‹ Le spectre de ChatillonChapitre 3 sur 20 · LE SP. CTRE · texte numérisé non relu

LE SP. CTRE

ils savent trop ce qu'ils doivent à la maréchale de Châtillon, pour agir de rigueur avec elle : ils lui feront donc préparer un appartement dans une aile du château , et ils lui assigneront un revenu suffisant pour le reste de ses jours. De même, M. le duc n'aura pas besoin de se gêner quand il voudra courre un cerf ou un sanglier dans la forêt, biea que la venaison soit fort estimée par nos pères et par notre vénérable abbé.

Mais nous tenons à prouver au seigneur de Châtillon , malgré ses torts, notre respect pour son illustre nom.

La maréchale se redressa vivement.

— Je ne sais, monsieur, dit-elle avec

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énerjiie, ce que mon fi!s pensera de vos offres; mais pour moi, je jure bien...

Elle n'acheva pas et retomba sur son siège. Claudin , qui plusieurs fois déjà s'était mordu les lèvres jusqu'au sang, crut le moment favorable pour intervenir.

— Si madame la maréchale le permet, dil-il , je ferai une simple observation : Avant de se montrer si libéral de la fortune des seigneurs de Ciiâtillon, le couvent de Sainte-Epine ne devrait-il pas nous prouver ses droits sur elle?

— C'est juste, répondit le procureur.

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Après s'êln; longuement mouché et avoir ajusté ses lunettes sur son nez, il déploya le papier qu'il tenait a la main, et en donna lecture d'un ton monotone. C'était, comme on l'a deviné sans doute, un arrêt du parlemen^t qui condamnait le duc de Châtillon a payer immédiatement au couvent de Sainte- Épine la somme énorme que nous connaissons, « a défaut de quoi, portait la » sentence, les terres, fiefs et seigneu- > ries dudit seigneur de Châtillon fe- » raient retour h sa révérence l'abbé de » Sainte-Épine, comme étant aux droits )) de ladite abbave. »

— C'est une odieuse iniquité! inter-

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rompit la niarécliale; nous avons la certitude que les sommes réclamées ont été acquittées depuis longtemps.

— Alors vous pourrez nous montrer la quittance, dit le procureur d'un ton doucereux; les bons pères souhaitent d'agir selon la stricte justice.

— Et ils n'agissent que selon leur ambition et leur avidité, s'écriù ...Jua.ae de Ghâtillon perdant toute prudence ; mais le roi ne souffrira pas celte infâme spoliation; il ne voudra pas la ruine d'une famille qui a tant fait pour l'État. J'irai me jeter a ses pieds, je lui rappellerai les services de nos ancêtres , ceux de

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mon mari, ceux de mon fils lui-même, et il cassera cet odieux arrêt dont vos moines ingrats ne tireront que de la honte.

Le procureur leva les yeux au ciel, ce qui semblait être son mouvement favori.

— Madame , reprit - il , mes pieux et respectables patrons vous pardonnent ces outrages immérités, et puisse Dieu vous les pardonner de même ! La nature humaine est tout imperfection ; nous ne devions pas espérer que vous vous inclineriez sans murmurer un peu sous le coup qui vous frappe... Quant a l'inler-

vention du roi dans une affaire privée, l'avez-vous vraiment crue possible? Nous n'ignorons pas à l'abbaye la disgrâce de M. le duc, et, certes, la rébellion de ce matin ne rendra pas a la famille les faveurs de Sa Majesté.

La maréchale sentait qu'il avait raison ; elle ne répliqua pas et retomba dans son accablement.

Le procureur (suites

Pendant cette conversation , Claudin avait pris l'arrêt des mains du procureur, et, après avoir ajusté ses lunettes à son tour, il avait examiné avec une attention minutieuse cet acte important. Enfin il

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le rendit en demandant d'un ton posé :

— Eh bien, maître Michaud, quel usage prétendez-vous faire de ce... papier?

Michaud, avant de répondre, regarda cauteleusement le notaire :

— Je remplirai mon office, dit-il enfin.

' — Et quel est votre office , maître Michaud ?

— Je vous crois trop versé dans la science du droit et dans ta pratique de ïa procédure, maître Claudin, pour vous supposer la moindre incertitude à cet

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égard... Camusard, l'huissier du couvent, et moi, nous allons procéder a la saisie du château et des terres de Châlillon.

Et, sur un signe, Camusard s'approcha de son patron.

— Une saisie ! s'écria la maréchale frappée d'épouvante ; on veut nous chasser de la maison de nos ancêtres!

