‹ Le spectre de ChatillonChapitre 4 sur 20 · OG LE SPECTRE · texte numérisé non relu

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deur. Vous devez être bien belle, pour avoir inspiré au duc un amour si profond.

Et elle soupira.

L'une et l'autre se turent encore. Bientôt il sembla qu'on appelait avec précaution dans le corridor.

— r Duranci ! disait-on d'une voix étouffée, chère Duranci, êtes-vous la?

— C'est le duc, murmura la comédienne.

— Ghutl dit Cécile; il n'est pas seul.

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— Es-lu sûr qu'elle se soit rét'ii^née dans cette galerie? reprit Chatillon ; dans ce cas la maréchaussée l'eût certaioement découverte en faisant sa ronde.

— Oh ! monseigDeur, répliqua Sans- Quartier, que l'on a deviné sans doute, je l'ai vue se diriger de ce côté. Nous traversions la cour, quand nous nous sommes trouvés a quelques pas de l'exempt de ce matin? on ne nous avait pas remarqués, mais la demoiselle a perdu la têle, et elle s'est sauvée dans l'escalier. Moi, de mon côté, je ne pouvais pas me montrer, car si l'exempt m'eût reconnu...

— Alors, oîi peut-elle être,

Le comédienne se leva précipitamment.

— Vous l'entendez? dit-elle basa Cécile, il me clierche, il m'attend... Adieu, mademoiselle, recevez mes remercîments ponr le service que vous venez de me rendre.

Elle ouvrit la porte et sortit si rapidement, que Cécile n'eut le temps de faire aucune objection.

— Je suis là, monsieur le duc, dit la Duranci à demi-voix.

— Quoi ! ma chère, demanda Châtillon

du dehors, avec un mélange de confusion el d'olonncment, vous vous étiez réfugiée chez nîademoiselle de Champfort?

Cécile ne put entendre la réponse ; la porte s'était refermée et on s'éloignait a grands pas.

La jeune iille éprouvait un sentiment inconnu qui lui déchirait le cœur. Elle voulait les suivre ; elle ne l'osa pas. Cependant elle s'approcha d'une fenêtre qui donnait sur la cour du vieux château ; il lui sembla voir plusieurs ombres se glisser avec précaution vers la tour de la Librairie, que Claudin venait de quitter avec la maréchaussée.

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— C'est là, sans doute, qu'il va cacher cette jeune femme, dit-elle avec amertume; ils ne pensent plus à moi, a moi qui pourtant les ai sauvés!... Oh! mon Dieu! comme il l'aime!...

— Vous vous trompez, Cécile de Champfort, dit quelqu'un derrière elle; le duc de Châlillon n'aime que vous.

Cécile se retourna et éprouva un tel saisissement, qu'elle faillit tomber à la renverse.

Qui a parlé? balbutia-l-elle.

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— Ne vous eiïrayez pas... je suis votre ami et i'aaii des Cliâlilion.

Mademoiselle de Charapfort regardait, toute effarée, dans la direction de la voix : une forme vague était immobile à quelques pas d'elle.

— Qui êtes-vous? reprit-elle, comment vous trouvez-vous chez moi? Je vais appeler, je vais...

— Gardez-vous-en bien, ou vous perdrez l'occasion d'assurer votre bonheur et de sauver des personnes chère?.

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— Mais du moius, quel est voire nom ?

- Jf n'ai pas de nom; je suis celui qui apparaît quand la noble maison de CLàtillon est en péril.

— Grand Dieu! vous seriez... l'esprit protecteur de la famille?

On ne répondit pas.

~ Je vous ai dit, reprit-on après un silence, que le duc n'aime pas cette femme. Il a ressenti jadis pour elle une passioA fiévreuse qui serait éteinte depuis long-

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temps si elle ii'(5lait avivée par des obsiacles sans cesse reiiaissaiils. Celle ame superbe ne saurait se plier aux événements, aux volontés contraires qui sont les nécessités de l'existence humaine. Du moment que son idole ne lui serait plus disputée, il n'éprouverait plus pour elle que dégoût et mépris. La personne qu'il aime véritablement, à son insu, peut-être, est douce, généreuse, pleine de candeur et d'innocence, et, je vous le répète, c'est vous, Cécile de Champfort.

— Moi, moi, demanda Cécile, à qui la gravité de ces paroles faisait oublier le caractère étrange de l'interlocuteur; oh! qui que vous soyez, ne m'abusez pas. a

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Lui, m'aimer? il ne me l'a jamais dit; il me regardait comme une créature frivole, indigne de son attention.

— Depuis quelques heures, vous avez pris soin de le détromper... Il vous aime, vous dis-je.

Et cependant il veut épouser l'autre?

— Oui, il l'épousera par suite de celle aveugle obstination qui le précipite toujours contre les difficultés, dijt-il s'y briser. Il l'épousera celle nuit même, au risque de se repentir toute sa vie de ce qu'il aura fail dans un moment de vertige,

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et la famille de Châlillon recevra une tache ineffaçable.

La voix se tut, comme pour donner à Cécile le temps de réfléchir sur ces révélations; elle poursuivit bientôt :

— Tous ces malheurs peuvent être évités si vous le voulez bien.

— Moi? oh! parlez, que faut-il faire?

— Vous rendre, un peu avant minuit, dans la cour, devant le vieux donjon, et suivre le guide, que vous y rencontrerez.

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— Je n'en aurai pas le courage... D'ailleurs, à cette heure, les portes du château sont closes.

— Vous les trouverez ouvertes... Allons! que pouvez-vous craindre?

Cécile hésita.

— Soit, j'irai, dit-elle enfin.

— Il sufiQt; songez qu'il pourrait arriver de grands malheurs, si vous manquiez à votre, parole... A ce soir donc , un peu avant minuit.

Un vent léger passa sur le visage de

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Cécile, cl l'ombre qui se leoait devanlelle disparut en silence. La pauvre enfant, pâle de son courafje, retomba sur un siège à moitié évanouie.

Le mariage-.

La soirée était avancée et les lumières s'éteignaient une a une aux fenêtres du château neuf. Le calme le plus profond avait succédé aux agitations causées par la double visite des gens de loi et des ca-

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valiers de la maréchaussée. Le sommeil, comme on disait alors, commençait à secouer ses pavots sur toute cette vaste habitation.

Dans cette pièce de la tour de la Librairie, oïl nous avons vu Glaudin et la maréchale, était reléguée maintenant la comédienne Duranci. Une seule bougie éclairait la salle, et, toute faible que fût cette lueur, deux lambeaux de tapisserie couvraient les étroites fenêtres, afin qu'elle ne pût attirer l'attention du dehors. Ce silence, cet abandon , cet intérieur lugubre n'étaient pas de nature à inspirer des idées riantes, et d'ailleurs la position actuelle de la belle actrice devait faire tomber bien

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des illusions. Mademoiselle Duranci se laissait donc aller h de tristes rêveries. Sa mante et son masque étaient déposés stir un sié^e a côté d'elle. Son bras, demi-nu, appuyé sur la vieille table de chêne Soutenait son front gracieux, chargé en ce moment de pénibles pensées.

Tout a coup, sans qu'elle eût entendu aucune porte s'ouvrir, sans que rien eiit troublé le silence de la nuit, une voix sourde et railleuse s'éleva derrière elle.

— Salut, disait-on, deux ou trois fois salut à la future duchesse de Châtillon !

La comédienne se leva précipitamment.

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