LB SPECTRE
aux yeux, je vous supplie encore uae fois de considérer...
— Vous parlez en vain, interrompit Châtillon sèchement ; commencez, je le veux.
L'ecclésiastique se mettait en devoir d'obéir, quand la flancée elle-même parut vouloir réclamer ; elle essaya de se lever, et elle prononça quelques mots que l'interposition de son voile empêcha d'entendre distinctement.
— Paix ! dit le duc avec impatience ; il est trop tard.
DE CHATILLO.^ 151)
Le prêtre proc(?da donc à voix basse et avec précipitation aux cérémonies du mariage. Guillaume, qui avait été sacristain du village avant d'être garde-chasse, remplissait l'office de clerc. Pendant les prières d'usage, le duc de Gliâlillon manifestait une distraction extrême ; sans cesse il regardait derrière lui, comme s'il se fût attendu à voir quelqu'un apparaître pour interrompre cet acte solennel ; il se retournait au moindre bruit, et sa main allait chercher sous son manteau la crosse de ses pistolets.
Quand il fallut adresser aux mariés les questions ordinaires, le prêtre s'informa des noms ^e la fiancée. Gomme elle hésitait, le duc dit impatiemment :
i(.0 LE SPECTRE
— Passez, passez, monsieur l'abbé; les noms ne font rien a l'affaire. J'épouse la personne ici présente et nulle autre... On vous donnera les noms quand vous dresserez l'acte de mariage.
Le célébrant n'osa pas insister et continua. Il demanda donc a M. deChâtillon s'il consentait à prendre pour épouse — la femme ici présente, — etChâtillon répondit oui d'un ton distrait. Mais quand il demanda à la fiancée si elle voulait prendre pour mari François, duc de Châtillon, elle ne répondit pas. Le prêtre répéta sa question ; toujours même silence : on entendait salorgtne sous le voile^de la mariée.
DE CIIATILLON lOt
— Mais parlez donc, dil le duc en fronçant le sourcil. Voulez-vous de moi pour mari?
La jeune femn[ie fit un effort suprême :
— Oui , répliqua-t-elle d'une voix étouffée.
Et elle s'affaissa, comme épuisée, sur les marches de Tautel.
La cérémonie s'acheva sans autre incident. Dès que les deux époux eurent reçu la bénédiction nuptiale, le duc se leva.
— Enfin! di(-il avec orgueil, qui osera m 11