— Je vous en conjure, madame, ne vous trouhlez pas, dit Te procureur d'un ton hypocrite; c'est une formalité, une simple formalité a remplir. Ni vous, ni M. de Châtillon vous n'aurez à vous presser de quitter votre logis, si tant est que vous

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VOUS délerminiez a le quitter ; vous pourrez prendre tout le temps nécessaire pour vos préparatifs de départ... Seulement, vous aurez la bonté d'admettre, dans un coin de votre immense habitation, ce pauvre Gamusard que voici et quatre Jfrères lais qui, par humilité, ont voulu rester en bas dans le vestibule. Ils s'établiront ici comme une sorte de gardiens du séquestre, mais ils ne vous gêneront en rien. Une petite chambre pour Ca^nusard, le moindre réduit pour les frères seront largement suffisants. Du reste, ils seront nourris aux frais du monastère, et vous ne vous apercevrez même pas de leur présence.

Madame de Ghâtillon, avec l'ignorance

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habituelle des ^eus du monde en matière de chicane, paraissait disposée k céder; mais Claudin intervint de nouveau.

— Ma noble maîtresse, s'écria-t-il, ce que l'on vous demande comme une bagatelle serait sûrement l'abandon de vos droits, et vous créerait dans l'avenir des embarras insurmontables. Un article du jugement porte que la sentence aura seulement son effet « si la quittance, dont on annonce l'existence, n'a pas été produite avant la prise de possession : » d'oîi il résulte que même la présentation de cette quittance, après la prise de possession, ne sauverait pas le domaine.

On pouvait conjecturer a l'air consterné

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du procureur et de IJIiuissier, que tel était en effet leur plan de campagne.

— Ah ! mon ami, dit la maréchale éperdue, faites ce que vous croirez convenable... Je me fie entièrement à vous.

Michaud et Camusard s'étaient concertés a l'écart.

— Enfin, reprit le procureur d'un ton péremptoire en s'adressant au notaire, pouvez-vous, oui ou non, montrer la quittance dont vous parlez?

— Celte quittance sera produite, répondit Glaudin avec assurance, mais dans un autre moment.

— Il ne l'a pas, souffla l'huissier a son patron.

— A votre aise, Claudin, reprit Michaud triomphant ; en attendant, je vais appeler les frères, qui doivent nous servir de témoins, et Camusard va procéder instanter à la prise de possession.

— Ce serait une flagrante illégalité, s'écria le notaire, et vous auriez à rendre compte de cette violation de tous les principes du droit. Votre acte n'est pas valable; car, dans leur précipitation a vous le transmettre, vos amis ne vous ont envoyé qu'une copie an tîeu de la minute.

— La minute arrivera demain; en al-

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tendant, nous prenons nos précautions pour que les meul)les et les immeubles de la seigneurie ne puissent être aliénés. J'ai pour moi le Digeste de conservatione.

— L'article n'est pas applicable dans l'espèce... ofesfo... Je prouverai parlesPandectes qu'il n'y a pas periculum rei.

Les deux légistes s'enfoncèrent dans une discussion obscure et embrouillée, toute farcie de termes barbares, a laquelle les assistants ne pouvaient rien comprendre.

Peut-être eux-mêmes ne se comprenaientils pas très bien ; mais le notaire sentait le besoin de gagner du temps, et le procureur, qui devinait son projet, se montrait

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de plus en plus pressanl. Enfin Claudin, à bout d'arguments et de menaces, essuya son front ruisselant de sueur.

— Il n'est de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre, dit-il; on va consommer une grande iniquité; mais je ne puis plus que protester.

Madame deChâtillon, voyant son champion vaincu, fit un violent effort pour surmonter son propre abattement.

— • Maître Michaud, reprit-elle avec une douceur pleine de dignité, je ne puis croire que sa révérence le père abbé de Sainte- Ëpine approuve l'inflexible rigueur avec

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laquelle vous nous poursuivez. Allez le trouver de ma part ; dites-lui que je le supplie de nous accorder un délai de quelques jours. Il ne peut pas, il n'osera pas refuser si peu de chose a notre malheureuse famille!

Les sanglots l'empêchèrent d'en dire davantage; mais il lui vint un secours inattendu. Mademoiselle de Laferté-Champfort, dont personne ne remarquait la présence, avait écouté, sans en perdre un mot, la scène précédente. Tout à coup elle s'avança, le visage baigné de larmes, vers les interlocuteurs.

— Faites cela, maître Michaud, s'écria-

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t-elle en joignant les mains; faites-le, puisque madame la maréchale vous en prie.

