard ces détritus de toutes sortes, ces fétides mares aiïx canards, ces monceaux d'ins* tfiiraetits aratoires et de charettes brisées qtii défendent ordinairement les approches des habitations rurales. Une personne

ftux organes délicats avait sans doute autorité sur cette vaste maison, et prenait soin d'éloigner ce qui pouvait offenser l'œil et l'odorat. Enfin la ferme de la Censé avait un air d'ordre et d'abondance bien capable de plaire a ses nobleà propriétaires.

C'était l'heure du souper, et audun va-* let, aucune fille de ferme ne rôdait en ce moment dans la cour. Mais le duc de Châ^ tiUon, après avoir franchi un large portail toujours ouvert, ne fut pas embarrassé pour se diriger. En face de lui s'élevait le logement des fermiers, et par les fenêtres du rez-de-chaussée s'échappait un bruit d'assiettes et de verres , mêlé au gros rire

de la gaîlé villageoise. 11 entraîna son fils de ce côté, et, poussant la porte de la maison, ils pénétrèrent dans une salle basse; une scène patriarcale frappa leurs regards.

Cette pièce, noire et enfumée comme il convient a une cuisine de campagne, était éclairée par deux ou trois chandelles, quoique la nuit ne fût pas encore complètement tombée; de plus, un feu de sarments, allumé pour les besoins du ménage, répandait une lumière égale a celle de vingt bougies. Tout le personnel du domaine, robustes paysans aux longs cheveux, brunes jeunes filles aux joues rondes et aux bras nus, étaient assis sur des banc§

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de bois , autour d'une longue et massive table. On jasait, on riait tout en mangeant,' et la joie la plus franche semblait présider au festin. Le haut bout de la table, destiné aux maîtres du logis, se distinguait par une nappe d'une blancheur de neige, tandis que le reste des convives se passait très bien de ce rafïinement de civilisation. Sur la nappe on remarquait deux couverts élégants et quelques mets bien apprêtés. Une de ces places d'honneur demeurait vide; l'autre était occupée par une femme de soixante-dix ans environ, vêtue moitié en bourgeoise, moitié eu paysanne, dont les traits vénérables exprimaient pourtant une grande fermeté. Son regard avait à réprimer par moments un rire trop bruyant, une parole mal sonnante au bas bout de

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la table; mais son autorité s'appuyait plutôt sur le respect et raffection que sur la crainte. Cette femme, qui semblait aiqsi une reine au milieu de ses sujets, ou mieu^ une .mèr.ç au milieu de ses eafants, étgjt madame Blanchard, la fermière de la Censé.

A la vue des deux Rosemberg, car nous leur donnerons désormais ce nom, elle se leva de son fauteuil de bois, et développant sa haute taille un peu voûtée, elle vint au-devant des visiteurs. M de Rosemberg lui prit la main amicalement :

— Madame Blanchard, dit-il, je suis confus de vous déranger à pareille heure;

mais, arrivé dans ce pays depuis quelques instants, je n'ai pas voulu tarder davantage a vous apporter les compliments de M. le duc de Cliâlillon , votre... votre ami.

Et comme la vieille femme restait interdite j^A ««tw •*'V><v^-vA- • '^ • ■ ^

— Je suis, poursuivit-il, l'homme d'affaires dont M. le duc a dû vous parler dans ses lettres.

Madame Blanchard (il une profonde révérence.

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— En eflet, dit-elle, et mon maître m' recommandé d'avoir confiance eu vou comme en lui-même... Asseyez-vous, messieurs, continua-t-elle avec ce ton de politesse respectueuse qui distinguait alors les vieilles gens, et soyez les bien venus. Je n'oserais vous offrir de partager notre pauvre repas ; mais si vous voulez passer dans le petit salon de Denise, on va vous préparer quelque chose de plus digne de vous.

Puis se tournant vers les domestiques :

— Oîi est Denise? demanda-l-elle'précipitammenl; quelqu'un a-t-il vu ma petitefille ? Elle n'est jauiais rentrée si lard.

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Un bouvier dit avoir vu mademoiselle Denise descendre peu d'instants auparavant la butte du Vieux Château.

— Qu'on la cherche , reprit madame Blanchard; elle a les clés de tout, et elle pourra m'aider a recevoir convenablement le représentant de notre maître...

Toi, la Rin^^aude, dit-elle h une femme âgée qui semblait avoir la surintendance de la ferme, va bien vite appeler Denise... Elle ne saurait être loin; sans doute elle aura vu de loin ces messieurs qu'elle ne connaît pas, et elle se sera effarouchée, la pauvre petiot £. l

La Ringaude sortit pour ex.éculer cet m is

ordre, mais non sans murmurer assez haut qu'il serait plus facile de saisir Ja chèvre blanche quand elle s'échappait dans un pré que de ramener a la maison mademoiselle Denise, quand elle avait la fantaisie de rester dehors.

Cependant Rosemberg protestait contre tout dérangement.

- Si vous pensez vraiment, poursuivitil, que nous vous ferions injure en n'acceptant rien dans votre logis, nous allons, madame Blanchard, boire un peu de piquette avec votre monde. C'est tout ce que nous pouvons prendre ici ce soir, car nous sommes pressés.

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Une servante apporta deux verres.^^^**^ /^ ■,

— Voila conmie était autrefois notre bon seigneur, le duc, dit la fermière; bien souvent, lorsque mon mari était régisseur du cliâteau, j'ai vu le duc lui-même venir ici se rafraîchir et choquer son verre contre celui des bonnes gens de la ferme.... Le vieux monsieur le marquis n'était pas plus fier, et je me rappelle encore que peu de temps avant la catastrophe où il j^érit avec mon pauvre Blanchard... Mais excusezmoi, messieurs, dit-elle avec un soupir en se reprenant, ce ne sont pas là des souvenirs qui puissent vous égayer et vous plaire !

— Les anciens seigneurs de Châtillon

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