‹ Le spectre de ChatillonChapitre 6 sur 20 · LK SPECTRE · texte numérisé non relu

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s'il eût voulu faire une nouvelle tentative auprès de M. le duc de Châlillon ; mais, effrayé de se trouver seul avec ce terrible seigneur, il se leva , salua profondément et s'empressa de sortir a son tour.

Un moment encore le duc se promena dans sa chambre à pas précipités. Maintenant que son énergique volonté semblait avoir brisé tous les obstacles, son agitation intérieure ne diminuait pas, bien qu'elle eût changé de nature.

— Cette femme, pensait-il, cette femme pour laquelle je sacrifie tout : famille, devoir, orgueil de race, est-elle digne de fnoil Si j'en croyais cette correspondance!

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ces protestations d'amour adressées h Dorante (un nom de comédie, quelque misérable histrion sans doute)... et puis vraiment, est-ce que je l'aime, moi? En vérité, je n'en sais rien ; seulement ce mariage me vengera de tous ceux qui prétendent m'imposer leurs volontés, sans tenir compte des miennes. Allons, le sort en est jeté... et si ce génie malfaisant qui me poursuit ose encore se mettre à la traverse de mes projets, il verra que ma patience est a bout.

Il saisit sur la table son épée et ses pistolets ; il mit l'épée dans son baudrier et les pistolets dans sa ceinture, puis il sortit ftsiii^ cet état d'exttspératio» ^ voisin de ië

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frénésie, où l'homme devient capable de grandes folies et de grands crimes.

L'antique chapelle du château avait, a celte heure de nuit, l'aspect le plus lugubre. Un silence profond régnait dans la vaste nef; un souffle d'air se glissant sous les arceaux gothiques, une plante sauvage fouettant extérieurement les vitraux coloriés, un gémissement de l'orgue, y réveillaient par intervalles de sourdes plaintes, de faibles et longs soupirs. Les ténèbres ne permettaient de distinguer aucune couleur, aucune forme ; seulement, tout au fond du sanctuaire, on voyait trembloter sur l'autel la flamme d'un cierge dont la clarté mourante ajoutait encore a l'hor-

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reur de l'obscurité. Devant cette flamme passait et repassait une ombre : c'était le prêtre qui achevait lentement les prépa-

ratifs de la cérémonie. V

Le duc ne put s'empêcher de comparer mentalement cette solitude sinistre aux fêtes brillantes qui accompagnaient d'ordinaire le mariage des puissants seigneurs de Ghâtillon. Mais il était en ce moment trop aveuglé par ses passions, trop endurci dans son opiniâtreté, pour qu'un pareil contraste pût produire de l'impression sur lui. Il vint s'appuyer d'un air farouche contre un pilier en attendant l'arrivée de la future.

Cette attente ne fut pas longue ; bientôt

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la porte de l'église se referma avec un bruit sourd, et on entendit les pas de plusieurs personnes résonner sur les dalles. La fiancée, effrayée sans doute par l'aspect lugubre de l'église, pouvait à peine marcher, et s'appuyait péniblement sur les bras de ses gardiens. .^ e^#-"*

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On la conduisit a l'autel, oîi elle s'agenouilla ; Guillaume et Sans-Quartier restèrent en arrière dans les ténèbres. Elle était enveloppée d'une mante, un voile épais cachait son visage et ses traits. Son trouble semblait s'accroître de minute en minute; son haleine était oppressée. Le prêtre, en surplis et en étole, debout sur ia première marche de i'auielj la regardait

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avec curiosité, tout en arrangeant les nombreux signets de son livre de liturgie.

Le duc vint s'agenouiller a son tour près de la future, et bien qu'il la vît faible et palpitante d'émotion, il ne jugea pas a propos de lui adresser un mot affectueux, un signe encourageant. Mais après avoir promené autour de lui un regard de défiance, il dit au chapelain, d'un ton impérieux :

— Allons! remplissez les devoirs de votre ministère.

— Monseigneur, dit le piètre les larmes

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