Écoulez : je donnerai qualre beaux chandeliers d'argent à Tabbaje et un devant d'autel que je broderai moi-même, avec uneaui)e en point de Bruxelles pour notre abbé... Et puis, songez combien le duc sera en colère quand il rentrera ; prenez garde de mettre le duc de Ghâtillon en colère, maître Michaud !

La candeur de la charmante Glle appela un sourire sur les lèvres du procureur et même (chose difficile h croire I ) sur celles de l'huissierj Madame de Châtillou embrassa Cécile avec tendresse.

— Chère petite, dit-elle, pourquoi faut-

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il que vous soyez témoin de ces tristes débats?... Rentrez chez vous, mon enfant, et espérez comme moi dans la miséricorde de Dieu, sinon dans celle des hommes.

CependantMichaudelGamusard avaient échangé rapidement quelques paroles à voix basse. Le procureur reprit :

— Pardonnez-moi, madame la maréchale, si je me trouve dans la nécessité de résister a vos instances et à celles de cette gentille demoiselle. Le cœur me saigne de vous refuser votre demande, mais je ne saurais remplir votre commission auprès de notre révérend père en Dieu, M. l'abbé de Sainte-Épine. S'il faut le dire, le digne

homme est malade, du chagrin que lui cause celte déplorable affaire ; il est au lit, il ne prend aucune nourriture, et les bons frères qui le soignent craignent une attaque d'apoplexie... Vous jugez qu'en pareil cas je ne puis aller lui présenter votre requête; ce serait lui porter le coup de la mort, et l'Église perdrait un de ses plus brillants flambeaux.

Mademoisellede La ferté-Champfort voulut renouveler ses supplications ; la maréchale l'arrêta.

— Assez, mademoiselle, dit-elle froidement ; nous nous sommes déjh trop abaissées... Faites ce que vous voudrez, maître

Michaud, je ne m'y opposerai pas...

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Et elle se rassit, mais l'œil sec et le front levé.

— Madame, murmura €laudin à soa oreille avec désespoir, encore un effort, je vous en conjure!

La maréchale resta immobile et muette.

Michaud se mouchait bruyamment pour faire croire qu'il pleurait.

— Quelle pénible tâche! murmurait-il; mon Dieu ! accordez-moi la grâce de pouvoir la remplir jusqu'au bout !

Et il ajouta plus bas en s'adressant a Camusard :

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— Allons, Onissons-en... va bien vile chercher les frères.

L'huissier aflendail cet ordre avec une extrême impatience; mais il n'avait pas encore traversé l'immense salon aux deux cheminées, qu'un grand bruit s'éleva dans l'intérieur du château; on eût dit des plaintes et des- protestations que dominait une voix irritée.

— C'est le duc! s'écria mademoiselle de Laferlé-Champfort.

— A la bonne heure! s'écria Claudin en se frottant les mains.

Le procureur et l'huissier s'étaient serrés l'un contre l'autre avec épouvante.

— Madame, balbutia Michaud, je crois M. le duc incapable d'entraver le cours de la justice et d'outrager des officiers publics...

Avant que la maréchale eût eu le temps de répondre, le bruit retentit dans l'escalier voisin, et la porte, s'ouvrant brusquement, laissa voir M. de Châtillon suivi de tous les domestiques du château. Les valets, par respect, n'osèrent franchir le seuil de la porte, et le duc entra seul, un fouet de chasse a la mai n , comme Louis XIV entra un jour au parlement. Son aspect

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était si menarant, que la maréchale et Cécile s'élancèrent au-tlevanl de lui pour prévenir une catastrophe.

— Mon cousin, je vous conjure...

— Mon ûls, je vous supplie...

Le duc les rassura jjar un sourire dédaigneux, puis il s'avança vers les deux légistes qui faisaient, nous devons le dire, une assez triste contenance, et leur montra la porte. L'huissier Camusard n'attendit pas une invitation plus pressante , et il détala prestement au milieu des huées de la valetaille. Mais Michaud crut devoir à sa dignité de ne pas céder si vite.

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— Que me voulez-vous, monsieur? demanda-t il d'un Ion a peine intelligible; je remplis ici les fonctions de ma charge; je suis sous la sauvegarde des lois divines et humaines...

— Paix.! interrompit le duc. Allons, l'ami, montre-nous les talons... Tu t'es trompé sans doute en entrant dans le salon de ma mère; ta place était tout au plus la-bas dans le vestibule avec ces frocards à qui je viens de donner congé...

— Quoi! monsieur, vous avez osé...

— La victoire, je l'avoue, n'a pas été chaudement disputée; l'ennemi s'est contenté de criailler, ef il court encore.

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— Monsieur, c'est un horrible scandale... un vérital)ie sacrilège. ..et le révérend père abbé...

La voix lui manqua. Le duc venait de dévider son fouet avec une fermeté si menaçante, que le pauvre Michaud ne jugea pas a propos d'attendre les actes ultérieurs; il s'enfuit à son tour au milieu des cris des laquais. Le duc, pour augmenter son effroi, parut vouloir le poursuivre ; il fil claquer son fouet et cria : — Tatjaut I tayaut ! comme s'il eût animé ses chiens de chasse. Mais il alla seulement jusqu'à la porte du salon, et il rentra bientôt en poussant de grands éclats de rire.

Pendant cette déroute , Claudin disait à part :

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— Pour la première fois, le caractère bouillant de monseigneur aura été bon à quelque chose... Le danger est passé, mais il se représentera demain... 11 faut que je découvre aujourd'hui même la. crouste de Châtillon, ou tout est perdu...

Et il se dirigea rapidement vers la tour de la Librairie, sans songer que sa présence et ses conseils pouvaient encore être utiles dans le salon aux deux cheminées.

Cécile de Laferté-Champfort.

Ni la maréchale ni Cécile ne paraissaient disposées à partager l'hilarité que le duc venait de montrer. Madame de Chatilloii restait dans son fauteuil, les bras pendants, la tête penchée, accablée de fa-

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ligue et de douleur. La jeune fille, de sa part, était mélancolique, rêveuse, et peutêtre la ruine imminente de la famille n'était-elle pas la seule cause de sa tristesse. Du reste, aussitôt que le procureur eut disparu , le rire s'effaça des lèvres du duc aussi rapidement que l'expression prise par l'acteur sur la scène s'efface quand il revient dans la coulisse. Châtillon s'assit près d'une table sur laquelle ses doigts tambourinaient une marche ; un silence pénible régnait entre ces trois personnes.

— Je crois, madame, dit enOn le duc avec légèreté, que je suis arrivé fort à propos pour faire lever le siège à ces marauds; une minute de plus, et ils allaient

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arborer leur drapeau sur la citadelle. Mais puis-je vous demander, madame, pourquoi vous ne m'avez pas fait prévenir dès qu'ils se sont présentés?

— Pardonnez-moi, mon fils ; je redoutais l'effet de votre légitime indignation, et je voulais vous épargner... Ensuite, poursuivit-elle avec désespoir, aujourd'hui ou demain, qu'importe, puisque le triomphe de nos ennemis semble assuré? Mais, si grand que soit ce malheur, il en est de plus terribles encore ! N'avez-vous pas entendu les étranges allégations du procureur Michaud?... Tenez, Chàtillon, je ne voulais pas m'expliquer sur un pénible sujet, et élever des plaintes qui peut-être

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ne seront pas écoutées ; mais mon devoir de mère parle plus liaut que toutes les considérations, et dussé-je perdre ce qui vous reste encore d'affection pour moi...

En ce moment madame de Châtillon remarqua mademoiselle de Champfort qui se penchait en avant, toute haletante, pour écouter.

— Cécile, mon enfant, dit-elle avec bonté, j'aurais à causer avec mon fils... Rentrez dans votre appartement, je vous prie.

— Oui, oui, laissez-nous un peu, ma jolie cousine, ajouta le duc; mon amour^

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propre souffrirai! Irop si vous entendiez ce que sans doute madame la maréchale va me dire; vous avez déjà de moi assez mauvaise opinion, je suppose !

Mais Cécile, au lieu de céder a celte double invitation, se rapprocha vivement de la mère et du fils. Sa timidité ordinaire avait disparu, quoique ses traits candides fussent couverts de rougeur. Il n'y avait plus ni embarras ni gaucherie dans ses mouvements; la jeune fille naïve semblait s'être subitement transformée.

— Madame la maréchale, ma seconde mère, dit-elle avec émotion en saisissant la main chargée de bagues de la duchesse.

@'i LE SPËCTltE

pourquoi vous cacher ainsi de moi? Ne suis-je pas de votre sang? Personne au monde ne peut vous aimer plus que je vous aime... Et vous, mon cousin, ne suis-je pas votre amie, presque votre sœur? Pourquoi me traiter toujours comme un enfant incapable de comprendre et de senlir? Essayez enfin de me confier vos peines. Plus de mystères avec moi, je vous en conjure; je vous demande humblement ma part dans vos afflictions comme dans vos joies.

Ce langage était si différent du langage habituel de Cécile, que le duc regardait tout effaré, n'osant en croire ses sens. Madame de Châtillon, à peine moins sur-

prise, n'en persista pas moins dans sa première pensée.

— Je vous remercie, mignonne, dit-elle en embrassant sa pupille; vous êtes aussi bonne que belle, je le sais, et je ne craindrai pas désormais de vous prendre pour confidente de mes chagrins quand ces chagrins seront de nature à vous être confiés. Mais aujourd'hui je dois traiter avec mon fils un sujet si délicat...

Mademoiselle de Lafcrté - Champfort baissa la tête et sa rougeur redoubla; néanmoins elle ne bougea pas.

— Madame, dit-elle avec un embarras

G\ LK Sl'ECTHE

charmant, c'est peut-être parce que je devine la cause de cet entretien que j'insiste tant pour rester.

— Qu'est-ce a dire, mademoiselle?

— Cela est mal, sans doute, reprit Cécile; sans le vouloir, presque à mon insu, mon imagination s'est exercée bien des fois sur la cause secrète du dissentiment que je remarquais entre deux personnes chères. Des circonstances, insignifiantes en apparence , m'avaient déjà donné des doutes, l'événement de ce matin, quand M. de Châtillon, à tous risques, est allé arracher aux exempts une belle voyageuse, et enfin les paroles que vient de

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prononcer l'iiomme de loi ont achevé de m'éclairer. Je sais donc la cause de celte funeste froideur qui règne entre vous; je devine maintenant où M. de Gliàtillon pouvait aller chaque jour, sous prétexte de chasser dans la forêt ; je soupçonne le motif de cette préoccupation que trahit parfois son visage, malgré le masque d'insouciance dont il essaye de le couvrir.

Cécile s'arrêta comme effrayée de sa hardiesse.

— Mademoiselle, s'écria le duc avec

feu, si vous connaissez la vérité, ne me

jugez pas avec l'inexorable sévérité de ma

mère! Laissez moi plutôt justifier...

La maréchale l'interrompit.

— François, dit-elle sèchement, songezvous à qui vous parlez ?

Puis, se tournant vers Cécile.

— Il se peut, mon enfant, dit-elle avec un profond soupir que, malgré mes précaulions, vous ay^e? pénétré ce triste secret. Eh bien, quel usage en comptez-vous faire ?

— La pensée m'est venue, madame, que je pourrais effacer le dissentiment qui vous afflige l'un et l'autre.

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— Vous, Cécile? s'écria le duc ébahi.

— Pauvre petite! vous rêvez sans doute, dit la maréchale.

— Je ne rêve pas, madame, du moins je l'espère ; écoutez-moi. Si je comprends bien ce qui se passe, M. le duc s'est pris d'amour a Paris pour une femme de condition inférieure a la sienne, et il a voulu, il veut peut-être encore l'épouser... Cela n'est-il pas vrai?

M. de Châtillon baissa la tète en silence.

— Je ne me suis donc pas trompée!

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continua mademoiselle de Champfort d'une voi\ altérée, comme si elle venait d'acquérir une poignante certitude; il l'aiiie... il l'aime tant, que pour elle il a encouru la disgrâce du roi et celle de sa mère; aujourd'hui encore, pour la délivrer des mains des exempts, il s'est exposé aux plus grands dangers... il me semble donc impossible que cette affeetioa ne soit pas partagée.

Le duc fit encore un signe afflrmatif.

— S'il en est ainsi, poursuivit Cécile qui réprimait une douleur secrète avec héroïsme, pourquoi madame de Chàtillon ne consentirait-elle pas a un mariage qui

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assurerait le bonheur de son fils? Une passion ainsi éprouvée ne saurait être frivole; je vous en conjure, madame, comblez les vœux de... mon frère!... Si, comme je l'imagine, le principal obstacle à ce mariage est la pauvreté de celte femme, je remercie le ciel qui m'a donné les moyens de surmonter cette difficulté. Aussi bien, menacés comme vous l'êtes dans votre|forlune, vous seriez trop fiers pour accepter quelque chose de moi ; vous ne pourriez avoir les mêmes scrupules a l'égard de la future de M. de Ghâtillon. Consentez donc a ce mariage, madame la maréchale, et de ce moment j'assure tous mes biens |à la personne pour laquelle M, le duc éprouve|tant de tendresse!

Cette proposition était faite avec un ac-

cent d'enthousiasme qui ne laissait aucun doute sur sa sincérité. Toutefois, elle semblait si extravagante, que la maréchale n'avait pas la force d'y répondre. Le duc lui-même cherchait sur les traits de la jeune fille une expression de moquerie; n'y trouvant rien de pareil, il dit en souriant :

' — L'intention est bonne, mademoiselle, mais je doute qu'elle puisse avoir un résultat... Donner votre bien a une autre! Et vous, mon enfant, et vous?

— Moi, répliqua Cécile qui ne put plus retenir ses larmes, mon parti est pris irrévocablement : j'entrerai dans un couvent pour y flnir mes jours!

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~ Un couvent! s'écria Ghâlillon avec énergie ; vous si jeune , et si aimable ! Vous n'aviez [pas parlé; jusqu'ici de cet absurde projet.

— L'idée m'en est venue seulement aujourd'hui ; mais ce désir n'est pas moins vif pour avoir été subit. Dieu a touché mon cœur, et je veux dire au monde un éternel adieu.

De bruyants sanglots lui coupèrent la parole.

— Nous reparlerons de cette étrange vocation, mademoiselle, dit la maréchale avec sévérité ; qu'il vous suffise de savoir,

pour le moment, que voire propo«;iîion est insensée. îi existe d'autres obstacles plus sérieux a ce mariage que la pauvreté de... cette créature.

— Et lesquels, je vous prie?

— Son indignité! puisque vous me forcez à le dire.

— Madame ! s'écria le duc en frappant du pied.

— Eh! qu'importe, reprit Cécile avec véhémence, si M. de Châtillon aime cette femme, et s'il est véritablement aimé d'elle? Oh! madame, ne causez pai le

malheur de votre ûls par un excès de rigueur ! 11 me semble que l'amour sincère doit élever l'âme, la rendre plus grande, plus noble , plus généreuse ; l'amour, comme le feu, doit purifier toutes choses.

— Assez, mademoiselle, interrompit la maréchale; vous avez pris sans doute ces phrases dans quelque roman de mademoiselle Scudéri ; car une fille de votre âge ne saurait déjà avoir une opinion en pareille matière.

La pauvre enfant resta consternée et muette. Madame de Chàtillon, sous son apparente dureté, dissimulait mal une secrète satisfaction, et elle jeta un regard

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vers son fils , qui se promenait dans le salon à pas précipités. Enfin, il vint s'arrêter devant mademoiselle de Laferté- Champfort, et lui prit la main qu'il baisa chaleureusement.

^- Vous êtes un ange, Cécile, lui dit-il, et je vous remercie de votre dévoiiment, tout puéril qu'il puisse paraître à d'autres que moi : il part d'un sentiment pur, plein de grandeur dans sa simplicité. Sî^ èomihë on le croit, j'étais sur le point de commettre une faute, votre candeur, votre bonté seraient plus capables de me faire rentrer en moi-même que les plaintes amères, les reproches, les menaces dont j'ai parfois été accablé. Je refuse vos sacrifices, bonne

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Cécile, mais ils m'ont pénétré pour vous de reconnaissance et d'admiration.

Madame de Châtilion faisait tous ses efforts pour cacher sa joie. Son fils se révélait à elle sous un jour nouveau; elle l'avait toujours vu passionné jusqu'à la violence, ou railleur et dédaigneux ; maintenant il était ému, mais son émotion était digne et réservée. On eiil dit qu'un sentiment d'un caractère inconnu venait de le transformer aussi.

— Eh! mais, pensait la maréchale, cette petite fille, avec ses naïfs instincts et son amour ingénu, aurait-elle mieux compris que moi le cœur de mon fils '

Cécile de Laferté-Champfort (suite).

La nuit approchait et des teintes sombres commençaient à envahir le salon. Ce demi-jour, si favorable aux conûdeuces, semblait enlrelenir les pensées douces, les réflexions conciliantes de ces trois per-

sonnes, qui peut-être n'avaient jamais été aussi près de s'entendre.

Tout a coup un grand fracas d'armes et de chevaux s'éleva de la cour principale. Mademoiselle de Champfort courut a la fenêtre, son poste d'observation ordinaire. Une douzaine de cavaliers venaient de franchir la grille, et, aux lueurs vagues du crépuscule, Cécile reconnut l'uniforme de la maréchaussée.

— Grand Dieu! que se passe-t-il donc encore? s'écria la jeune fille avec épouvante.

Un laquais entra dans le salon et an-

DE CHATILLON f9

nonça qu'un officier de la maréchaussée, suivi de deux exempts et de plusieurs cavaliers, demandait à visiter le château sur-le-champ, au nom4u roi.

— Juste ciel ! mon fils , mon cher François, s'écria la maréchale en serrant le duc dans ses bras, c'est à vous qu'on en veut.

— Sauvez-vous, mon cousin, sauvezvous, je vous en prie, ajouta Cécile pale et tremblante.

Le~duc, qui s'était approché de la fenêtre, se dégagea doucement des étreintes de sa mère.

— Ne craignez rien pour moi, madame,

répondît-il ; ce sont, en effet, ces coquins d'exempts, mais on n'oserait pas arrêter un duc de Châlillon sans avoir pris les ordres exprès de Sa Majesté... Non, ce ne peut être de moi qu'il s'agit.

— S'il plaît a monseigneur, dit le valet, l'officier de la maréchaussée veut chercher dans le château une dame qu'il suppose cachée ici. M. Dumont, le majordome, lui a vainement remontré qu'il ne se trouvait pas au château de personne? étrangères ; il prétend être sûr de son fait.

Le duc serra les poings avec colère.

— Fatalité! murmura-l-il hors de lui; ce

bulor de Sans-Quarlier aura commis quelque maladresse... Mais, de par le diable! je saurai bien la défendre !

— De qui parlez-vous ? s'écria la maréchale en reculant d'un pas.

— Rien, ce n'est rien, madame ; je vais recevoir ces drôles, et s'ils m'échauffent trop la bile...

— Vous me trompez, François, dit madame de Châtillon avec véhémence ; vous avez introduit à mon insu quelqu'un dans ma maison... Honte a vous, fils indigne, qui osez recevoir une misérable créature sous le même toit que votre mère !

— Madame, je vous assure...

— Rappelez-vous qui vous êtes, et ne vous abaissez pas à un mensonge... Si mes volontés sont encore respectées dans ce logis, les gens du roi opéreront tranquillement leurs recherches et rempliront leur office quel qu'il puisse être.

— Et moi je ne souffrirai pas qu'on envahisse ma maison contre mon gré, pour violenter ceux qu'il me plaît d'j recevoir.

— Monsieur le duc ?

— Eh! madame, ne m'obligez pas a

VOUS rappeler que, depuis la mort de mon' père, je suis seul maître...

Mais voyant la maréchale chanceler à cette parole cruelle, il courut à elle et l'embrassa en murmurant :

— Pardonnez-moi, ma mère ; je ne sais plus ce que je dis... Je suis fou.

Et il s'élança vers la porte du salon.

— Restez, François, s'écria la duchesse; je vous pardonne, mais restez...jele veux.

M. de Ghâlillon ne l'écoutait pas et des-

cendait rapidement le grand escalier.

— Il faut que je le suive, dit la maréchale avec agitation en s'adressant a Cécile; il aggraverait par une imprudence notre position fort périlleuse déjà. D'ailleurs je veux voir ces exempts et assoupir, avec de l'argent et des promesses, l'affaire de ce matin. Vous, ma chère enfant, retournez à votre appartement et enfermezvous bien, pour demeurer a l'écart de ces fâcheux événements ; j'aurai soin que personne ne vous y trouble.

El elle sortit à son tour.

Mademoiselle de Laferlé-Champfort n'a-

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vait pas la force de se rendre a cette invitation. Son cœur battait avec précipitation, ses jambes se dérobaient sous elle. Toutefois elle prêta l'oreille aux bruits divers qui s'élevaient du rez-de-chaussée. On entendait des voix animées que dominait la voix forte et sonore du duc de Châtillon ; mais peu li peu la discussion s'affaiblit et finit par s'éteindre. Cécile conjectura que la maréchale avait trouvé moyen d'apaiser son fils, et les lumières qui traversaient les cours lui donnèrent a penser que les perquisitions étaient déjà commencées.

Alors seulement elle parvint a surmonter sa faiblesse, et elle voulut regagner son appartement, situé h l'autre extrémité du château. Pour y parvenir, il fallait tra-

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verser un immense corridor où régnait en ce moment le calme le plus complet. Sur un côté de ce corridor s'alignaient de nombreuses fenêtres aux embrasures profondes ; de l'autre se trouvaient les chambres des domestiques ; mais les portes étaient closes, et la jeune fille n'entendait plus d'autre bruit que celui causé par le frottement de son ample robe de soie sur les dalles de marbre.

Tout à coup une ombre sortit d'un angle obscur et s'avança vers elle. Cécile fut sur le point de laisser échapper un cri, mais elle se contint et demanda d'un ton d'effroi :

Qui est l'a? que me veut-on?

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La personne inconnue, terrifiée ellemême ou irrésolue, ne répondait pas.

— Madame, dit enfin une voix de femme, je vous en conjure, ayez pitié de moi, sauvez-moi.

— Qui donc êtes-vous? demanda mademoiselle de Champfort, chez qui l'éionnemenl commençait à remplacer la crainte.

— Une pauvre femme que Ton cherche pour la conduire dans une prison d'Étal. J'étais venue ici demander asile; un accident m'a séparée de mon guide, et j'erre depuis un instant dans cette vaste maison,

sans savoir de quel côté me diriger. Les cavaliers de la maréchaussée gardent toutes les issues; si vous n'avez compassion de moi, je vais être arrêtée.

— Alors c'est vous qui êtes aimée du duc de Châtillon, reprit Cécile avec émotion; c'est vous qui occupez exclusivement ses pensées, c'est vous qu'il préfère a sa fortune, à sa famille, a sa mère ellemême? Dites, n'est-ce pas vous?

Tout en parlant, Cécile prit le bras de la suppliante et l'entraîna vers la fenêtre, afin de l'examiner à la faible lueur qui venait encore du ciel; mais elle put seulement reconnaître la forme svelte

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d'une femme dont un masque de velours noir cachait les traits

Pendant qu'elle essayait de voir Duranci, la comédienne n'éprouvait pas moins de curiosité pour la voir ellemême. Malheureusement, grâce à l'obscurité, son désir ne pouvait pas plus être satisfait que celui de Cécile. Elle dit avec un accent singulier :

— Et vous sans doute, vous êtes mademoiselle Laferté-Champfort, parente de la maréchale de Châtillon? Excusez-moi d'avoir osé m'adresser à vous...

Et pourquoi ne vous seriez-vous pas

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adressée a moi ? reprit Cécile avec sa naïveté. aDgélique; personne ici mieux que moi ne peut vous protéger, et je le ferai volontiers.

— Quoi ! mademoiselle, vous voulez...

— Je ne veux pas qu'on vous arrête, je ne veux pas que M. de Ghâtillon se lamente et se désespère, ou se laisse encore aller a quelque acte de rébellion pour vous délivrer... Venez par ici.

— Oîi me conduisez-vous ?

*— Chez moi, dans ma chambre, où vous serez en sûreté.

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•—Mais...

— On vient; entendez-vous le pas des gens du roi? On monte l'escalier; sautons-nous ou il sera trop tard.

Elle saisit de nouveau par la main mademoiselle Durand, qui ne résista plus, et elles gagnèrent en courant l'extrémité de la galerie, sans remarquer qu'une autre personne cachée dans les ténèbres les suivait en silence.

Les deux femmes atteignirent bientôt l'appartement particulier de mademoiselle

de Champfort ; il se composait de plusieurs petites pièces meublées avec luxe, où des tapis et des tentures étouffaient le bruit. Il y régnait une complète obscurité, et les filles qui servaient Cécile venaient d'en sortir pour s'informer de ce qui se passait dans le cbâleau. Leur maîtresse ne fut pas fâchée de celte solitude qui favorisait son dessein. Elle conduisit la comédienne a tâtons vers un fauteuil en lui disant :

— Ici, je l'espère, vous ne serez pas dérangée, si toutefois madame la maréchale, comme elle me l'a promis , parvient à écarter les soldats î

Quoi! mademoiselle, serait-il pos-

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sible que votre appartement lui-même...

— Chut! écoutez, ils s'avancent de ce côté.

On marchait en effet dans le corridor voisin. Cécile et Duranci se lurent, retenant leur haleine. On s'arrêta devant la porte.

— Ici, dit la voix de la maréchale, loge ma pupille, mademoiselle de Laferté- Champfort. La politesse de monsieur l'ofTicier voudra bien, je l'espère, exempter de toute perquisition cette partie du château.

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— Il suffit, madame, répondit une voix rude, qui semblait être celle de l'officier de la maréchaussée; ni madame de Ghâtillon, ni la noble demoiselle sa pupille ne seraient capables, je le sais, de donner asile à la personne que nous cherchons.

Et la troupe se remit en marche. Quand on n'entendit plus rien, les deux femmes respirèrent.

— Vous êtes sauvée! dit Cécile avec une joie enfantine. Ah ! comme M. de Ghâtillon sera content !

— Vous êtes bonne,^ mademoiselle j mais que aire, maintenant?

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— Vous resterez avec moi jusqu'à ce que les issues soient libres... jusqu'à demain, s'il le faut.

— Y pensez-vous, mademoiselle ? vos servantes peuvent rentrer d'un moment à l'autre, et si elles me voyaient...

— C'est juste ; elles sont si curieuses et si bavardes!... Il faut pourtant que je sonne pour avoir de la lumière.

— Eh I qu'est-il besoin de lumière, mademoiselle?

— J'ai tant d'impatience de voir votre visage, répliqua la jeune fille avec can-

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